1 jour – 5 concerts exceptionnels – Rock en Seine samedi 23/08/14

Rock en SeineSamedi 23 août 2014 – la température est fraiche pour la saison, mais le ciel quelque peu nuageux laisse place à de belles éclaircies sur le magnifique parc arboré de St Cloud, où se tient la seconde journée du 12ème Rock en Seine (hastags officiels #RockEnSeine ou #RES2014), cette grande kermesse musicale annuelle où se côtoient dans une atmosphère très bonne enfant des scènes gigantesques, des expos, un village de disquaires / labels, une bibliothèque musicale, une variété exceptionnelle de débits de boissons et de stands culinaires, des espaces plus réservés (VIP), avec notamment le plateau de France Inter, ainsi que 120 000 festivaliers.

Mais Rock en Seine c’est surtout des artistes, des concerts, et peut-être parce qu’il arrive en fin d’été, que les groupes ont rodé leur show de festival en festival pendant plusieurs longs mois, la qualité des concerts de cette journée a été particulièrement élevée. Ci-dessous mes 6 sensations de la journée !

1- La claque – Cheveu

Peu préparé à la déferlante qui allait s’abattre sur moi, je l’ai prise de plein fouet. Un gigantissime mur de sons électro-punk-rock qui te tombe dessus en bloc, t’enterre jusqu’au cou avant de te rouler dessus.

Le trio venu de Bordeaux (plus précisément du Cap Ferret comme l’arbore fièrement le t-shirt du chanteur David Lemoine) donne tout sans retenu, sans limite, une attitude rock jusque boutiste brulant leur jeunesse par les deux bouts. Qu’on s’entende bien, il ne s’agit pas de jouer à faire semblant, mais de le vivre jusque dans la moelle, jusqu’à l’incandescence. Les actions débordantes telles que crowd surfing, montrer ses fesses, se mettre debout en équilibre précaire sur ses machines, casser le matos n’en sont que le prolongement presque naturel. Résultat un concert exceptionnel d’une rareté évidente tellement peu d’artistes se dévoilent aussi profondément sur scène, un public échauffé, en fusion avec le groupe, du pogo au devant la scène jusqu’aux rangs les plus éloignés, conscient de la valeur d’un tel show.

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2- L’émotion – Portishead

La tête d’affiche de la journée, Portishead est sur les routes cet été après leur dernière tournée en 2010, la rareté de leurs albums (trois en 20 ans) et de leurs concerts rende celui-ci très très attendu.

Le décor est simple, un grand écran dans le fond diffusant pour chaque morceau une ambiance vidéo. Ce dépouillement de mise en scène ne met que plus en valeur leurs musiques.

Les morceaux prennent sur scène une autre dimension, poussés par la puissance du live et des infrabasses à te secouer de l’intérieur. Beth Gibbons si discrète dans son anorak sombre, tournant parfois le dos au public lors des parties musicales, dégage une telle intensité, que même derrière une orchestration puissante, sa voix perce la nuit comme un rayon stellaire du fin fond-on ne sait où, jusqu’à crever la membrane de l’émotion et la faire couler de tout son plein.

Un set exceptionnel principalement basé sur leur dernier (et magnifique) album Third qui nous rend l’attente de leur prochain opus encore plus longue et insoutenable.

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Le concert enregistré par Culturebox

 

3- La création unique – Emilie Simon

Pour Rock en Seine, Emilie Simon a accepté la proposition de faire un show unique accompagné pour l’occasion de l’Orchestration National d’Ile De France. D’ailleurs en conférence de presse quelques heures avant le concert elle nous en parlait :

« C’est une création pour Rock en Seine, ce soir. C’est quelque chose qui a été initié par Rock en Seine, qui nous a proposé cette idée de travailler avec l’ONIDF. On a travaillé ensemble, on a répété toute la semaine. Je ne sais pas, il va peut-être y avoir une suite à tout ça, mais pour l’instant c’est un concert et c’est ce soir. »

« Ce concert arrive l’année un d’album qui se prête énormément aux cordes. Cet espace laissé à l’orchestre est vraiment ancré dans l’écriture de Mue. C’est vrai que c’était naturel, donc excitant de le développer sur scène. »

« Il y a quand même 44 musiciens sur scène, c’est une belle masse sonore. On s’est adapté à la scène du festival, à la taille de scène, à ce qui est faisable techniquement. Parce que ce sont des conditions de festival, on a une heure de mise en place. Il y a plein de contraintes avec lesquelles on prend ce genre de décision. Je suis ravie du résultat. »

« Bruno (ndlr Bruno Fontaine qui dirige l’ONIDF) s’est basé sur mes arrangements originaux, ce qui est écrit et enregistré pour l’album et il a écrit et adapté pour l’ensemble qui va jouer ce soir. Il a parfois ajouté des éléments, des contre-champs, des idées supplémentaires. Il est parti de la base existante et il m’a fait des propositions pour venir faire intervenir l’orchestre d’une manière fine et juste par rapport au morceau et ce qu’on raconte avec le morceau. »

« L’orchestre sera présent sur beaucoup de morceaux, mais pas sur tous. Ce qui était important pour moi c’est d’utiliser l’orchestre pour le mettre en valeur. Donc on n’en a pas mis partout pour en mettre. On en a mis quand c’était intéressant et important. Il y a des parties des morceaux qui sont écrits clairement pour les cordes, pour l’orchestre où ils sont vraiment une part. Et puis il y en a d’autres où ils vont intervenir de manière un petit peu plus ponctuelle, peut-être sur une coda, peut-être sur un refrain, mais vraiment pour venir dire quelque chose. L’idée est que chaque intervention ait lieu d’être, soit pesée. »

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4- Le sacré – St Paul & The Broken Bones

Paul Janeway vient de l’Alabama où il a usé les bancs des églises et les micros des chorales. Pas étonnant de le retrouver aujourd’hui canonisé, en costume bleu brillant coupé 60’s, entouré d’un orchestre complet aux cuivres cheesy et à l’orgue sacré.

Tel un précheur méthodiste, qu’on croirait ressembler au révérend Double Dose de l’Eglise de l’Indestructible Lumière de l’Evangile de la Sainte Délivrance du romain Not Fade Away de Jim Dodge, la soul vissé dans ses tripes, entre Otis Redding (dont il a repris remarquablement Try a Little Tenderness) et James Brown (aux déhanchés plein de souplesse, en un peu moins véloce), il rugit ses appels à l’amour, ses « Baby You miss me », se mettant à genoux implorant les dieux, l’amour, les filles. Mais derrière tout ce décorum, il fait le show et a énormément touché le public de Rock en Seine (dont moi) par son rythme, son engagement, sa foi dans la musique.

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Le concert enregistré par Culturebox

 

5- le joyeux – François & The Atlas Mountain

Après un album qui marquera mon année 2014, un concert complet à la Gaité Lyrique que j’ai raté, j’attendais de pied ferme la découverte de François & The Atlas Mountain en live, enfin!

Et c’est sur la scène de la pression (relative à la bière, sponsor de l’évènement) et après avoir traversé la totalité du parc en longueur à petites foulés pour cause de Portishead juste avant, que je les aperçois, les écoutes lancer leur morceau introductif Bois. Je savoure du début à la fin leur set extrêmement joyeux, ce plaisir d’être sur scène communicatif, cette danse chaloupée (et ce n’est qu’un mot trop faible devant la souplesse de leurs bassins), ce voyage à travers des univers très différents d’un morceau à l’autre, morceaux qui ont été magistralement revus pour les adapter au format festival, avec plus de rythme et des séquences musicales allongées, et ce final ensorcelant, faisant mettant la foule en trans tel un derviche tourneur aux sons de la batterie et des percussions. Magique !

On en redemande encore et encore.

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5+1- le plus timide – Dorian Pimpernel

On vous les avait présentés il y a peu, Dorian Pimpernel a eu la tache, pas simple, d’ouvrir cette seconde journée. Peut-être celle-ci a été trop lourde car malgré des chansons bien rodées de leur pop esthétique, ils sont restés en dedans, comme impressionnés par l’évènement, dans un costume qu’ils pensent presque avoir usurpé, des chansons dont ils s’excusent presque qu’elles ne soient pas connues par le public.

Allez les gars, vous êtes sur scène, vos chansons sont bonnes, lâcher le frein et foncez !

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