Notre entretien avec Talisco

Capture d’écran 2014-10-29 à 20.10.02Songwriter et compositeur de talent, Jérôme Amandi s’est lancé dans la réalisation solo d’un premier album. De cette volonté, le projet Talisco a émergé puis l’album, Run. Rencontré après les balances de son concert au File 7, le Bordelais s’est agréablement livré à mes questions.

Tu as commencé la musique à l’adolescence mais tu as arrêté pendant une longue période. Comment revient-on à un tel niveau, j’entends composition d’un album et concerts, alors que l’on a arrêté pendant un certain temps ?

Franchement, je ne sais pas. J’ai fait de la musique quand j’avais onze ans et j’ai arrêté vers vingt ans pour bosser. Après, est-ce que j’ai vraiment arrêté ? Je bidouillais de l’électro avec un petit ordinateur. Pourquoi de l’électro ? Parce que c’est facile avec un petit ordinateur (rires). Je m’y suis remis depuis quatre ans maintenant et à un niveau de travail important. On y revient avec l’envie et la passion. Si tu as ça dans les tripes, tu y vas et le reste ne compte pas.

Cela te manquait ?

Oui, ça me manquait. Parfois, tu as l’impression de ne pas être à ta place. Quand j’allais à des concerts, j’avais l’impression d’être une espèce de vieux con (rires) en étant toujours en train de critiquer et au final, je me disais à moi-même : « t’es blasé parce que t’aimerais être là, c’est tout ! ». Il y a quelques déclics qui te font te dire que c’est le moment d’y retourner.

Comme tu le disais avant, tu fais de l’électro et tu joues de la guitare. Comment se met-on à l’électro-folk ? Est-ce que cela vient d’un choix ou seulement parce que cela se fait naturellement ?

Je me suis jamais dit : « tu dois jouer tel genre de musique ». La guitare est mon premier instrument et après, j’ai vu passé une MPC 1000, un Roland 909 et plein d’autres trucs que je revendais au fur et à mesure. J’ai même eu des platines, une basse ou un clavier ! Puis, j’ai voulu mélanger tout ça de par ma culture musicale.

Quand on lit des interviews d’autres artistes, ils expliquent qu’ils ont mis des mois ou des années à concevoir un album alors que toi, tu as composé et enregistré Run rapidement. Comment peut-on se dire que l’on fait un album presque dans l’urgence ?

C’est juste le contre-pied. Personnellement, je me perds quand je pense les choses. Quand tu commences à conceptualiser, tu marquettes le truc en te demandant si cela va plaire ou non. Je n’avais pas du tout envie de rentrer là-dedans. L’idée était de faire quelque chose de spontanée et instinctif. Pour cela, la seule manière était de faire dans l’urgence. Par exemple : tu prends ta guitare, tu grattes et si ça sonne cool, tu enregistres. Si ça ne te parle pas, tu ne travailles pas dessus.

Et pour les paroles ?

J’essaie d’écrire un morceau dans la globalité. Un thème se dégage et les paroles suivent avec l’énergie et l’émotion.

Combien de temps alors pour l’album ?

J’ai créé les compositions en un mois et demi, environ. Après, cela s’est étendu avec des concerts alors l’enregistrement s’est fait sur deux mois. Si tu as le temps, tu peux créer un album comme ça. Les artistes mettant plus de temps font ça soit par choix, soit à cause de la route et des tournées. Quand c’est un premier album, tu as un peu plus de temps vu que tu n’es pas systématiquement sollicité pour la scène. Certains artistes produisent en plus ou moins longtemps. Pourtant ce n’est pas une question de productivité mais de détails sur lesquels ils se concentrent. Je n’avais pas envie de penser l’album mais plutôt de quelque chose de brut. Boum, ça sort et c’est comme ça (rires). Mon envie était de conserver l’énergie qui sort.

Tu as composé l’album seul mais une fois sur scène, tu es accompagné par deux musiciens comme un groupe. Est-ce difficile de continuer à mener le projet Talisco et sa direction avec des personnes extérieures à la composition ?

Je ne suis pas mégalo au point de vouloir dire que le projet, c’est moi. Je suis à l’initiative du projet, je sais où on va mais après, j’ai envie que l’on s’éclate sur scène comme un groupe. J’ai envie de partager cela avec ces mecs et qu’une énergie en découle sur scène. Je ne veux pas juste avoir des musiciens mais un groupe, envoyer un vrai show. Même si je suis un tyran … (Rires)

Il y a un imaginaire de western qui ressort de l’album, est-ce volontaire ?

Pas du tout mais c’est ce qu’il en est sorti. Tu craches un morceau et tu constates sa façon de sonner. D’une certaine façon, ce n’est pas volontaire mais ça me ressemble. Après, il y des images. L’album a été composé de manière spontanée mais tout le visuel a été pensé. Pour le coup, je me suis posé et j’ai réfléchi. Je voulais parler visuellement de ce qui ressort avec des grands espaces, l’aventure, l’action et le départ d’où le nom « Run ». Pour moi, c’est le départ d’une aventure, d’une course.

L’aspect cinématographique vient donc d’un travail de ta part ?

Je voulais en faire une espèce de film mais je l’ai fait avec des réalisateurs aimant ça. Je ne me suis pas trompé en allant les voir pour demander quelque chose de précis. Au contraire, ils sont venus vers moi pour me proposer une vision que l’on a partagée.

Cela t’a donné des envies de cinéma ?

Musiques de films, oui mais réaliser, pas du tout. Créer un univers musical autour d’un film, je trouve ça génial. Cela serait un projet qui me plairait, vraiment.

Tu as des musiques qui ont été prises pour une BO et pour des publicités. Comment cela arrive-t-il ?

On va pas se mentir, c’est du business et pas le Père Noël (rires). Les maisons de disques sont en relation avec les agences de pubs mais ça vient également de coups de cœur. C’est une véritable chance d’avoir ces agences-là qui un coup de cœur pour ta musique. C’est aussi une histoire de relation, comme dans le milieu de la musique. Sur le nombre de musique qu’il existe, les mecs lançant une campagne de pub à plusieurs millions ne vont pas mettre « Your Wish » parce qu’on est pote ! Il faut qu’il y est un coup de cœur pour la musique.

Il y a un côté paradoxal entre le fait que ta musique soit commerciale, dans le bon sens du terme avec des titres efficaces et grand public, et le fait que le projet et toi-même sembliez un peu mystérieux…

Ce n’est pas voulu. A un moment donné, tu réfléchis à l’image que tu renvoies par rapport à ce projet. Est-ce que je suis comme Stromae, un personnage, ou est-ce que je suis moi-même ? Je n’arrive pas à me déguiser derrière un personnage. Le côté mystérieux n’est pas recherché. Par exemple, le nom « Talisco » est un hommage rendu à quelqu’un que j’ai connu mais superstition et pudeur, je le garde pour moi. En effet, ça raisonne mystérieux mais ce n’est pas voulu. Je me considère comme un outsider, je n’aime pas l’idée d’être un chanteur pop et d’être mis en avant. Ok, on voit ma gueule mais ce n’est pas quelque chose que j’aime.

Ta carrière a accéléré d’un seul coup, cela n’est-il pas trop déstabilisant ?

Soit tu arrives en faisant des concerts, tu montes, tu gagnes un public et tu te fais connaître. Soit tu arrives avec un single et tu te retrouves obliger de faire des concerts pou gagner un public. Je suis passé par cette deuxième option, ce qui est génial et à aucun moment, je me suis dit que c’était chiant. La vie bouge, c’est sur mais c’est cool. Après, attention, je ne suis pas Lenny Kravitz et ma vie est super normale. C’est vrai que cela s’est passé très rapidement mais je profite tout en gardant les pieds sur terre.

Comme tu m’as dit, tu as fait des concerts pour gagner un public. Qu’est-ce qui t’a marqué dans ta tournée ?

J’ai fait peu de scène avant le projet, genre cinq concerts donc là, j’apprécie chaque concert. J’ai été marqué au tout début, durant la première partie de The Vaccines au Bataclan. J’avais dix concerts à mon actif et je me suis retrouvé devant un parterre de groupies mais pas pour moi. J’ai commencé à jouer, j’ai entendu hurler (rires) et j’ai trouvé ça génial ! C’est l’éclate de jouer pour un public à fond. Il y en a eu des événements marquants comme la première partie de Woodkid en acoustique alors que l’on ne le fait jamais, le tout devant 5 000 personnes. On a aussi fait La Cigale, une salle blindée et on a déroulé. Même les pires moments sont des moments hallucinants. Mais il n’y a pas eu vraiment de pires moments, je prends tout ce qui vient.

Par simple curiosité, as-tu certaines références musicales qui t’ont marqué dans ta vie personnelle ou dans ta façon de faire de la musique ?

Il y a des albums des Beastie Boys, Beck qui ont ouvert d’autres voies dans ma façon de voir les choses. Il y en a eu plein, j’écoute tellement de musique et de styles différents comme de l’électro dur. Par exemple, j’ai bien m’enfiler un album de Mr Oizo juste pour l’expérience sonore. Ce mec fait presque n’importe quoi et j’en suis sur qu’il doit se marrer quand il enregistre des albums (rires). Il a une patte sonore géniale, on le reconnaît de suite !

Avec ses fameuses boucles…

Exactement et ça fait mal au crâne (rires) !

Pour finir, je te laisse un espace libre.

Tu sais, si tu ne me poses pas de question, je n’ai pas grand chose à dire (rires) ! Il fait beau, tout va bien et je suis super content. C’est l’éclate et j’espère que cela va durer le plus longtemps possible. Je souhaite ça à tout le monde !

One thought to “Notre entretien avec Talisco”

Laisser un commentaire