Notre entretien avec Alexis HK

« Engagé oui, …, surtout indigné ! »

C’est à l’occasion de la sortie de son nouvel et très bel album Le Dernier Présent, que nous avons eu le privilège de poser quelques questions à Alexis HK, l’homme à la voix de velour et aux textes subtils.

Qu’est-ce qui vous a servi de moteur pour la composition de votre nouvel album Le Dernier Présent ?

Alexis HK : Il n’y a pas vraiment de moteur, c’est un album un petit peu introspectif. S’il y a un moteur c’est un certain regard sur là où j’en suis, sur ce que je pense du monde, sur ce que je ressens par rapport à l’époque, par rapport à plein de choses.

J’ai essayé d’être au plus prêt possible de ça, au milieu d’une grande vacuité aussi, parce qu’il y a des moments où je me sens extrêmement vide. J’ai l’impression qu’il y a une espèce de blues du vide, de peur du vide. Et donc au milieu de tout cela, il y a des choses qu’on ressent, qu’on a envie de dire. Je dirais donc l’introspection, si je veux faire court.

[nggallery id=54]Photo par Delphine Ghosarossian

Comment présenteriez-vous l’évolution entre Les Affranchis et ce nouvel album ?

Je ne sais pas trop comment répondre à cette question, je pense que c’est un changement, mais dans la continuité. C’est une évolution qui se fait par la vie elle même. Entre deux albums il y a plusieurs années, l’évolution est naturelle, elle se fait d’elle même. Parce qu’on vit des choses, on traverse de nouvelles séquences, de bons moments de vie. Mais on ne se dit pas en nous même « alors comment on évolue ? » Ca ne fait pas l’objet d’un calcul rationnel.

Ce n’est pas moi qui décide d’évoluer sur telle ou telle chose. Il faut être au plus près de ce que l’on a envie de faire. Je pense que la première qualité, que la seule qualité c’est la sincérité, c’est l’authenticité, d’être ce qu’on est, ne pas essayer de s’inventer des trucs qu’on n’est pas. C’est ce que j’ai essayé de faire. Après comme on ne pense pas la même chose quand on a 38 ans que quand en on a 35, 25, il y a forcément une évolution, de fait. Dans plein de chose, dans la musique, dans les bandes sons, dans les paroles. On prend aussi leçon des erreurs du passé. C’est ça aussi l’évolution. Mais ce n’est pas calculé, c’est naturel.

Peut-on parler d’un album engagé, voire très engagé avec des titres comme Charité Populaire, On Peut Apprendre ?

Il n’y a pas le même ton entre ces deux chansons. Charité Populaire c’est vraiment une chanson qui s’amuse à dire que « ce n’est pas parce que tu es de gauche que tu ne peux pas fréquenter des femmes de droite » et en même temps qui dit « n’hésitons pas à faire l’amour avec l’ennemi », mais pour rigoler.

Par contre On Peut Apprendre est sur un ton un petit peu plus corrosif, pour dire « qu’il y a ces derniers temps une sorte de classe dirigeante, puissante, très fortunée, qui a compris comment faire pour être puissante et fortunée et qui ne lâchera pas ses privilèges ». A une autre époque on leur coupait la tronche à coups de baïonnette, aujourd’hui, c’est plus difficile. Si le monde devrait changer, cela devrait venir d’eux. Mais je n’ai pas l’impression qu’ils soient prêts à le faire. J’avais envie d’en parler. Il y a une indécence porcine des ultra-riches, avec en plus un relais médiatique où on nous vend des magazines avec les russes de la Côte d’Azur, on nous fascine comme ça avec des gens qui ont des maisons merveilleuses. Ca frôle l’indécence, et à certains moments on a envie d’en parler avec les petits moyens qu’on a. Les petits moyens c’est de faire des petites poésies.
Engagé oui, trop engagé, ça me parait excessif comme terme, surtout indigné !

Au niveau de la musique on trouve de la guitare, du piano, de l’accordéon, n’avez-vous pas eu envie comme beaucoup de chanteurs français actuellement d’y inclure une touche d’électronique ?

Non. J’aime beaucoup la musique électronique, mais je trouve qu’en chanson française ça ne marche pas. La plus part des mecs qui font ça, ce n’est pas très beau. Je l’ai déjà fait avant. Là je voulais une orchestration évidente, simple, qui mette en valeur les chansons. Si j’avais commencé à mettre des beats électro derrière, cela aurait été « vas y mon gars, bouge sur le dancefloor ». Ca n’a pas trop d’intérêt. Il faut avoir un minimum de cohérence artistique. Là ça ne collait pas.

Mais je n’ai aucun mépris pour la musique électronique, bien au contraire. Et je trouve qu’avec des machines on peut faire du son incroyable. Je trouve ça plus adéquate pour du hip-hop, pour de l’électro que pour de la chanson. Surtout pour ce genre de chanson.

Princesse de Papier est né d’une mauvaise expérience personnelle ?

Non, elle a été écrite pour quelqu’un d’autre au départ, pour Clotilde Courau qui est une amie, qui m’avait dit fait moi une chanson qui s’appelle Princesse de Papier. Elle avait trouvé le titre, j’avais trouvé ça super. Ca m’a parlé, et je me suis dit qu’avec certains médias, avec une certaine presse, l’image du monde est complètement biaisée. Et la presse people est aujourd’hui les journaux les plus vendus, les plus gros tirages. Je trouve ça d’une pauvreté, et surtout d’une fausseté incroyable. La plupart des informations qui sont délivrées sont des photos volées, merdiques, c’est un storytelling à deux francs. Quand c’est une princesse qui vous demande d’écrire une chanson comme ça, ça vous inspire encore plus.

Je suis un peu fatigué en fait de cet environnement là, j’ai l’impression que ça n’enrichit pas les gens. Que les gens se laissent un peu prendre parce qu’ils sont fatigués aussi, tout le monde est fatigué.

Moi, je n’ai pas eu de mauvaise expérience avec la presse people, car je n’y figure pas, et je prends bien soin d’avoir une activité qui me permette de ne pas les intéresser. Mais j’ai compris, au travers du témoignage de Clotilde, à quel point cela pouvait être difficile d’être sous les feux de ces projecteurs là. Il n’y a aucune décence.

Merci

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