Notre entretien avec Yann Tiersen

Crédit photos : Delphine Ghosarossian

On se voit aujourd’hui pour parler de votre album Skyline. Tout d’abord, comment sont nées ces chansons par rapport à l’album précédent Dust Lane qui est sorti l’année dernière ? Ce sont des chansons qui avaient été composées en même temps pour les deux albums ?

Yann Tiersen : Ca dépend des quelles. En grande partie elles avaient été commencées au moment de Dust Lane, parce que je voulais sortir deux albums en même temps. Il devait y en avoir un avec des morceaux plus longs, le second avec des morceaux un peu plus courts, plus concis et ça devait être Skyline. Mais au final ce sont deux albums complètement différents, qui n’ont pas forcément à voir l’un avec l’autre. C’est une continuité, comme le prochain sera une continuité de Skyline. C’est juste que je ne suis pas parti de zero pour cet album, j’avais des embryons d’idées.

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Il n’y a pas d’invités sur cet album ?

Il y a Dave Collingwood qui fait les batteries, et Gaëlle Kerrien, une amie à moi, qui chante sur The Gutter. Après j’ai quasi tout fait, et on a enregistré les voix sur The Trial , tous ensemble, tout le groupe.

L’enregistrement c’est fait pendant la tournée ?

A la maison, à Paris, à San Francisco. Je l’ai mixé près de Litz.

Avant il y avait eu Dust Lane qui avait pris 2 ans, qui marque un virage…

Oui, ca marque un virage, mais ce n’est pas non plus un virage prévu. C’est juste que j’ai du terminé l’album Les Retrouvailles en 2003, il y a donc eu plein de temps entre les deux. C’est une évolution logique.

Parce que je n’ai pas eu le temps, parce que j’étais en tournée, parce que je faisais autre chose, parce que j’ai changé de maison de disque, mais si j’avais sorti un album tous les ans on n’aurait pas parlé de virage. C’est juste qu’il y a eu un grand laps de temps. Ce n’était pas conscient, c’était plus naturel.

Ces albums comportent des chansons anglo-saxonnes, ça aussi représente un virage, une volonté d’être plus international ?

J’ai jamais trop collé à la chanson française…

En fait il y a plusieurs raisons à cela. Une toute bête c’est qu’avec ma musique, et les gens que j’ai rencontrés, mes amis, plus cela a été, plus mon cercle d’amis ou les gens avec qui je travaillais étaient internationaux et pas seulement français.

Deuxièmement, je trouve que le français est une langue très belle mais, très compliquée quand on veut faire du rock. C’est une langue qui est vachement analytique, très basée sur la syntaxe, et moins sur les mots.

Je raconte toujours cette anecdote, quand on était en tournée à Sofia en Bulgarie, on était dans un hôtel, il y avait une citation d’Aristote sur l’art. C’était en bulgare, en allemand, en anglais, en français. Cela prenait trois lignes dans toutes les langues, en français ça en prenait sept ! Ou, sur Dust Lane, parce que c’est l’un de mes écrivains préférés, j’avais pris un extrait du chapitre 19 du Sexus d’Henry Miller, sur le ghetto juif à Brooklyn qui se termine par « Exactly nothing ». En français la traduction, et c’est pour moi la traduction la plus juste, je ne sais pas comment on peut traduire ça autrement, c’est « très exactement le néant ». Voilà, il y a une logique à ça, pour moi l’anglais est plus naturel.

Après, je suis né en Bretagne, j’ai grandi en Bretagne, plus je voyage, plus je me rends compte que culturellement il y a un fossé énorme entre la Bretagne et la France. C’est juste des cultures complètement différentes, je ne suis pas nationaliste (rires). Disons que la culture française est très latine alors que la culture bretonne pas du tout. Tout découle de ça. J’ai grandi à Rennes, les groupes que j’ai adorés, même rennais (Marquis de Sade), ils chantaient en anglais. J’ai jamais baigné dans la chanson française en fait. Ca a toujours été loin de moi.

Comment compareriez-vous Dust Lane et Skyline ?

Je pense que Skyline va plus loin. Il y a eu deux ans d’intervalle entre les deux albums. Du coup ils sont proches, mais ils sont loin comme deux albums avec deux ans d’écart. Moi aussi j’ai évolué, j’ai poussé des choses un peu plus loin, je me suis servi inconsciemment de l’expérience de Dust Lane.  J’ai plus travaillé les cœurs par exemple, je les ai fait moi-même, ou j’ai plus travaillé sur la voix, il y a beaucoup plus de synthé.

Le fait d’avoir changé de label, qu’est-ce que cela a changé ?

Plein de choses.

J’étais super content de mon premier label Ici D’Ailleurs, après j’ai signé chez Labels qui faisait parti de Virgin, mais qui était vachement indépendant dans l’âme. L’histoire de ce label c’était de distribuer 4AD, et d’autres groupes en France et de s’occuper d’artistes. J’étais super à l’aise avec ça, mais après il y a eu la fusion avec Virgin en premier, puis après avec EMI. Je me suis retrouvé dans une major company, avec les mêmes gens qui étaient supers, que j’adore, mais qui devaient bosser de la variété et moi en même temps. Ils n’avaient pas le temps. Et moi, ça ne me correspondait pas. J’achète des disques de labels indépendants, j’ai jamais été très major. J’ai rien contre, en fait si, mais maintenant c’est fini, enfin, ça n’a jamais été mon truc. Quand on a arrêté de travailler ensemble, justement, j’ai pris le temps. Je voulais signer avec un label anglais parce que notre réalité elle était aussi internationale, voire plus internationale que français. Je n’avais pas envie de me tirer une balle dans le pied, d’avoir un label français qui de part le coté un peu fermé de la France, mais pas de la faute des labels, a du mal à s’exporter. Ensuite, les premiers a avoir voulu sorti l’album c’était Mute et j’adore ce label, j’étais super fier. Au Etats-Unis, c’est Anti qui est aussi un super label.

Donc ça change tout parce que je peux aller voir les gens de ma maison de disque et je reviens avec plein de disques que je vais écouter, que j’aime. Je suis assez fan du catalogue de Mute. On peut parler musique, c’est beaucoup plus logique.

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