Notre entretien avec Para One (1/2)

Para OneA l’occasion de la sortie de Club, Para One a répondu à mes nombreuses questions. Dans ce second entretien, il revient sur son parcours artistique.

Tu as commencé avec Svinkels ou TTC et tu as travaillé avec d’autres rappeurs comme Flynt. Comment en es-tu arrivé à débuter dans le hip hop ?

Para One : Pour moi, c’est plutôt l’inverse : comment j’en suis arrivé à faire de la musique électronique ? Si tu m’avais rencontré en 1997, je n’avais écouté que du rap dans ma vie depuis mon enfance. Mes grandes sœurs n’écoutaient que du rap toute la journée. C’était la grande invasion du rap dans la fin des années 80, en France. J’ai adopté ce truc tout de suite et je n’ai écouté que ça. Je n’écoutais aucune autre musique et je les rejetais toutes. Pour moi, la musique que je voulais faire était le rap. J’étais monomaniaque, je n’ai pensé qu’à ça pendant très longtemps et en fait, paradoxalement, en travaillant avec des rappeurs comme TTC, j’ai découvert la musique électronique.

Comme une passerelle vers la musique électronique ?

Tout à fait, on s’est rendu compte que l’on n’avait pas l’envie de faire du rap qui existait déjà. Nous étions très excités par ce qu’il se passait dans les clubs et les festivals en terme de musique électronique. Alors, on s’est dit qu’on voulait mélanger les deux mais pour moi, le rap est ma première nature. 

En bossant avec TTC ou en écoutant de groupes comme La Caution, aviez-vous l’impression de faire quelque chose à part ou dans une autre branche du rap ?

Oui, on en avait conscience mais à l’époque, on était un peu les moutons noirs. La Caution, le Klub des Loosers, TTC, Svinkels et d’autres : c’était des gens qui se retrouvaient ensemble car ils étaient marginalisés dans le rap mais on n’avait pas tous la même idée de la musique ou le même discours pour autant. De fait, on s’est retrouvé dans les mêmes endroits et rétrospectivement, on appelle ça une école du son. Aujourd’hui, on en parle dans un documentaire (Un jour peut-être, une autre histoire du rap français). On se dit « tiens, c’était il y a dix ans ! Comment on en est arrivé là ? ». Moi, j’en garde un super souvenir. On avait conscience qu’il se passait quelque chose mais ça restait de l’extrême underground. Tous les sujets qu’on abordait relevaient du hardcore avec la musique ou les paroles voire la structure des morceaux et le mixage. Ce n’était absolument pas calibré. D’ailleurs, dans ce documentaire, on peut poser la question « pourquoi cela n’a pas plus marché ? » mais moi, je n’aurais jamais pensé que ça marcherait autant. C’est une fausse question , on n’a jamais démarré dans l’underground en se disant « on va passer à la radio et tout défoncer ». Enfin, un morceau comme Dans le club, c’est le morceau underground par excellence. Il y a un nombre incroyable d’insultes au m² (rires), le son est super sauvage et c’est assez punk d’une certaine façon. C’est plutôt bien que cela soit sauvage et ne soit pas devenu un phénomène. Aujourd’hui, on voit plein d’artistes arriver avec une conscience de comment présenter un projet pour qu’internet en fasse quelque chose de viral. On n’était pas là-dedans, les rappeurs avaient envie de dire ce qu’il leur passait dans la tête et nous, les producteurs, de se lâcher complètement et de kiffer. Il n’y avait aucun calcul. Compte-tenu de l’absence totale de calcul, je considère que cela s’est très bien passé. J’étais même surpris à quel point.

Par rapport au documentaire, qu’en as-tu pensé ? Dans une interview, Grems l’a totalement défoncé en expliquant que certaines journalistes n’avaient pas à en parler…

Je l’ai vu mais je ne serais pas aussi cruel. C’est intéressant de donner des points de vu à plein de gens. C’est un documentaire, c’est leur vision et non pas la notre. En tant qu’artiste, on peut toujours dire que ce n’était pas comme ça mais tant qu’il n’y a pas de mensonges et objectivement, il n’y en a pas. Les rappeurs, c’est plus sensible car c’est leur discours. Grems, il défend ce qu’il a envie de dire au travers de son art. S’il s’est senti regardé ou manipulé par des gens, je peux comprendre que ça l’énerve. Personnellement, j’ai trouvé que c’était relativement honnête dans le sens où c’est la vision de quelqu’un d’autre et non pas la mienne.

Vous vouliez mélanger rap et électro. Vous étiez les précurseurs mais aujourd’hui, quand on entend les productions de hip hop très concentrées sur l’électro, ça te fait quelque chose ? C’est un mauvais exemple mais quand tu vois que Sexion d’Assaut le fait, qu’en penses-tu ?

On s’est toujours dit que cela se ferait plus tard et que notre musique bizarre deviendrait la norme. C’est un peu le prix à payer. Je ne me sens pas responsable de ça, j’en suis co-responsable avec Tacteel à la limite car on faisait le son. Ce sont surtout les rappeurs et des mecs comme Teki Latex qui avaient vraiment une vision. Il avait internet avant tout le monde, il était connecté, il parlait bien anglais et comprenait les paroles du rap américain. Il était très pointu sur toutes les scènes locales qui s’agitaient comme Baltimore ou du sud des Etats-Unis. Il a tout de suite compris que cela serait l’avenir et on a repris à notre compte ce discours. J’ai toujours su que cela serait accepté en temps et en heure. Encore une fois, nous n’avons jamais eu de stratégie et conçu tout ça. Cela s’est fait spontanément et on était une génération un peu magique de ce point de vu. Les choses sortaient toutes seules et ce n’était pas calculé. Après, une génération rationnelle arrive et c’est normal. Je ne pense pas que Sexion d’Assaut ait copié TTC. Ils ont ouvert des portes mais ils n’étaient pas les seuls. Au fur et à mesure, c’est rentré dans les mœurs.

Pour continuer sur ton parcours, j’ai vu que tu avais fait des études de cinéma comme Mr Oizo ou Flash. Comment arrives-tu à jongler entre ta passion du cinéma et ta passion de la musique ?

C’est difficile (rires). Je suis en train de travailler sur un projet de film en ce moment et c’est vraiment une question de temps. Je suis presque dans l’écologie et la gestion de l’énergie. Je me suis tellement laissé embarquer par les tournées qui prennent du temps avec les déplacements pour faire le DJ. Cela fatigue et ne laisse pas beaucoup de place. Maintenant, je réfléchis à comment agencer mon temps pour enfin faire ce projet de film que je veux faire depuis toujours. J’ai envie de faire un truc global en faisant aussi la musique. C’est vrai que c’est assez difficile à gérer (rires). La musique a toujours pris le pas car c’est ce qu’il y a de plus rapide à faire et ce qui marche. Naturellement, je me laisse complètement embarqué dans mes projets et je kiffe à fond. Il est hors de question de réduire une passion pour une autre.

Tu cumules les casquettes en étant producteur, réalisateur ou compositeur. As-tu un rôle dans lequel tu t’éclates le plus ?

Mon métier préféré est réalisateur car cela implique un peu tout. Je trouve que ce qu’il y a de fort, c’est gérer l’humain en plus. Comme producteur dans certains cas, comme avec Birdy Nam Nam, il y a ce paramètre avec quatre personnes et quatre fortes personnalités. Il faut les gérer comme il faudrait faire avec des acteurs et j’adore cette gestion presque psychologique pour que les gens soient au mieux de leur forme pour donner le meilleur. Quand je compose seul, je n’ai pas du tout ça. Je dois me gérer moi mais c’est moins intéressant (rires).

As-tu un réalisateur avec lequel tu aimerais travailler ?

Oui… Il y en a plein… Des Français, des Japonais, des Américains… Il y en a trop.

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