Sam Coomes

Sam Coomes – Stride On

C’est après neuf albums en duo dans le groupe underground américain Quasi et à un peu plus de 50 ans que Sam Coomes sort son premier album solo Bugger Me… (qu’on pourrait traduire « Merde alors… » en français). Composé autour de son orgue et d’une vieille boite à rythme, Sam Coomes nous entraine dans les méandres d’une musique qu’il souhaite de divertissement, un train fantôme vintage un peu cabossé qui nous plait toujours autant.

On s’écoute pour l’occasion le morceau d’ouverture, le très bon Stride On !

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La Femme

La Femme – Où va le monde

Cela a été très rapide, depuis leur premier titre Sur La Planche, La Femme n’est plus seulement un super groupe de pop française, mais une locomotive citée en référence par de nombreux artistes.

Leur deuxième album Mystère est une magnifique réussite, déjà un essentiel de 2016, où se succèdent les excellents morceaux tels que Où va le monde. Un titre  ENORME qui évoque sur une mélodie colorée infaillible le beau sujet de l’altérité et de ces déceptions. Une chanson qui parle à tous !

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The Pirouettes

The Pirouettes – L’escalier

En couple dans la vie et dans The Pirouettes, Vicky et Léo, inspirés par la pop des années 80s, signent dans leur premier album Carrément Carrément, la chanson la plus instantanée et la plus entêtante de l’année (dans le sens positif). Un questionnement sur le sens de la vie très joliment mis en musique sur des accords synthétiques et effets qu’on croirait sortis directement d’un bon vieux Bontempi trouvé sous le sapin.

Un titre à la mélodie imparable qui atteint parfaitement sa cible, la plus haute marche du TOP50 ! Tout le monde est totalement fan autour de moi, et toi?

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alex-cameron

Alex Cameron – The Comeback

Sur des nappes de synthés et une boite à rythme low-fi, l’australien Alex Cameron incarne ses histoires tristes dans un style qui se trouverait entre celui d’un crooner anachronique et du bluesman décharné.

Pour sûr une pépite, un personnage à part que l’on pourra retrouver sur scène le 25 octobre 2016, lors du Pitchfork Avant-Garde festival.

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azoulay

« Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte »

Après un été bien pourri par des politiques jouant au pompier-pyromane, annonçant des prochains mois à hauteur de caniveau qui vont être pénibles à supporter, et comme l’indique Audrey Azoulay – actuelle ministre de la culture – « Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte », nous vous proposons une courte sélection (que vous pouvez enrichir en mettant vos liens en commentaire) de quelques artistes lanceurs d’alerte. En espérant que ces messages soient entendus !

Renaud – Hexagone
Parce que cette chanson n’a pas pris une ride, qu’il est important de l’écouter encore aujourd’hui et qu’on préfère retenir cette époque de Renaud

« Je me souviens surtout de ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S’en allant voter par millions
Pour l’ordre et la sécurité »

Zoufris Maracas – Les cons
Parce que sur une petite musique à l’air innocente et gentille les messages visent terriblement juste et sont porteur d’espoir !

« Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire qu’y’a des gens biens
c’est certain, c’est certain…

Ils sont deux cent fois plus nombreux
Que la bande d’imbéciles heureux
qui nous emmène tous au carton
Avec les trompettes et les clairons »

Kery James – Racailles
Parce que ce titre est aussi direct, précis et puissant que la droite de Tony Yoka, parce qu’en 6 minutes Kery James fait un tour assez complet de la politique française sans oublier quelques mots acérés pour Skyrock

« Racailles !
Vous êtes élus pour un truc
Vous ne le faites pas plus
Vous faites l’inverse, en plus
Ca ne vous gêne pas
Racailles !
Et si le peuple a l’idée de se rebeller
Vous disposez d’une armée de flics bien dressés et zélés
Racailles !
Le dialogue social gît dans un cercueil
Les keufs tirent aux flashballs, tu peux y perdre un œil
Racailles !
Vous faites monter le sentiment anti-policier
Usez de la police comme d’une armée privatisée »

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An Pierle

Notre entretien avec An Pierlé

« Je deviens gourmande pour faire de la musique »

An Pierlé est véritablement une artiste aux multiples talents ! Elle a réussi en quelques années à être à la fois compositrice officielle de la ville de Gand (où elle réside), à composer la BO du film Le Tout Nouveau Testament pour laquelle elle recevra le prix Magritte du Cinéma 2016 dans la catégorie meilleure musique originale, à écrire et jouer un spectacle pour enfants dans plusieurs langues qui fut lui aussi primé et enfin sortir Arches, un album composé autour de l’orgue de l’église St Jacques de Gand.

C’est avec beaucoup de plaisir que nous lui avons poser quelques questions pour faire le tour de tout ça !

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Depuis votre album diptyque Strange Days / Strange Ways, sorti en 2013, vous avez fait la BO du film Le Tout Nouveau Testament, que vous a apporté musicalement de faire ce projet ?

An Pierlé : Beaucoup. C’était quelque chose que je n’avais jamais fait, mettre de la musique sur des scènes, partir d’un scénario et simplement ouvrir les portes et recevoir de l’inspiration. J’ai aussi écrit pour un orchestre, ce que je n’avais jamais fait. Je me suis dit à moi même, tu dois faire semblant que tu sais faire ça pour éliminer le doute qui serait tuant. Pour le reste c’était un jardin de jeux parce que dans le même film il y a des musiques romantiques, mais il y aussi des trucs comme une chanson des années 70s disco très ringarde, un morceau trip-hop, un morceau house. Il y a plein de genres différents, et ça c’était gai.

Ca m’a aussi amené beaucoup d’inspirations, de libertés et de l’entrainement musical pour apprendre encore plus de choses et aller dans différentes directions. Je deviens gourmande pour faire de la musique.

Du coup, ce n’est pas trop difficile de revenir au format album, où on doit avoir une certaine cohérence ?

Non, c’est gai de faire des albums, tu fais un cercle de chansons.

« Il faut oser se laisser des espaces libres pour faire venir de nouvelles choses »

Suite au prix Magritte qu’a reçu cette BO, vous avez été beaucoup sollicitée pour de nouvelles BO ?

Non, pas encore. Je ne suis pas en train de chercher non plus. Je n’ai pas un besoin de devenir compositrice de bandes originales de films. Il y a des gens qui font ce métier qui peut aussi comporter beaucoup de frustrations, je pense. J’entendais des histoires où le film est fait, on te demande alors de faire la musique dessus. J’ai eu de la chance d’avoir un metteur en scène qui pensait à la musique dès le début, qui avait vraiment une opinion.

Il faut oser se laisser des espaces libres pour faire venir de nouvelles choses et ne pas, par peur de ne pas avoir du boulot, accepter des choses que tu ne ressens pas vraiment.

En 2012, après avoir été nommée compositrice officielle de la ville de Gand, tu évoquais déjà dans une interview un projet avec un orgue. Le disque arrive en 2016, pourquoi autant de temps ?

Par période, j’ai continué à bosser le projet de l’orgue, et entre temps j’ai fait la BO du film qui m’a pris une année entière, j’ai fait un spectacle musical pour enfants (ndlr Slumberland) pour lequel on a enregistré un album, on l’a beaucoup joué. Au début ce n’était pas le but, on devait l’écrire et des remplaçants devaient le jouer, mais c’était devenu tellement chouette qu’on l’a joué dans quatre langues différentes.

J’ai passé beaucoup de temps à chercher comment traduire dans les autres langues avec l’aide de « native speakers », chercher les mêmes sonorités émotionnelles dans les autres langues.

Comment on se retrouve à enregistrer le disque à l’église St Jacques de Gand ?

Comme je faisais le projet depuis quelques années, j’avais même la clé de l’église. Je suis sage… Ils ont dit « oui ». On a pu entrer. Ca fait vivre aussi les églises qui sont ces temps-ci souvent très vides. De plus en plus ils ouvrent leurs portes pour de la musique. Ce qui est, je pense, une super bonne façon d’utiliser ces lieux qui ont beaucoup d’histoires, beaucoup d’ambiances, beaucoup de spiritualités aussi. La musique y a vraiment une place, c’est bien, on s’aide mutuellement.

Cela n’a pas été trop compliqué d’un point de vu technique d’enregistrer dans un tel lieu ?

Oui, c’était très compliqué. On n’a enregistré là bas que l’orgue, et la nuit, pour ne pas avoir trop de bruits de la ville. Mon copain, producteur, Koen Gisen a vraiment étudié comment faire, parce qu’un orgue a une énorme dynamique et pour marier ça avec des instruments et des voix c’était compliqué, mais il est doué (rires). Le reste s’est fait dans le studio à la maison où on a tout ce qu’il faut.

Donc vous avez enregistré l’orgue puis vous avez placé les autres instruments et chants chez vous ?

Oui. Il y avait déjà des maquettes et des démos, on a joué l’orgue sur les maquettes. Puis lorsqu’on a eu l’orgue on pouvait tout virer et reconstruire à partir du vrai son de l’orgue, et surtout éliminer les arrangements.

Vous pouviez utiliser l’église le temps nécessaire pour capter le son de l’orgue ?

On avait vraiment une liberté totale. Mais on a un bon organiste, on a tout enregistré en quatre nuits, ça va…

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Dans des interviews, vous parlez de votre album en disant qu’il est sensuel ?

Tu ne trouves pas ? (rires) Il faut l’essayer alors… (rires) A cause de la boite à rythmes, à cause des dynamiques, à cause des rythmes, à cause des basses aussi, je pense que cela a instigué quelque chose d’un peu groovy que tu ne maries pas immédiatement avec un truc comme un orgue, mais finalement cela a amené à ça.

Le disque est sorti début septembre en France, mais bien avant en Belgique. Pourquoi ?

C’est pour la maison de disque en France. C’est un plus grand pays, ils ont besoin de plus de temps pour préparer les choses. Pour eux le timing était mieux ainsi. C’est déjà assez difficile ces temps-ci, il faut se donner tous les moyens possibles. C’est bien comme ça on a tout préparer, les clips ne seront pas finis à la dernière minute, mais bien à temps, c’est très agréable. Pouvoir faire des interviews à l’aise, j’ai déjà réfléchi aux réponses. Et j’ai déjà eu quelques retours, donc je suis moins stressée.

Quels ont été ces premiers retours ?

Très bons ! (rires) Ca fait vraiment plaisir. Le voyage d’un album c’est toujours grâce aux résonnances qu’il fait auprès des gens. Si les gens rayonnent bien, on ne sait jamais… Bon, ce n’est peut-être pas pour tout le monde ce genre d’album, il y a des gens qui détestent, mais ça c’est bien aussi. Ca veut dire que c’est quelque chose de spécifique qui touche une corde particulière.

C’est à cause de l’orgue ?

Oui, je pense qu’il y a des gens qui trouvent ça trop perçant comme sonorité. Pourtant je trouve que c’est un album assez doux finalement.

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Un second album, une deuxième partie est déjà annoncée, pourquoi deux parties ?

Parce qu’il y avait trop de chansons et de genres un peu trop larges pour tout mettre dans un album. Après, je ne pense pas que je vais refaire un album autour de l’orgue tout de suite. C’est comme les piano-voix il faut beaucoup de temps entre deux albums sinon tu fais toujours la même chose. J’ai envie d’essayer d’autres choses.

Il est déjà enregistré le second opus ?

Déjà cinq morceaux. Ce sera un EP, donc ça va dépendre du temps que j’aurai pour m’y mettre. Ca donne envie d’explorer encore.

Une date de concert à Paris est annoncée dans l’église St Eustache, le 5 octobre 2016, vous allez utiliser l’orgue de St Eustache ?

Oui, on a le droit. On a du prouver que c’est vraiment un bon organiste, qu’il n’allait pas le casser. Normalement ils ne font pas ça, donc c’est très chouette de leur part d’avoir accepter de nous accueillir sur leur orgue, je suis contente. C’est beaucoup d’efforts pour faire les réglages dans de tels lieux, ça demande beaucoup de boulots de toutes les personnes concernées, mais ça va poser l’album dans les meilleures conditions. Ca prend vraiment de l’ampleur quand tu es dans une grande église. Le son t’enveloppe. On en a fait quelques unes et c’est super, donc je suis très contente.

C’est l’endroit idéal ?

Oui, ou un club très dark. Je m’imagine aussi dans un festival tard le soir. Bon pour ça il faut être plus connue, donc je vais dans les églises… et l’année prochaine dans les festivals tard le soir. (rires)

Vous avez essayé l’orgue de St Eustache ?

Non, pas encore. Mais c’est un grand orgue, il a toutes les possibilités pour bien représenter l’album. Ca c’est important, parce que les petits orgues, c’est assez insatisfaisant. (rires) Ca n’a pas de basse, ça n’a pas de fond. Ca peut être très beau, ça peut donner des versions intimistes, sensibles de certaines chansons, mais pour tout l’album il nous faut de grands orgues.

Du coup les balances vont être compliquées à St Eustache ?

On les a averti qu’on avait besoin de temps pour les balances. Mais on a quand déjà bien techniquement préparé les choses. J’ai des bons techniciens.

Il y a beaucoup de reverbs…

Oui, il va falloir faire avec. Il faut qu’il y ait beaucoup de monde pour un peu les absorber.

Il y aura aussi des concerts dans des salles de concert ?

Oui.

Comment vous aller faire pour l’orgue ?

J’ai une très bonne émulation d’orgue. Ca marche très très bien. Ca marche mieux parfois qu’un orgue d’église qui a un son baroque. Ca donne une ambiance plus rock, plus trip-hop…

Vous aviez pensé à tout cela au début du projet ?

Au début, l’idée c’était de faire un projet unique pour essayer l’orgue. Et puis ça a grandi… J’aime bien cette façon de travailler. Parce que si tu commences quelque chose et tu es surpris « ah c’est quand même très chouette, on va continuer » et tu fais un concert, et les gens disent «  c’était magnifique… » alors tu te dis « il faut vraiment faire quelque chose avec ça ». Ca donne envie, ca donne de l’énergie. Le fait que ça a pu prendre du temps, ça fait murir le truc, tu écris différentes chansons parce que tu ne vas pas toujours faire la même chose.

Je pense que dans la musique pop il n’y a pas toujours les moyens de prendre beaucoup de temps, laisser murir de nouveaux projets. Et chaque chose que tu entames ça prend 5 ans avant d’être complètement à l’aise. C’est un luxe.

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes sur Instagram, Facebook, Twitter, c’est vous qui êtes derrière les comptes ?

Oui, c’est moi, je fais de mon mieux.

Qu’est-ce que ça vous apporte d’être sur les réseaux sociaux ?

C’est vrai que chez Pias ils m’ont dit « il faudrait que tu sois sur Instagram… » Mais maintenant je trouve ça chouette. Je remarque que ça me fait regarder les choses un peu différemment, les petits détails m’intéressent… Je n’ai pas envie de faire ça (ndlr mimant un selfie). Ca ne m’intéresse pas du tout ! Pourtant ironiquement c’est ça qui se fait le plus. Ca et les photos des repas. Il faudrait faire un truc super bon à manger et dire « et j’ai un album aussi… » (rires) Je vais devenir la reine d’Instagram ! (rires)

Un dernier mot ?

Je me suis vraiment bien amusée. S’amuser ça veut dire aussi souffrir. Bien sûr je veux que les gens aiment, mais je ne veux pas faire de la musique pour plaire aux gens. Je veux faire de la musique qui touche. Ca c’est plus chouette, parce que ça dure plus longtemps. Ca ne me mènera peut-être pas vers le statut « madonaesque », mais c’est pas grave, je fais mon métier.

De plus en plus je dis avec fierté « c’est mon métier ». Après 20 ans je suis très contente de pouvoir encore le faire et de retrouver de temps en temps, le plaisir de redécouvrir des nouvelles choses, de voir que l’inspiration ne s’assèche pas, c’est luxueux.

Merci

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

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leyla mccalla

Leyla McCalla – A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Après un premier album très réussi (qu’on avait relayé ici), Leyla McCalla franchit l’obstacle du second opus avec le même brio que l’équipe de France d’équitation au saut d’obstacles lors des JO de Rio !

A Day For The Hunter, A Day For The Prey est une merveille mêlant dans une spiritualité bienveillante de nombreuses influences : antillaises, cajun, americana, …  qui procurent aux différents morceaux une richesse et un universalisme particulièrement touchants.

Pour notre plaisir deux extraits: le titre éponyme (en anglais) et Manman (douce comptine en créole), avec en bonus quelques mots de Leyla McCalla sur cet album.

A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Manman

Présentation de l’album par Leyla McCalla (vost)

 

 

 

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Let s eat gradma

Let’s Eat Grandma – Rapunzel

Elles ont 17 ans, elles sont meilleures amies depuis l’âge de 4 ans, RosaWalton et Jenny Hollingworth forment Let’s Eat Grandma en 2013 et sortent un premier album I Gemini remarquable par la liberté qu’elles ont su prendre pour mettre en musique leur univers délicieusement étrange, fantasmagorique et surprenant.

Pour s’en rendre compte, on s’écoute Rapunzel où l’on découvre derrière le rideau d’une longue introduction au piano toute mignonnette, une demoiselle bien plus angoissante…

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CamilleBertault

Notre entretien avec Camille Bertault

« J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre »

Après avoir fait le « buzz » avec ses vidéos postées sur Youtube dans lesquelles elle reprend vocalement des célèbres solos dont le Giant Steps de Coltrane, Camille Bertault a sorti un première album en quartet magnifiquement pétillant en mai dernier.

C’est installée à une terrasse ensoleillée, qu’elle est revenue, très gentiment, sur son parcours, ses vidéos, son album, son futur…

Camille Bertault

Comment êtes vous arrivée au jazz après avoir commencé par jouer du classique au piano ?

Camille Bertault : Mon père est pianiste de jazz amateur, c’est un très bon pianiste, c’est lui qui m’a appris le piano très très jeune, dès 4 ans. Comme en général le parcours classique, c’est le cas de le dire, c’est de commencer par le classique pour aller vers le jazz, il m’a inscrite au conservatoire à 7-8 ans à peu près. J’ai fait toute ma scolarité en piano classique. Je suis entrée dans un système de type « sport-étude » avec le matin école et l’après-midi conservatoire. C’est ce qui a fait que j’ai beaucoup étudié le classique pendant un certain temps. Je l’ai tellement étudié que je me suis fait une tendinite pour un examen, j’en ai eu marre. J’ai des mains très petites avec le petit doigt tordu, je n’ai pas vraiment des mains de pianiste. J’ai arrêté.

J’avais de la chance car mes parents sont de gros artistes, ma mère dessine, j’ai toujours fait à coté pas mal de choses, j’ai fait du théâtre, j’ai fait du chant lyrique, et à vingt ans, je me suis plutôt dirigée vers le théâtre. J’ai écrit des pièces pour enfants que j’ai montées à Paris. Petit à petit dans ces pièces j’intégrais de la musique, je revenais progressivement vers la musique. Il faut aussi dire que le jazz a toujours fait partie de moi car comme mon père en jouait, j’en écoutais énormément.

Je suis finalement revenue au conservatoire vers 25 ans. A 25 ans, j’ai vraiment étudié sérieusement le jazz, l’harmonie, la composition, l’improvisation…

Au piano ou au chant ?

Au piano, au saxophone et au chant. Le piano je m’en suis plus servi pour composer.

Camille Bertault

Votre album est issu d’un travail du conservatoire ?

Ce n’est pas vraiment un travail du conservatoire, c’est un projet que j’ai monté en trois ans, des textes que j’ai écrits, des compositions. Comme à la fin du conservatoire il fallait présenter un projet personnel, j’ai utilisé ce projet là. Mais j’ai voulu me faire un petit challenge, je l’ai adapté pour un chœur avec une rythmique, piano basse batterie. C’était assez ambitieux, j’ai passé beaucoup de temps, mais je n’ai pas eu cet examen et j’étais un peu énervée. C’est venu de là cette histoire de la vidéo de Coltrane. Je le raconte parce que c’est drôle comme anecdote et finalement les compositions sont devenues un album qui existe maintenant réellement. Je trouve ça intéressant. Il y a les examens, les jurys, il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui ne se fait pas et puis il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui se fait. Et c’est la même chose. C’est marrant.

Comment avez vous composé cet album ?

Ca s’est fait assez progressivement. Ce que je voulais c’était écrire en français. C’est important pour moi, c’est ma manière d’un peu me démarquer. J’adore écrire, j’écris depuis assez longtemps. Il fallait donc que les textes soient en français. Mes compositions se sont faites sur deux ans. En générale je les fais en étant au piano puis dès qu’il y a un motif qui me plait je l’enregistre, ou même je peux chanter dans le métro, dès qu’il y a un motif qui m’intéresse je l’enregistre. Le lendemain ou quelques semaines plus tard, je relie le tout. Ca peut donc être un assemblage de plein de moments différents. J’aime bien composer de cette façon. Mais il n’y pas forcément de règle. Je sais que pour cet album j’ai fait comme ça.

C’est un album très écrit ou il y a une part d’improvisation en studio ?

Il y a toujours beaucoup d’improvisations, mais le principe est toujours un peu le même. Il y a le thème, la mélodie, et les improvisations que font chaque musicien, le pianiste, moi. C’est la forme classique du jazz : un thème proposé, et chacun improvise autour des harmonies.

Vous pouvez nous présenter les musiciens qui vous accompagnent sur cet album ?

Olivier Hutman au piano…

Comment s’est faite la rencontre avec Olivier ?

J’avais déjà monté ce projet avec plusieurs musiciens. C’est très difficile de trouver quelqu’un de vraiment investi, sincèrement. Je n’avais pas forcément trouvé la bonne personne. A cette époque je prenais des cours avec Sarah Lazarus, qui est une super chanteuse et qui m’a dit « tu devrais rencontrer Olivier Hutman, il aime beaucoup accompagner les chanteuses. » Ce n’est pas forcément un argument qui marche chez moi parce que je n’aime pas les généralités, je n’aime pas me mettre dans le sac des chanteuses ou pas. Mais, je me suis dit que j’allais le rencontrer. On a joué mes morceaux, il a beaucoup aimé et j’ai senti que c’était une bonne personne humainement et artistiquement pour collaborer. Il m’a présenté ensuite Gildas Boclé et Antoine Paganotti à la batterie. Et ça a bien collé.

Le piano à une grande importance dans l’album…

Oui, c’est central. En général dans un quartet, le piano est un peu le noyau. D’abord le chant si c’est un album autour d’une chanteuse, puis le piano. Le plus important c’est le rapport entre le chant et le piano dans ce genre d’album.

Vous avez un type de chant avec qui fait la part belle au scat, pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas forcément un choix, peut-être que dans la mesure où j’ai fait beaucoup de piano, j’ai pas mal l’harmonie en tête, ça m’a donné cette possibilité de me balader plus facilement que si je n’avais pas fait autant de musique avant. Je trouve ça assez intéressant le contraste entre : On expose le thème, qui est écrit, puis à partir de ça on part vraiment où on veut. C’est comme une boite qui s’ouvre, et là on prend un envol.

J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre, c’est le piège. L’improvisateur peut se laisser aller dans le gout de l’improvisation et oublier l’auditeur. Ca peut être un petit peu barbant d’entendre une improvisation trop longtemps, il faut doser. Moi je me régale à associer la voix comme un instrument. Raconter une histoire avec le texte puis me défaire de ça et devenir une flute ou un saxophone.

Vous avez l’image d’une chanteuse pétillante, virevoltante, mais il y a aussi sur l’album des chansons un petit peu plus mélancoliques. Comment s’est fait ce choix ?

Tout cela, une fois que c’est fait on peut y penser et l’intellectualiser, sur le moment j’intellectualise pas forcément, ça fait juste partie de moi. Je suis quelqu’un qui est pas mal dans la joie de vivre, dans la gaité, mais il y aussi chez moi une part très sombre et très grave. Je pense que c’est important dans la musique que je fais qu’on ressente au maximum la personne que je suis. De toute façon, je n’y pense même pas, je sais que la chose se fera naturellement. Si je n’essaie pas d’être quelqu’un d’autre que moi, on arrivera à percevoir tous les éléments qui font ce que je suis.

Vous rendez hommage à Eric Satie, c’est un personnage, un musicien qui vous inspire ?

Il y a plusieurs messages là dedans. Déjà il y a mon parcours classique, Eric Satie fait parti du parcours obligé. C’est un compositeur très agréable à jouer quand on débute le piano, c’est de la grande musique, c’est très beau, c’est très sensible, c’est très fin, et c’est accessible techniquement. J’ai eu pas mal d’élèves pendant des années, et ça marche toujours Eric Satie.

Et puis c’était aussi un personnage, un personnage absurde. Ce type de personnalité m’attire. C’était quelqu’un qui n’était pas forcément pris au sérieux, parce que ce n’était pas un compositeur qui a une œuvre de la dimension de Ravel ou Debussy mais c’est quelqu’un qui avait une vraie personnalité. Justement dans le texte que j’écris, je fais référence aux petites phrases qu’il met dans ses morceaux, les nuances. Il met toujours des trucs un petit peu bizarre et je trouve que pour l’époque c’est courageux finalement, avec beaucoup d’humour. C’est pour cela que j’ai choisi ce personnage qui est assez modeste parmi tous ses autres contemporains.

Vous citez Brel « le talent c’est avoir envie de faire quelque chose » pour le titre de l’album, vous pouvez nous expliquez ?

Brel aussi est un personnage qui est important dans mon parcours parce que le texte, parce que l’expression, parce qu’être entier est pour moi, avant tout autre chose, la chose la plus importante chez un artiste. Peut-être que je vais dire des énormités, mais plus que la technique, plus que la justesse de la voix, l’important c’est l’intention, c’est d’être entier face à un public, donner absolument tout, réellement, sincèrement. Je trouve que Brel donnait vraiment tout de lui-même sur scène. Il y a aussi les textes et du coup cette phrase qui est toute simple, que je trouve belle et efficace. Il parle de l’envie et je trouve ça beau. J’ai voulu me servir de ça, en faire référence dans le titre.

Vous avez parlé de la vidéo sur Youtube qui a été un déclencheur pour l’album, vous continuez à faire des vidéos ?

Je continue un peu, j’en ai faite une il y a quelques semaines, où je fais un peu le clown… Le problème c’est que j’ai commencé à mettre des vidéos, j’en ai mis une dizaine, une quinzaine, et c’est apparu au final comme une performance : « voilà, regardez comme je peux chanter vite » C’est tellement pas mon but. Je me suis un peu calmée, parce que ça prend du temps d’apprendre que j’ai de plus en plus de travail, et que je veux surtout que ce travail soit bien compris. Pour moi c’est le plaisir d’avoir la sensation de chanter en même temps qu’un musicien que j’admire.

Ca a pris une ampleur incroyable, je suis très heureuse de ça, peut-être un petit peu trop grande pour ce que c’est… C’est un vrai débat ces histoires de performances. Apprendre des solos par cœur c’est quelque chose que tous les musiciens de jazz font dans leur apprentissage. C’est sûr que c’est beaucoup moins courant chez les chanteurs, c’est peut-être pour ça que ça a pris et que ça a fait le tour du monde. Je ne veux pas cristalliser le truc. Ca fait maintenant un an que j’en fais, j’ai envie de continuer les vidéos, mais de poster des choses très différentes, de mettre de l’humour, l’humour c’est très important, pas juste froidement chanter les solos parce qu’au final ça ne me correspond pas trop.

Vous parliez de préparation de ces vidéos, combien de temps il faut pour apprendre un solo ?

Ca prend entre une à deux semaines, où j’écoute le morceau pendant une heure par jour. J’en profite, dès que j’ai quelque chose à faire j’ai toujours mon casque sur les oreilles. Je peux aller faire des courses de 5 minutes, j’ai le casque sur les oreilles et c’est comme ça que j’apprends par cœur. J’aime apprendre les choses que j’aime pour pouvoir les incorporer.

Quelles seraient vos recommandations musicales du moment ?

J’écoute Elis Regina en boucle, la musique brésilienne énormément, Djavan, Nana Caymmi, Elza Soares, ce sont des voix que j’aime beaucoup. Dans la musique cubaine j’adore Chucho Valdés. Il y a un groupe que j’ai découvert récemment Hiatus Kaiyote qui est très chouette, j’adore les musiques un peu inclassables. Il y a un peu de jazz, mais ce n’est pas du tout que jazz, je trouve ça super intéressant. J’écoute pas mal Charlie Haden en ce moment. J’écoute beaucoup de choses différentes. J’adore aussi la musique bulgare, c’est super beau les chants bulgares… J’ai découvert Andy Bey il n’y a pas très longtemps, pianiste chanteur. J’adore Charlie Mingus. J’étais à New-York il y a trois semaines j’écoutais en boucle son album. Qu’est-ce que j’ai d’autres ? Nougaro, Léo Ferré…

Depuis un an c’est allé très vite, vous avez des articles dans Télérama, vous passez en radio sur Fip, TSF Jazz, comment vous le vivez ?

C’est une immense satisfaction ! Cet album je l’ai vraiment fait toute seule, je n’ai pas eu d’aide. J’ai écrit, composé, mis en place l’équipe, arrangé une date de studio, organisé un KissKissBankBank pour pouvoir le financer. C’était en amont de ce succès, avant que je mette les vidéos, j’avais tout monté toute seule avec des doutes. Evidemment en un an j’ai pris beaucoup d’assurance dans le bon sens du terme. Avec l’assurance on se rend compte aussi de ce qui reste à faire, c’est une infinité. Il y a une marge de progression, on n’est jamais arrivé au bout. C’est ça qui est génial aussi !

C’est une grande satisfaction que ma musique, mes textes soient compris, ça me donne envie de continuer. Cet album est peut-être, d’après moi, je peux me tromper, encore un peu timide par rapport à ce que je peux encore exprimer. Mais ça correspond à l’époque où il a été fait, je voulais montrer ce que je faisais. Maintenant je pense aller dans des directions encore plus affirmées.

Dans quels sens ?

Dans le sens, théâtral. J’ai envie de me détacher de la forme classique, on chante le thème, on improvise, ensuite on redit le thème. J’aimerai bien me séparer de la forme, aller plus vers l’histoire, aller vers quelque chose de plus théâtral, plus culotté, moins propre, moins poli.

Il y a un deuxième album en préparation ?

Là j’ai la chance d’avoir été contactée par des majors. Mon choix est en train de se faire et selon le choix que je ferai ça va complètement influencer le lieu, la date, le moment, l’équipe du prochain album.

C’est l’évolution parfaite. On ne pourrait pas rêver d’un meilleur parcours. Parce que je n’ai pas été forcée à faire des choses que je n’aimais pas, et je pense ne pas l’être par la suite. C’est vraiment positif.

Au niveau concert, on ne vous a pas vu dans la programmation des festivals de cet été 2016 ?

Mon cas est un peu particulier. Tout le monde me connaît sous le nom de « la fille qui a chanté Giant Steps ». Mon nom commence un petit peu à se distinguer par rapport à ce que j’ai fait. Mais mon album est sorti tardivement (ndlr en mai 2016). Et chaque festival s’y prend au moins un an à l’avance, c’est donc tout à fait normal que je ne fasse pas partie des festivals de jazz de l’été. J’ai beaucoup de dates quand même dans des plus petits festivals, plus modestes. Pour l’instant c’est bien, parce que ça se fait progressivement. L’album est sorti, je fais mon choix, je m’entoure de l’équipe qu’il faut et après je pourrais convaincre de mon projet. Le chemin se fait comme il faut, je pense.

Merci !

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Autour de Chet

Sandra Nkake, Airelle Besson – Grey December

Sans conteste Chet Baker fait parti de mon Panthéon musical, c’est aujourd’hui quelques grands noms tels que Hugh Coltman, Erik Truffaz, Charles Pasi, Rosemary Standley, Stéphane Belmondo, Piers Faccini, Sandra Nkaké, Airelle Besson et bien d’autres qui lui rendent vibrant hommage à travers le très joli Autour de Chet.

Vous trouverez en écoute Grey December magnifiquement interprété par Sandra Nkaké (au chant) et Airelle Besson (à la trompette) à la beauté claire / obscure si particulière de Chet Baker. Un blues en habit de soie qui traine sa solitude dans une chambre vieillissante d’un hôtel au passé dépassé. Intemporel et magique !

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Pauline Croze

Pauline Croze – La Rua Madureira

A quelques heures du début des jeux olympiques qui vont mettre Rio sous les feux du monde entier, je vous propose de plonger dans le merveilleux album de Pauline Croze Bossa Nova qui reprend en français quelques grands standards brésiliens.

Ne nous le cachons pas, le plaisir est immense de l’entendre accompagnée de sa guitare sèche, de sa belle sobriété, de sa voix sans extravagance qui nous chavire avec tellement de facilité.

Premier des onze titres, La Rua Madureira (composée par en Nino Ferrer en 1970) ouvre le bal de manière particulièrement poignante.

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Francos

Nos recos pour les Francos

Francofolies

Les Francofolies ouvrent leurs portent dans quelques jours sous le soleil de La Rochelle et mettront sur le devant de la scène une programmation particulièrement dense. Pour de ne rien louper d’important, nous vous faisons, petit veinard, une petite sélection (bien sûr, totalement subjective) !

 

Pain noirPain Noir

Parce que son premier album est beau, et qu’on apprend, via le site d’information Les Jours qui l’ont suivi à plusieurs reprises, que sa formation en concert est maintenant très bien en place…  « Pain-Noir a trouvé une nouvelle existence scénique et peut commencer à réellement défendre sa musique. »   (Les Jours)

 

Fiona WaldenFiona Walden

Parce que depuis notre interview, depuis la sortie de son EP Wanted, on n’a pas encore eu l’occasion de la voir sur scène (à part par vidéo interposée) !

 

 

Feu ChattertonFeu! Chatterton

Parce qu’en janvier dernier on a pris une grosse claque lors de leur passage au Trianon (Paris), et parce qu’on a beaucoup aimé ça, on en redemande encore et encore !

 

 

Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf

Parce qu’il a sortie 2 albums magnifiques Red & Black Light et Kalthoum (en hommage à Oum Kalthoum), qu’il a une soirée carte blanche et qu’on adore les surprises !

 

 

Clea VincentCléa Vincent

Parce que la pop électro de la « France Gall 2.0 » qu’on suit depuis 2014 devrait être encore plus mémorable sur une belle scène comme celle des Francos !

 

 

Bertrand BelinBertrand Belin

Parce que son dernier album Cap Waller est dans mon top 5 de 2015, parce qu’il est toujours surprenant, drôle et magique sur scène !

 

 

Raphaelle LannardereRaphaëlle Lannadère

Parce qu’elle est totalement magnétique sur une scène, se livrant comme peu d’artistes sont capables de le faire.

 

 

 

Sans oublier les Miossec, Jeanne Added, Lou Doillon, Emily Loizeau, Christian Olivier…

Une très belle semaine en perspective !

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DJ Shadow

DJ Shadow – Suicide Pact

Il aura fallu attendre son cinquième album (en 20 ans), pour qu’enfin nous réparions le manque de chronique de DJ Shadow « figure emblématique du mouvement hip-hop expérimental » (source Wikipedia).

Il est vrai que sa musique faite de samples, de boites à rythmes, de torsions électronique s’apparente plus facilement à de la musique contemporaine, qui peut sembler sous de mauvaise circonstances difficile de dompter, qu’à de la variété.

Lorsqu’on écoute son album The Mountain Will Fall (2016) au moment opportun, avec la bonne oreille, il dévoile alors une multitudes de facettes, d’ambiances, de paysages, qu’on prend plaisir à découvrir à chaque nouvelle écoute. C’est un album dense qui pose à chaque morceau les premières pierres de nouveaux chemins à explorés. Sans aucun doute un album référence qui en inspirera plus d’un.

Suicide Pact à l’écoute (à partir de 45min 03), est un très beau blues planant à la sauce électro-hip hop et tellement unique ! Un pur régal.

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