3 questions (et plus) à Eric Sintès (dessinateur)

Eric Sintes« Le but ultime, c’est de donner envie à des gens qui sont sur d’autres sons de découvrir ou de mieux connaître des artistes »

Dessinateur pour le magazine musical Gonzaï avec ses Black Bloc Note, blogueur, chroniqueur, c’est aujourd’hui Eric Sintès qui a très gentiment répondu à nos questions.

Comment devient-on auteur de BD? Vous parlez dans vos chroniques de vos chocs musicaux. Avez-vous eu des chocs en BD qui vous ont donné envie de vous engager dans cette voie?

Eric Sintès : Forcément. Ce sont toujours des chocs qui nous donnent envie de faire des trucs. Gamin, le 1er choc s’appelait Blueberry. Rien d’original. Mais du coup, j’ai passé d’innombrables mercredis à faire des BD de cowboys et d’Indiens. Plus tard, il y a eu Reiser qui a été un choc phénoménal, LE choc. Puis Vuillemin, que je vénère. Et plus récemment Larcenet. Etant à la fois très sélectif et boulimique, j’ai eu (et j’ai encore) de très nombreux chocs BD. Mais ce sont surtout ces trois-là qui m’ont donné envie de raconter des histoires. Et ça continue d’ailleurs.

Vous intervenez aujourd’hui dans les colonnes de Gonzaï pour la musique, mais aussi sur d’autres sites non musicaux, plus sociétaux? L’actualité est-elle aussi un axe que vous développez dans vos planches?

Oui, j’ai beaucoup fait de dessins de presse pour le site d’information Free Landz, aujourd’hui fermé. Sinon, je collabore au Lyon Bondy Blog qui est résolument sociétal. Et je poste assez souvent des dessins d’actualité sur le Blog à Sintès. C’est un exercice que j’affectionne. J’en fais depuis l’ouverture de mon 1er blog. L’avantage déjà, c’est qu’on n’a pas à se creuser pour trouver des thèmes : ils sont servis sur un plateau… et souvent inspirants. En plus, grâce aux réseaux sociaux, ils trouvent le public immédiat qui leur est indispensable pour exister. Ils sont commentés, appréciés, rejetés ou partagés : ils peuvent vivent leurs éphémères petites vies.

Eric Sintès le Blog

N’est-il pas compliqué de traiter de la musique en BD? La transcription du son en images, en textes?

En réalité, on ne peut pas dire que je retranscrive du son en images. J’essaie de retranscrire des ambiances, des climats, des univers et les imageries des gens dont je parle – et de la Soul/Funk en général- étant très fortes, ça facilite le boulot. C’est même un vrai plaisir.

En fait, ce n’est rien d’autre que l’autobio d’un obsédé de musique. Le but ultime, c’est de donner envie à des gens qui sont sur d’autres sons de découvrir ou de mieux connaître des artistes dont les oeuvres sont si fortes que ça les rend universelles.

Mais il y a quand même beaucoup d’amateurs du genre parmi les lecteurs. Auto-bio oblige, je pense que pas mal doivent se reconnaître dans ce que je raconte : c’est toujours plaisant de voir dépeintes des émotions, fussent-elles musicales, que l’on a ressenties soi-même. Pareil pour mes “rencontres” avec Clinton ou Otis… certains me disent qu’ils ont l’impression de partager un moment d’intimité avec ces géants. En racontant mes “phantasmes”, je raconte les leurs.

Vous traitez exclusivement de la Black Music (funk, soul, hip hop) dans vos planches pour Gonzaï. C’est par choix éditorial, par goûts musicaux? La Pop et le rock, vous les laissez à Luz et Half Bob?

Je n’écoute quasiment que de la Black Music depuis très longtemps. Gamin, j’ai été biberonné à Ray Charles, Fats Domino, Duke Ellington, Memphis Slim, Louis Armstrong… ensuite, j’ai été happé par la Funk, le Reggae, le Hip Hop. Donc, sans être un spécialiste, c’est un sujet que je connais, c’est une vraie passion. Mais c’est aussi et surtout un choix éditorial. C’est Hilaire Picault, l’un des piliers de Gonzaï qui, connaissant mes inclinaisons musicales, a trouvé le concept des Black Bloc Notes : “Fais-nous des chroniques sur tes chocs musicaux en mode Gonzaï. On parle très peu de Soul/Funk sur le site, donc il y a un manque à combler.” C’est parti comme ça. Quant à la pop, je n’en écoute que rarement et côté rock, juste quelques classiques : les Doors, AC/DC, les Stones…. Et de temps en temps, des groupes vantés par Luz, Half Bob et of course Gonzaï.

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De même vous traitez principalement des légendes (Prince, Otis Redding…) et peu de l’actualité, pourquoi? Il n’y a pas de groupes actuels qui vous stimulent?

Ah, ah….mais Prince est toujours un artiste actuel. Il remplit les plus grands stades du monde entier comme il veut. Et même si ses albums sont loin d’avoir la flamboyance d’antan, qui peut prétendre lui avoir ravi son trône? Il reste avec George Clinton le plus grand funkeur en activité. Sinon le concept des Black Bloc Notes c’est de raconter mes chocs musicaux en mode “témoignage”, et ceux qui ont le plus marqué ma vie et mes tympans sont forcément des légendes. Sinon, j’écoute pour moitié des choses récentes : je suis fan total de D’angelo, Erykah Badu, Jill Scott, Angie Stone, Raphaël Saadiq, Kindred & the Family Soul, Anthony Hamilton, Maxwell, Omar, The Roots, MF Doom, N’Dambi, Raahsan Patterson, Dwele, etc… Et je compte bien parler d’eux un jour. Ça me fait un peu peur puisque mon “vécu“ en leur compagnie est forcément plus court qu’avec Otis Redding ou Marvin Gaye. Mais je vais le faire, sûr!

Vos dessins sont disponibles hors internet, en support papier? Un recueil autour de vos Black Bloc Notes est-il prévu pour bientôt?

Je suis surtout présent sur le web, je m’y sens “à ma place”. L’immédiateté, l’interactivité, la variété des projets qui s’offrent… tout ça me plait énormément. Je suis très …épris du net : je tiens deux blogs et je participe souvent à des blogs collectifs.

Mais j’aime bien sûr aussi le papier. J’ai collaboré au Livre “Rien vu, rien, entendu” (Editions Points les I) qui traite des abus sexuels sur enfants. J’ai participé aux fanzines Oxyures, Tonton et Laurence Coquine. Et je suis de tous les numéros de la revue Egoscopic (Studio FGH) : à chaque fois, 100 pages de BD où 30 auteurs de tous horizons pratiquent l’auto-bio avec des approches très différentes. Sinon, on me pose de plus en plus souvent la question d’un recueil pour les Black Bloc Notes. Ça me fait plaisir, mais il est bien trop tôt : j’y penserai quand j’aurai de quoi remplir un album… par exemple.

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Quels sont les prochains artistes sur lesquels vous aimeriez travailler? et Pourquoi?

La prochaine chronique sera consacrée à Donny Hathaway : un génie méconnu du grand public et même de certains afficonados de la Soul/Funk. Les artistes auxquels je pense le plus souvent pour les suivantes sont Erykah Badu, Bob Marley, James Brown, Fela… Les trois derniers parce qu’ils étaient d’immenses musiciens, des personnages uniques aux destins hors du commun, et que leurs musiques m’ont accompagné quotidiennement de très nombreuses années. Erykah Badu parce que j’aime tout chez elle : sa voix, sa grâce, son son. J’aime beaucoup son univers un peu mystique, même dans ses excès. Elle n’a clairement pas le succès qu’elle mériterait. Une artiste sans concession, très exigeante, hyper créative, limite expérimentale… Selon moi, elle est de ceux qui font évoluer la Soul, et la musique en général. L’idéal serait que j’arrive à un équilibre entre les légendes, les méconnus et les nouveaux. Comme dans ma cédéthèque en fait.

Merci

Le Blog à Sintès : http://le-blog-a-sintes.over-blog.com/

Le Blog de Steve Findus : http://steve-findus.over-blog.com/

Le Blog d’Egoscopic : http://egoscopic.blogspot.fr/

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