Notre interview de Pumpkin

Pumpkin« Le rap c’est vraiment le truc où je suis libre de faire ce que je veux »

Artiste Hip-Hop indépendante, aux productions et textes riches, Pumpkin fourmille de beaux projets, un EP Silence Radio en 2012, la création d’un label associatif Mentalow, le projet très original Like An Automatic Weapon, la très belle mixtape Mentalow Mixtape Vol.1. C’est un dimanche de décembre que nous avons le plaisir d’échanger avec elle, pleine de passion, de liberté et bien décidée à continuer à avancer.

Tu n’es ni orange, ni un légume, peux-tu nous dire d’où vient ce pseudo : Pumpkin ?

Pumpkin : Qui te dis que je ne suis pas un légume ? (rires) En fait moi, c’est tout ou rien, c’est-à-dire soit je suis à 100%, soit je reste en pyjama toute la journée, je peux donc être un légume si je veux !

Non, en fait, ça me vient d’un séjour en Australie que j’ai fait quand j’étais ado, je suis partie pendant un an entre 16 et 17 ans. Dans une des familles dans laquelle j’étais, on mangeait beaucoup de potirons, de courges… Le mot « pumpkin », c’est un mot que je ne connaissais pas avant, mais qui faisait partie de ma vie quotidienne là bas. Je trouvais le mot drôle en soi, au-delà de la définition, j’aimais la sonorité et je trouvais que c’était « catchy » comme disent les anglais, il y a un truc. C’est un choix que j’ai fait quand j’étais ado mais que j’assume encore aujourd’hui, je trouve que cela me va bien.

Ce qui est drôle quand tu choisis un pseudo, c’est qu’il y a cette période où c’est un délire, après ça s’installe vraiment, les gens t’identifient avec ce nom là. Ce personnage entre guillemet a une vraie identité. Maintenant, c’est mon alter égo, c’est vraiment moi. Je me suis quand même posé la question, ok c‘est cool Pumpkin, ça sonne bien mais faudrait pas non plus que le sens du mot soit ridicule. Je me suis dit : « est ce que ça me va ? » Citrouille, orange, je trouvais ça drôle, j’ai dit bon bah ok ça me va ! Mais je ne fais pas toute ma communication autour de la citrouille parce que ce serait quand même un peu lourd.

La zik de Pumpkin, concrètement c’est quoi ?

La musique de Pumpkin, c’est du hip hop. Après, j’ai toujours des difficultés à expliquer avec des mots ce qu’est la musique puisque la musique c’est quand même quelque chose qui se ressent, c’est beaucoup de sentiments. Maintenant, j’invite les gens à écouter et à décider eux-mêmes de ce que c’est. C’est difficile de mettre des étiquettes et c’est toujours un peu réducteur. Je préfère que les gens écoutent et se fassent une opinion.

Qu’est ce qui t’a poussé à faire du rap, comment s’est passée ton éducation musicale ?

Ce qui m’a poussé à faire du rap, c’est quand j’ai découvert Mc Solaar au début des années 90 avec son premier album. Ado, j’écrivais déjà des poèmes dans ma chambre, j’étais sensible à l’écriture, quand j’ai découvert le rap, c’était comme une porte ouverte à l’expression orale. J’ai trouvé des similitudes entre la manière dont lui écrivait ses chansons et ce que moi j’écrivais en poésie. Du coup je me suis dit « Ah ouais, on peut chanter sans savoir chanter», je trouvais cela génial. Je viens d’une famille d’artistes, mon père est musicien et pianiste, ma mère est danseuse, j’ai un grand frère et un grand père qui eux aussi, sont musiciens. Moi, j’étais un peu le vilain petit canard, j’ai essayé de faire du solfège, j’ai un peu essayé de faire du piano, et à chaque fois, au bout de 3 mois, ça me saoulait. Je n’étais vraiment pas faite pour ça. Je pense qu’il y avait aussi l’esprit de contradiction, ne pas avoir envie de faire comme les parents. J’ai juste tellement aimé ce truc-là, que je suis partie à fond dedans. J’ai aussi fait un peu de danse, du hip hop. A l’époque, ça faisait partie de toute une culture, la danse et le rap étaient beaucoup plus liés, pour moi c’était logique.

Raconte-nous un peu la 1ère fois où tu as osé rapper devant quelqu’un d’autre ?

J’avoue que je ne m’en souviens pas avec exactitude. Par contre, je pense ne pas me tromper en disant que c’est devant la copine avec qui j’ai monté mon premier groupe Positive Mystic, qu’on a ensuite découpé en PosMis. C’était autour de 1995/96. En fait, c’est vraiment lorsque j’ai rencontré cette fille là que j’ai commencé à rapper. On s’est trouvé la même passion et on s’est dit qu’on allait monter un groupe. Tu sais, un peu comme des mecs qui se disent « On va faire un groupe de punk », peu importe, « ok, moi je vais jouer de la basse, tiens moi je vais jouer de la batterie… » et en fait, personne n’a aucune idée de comment on joue des instruments ! Nous c’était pareil, on avait juste envie de s’amuser donc on a fait un groupe toutes les deux. Ca a commencé comme ça.

Pour en revenir à la Pumpkin d’aujourd’hui, on t’as récemment vu dans le cadre de la « Scène Zebrock » de la fête de l’Humanité 2013, comment en es-tu arrivée là et comment as-tu vécu cet évènement ?

Pour faire court, il y a plusieurs années, j’ai fait quelques morceaux en première partie d’un groupe qui s’appelle Ladi6 à la Bellevilloise et ce soir-là, leur ingé son (celui de Féfé, mais aussi ancien ingénieur son de Saïan Supa Crew…) a eu un coup de cœur pour moi. Il nous a suivis et m’a envoyée un mail en me disant de ne pas hésiter si j’avais un jour besoin d’un ingé son. Il m’a mis en relation avec la salle de musique actuelle Canal 93 à Bobigny parce qu’on cherchait une résidence pour pouvoir préparer notre live, et grâce à lui, on a fait une résidence là bas pendant une semaine. C’est pendant cette résidence que le programmateur de la salle, qui fait partie de Zebrock, nous a vu et nous a proposé de nous inscrire. Moi je ne connaissais pas du tout et je ne savais pas ce que c’était. Il nous a inscrits et j’ai été sélectionnée. J’étais contente, mais en même temps, je ne savais pas pourquoi je devais l’être puisque finalement je ne savais pas trop ce que c’était. J’ai fouillé et me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de groupes inscrits pour seulement 10 pris, c’était cool. Bien que nous ne fassions pas partis des trois finalistes, un prix spécial a été créé pour nous : le prix spécial du Jury. C’est ça qui nous a fait jouer à la Fête de l’Humanité. On a aussi fait le Printemps de Bourges l’année dernière. 2013 qui a suivi la sortie de mon album Silence Radio en novembre 2012, a été une belle année en fait, une année très riche, sans tourneur on a fait une vingtaine de dates.

Comment a été accueilli ton EP « Silence Radio » ?

Je dirais que c’est le projet qui a permis à Pumpkin de faire vraiment partie de la scène rap française « indé ». Il y a plein de gens qui m’ont connue grâce à ça, et qui considèrent que maintenant, je fais partie de cette sphère-là. Disons que ça a permis de monter d’un cran. C’était la première fois que je travaillais sur un projet de manière aussi aboutie et sérieuse avec une campagne promo, une agence de com’ pendant 3 mois et avec une distribution. Avant je n’avais jamais été distribuée avec les trois supports CD, vinyle et digital. Il y a eu beaucoup de relais presse, évidemment sur internet, et quelques articles aussi dans la presse écrite. C’est aussi un succès d’estime parce qu’après les ventes c’est très compliqué. Tout le monde sait que c’est dur de vendre des cds, de la musique aujourd’hui. Au final ça aura mis le temps mais on aura tout vendu donc, c’est cool.

Et aujourd’hui quelle est ton actualité ?

Récemment on a sorti le projet L.A.A.W., Like An Automatic Weapon, qui est un projet de notre presque label Mentalow. En fait, c’est un projet que pas mal de gens n’ont pas compris. C’est un peu, sans être hyper révolutionnaire, un projet original parce que le support de vente de la musique, c’est un t-shirt. On a fait un t-shirt en coton organique, de qualité, bien taillé, homme / femme, qui a été dessinée par Akrolab, (c’est le même gars qui a fait le graphisme de la mixtape Mentalow), et c’est donc le support de vente de la musique. La musique, c’est un morceau sur lequel on est 8 personnes: 6 Mc, un beat maker, un Dj. Sur ce morceau il y a Gaël Faye, Tchad Unpoe, Mauikai de Backpack Jax, enfin bref, on est plein de gens comme ça, on a voulu faire un morceau qui réunit plein de rappeurs d’univers différents. Il y a un clip disponible sur internet, en deux versions, la version remix et la version originale qu’on peut choisir. Du coup, quand tu achètes le t-shirt, tu as un code de téléchargement avec lequel tu télécharges le remix, la version originale, l’a capella et l’instru.

Mentalow MixtapeCette semaine (ndlr semaine du 2 décembre 2013), c’est la sortie de la cassette. En réalité, c’est une vraie mixtape de notre structure Mentalow, c’est 26 morceaux qui regroupent un mélange de morceaux de Vin’s da Cuero, de morceaux de moi-même, de remix qu’il a pu faire, de morceaux qu’il a fait pour moi, de collage que j’ai fait avec d’autres gens… C’est vraiment un pot-pourri de vieux morceaux, de remix inédits qui n’ont jamais été entendus avant et de nouveaux morceaux de cette année, comme le morceau que j’ai fait avec le producteur Guts, qui s’appelle « Briller » et ensuite le morceau « HOLA » que j’ai fait sur une prod de Blanka avec Marko Fonktana un rappeur espagnol, un ami (parce que j’ai vécu en Espagne pendant 6 ans). Le truc c’est que cette dernière année, j’ai plein de nouveau followers, de nouvelles personnes qui m’ont découverte avec Silence Radio mais ce sont des gens qui aujourd’hui, quand ils connaissent un nouvel artiste, n’ont pas forcément envie de creuser, de comprendre d’où les gens viennent, ce qu’il on fait avant, leur parcours etc. On a eu envie de faire cette mixtape comme un bon résumé, une bonne rétrospective de ce qu’on a pu faire pour que les gens nous situent et comprennent. On a fait ça gratuitement parce qu’on a envie que ce soit écouté par un maximum de personnes. Le mix est en téléchargement gratuit, mais on a fait aussi la cassette parce que nous ça nous tenait à cœur, c’est un délire, un fantasme qu’on avait. On a fait des vinyles, des CDs et tout ça, on n’avait jamais fait de cassette et le plaisir d’avoir ta cassette, de la mettre dans le poste et de l’écouter, enfin avec le grain de la cassette, c’est génial. C’est cool parce qu’il y a plein de gens qui ont vraiment kiffé le délire et on est en train d’en vendre vraiment pas mal, il n’y en a que 150 dont 120 destinées à la vente, ce n’est pas beaucoup et on en a déjà vendu une bonne partie, et on est hyper contents.

Il y a beaucoup de préjugé dans le milieu du rap, notamment chez les plus jeunes, étant donné que tu es originaire de province, que tu es une femme, penses-tu que cela soit plus difficile pour toi de toucher le public ? Tu n’es pas la caricature de la « street credibility ».

Oui, je suis middle class, je viens quasiment de la campagne, mais non, je ne me suis jamais posée la question de savoir si j’avais le droit de faire du rap, parce que c’est un peu ça finalement, c’est de se dire : « est ce que c’est légitime que je fasse du rap ? » En réalité, si tu creuses et que tu prends les gens un par un, que discutes avec eux tu te rends compte que ces préjugés-là ne sont pas si réels que ça, même s’ils existent évidemment. Ce que je veux dire c’est qu’on a le devoir, par la manière dont on communique, par la manière de se présenter aux gens, de faire de la scène, de faire en sorte que les gens changent leur manière de voir.

En France il y a une offre de rap qui est incroyable, de bons raps et des compositions personnelles. En fait, que tu fasses du rap, du jazz ou du rock ou n’importe quoi, ce que je trouve bien c’est que chacun se l’approprie pour offrir une proposition qui soit personnelle et différente. Il y a beaucoup de gens qui copient, qui au fond, ne mettent pas de leur personne, sans réflexions personnelles dans leur musique et ne font qu’entretenir un style, une écriture qui existe déjà. Pour moi il faut être artiste avant tout, et un artiste c’est quelqu’un de créatif. Dans le rap aujourd’hui, il y en a plein, et de plus en plus jeunes, je trouve ça génial. On n’en parle pas tant que ça, on ne trouve pas çà hyper intéressant, ce n’est pas forcément à la mode. Ce qu’on pousse c’est plus le rap kaïra. Mais je dirais qu’il y a de plus en plus de gens décomplexés, et ça c’est bien, des gens qui osent faire les choses à leur manière.

Moi je viens de Brest, j’ai grandi à la campagne, j’ai un peu voyagé, je suis middle class, j’ai pas eu de problème de sous, j’ai pas grandi dans une banlieue mais ça ne m’empêche pas d’avoir un parcours et des expériences de vie qui me permettent d’avoir des opinions, des visions et des choses à partager. Je pense que c’est important que chacun avec son vécu et sa personnalité fasse son chemin, en phase avec ce qu’il est. Je ne vais pas m’inventer une vie de kaïra ou machin pour faire plaisir aux gens. Je trouve ça génial que justement le hip hop soit sorti de New York à un moment donné pour prendre le monde entier et que chacun puisse s’identifier, ait envie de trouver son mode d’expression là-dedans. Au Brésil ça va être différent, en Australie aussi, en France et partout. Après chacun doit le vivre de sa façon et ne pas se sentir moins légitime sous prétexte qu’on nous dit que « t’es une fille et que c’est pas bien».

Je me suis toujours sentie libre, d’ailleurs pour moi le rap c’est mon dernier point de liberté. Je trouve que c’est très dur de vivre heureux, de se sentir libre. Moi j’ai eu plein d’expériences professionnelles différentes, parfois avec des responsabilités et parfois avec des gens au-dessus de moi et zéro responsabilité, j’ai vécu plein de situations, j’éprouve beaucoup de difficulté à vivre une vie conventionnelle avec un boulot qui mène à rien les ¾ du temps. Parce que c’est quand même difficile de trouver un boulot qui nous plaise vraiment, de rentrer à la maison regarder la tv et le dimanche aller se balader main dans la main avec son copain. C’est une vie qui me fait vraiment chier. Le rap c’est vraiment le truc où je suis libre de faire ce que je veux. Moi j’ai choisi çà mais je pense que chacun dans sa vie devrait pouvoir se trouver un terrain de jeu, un endroit où il se sente libre.

J’ai l’impression que les DJs sont hyper importants, que tu n’es pas trop vocodeur et refrain r’n’B, comment sélectionnes-tu tes productions ?

Pour moi, la musique a une place aussi importante que le rap. Ma musique doit pourvoir être appréciée même si les gens n’aiment pas forcément ma voix ou mon rap, ou si les gens ne comprennent pas le français parce qu’ils habitent à l’autre bout du monde. Mais ils vont dire « ah putain, je ressens quelque chose, une vibe, y’a un feeling, y’a un truc ». C’est une école de pensée qui est quand même plutôt anglo-saxonne. Parce qu’en France, on met systématiquement l’accent sur l’écriture, le rap, le rappeur, on met très peu en valeur la musique.

J’ai collaboré avec plein de gens différents, des rencontres, ou des personnes que je suis allée chercher parce que j’aimais ce qu’il faisait, et on travaille main dans la main. Je trouve ça très froid le côté « Ouais euh tu peux me lâcher une prod’ ? J’ai un rap ! ». Non ! Pour moi on crée un morceau, on crée une histoire, on crée quelque chose et du coup il faut que le texte colle à la musique, que la musique colle au texte, qu’une fois qu’on a enregistré, on retravaille la musique pour mettre la voix en valeur ou l’inverse. Enfin, c’est un tout, c’est une création musicale comme n’importe quel style musical.

Après bon vocodeur, ça ne me plait pas, les refrains rnb ça ne me plait pas. C’est pas du tout le style musical qui me parle. Tu disais que le dj est important ? Oui, sur scène je suis avec un beatmaker, Vin’s et un DJ. Souvent les gens mélange le DJ et le beatmaker, c’est pas la même chose. Un DJ peut être aussi beatmaker et un beatmaker peut être aussi DJ mais tu peux aussi être que l’un ou que l’autre. Le beatmaker c’est le compositeur.

En parlant de femmes, y a-t-il des rappeuses que tu admires et dont tu nous conseilles la découverte ou l’écouter ?

Je ne les aime pas toutes pour les mêmes raisons, mais ce sont des filles que j’admire soit pour l’artistique, soit pour autre chose : Ana Tijoux, c’est une franco-chilienne qui rap en espagnol quasiment tout, c’est vachement bien. Il y a aussi Boog Brown, Rita J, Bahamadia, Yarah bravo, Pand’Or, Billie Brelok et Casey. Puis Dynasty, c’est une ricaine avec qui on joue en concert à Nantes le 19/02. C’est une fille qui collabore avec DJ Premier entre autres.

Tes prods sont super originales, artiste autoproduit, dis-nous un peu comment ça se passe un morceau Made in Pumpkin / Mentalow Music et l’autoproduction en générale ?

Il y a pas vraiment de règle, ça peut aller dans tous les sens. Des fois la musique vient avant, dès fois les mots viennent avant.

En fait dans mon ordi j’ai des carnets où j’écris des morceaux d’idées. Des fois t’entends des conversations de quelqu’un, tu vois un truc à la tv, tu lis un livre et t’as des idées. Ca te permet de faire une base de données, un peu de matière qui sert à la création après. De temps en temps, je m’assois avec mon ordi, mon casque, parce que Vin’s avec qui je vis (c’est l’avantage) a fait une nouvelle prod’, il me dit « tiens écoute ça, est ce que ça t’inspires quelque chose ?» Du coup j’écoute en boucle et je fouille en même temps dans tout ce que j’ai comme textes. Dès fois il y a un truc que j’ai noté il y a un an ou hier, c’est un point de départ pour écrire un nouveau morceau, inspiré par la musique que j’entends. Dès fois j’ai des textes que j’ai quasiment finis, après l’idée c’est de trouver la musique qui va aller avec. Il y a parfois un déclic quand t’entends une musique, tu te dis « Ah ça, ça va bien coller ! ». A ce moment-là il y a une partie toujours de réécriture pour coller au truc et trouver le flow.

D’ailleurs, pourquoi être indé ? (aspirations, revendications..). Envisagerais-tu éventuellement une signature en maison de disque ?

Dans un premier temps ça part de la nécessité. J’ai vécu pendant 6 ans à Barcelone, j’ai fait mes premiers morceaux Pumpkin en solo là-bas, premières maquettes etc., après j’ai rencontré Vin’s et je suis venue à Paris juste au moment où j’ai fait mon premier album. Mon premier album est né de la rencontre avec Supafuh, le mec qui a réalisé l’album avec qui j’ai fait beaucoup de choses, à Lyon à l’époque. Ce premier album était une première expérience, il n’y a pas eu de distributeur, il n’y a rien eu, il y a eu une petite frustration parce que je ne savais pas comment m’y prendre. Au départ c’était vraiment la création pour la création. On n’était pas du tout dans le délire « Ouais on va vendre des disques, on va faire des tournées et tout ! » Non, il y avait cette pulsion de créer des choses, de prendre du plaisir et s’amuser.

Ensuite tu fais un nouveau projet et tu te dis « ok, mais maintenant si je fais un nouveau projet, j’aimerais quand même que ça aille à un niveau supérieur, qu’il y ait plus de gens qui entendent ». Parce que bon, c’est bien de se casser la tête et le cul, à faire des chansons mais il ne faut pas se voiler la face, tu as quand même envie que les gens les entendent et les apprécient. Pour ça, tu commences à te poser des questions, qu’est-ce qu’il faut faire ? Il y a eu quelques années comme ça, les premières années où j’étais à Paris. J’étais un peu paumée, artistiquement je ne savais pas trop par où prendre le truc. Vin’s mon copain, était un peu dans le même délire négatif, parce qu’on se plaignait pas mal. Un jour on en a eu ras le cul et on sait dit « C’est fini. Fermes ta gueule, arrêtes de te plaindre et fais les choses quoi !».

MentalowCette impulsion-là te permet de commencer quelque part, d’avoir un point de départ, ce qui est le plus important. Souvent on ne sait pas par où commencer. Ce n’est pas grave, tu ne sais pas, bah commences quelque part et une chose menant à l’autre, c’est comme ça que tu construis, t’apprends au fur et à mesure. On a mis le mot « Mentalow », ça a été symbolique, au début c’était rien, c’était juste un mot mais ce mot là nous a permis de nous donner envie de faire des choses. Du coup, on a commencé à faire un premier projet pour Vin’s, il a sorti un vinyle instrumental avec un morceau avec RacecaR un rappeur de Chicago, ensuite il y a eu Silence radio etc. On a fait vraiment au fur et à mesure.

Donc au départ on est indé parce que l’impulsion vient de nous, au fur et à mesure, on s’est tellement pris au jeu qu’on a créé notre association, notre label associatif et comme on a toujours envie de plus, d’apprendre, de s’améliorer, de faire des nouvelles choses, on n’a jamais arrêté. Donc au départ, ça vient vraiment de la nécessité mais nous on a vraiment rien contre les labels et les majors. Chaque expérience est unique. Il y a des gens qui ont eu de très bonnes expériences, il y a plein de groupes incroyables qui ont marqué l’histoire du hip-hop qui n’auraient pas existé s’il n’y avait pas eu les majors.

A un moment donné, tu vois les discours, pour moi, ce n’est pas tout blanc, ni tout noir, c’est beaucoup plus compliqué que ça et il y a plein de groupes qui fonctionnent très bien en collaboration avec les majors. Maintenant, il a aussi des exemples qui prouvent que c’est difficile mais c’est aussi difficile d’être en indé, en réalité. C’est un métier qui est difficile et compliqué, parce que c’est des mélanges d’égo, des mélanges d’artistes, des mélanges de gens qui sont là pour le business… Chacun défend son truc, c’est compliqué de faire son chemin.
Mais on a rien contre les majors et nous si on pouvait chopper une licence pour nos prochains projets, pas forcément avec une major, ça peut être un gros label indé avec une bonne distrib’, ça nous permettraient d’atteindre un niveau supérieur.

Juste comme ça, quelle est la chanson que tu aurais aimée écrire, qui t’a particulièrement marquée lyriquement ?

J’aurais pu en choisir 50 000 mais la première que j’ai eue en tête, c’est Make you feel that way de Blackalicious. C’est un de mes groupes préférés et c’est ma chanson préférée de ce groupe là. C’est un très beau morceau. Il me plait énormément dans la forme, la musique est géniale, la construction du morceau est top, le clip est top aussi mais en plus c’est hyper poétique et c’est tout ce que le rap que j’aime représente. Il y a un beau message, c’est hyper bien écrit, c’est hyper bien interprété, et la musique toute seule marche aussi, parce qu’elle est magique.

D’ailleurs, une petite sélection musicale à nous conseiller : tes coups de cœur, ta CD thèque ?

Tchad Unpoe / Hiatus Kaiyote / Chet Faker / Elodie Rama / Oddisee / Tall Black Guy / Rainy Milo

Si tu étais un album ?

Si j’étais un album ça serait Who Is Jill Scott? Words and Sounds, Vol. 1, le premier album de l’américaine Jill Scott, sortit en 2000.

Un petit mot pour conclure ?

Il faut absolument que les gens prennent le temps d’aller sur notre site internet. Il y a plein de choses gratuites, il y a plein de choses à découvrir, il y a plein de clips et si ça plait, de ne pas n’hésitez pas à faire un petit geste, en se faisant plaisir ou en offrant à quelqu’un un CD, un album ou un vinyle parce que ça ne parait pas grand-chose, mais pour nous c’est beaucoup, ça nous permet de continuer à faire de la musique.

Prochaine date à Paris le 12 mars 2014, à La Dame de Canton avec Billie Brelok, une rappeuse française qui monte.

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