Notre entretien avec Arno

C’est lors de sa venue à Paris pour quelques concerts, dans les coulisses du Café de la Danse, que nous avons eu le privilège de poser quelques questions à Arno. Il nous a très gentiment répondu avec sa voix grave et pleine d’humour.

Je vais commencer par une de vos citations : « J’utilise la connerie des gens pour faire des chansons ». Vous avez beaucoup d’inspiration en ce moment ?

Arno : Oh oui. Aujourd’hui le monde est en train de changer, la crise, tout ce qu’il y a autour de ça, c’est comme si on était dans les années 30. C’est une période très riche pour nous, durant laquelle beaucoup d’artistes ont inventé de nouveaux trucs, le surréalisme, le dadaïsme … Pour la musique c’était une période très riche. On est dans le même bazar.

Les gens ne profitent pas assez de cela je trouve. Les gens sont nostalgiques, on est un peu trop dans le passé. J’espère qu’une nouvelle révolte des jeunes va venir. Je ne sais pas dans quelle direction. Ca c’est la « question mark ». Je suis très curieux. Comme je suis un touriste dans la vie, je regarde les autres. Je suis très curieux de savoir dans quelle direction on va évoluer.

L’économie est dans la merde, le conservatisme est en érection comme la tour Eiffel, la gauche est devenue droite, la droite est devenue extrême-droite. Dans les religions aussi il y a plein d’extrémismes. Il y a un danger d’extrémisme, ça c’est dangereux. On a vu ça dans les années 30 aussi.

Vous êtes assez pessimiste…

Un pessimiste c’est quoi ? Un optimiste avec beaucoup d’expérience. (rires)

On est moche, mais on s’amuse (rires)

C’est pour cela que vous lancez un appel avec cette première chanson Show of Live ?

Je constate seulement. Je ne veux pas changer le bazar. Je n’aime pas travailler. Comme je l’ai dit, l’être humain m’inspire. Peut-être les autres artistes sont inspirés par d’autres trucs. Tout le monde ne doit pas être comme moi, sinon on va être dans la merde. (rires) Quel bazar dit ! (rires)

Vous considérez donc votre album comme votre vision de la société d’aujourd’hui ?

Je n’ai pas dans l’idée de changer les gens, je constate seulement. Je ne suis pas un politicien. C’est l’album d’une époque. Peut-être dans un an je ferai un autre album sur un autre bazar.

Quand je fais une chanson, je suis très impulsif. Comparé à certains artistes qui mettent 3-4 ans pour faire un album, moi je mets deux mois. Je ne réfléchis pas trop. Ceux qui pensent sont les sœurs catholiques qui sont payées pour ça. Je ne suis pas catholique. Je suis Arnoiste ! (rires)

Pouvez-vous nous dire deux mots sur la pochette de l’album assez surréaliste ?

J’ai eu une idée, un truc inspiré du surréalisme. Je vis dans un pays très surréaliste (ndlr la Belgique). Magritte était belge. Je vis dans une ville où il a vécu, entre Ostende et Bruxelles. J’ai eu une idée de mettre un « pickup » et à la place d’un vinyle un plie. Dans ma langue, un plie c’est une « plote ». Et « plote » c’est comme vinyle, un disque dans mon patois. Un « plote » c’est aussi un poisson, le plie. Je me dis « tiens, je mets le plie sur le tourne-disque comme ça ». Mais on a pris des photos et ça ne fonctionnait pas, car le poisson est trop plat. J’ai pris une daurade, c’est plus visuel.

Le titre Futur Vintage fait se télescoper le futur et le passé…

Sans le passé, on n’a pas de futur. Sans l’histoire, il n’y a pas de futur.

J’ai utilisé des inspirations de mon passé musical pour faire des trucs d’aujourd’hui. Le futur je m’en fous, je vie dans le présent. Le passé et le futur c’est mort. Ce qu’on dit aujourd’hui, demain c’est déjà mort.

J’utilise des trucs du passé pour faire des trucs du présent.

On n’a pas assez en mémoire le passé ?

Je ne suis pas nostalgique. De temps en temps j’ai des flashbacks du passé, mais j’aime pas ça, je ne me sens pas bien avec. J’ai une vie formidable, j’ai vécu avec mon cul dans le beurre. Je suis la première génération qui n’a pas eu de guerre. Mon père a eu une guerre mondiale, mon grand-père deux. Nous dans les années 60, 70, 80, c’était olé, olé. « the sky was the limit ». J’étais à Kapmandou avec 500 euros aller/retour, pendant 4 mois. On partageait tout. On a vécu tout ça, donc je ne peux pas me plaindre.

Maintenant je regarde tout le bazar, comme un touriste au soleil. Je trouve ça génial. Mais c’est la crise ! On a tout, mais on a rien ! Dans les supermarchés on doit choisir entre 50000 yaourts …

On a perdu l’essentiel ?

Je pense. On va apprendre à retourner aux sources.

L’Europe n’a plus la richesse, « babylone is falling ». Mais… je regarde. (rires)

J’ai lu un commentaire « Arno est le seul artiste qui arrive à me faire rire et me faire pleurer dans la même chanson ». Est-ce que vous vous reconnaissez ?

Oui, c’est peut-être du blues. Par exemple Edith Piaf c’est du blues.

Ma base musicale quand j’avais 15 ans, c’était de la british pop comme les Kinks, les Rolling Stones des années 60. Un jour, à l’école, un prof de math moderne qui m’a dit « Arno j’ai un truc pour toi ». Il me donne cinq disques vinyle. C’était Muddy Waters, Fred McDowell, Sonny Boy, Lightnin’ Hopkins, du blues, du blues du Mississipi. J’étais vendu ! Dans le blues il y a une larme et un sourire. J’étais accroc à cette musique. J’aime aussi les Kinks, Ray Davies, pour ses paroles, mais il vient aussi du blues. Sans le blues il n’y a pas de rock’n roll.

C’est très bizarre, il y a deux ans Ray Davies m’a invité à chanter sur son disque. J’étais fan de lui quand j’avais 15 ans. Et 50 ans après il me téléphone. Lui aussi il a une larme et un sourire. Je suis peut-être accroc à ça.

C’est dans mes gênes aussi. Je ne me prends pas très au sérieux. C’est très dangereux. Il faut toujours relativiser. Quand il arrive quelque chose, il faut se dire qu’il y a toujours plus grave que ça… C’est peut être ça que j’utilise, les deux extrêmes, pour faire un mélange, un pot au feu.

La musique c’est des émotions. C’est pour ça que les gens écoutent une chanson ou vont voir des concerts, c’est physiquement et mentalement. Quand le physique et la tête font un mariage on jouie… je pense.

Comment c’est fait la collaboration avec John Parish ?

Je le connaissais d’avant parce qu’on a fait déjà des trucs ensemble, ici à Paris.

L’année dernière j’étais au Canada pour finir ma tournée précédente, en décembre. Quand on est en tournée, tu ne dois rien faire, tu ne dois pas faire le ménage, le seul truc que tu peux faire, c’est te promener dans les villes comme un touriste et tu regardes les gens, les journaux. Je traine dans les rues, dans les bars (ce n’est pas bien pour ma santé) et j’ai commencé à écrire des chansons.

A la mi-janvier j’avais écrit 20 chansons. J’ai enregistré les « basic tracks », j’ai pensé à des musiciens, j’ai pensé à John Parish. Je l’ai appelé « tu veux faire un disque avec moi ? » J’ai envoyé toutes mes chansons. Le lendemain j’ai demandé « oui ou non ? ». On est resté trois semaines à Bristol en tout et pour tout. Le disque était terminé.

Pour en savoir plus sur Arno :

Laisser un commentaire