Bad Lieutenant – Octobre Rouge

Octobre RougeJ’ai choisi cette semaine un morceau qui s’intitule Bad Lieutenant, dernière piste du 1er album d’Octobre Rouge, 24 Sur 7, paru en 2002 sur le label Colekt’or.

Groupe nord-parisien formé en 1997, Octobre Rouge annonce la couleur rien qu’à son nom, qui cite à la fois la Révolution de 1917, le film de John McTiernan et le quartier de Château Rouge, 18e arrondissement. Autrement dit : une révolution dans le rap qui agit en sous-marin en plein cœur de Paname. Underground. Des sorties à quelques petits milliers d’exemplaires, un label très loin des majors, une écriture et un son à une éternité du formatage Skyrock, pas de fausse bohème, mais plutôt des vrais shlags…

C’est ce qui m’a attiré chez eux, j’avais 16-17 ans. A l’époque, je sens le rap s’assécher, se répéter, se caricaturer à l’envi, décliner ; surtout, il devient mainstream, s’institutionnalise, entre dans les mœurs. Moins excitant, moins innovant. Après la brillante décennie 1990, je cherche autre chose, me tourne vers TTC, Klub des Loosers, Octobre Rouge, La Caution, les Svinkels, je m’abonne à Groove Mag pour trouver d’autres sonorités ; le n° 64 regroupe IV My People, Pit Baccardi, Snoop Dog, Hifi, l’excellent Slum Village, et le Vas-y Colle d’Octobre Rouge.

Je passe à la Fnac et déniche l’album 24 Sur 7. Une petite tuerie underground, cohérente et originale. Les thèmes abordés innovent, et sont traités avec force et humilité (le collage d’affiches, L’Indifférence, le travail des huissiers face à la misère, etc.). Ça pue la rue, ça transpire le trottoir du 18e ; c’est la différence avec Booba ou La Fouine ! Tellement écouté que mon disque est rayé, aujourd’hui.

Bad Lieutenant fait référence au film d’Abel Ferrara, véritable descente aux enfers d’un flic ripou interdite aux moins de 16 ans. Aidé par Sterna, sur une prod’ de J.R., les deux MCs Grain D’Caf et L.O.G.A.N. (Voodoo n’a pas de couplet) s’en donnent à cœur joie sur la corruption dans la police, entre street réalisme et fantasme ciné. Une atmosphère inquiétante, un beat entêtant, des lyrics qui cognent :

« T’es grossier, sale bicot, t’alourdis ton dossier, questions posées à huis-clos/Y’a moi le suspect JP son P38, j’résume le coup part, affaire classée sans suite ».

Ce qui est intéressant, c’est qu’ils proposent un truc suffisamment original pour sortir du lot, et en même temps qui reste accessible à la planète hip hop, au contraire de projets comme L’Atelier, par exemple. Entre albums, maxis, street albums, collaborations, et drames (RIP DJ Manifest), Octobre Rouge continue de tracer son sillon sans avoir besoin de courir après la street credibility, tout simplement parce qu’ils ont l’art et la manière de raconter la rue qu’ils vivent, sans artifice, sans fake…

A l’écoute après le break

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Informations complémentaires

  • Titre: Bad Lieutenant
  • Durée: 4min 25s
  • Artiste(s): Octobre Rouge
  • Album: 24 sur 7
  • Label: Colekt’or
  • Date de sortie: Septembre 2002

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