Strass Et Paillettes – Booba

BoobaJ’ai choisi cette semaine un titre de Booba feat. Ali, Strass Et Paillettes, présent sur son premier album solo Temps Mort (2002), sorti chez 45 Scientific et distribué par BMG. Il contient un sample de Children Of The Sun, du groupe funk Mandrill sur l’album Mandrill Is (1972).

On s’attaque ici à un cas particulier dans le rap. Le petit ourson clive. Les uns l’acclament comme le nouveau poète des temps modernes, au-dessus du lot, quand les autres le descendent comme un voyou capitaliste, cynique et sans talent. Ce que j’en pense ? J’ai découvert Elie Yaffa au tout début du millénaire, sur la compil 45 Scientific, sortie en 2001 : Lunatic, LIM, Hifi, Ill, Malekal Morte, X-Men. J’achète Temps Mort, tombé sous le charme morbide du 92… C’est une claque hardcore, mais pas comme on entend souvent ce terme : des instrus lourdes, dark, tantôt froides comme le cuir, tantôt chaudes comme le sang, au tempo souvent ralenti, un flow hautain qui déchiquette des textes désabusés, à la prose directe, fine et tranchante. Une attitude de crapule, un comportement do it yourself (Booba, Geraldo et Ali fondent le label indépendant 45 Scientific : « Delabel, Sony ou Virgin, vous comprenez, mon style n’a pas b’soin d’vigile »).

Strass Et Paillettes me fait souvent penser à Si Tu Kiffes Pas… (1) Booba le dit souvent dans ses lyrics : « Ma vie, un putain d’cul de sac ». Sombre. Dans les médias, Booba revendique souvent un certain bling bling, bien avant Sarko. Mais la différence est grande : le bling bling de B2O est déprimé, désabusé, une espèce de nihilisme dans la réussite, de loose dans la win, quand Sarko en fait quelque chose de triomphant, décomplexé, finalement plus repoussant… « Né dans une cible, on a coupé mon cordon avec une scie, neuf mois dans un bunker, le majeur debout, l’daron a craché dans un chargeur ». Chez lui, le bling bling est une nécessité. « J’suis pas le bienvenu, mais j’suis là » : alors il avance, fait son trou, « obligé d’acheter [sa] liberté », et emmerde le reste du monde. Sexiste, vulgaire, homophobe, antischmidts, on a tout dit. Peut-être que sa plume a besoin de cet état d’esprit pour briller. Le mec chute (collaborations avec Tony Parker, fight avec les députés, fiasco Urban Peace en 2008, prods singeant le plus mauvais du hip hop US), mais se relève et tape fort (qui entend encore parler de MC Jean Gab1, de Sinik, de Diam’s, de La Fouine ?)…

Fuzati évoquera ce sale fils du hip hop (« Mauvaise graine, cracheur de haine, dealer de rimes urbaines/Tass, Merco, porteur de chaîne en roro/Souvent entre deux joints il rêve de passer en radio »)… Son point fort ? Longévité, prolificité, succès. C’est grâce à ça que sa plume fulgurante et crue peut s’épanouir. « J’ai fait la guerre pour habiter rue de la Paix/Je ne manque jamais à l’appel quand c’est le jour de la paie ».

A l’écoute après le break

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Informations complémentaires

  • Titre: Strass Et Paillettes
  • Durée: 4min 48s
  • Artiste(s): Booba
  • Album: Temps Mort
  • Label: 45 Scientific
  • Date de sortie: Décembre 2009

(1) Lunatic, sur l’album Mauvais Œil, en 2000.

5 thoughts to “Strass Et Paillettes – Booba”

  1. J’ai jamais été fan de Booba, mais c’est vrai qu’il est détenteur de punchlines qui ont marqué le rap français, mais quand on l’entend dire « Nique le strass et les paillettes’, et qu’on compare avec le Booba d’aujourd’hui, ça sonne pas vraiment vérité absolue ! Dons voyou capitaliste, peut être, sans talent, ta chronique prouve en partie le contraire.

    Quand à Sinik, c’est vrai qu’on l’entends plus beaucoup depuis « Ballon d’or » qui n’a pas été super bien reçu alors que son dernier album « La plume et le poignard » recèle quelques pépites comme le morceau « 16 Verites » avec Médine que je vous recommande !

  2. Chère Lucie, merci d’être aussi réactive !
    C’est vrai qu’il y a comme une sorte de reniement quand on entend « Nique le strass et les paillettes », mais c’était il y a dix ans, alors qu’il était arrivé dans le rap avec son crew contre les majors… Quand on a goûté au mode de vie triomphant auquel il a goûté, on le comprend (mais on lui en veut) : rester dans la facilité pour éviter de choquer, et donc de perdre une partie de ce qu’on a… Disons que « Nique le strass » était vrai en 2002. D’ailleurs, la punchline qui clôt ma chronique est claire et nette : maintenant, il habite rue de la Paix et ne rate jamais le jour de la paie, ce qui est vrai aujourd’hui !
    Quand à Sinik, disons que je n’ai jamais été fan de son hip-hop, mais comme je suis curieux, j’irais écouter vos conseils, chère Lucie…
    A bientôt

  3. Hello Lud,

    Je ne sais pas si Booba reste « dans la facilité pour éviter de choquer » mais moi j’ai plutôt tendance à penser que plus l’écriture est simple, plus la production sera rapide et plus les gains arriverons rapidement par la même occasion…

    Et quand on est artiste et que l’on se rend compte que l’on vend autant (voire plus) en faisant artistiquement moins bien (donc en se prenant bcp moins la tête au final et en gagnant du temps sur une écriture / prod. plus poussée, et que le temps c’est de l’argent), on a tout intérêt à rester dans « la facilité » mais c’est justement cela qui est dommage chez le Booba d’aujourd’hui (il n’y a pas que lui d’ailleurs) parce qu’il nous a montré par le passé qu’il pouvait faire nettement mieux. Donc le problème, c’est pas tellement le fait qu’il ne rate jamais le jour de la paie (il a toujours montré un penchant pour l’argent) mais plutôt pourquoi il le gagne..

    Enfin, je t’embetes mais ce n’est pas le sujet de la chronique 🙂

  4. Non, tu ne m’embêtes pas du tout, au contraire !
    Tu as tout à fait raison. Le rappeur Grems (dont j’ai fait le portrait sur mon blog et que je chroniquerai bientôt ici) a une réflexion là-dessus : quand tu es un artiste et que tu vis de ton art, c’est très tentant de le rendre « facile », comme tu le décris. Parce qu’il faut bien bouffer ! Dans le monde d’aujourd’hui, aussi instable, aussi incertain, aussi rapide, vivre de son art est de plus en plus difficile, donc tomber dans la facilité est devenu commun…
    A bientôt, chère Lucie, sache que j’adore dialoguer avec toi sur la musique !

  5. Ah ça va alors si cela ne t’embêtes pas !

    Oui c’est sure que c’est tentant, après je dis ça mais je ne sais pas au fond comment je réagirais vraiment si je me retrouvée dans cette situation.
    Hate de lire ta chronique sur Grems, rappeur que je ne connais pas encore.

    A++

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