Notre nouvel entretien avec Saint Michel

Saint MichelIl y a quelques jours, je me suis rendu à un concert organisé par Fair avec Saint-Michel et Griefjoy. Je ne connaissais pas particulièrement Saint-Michel mais les échos qui m’étaient revenus laissaient présager une grande qualité. Confirmation immédiate avec une performance live intéressante. Après leur set, j’ai échangé quelques mots avec Philippe, le chanteur du groupe. Emballé à l’idée de faire un entretien improvisé, il m’a retrouvé autour d’une bière à la fin du live de Griefjoy pour une discussion animée et enrichissante.

Déjà, pourquoi Saint-Michel ?

On avait envie que ça fasse français dans le reste du monde. On a envie de voyager, un peu. On voulait quelque chose qui fasse français et quand les touristes viennent à Paris, ils vont souvent à Saint-Michel.

Tu peux me présenter le groupe rapidement ?

Le groupe, au départ, c’est Émile (le claviériste/bassiste) et moi. On était dans un ancien groupe que j’avais fondé et on a commencé à faire des morceaux ensemble. On s’est dit qu’on avait un projet et on a fait Saint-Michel. Du coup, c’est parti comme ça. Après, on a rencontré d’autres musiciens et on a joué avec différentes équipes. Aujourd’hui, on joue juste avec.. Enfin, on a eu des équipes à trois, quatre et après à cinq. Et là, on revient à une truc à trois car on trouve qu’il a un truc à faire d’assez énergique en étant juste trois. Et voilà.

Peut-être que je me trompe mais j’ai lu ou entendu que vous veniez de Reims…

On est de la région parisienne…

Oui, donc je me trompe bien…

On est de Versailles.

D’où la comparaison avec Phoenix ?

Oui, Phoenix, Air et Daft Punk alors qu’ils sont pas de Versailles mais les gens nous y comparent. C’est le côté duo, électro et french touch. Mais enfin bon, ça veut rien dire dans le sens où tous les groupes que j’ai cité, ils font tous de la musique qui est différente quoi. Phoenix, ce n’est pas pareil que Air, pas pareil que Daft Punk et ni de Saint-Michel. C’est un peu une panière quoi, une panière à crabes tu vois ? Pour les gens qui identifient, ils mettent tous ça dedans. Je trouve que c’est que des trucs très différents mais après, il y a des petits points communs. Dans tous ces groupes-là, effectivement, il y a l’utilisation de synthés. De vieux synthés des années 80 mais après, chacun fait des trucs différents. Phoenix, c’est un groupe de pop/rock qui met des gros synthés dans sa musique. Air, c’est quelque chose de plus aérien avec… beaucoup d’air, de profondeur et des tempos plus lents. Daft Punk, il y a des gros synthés aussi mais c’est pour un truc beaucoup plus dancefloor et efficace, enfin pas pour le dernier album. C’est autre chose encore. Daft Punk, sur le premier album, c’est de la grosse bastos avec, justement, des synthés analogiques et des grosses boîtes à rythme. Donc voilà à chaque fois, c’est des musiques différentes mais c’est le matériel qui est en commun. Tu vois, c’est plus des machines. Daft Punk, ils ont peut-être utilisé des Juno-60. C’est un synthé que je joue sur scène. Nous, on utilise pour faire des beats une TR-808 et Daft Punk, ils utilisent et ont beaucoup utilisé une TR-909. Il y a même un titre qui s’appelle Revolution 909 qui, apparemment et évidemment, on le reconnaît au son du kick et de la snare de la batterie, ça vient bien de cette machine-là. A tel point que c’est un truc un peu geek l’utilisation de ce matériel. Tu vois, les gens le revendiquent en nommant, carrément, une chanson genre « Revolution 909 ». C’est une manière de dire la révolution culturelle et musicale à travers cette machine. C’est une espèce de mise sur un piédestal, de mettre en avant ce matériel.

Nous, c’est ce qu’on a fait. On a appelé notre EP « I love Japan », un premier EP, pour remercier le Japon pour toutes ces petites machines. Parce que tu as du matos français avec des marques françaises hyper connues et des marques américaines comme Moog, marque de synthé américaine. Parfois, c’est des machines plus compliquées. C’est un truc easy à comprendre avec le côté de toute la culture manga, japonaise tu vois ? Il y a un parallèle facile à faire mais vrai dans la culture japonaise avec l’idée de l’amusement avec les fringues fluos, le côté fun/toy, video games et tout ça. C’est la même chose dans la musique, les Japonais quand ils font une boîte à rythme ou un synthé, ils essaient de faire un petit truc sympa et assez facile à aborder avec lequel tu vas faire, de façon assez facile, des sons assez marrants. Là où les grosses machines occidentales/européennes/américaines peuvent être plus ou un peu plus des gros tanks. Un peu plus compliqué à aborder.

Je me demandais, je vous regardais jouer et comment on en vient à composer comme ça ? Ce n’est pas le classique basse/guitare/batterie.

Pourtant ça part et ça commence quand même avec ce genre de chose. C’est moi qui compose les chansons et après avec Émile, parce que sur l’album, on fait tout Émile et moi. Paul ne joue pas sur l’album donc je fais tout avec des batteries que je joue et après, je récupère des bouts. Je fais un kick, une caisse claire et je reprogramme des beats avec. Ou je les isole, je fais des petits loops et je les fais tourner avec d’autres trucs. Donc, ça part quand même de trucs voix/guitare ou synthé/guitare, tu vois ? Ou clavier/guitare. Mais je fais mes accords avec, je pars d’un truc bien « tac-tac-tac » avec des accords. Je pose quelques accords, je trouve mes lignes de voix et je couche en horizontale une partie. J’essaye pas de dégager une structure dans un premier temps. Je me dis qu’après, c’est un truc qu’on construit en mode château de cartes si tu veux. On se dit « oh putain, y’a une petite raisonnance d’accords, d’un truc puis d’un passage à cet accord-là » et puis c’est une grille que j’avais posé au cas-où mais qu’on avait oublié. On pourrait s’en servir comme appel du refrain et ça devient un pré-refrain quoi. On a deux accords qu’on intercale alors qu’au départ, j’essaie juste de sortir un truc assez brutal qui est un peu couplet/refrain, tu vois ? Dans ma tête, je suis là, j’essaie d’isoler un peu et j’avoue que je peux penser à couplet/refrain. Parfois, il y a plein de titres avec une grande grille avec laquelle je fais mumuse dessus et ensuite, en travaillant, on trouve des petits changements. La musique, ça se construit de manière assez marrante. Dans le sens où en posant un clavier/guitare ou un voix/guitare, je me laisse des portes ouvertes hyper intéressantes et que je ne condamne pas trop vite. Pour pouvoir garder ces portes ouvertes, par exemple, le jour où arrive la basse. Parfois, je peux travailler dessus et Émile arrive dessus, il pose une basse et on bosse ensemble en écrivant une ligne. Et la basse te permet de réécrire d’autres accords, tu peux avoir là-haut une forme d’accord et suivant la note de basse que tu mets en bas, tu vas pouvoir faire un autre accord. Sur un accord, la note la plus basse est souvent la plus fondamentale de l’accord et donc voilà, rien avec ce jeu-là, ça rejoint le côté très électro. En fait, le moment où on passe sur scène, parce que faire ce qu’on fait sur scène en soi en direct, c’est vrai que ça serait peut-être compliqué à penser. D’ailleurs, c’est compliqué car on commence par faire ce truc-là et Émile vient, on enregistre des chansons. On construit le tout, on fout deux cents pistes pour un peu exagérer..(rires). Non mais je rigole, on charge la mule sans se soucier du truc. Après, on essaie d’extirper un morceau là-dedans et ensuite, quand il faut passer sur scène, ça fait un truc très compliqué. C’est une véritable usine à gaz. Là d’ailleurs, on fait une nouvelle version et on est venu bosser trois jours ici donc là ce soir, il y a plein d’hésitations, plein de trucs. On a besoin de roder le truc et si tu revenais nous voir dans un mois, après qu’on ait fait là une dizaine de date, ça sera plus maîtrisé. Ce soir, on était obligé de se parler quasiment sur scène.

Pour une première fois, c’est sur. Mais ce n’est pas trop difficile d’intégrer quelqu’un ? Parce que d’après ce que j’ai compris, le batteur vient après. Donc ce n’est pas difficile d’intégrer une personne qui n’a pas participé au processus de composition ?

Hum non. En tout cas, avec Paul, ça marche hyper bien. Ça pourrait être difficile. On joue avec Paul Rosy qui est un mec du coin, qui habite pas très loin, à cinq minutes. On l’a rencontré au départ parce qu’on devait remplacer un batteur qui ne pouvait plus et en 24 heures, on lui a dit « si t’es dispo le lendemain à 10 heures pour une répet’, on te donne le lien des morceaux et si t’es dispo demain, on te donne ta chance ». Le mec était là, il avait tout écouté et tout appris. Il a su tout de suite s’intégrer et on a fait pareil pour l’album. Une fois qu’on avait bossé l’album, il a été un des premiers à le recevoir. Au début de la résidence, on a essayé une autre version où Paul… ça, c’est vraiment un truc secret entre guillemets ou ça se raconte pas vraiment… Il était debout et… En fait, au départ, je l’ai appelé pour lui dire « on va essayer une formule à trois mais tu vas jouer des percussions, on va utiliser une boîte à rythme pour faire les trucs de base kick/snare et tu vas venir par dessus ». On a essayé un truc et ça ne fonctionnait pas. Au final, on est revenu sur une batterie plus classique et c’est lui qui faisait le kick/snare. Et c’est comme ça que ça marche. Maintenant, ça fait un an et demi qu’on se connaît et y’a comme une connexion. Là, on est hyper frais et sur les enchaînements, y’a plein de trucs qu’on a raté. Quand on est installé dans un truc, on est bien connecté.

Quand tu me dis ça, ça me fait penser à Phoenix qui ramène un batteur et un claviériste pour la scène…

Ah ouais, le gros barbu !

Oui, ce batteur qui est assez bon d’ailleurs !

C’est un Suédois et j’ai lu ça, ils l’ont rencontré lors d’une date qu’ils ont fait en Suède. Avant, ils jouaient avec un autre batteur mais je ne sais pas qui c’est… J’ai une vague idée de sa tête mais je ne sais pas son nom. Ils étaient avec un autre batteur pendant plusieurs années et ils l’ont rencontré sur une date puis ça s’est fait. Maintenant, ils sont avec lui et le mec, c’est visuellement… En terme d’image et de style…

Il est costaud !

Ultra costaud et il représente un truc hyper important. Surtout quand ils ont explosé au niveau mondial et avec l’explosion aux Etats-Unis avec l’album d’avant, Wolfgang Amadeus Phoenix. (Émile nous rejoint).

Je vais te poser une petite dernière question, as-tu des influences particulières ?

Metronomy et Twin Shadow, j’aime bien. Après, on ne renie rien. Il y a des trucs qu’on connaît pas trop genre le métal. On adore écouter du gros hip-hop de la Westcoast ou de la Eastcoast plutôt avec A Tribe Called Quest, Wu-Tang et ce genre de trucs à l’ancienne. Mais après, un bon Snoop, ça passe aussi et ça le fait trop. On est ouvert à tout. Les influences, je sais pas. C’est plus aux gens de nous le dire parce que nous, on ne se rend pas compte. On peut écouter Flying Lotus, Kid Loco, la musique des années 80, un gros Hendrix ou sortir un John Lee Hooker. Pour le coup, j’ai deux/trois vieux vinyles. Écouter du Aphex Twin, j’adore. Pour les trucs vraiment fétiches et après, je ne sais pas à quel point cela se retrouve. J’adore Radiohead, Aphex Twin, Jeff Buckley et Sigur Ros.

Je vous laisse la liberté de laisser un petit message ou de vous faire de la pub…

(Émile prend le relais de Philippe). C’est dommage, j’ai pas les dates sous les yeux mais on part en tournée, un peu partout en France. On sera à Paris, en mars, pour un Ricard live. Cela peut être une jolie soirée et on nous retrouve aussi cet été pour les festivals, l’été des festivals.

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