Notre interview de The Callstore

The Callstore« Les moments difficiles sont des passages inconfortables certes, mais ils sont inévitables »

C’est à l’occasion de la sortie de son magnifique premier album Save No One aux mille nuances de noirs, digne de Pierre Soulages, parfois sombres, parfois ténébreux, parfois même lumineux, que The Callstore a très gentiment répondu à nos nombreuses questions. Il revient pour nous sur son parcours, ses chansons, l’enregistrement de l’album et sa rencontre avec Talitres, son label.

Quel est ton background musical ? Tu es plutôt passé par les conservatoires ou tu es autodidacte ?

The Callstore : Et bien j’ai fait deux années de piano avec Brigitte Merer comme professeur sur Auray quand j’étais très jeune mais je crois que de faire de la musique à cette époque ne m’intéressait pas autant que d’en écouter. Des années plus tard, vers mes 13 ans, j’ai récupéré une guitare et décidé dans la même journée que j’allais non seulement apprendre à m’en servir mais aussi écrire des chansons. J’ai imprimé par la suite les gammes d’accords et tout est parti de là. C’était donc dès le départ un projet très autodidacte.

Un premier album est souvent très spontané, comment s’est déroulé pour toi l’écriture des chansons ?

Quand Sean (Bouchard, de Talitres) m’a donné l’opportunité de pouvoir sortir un album, j’ai décidé de produire des chansons déjà existantes en parallèle avec de nouveaux morceaux écrits pour l’occasion. Cela m’a permis de faire des essais tout en gardant une certaine direction prise au début des enregistrements. Je voulais garder cette spontanéité que tu évoques, en évitant cependant de me perdre en cours de chemin comme cela arrive déjà assez souvent pendant le processus de création.

Tu écris souvent à la première personne (I ou We), c’est un choix ou cela s’est fait naturellement ?

Oui, cela s’est fait naturellement dans la mesure où j’écris généralement très peu de chansons qui relèvent du domaine de la fiction. Il semble donc logique d’évoquer dans mes paroles ce avec lequel je suis familier. Bien sûr, je n’ai pas non plus envie d’étaler ma vie privée en public alors j’essaie au mieux d’exprimer ces ressentis, mémoires, histoires, sentiments… sans trop donner dans la précision. Et si il est vrai que certaines (rares) allusions peuvent en effet être reconnues par les personnes qui ont inspiré – de près ou de loin – ces chansons, elles restent cependant très anonymes. Je pense que, comme beaucoup, le fond évoque plus que la forme. Ou même son origine.

Tu évoques beaucoup l’amour, surtout l’amour disparu, les relations à deux.

Pour rejoindre ma réponse à la question précédente, je suppose que les expériences qui me marquent le plus dans la vie sont celle qui me sont propres, en particulier celles qui laissent des cicatrices. Ou des plaies. L’amour peut en laisser un grand nombre quand on ne parvient pas à l’entretenir, le préserver ou le garder. Et que ce soit avant, pendant ou après, il n’en reste non-moins un animal fascinant et hypnotique. On s’oublie facilement dans sa contemplation.

Tu indiques « Let us be sad sometimes« , tu penses que passer des moments difficiles est indispensable ?

Indispensable, non. Mais certainement inévitable. Je pense effectivement que dans le cadre d’une relation, comme pour le reste d’ailleurs, il est important d’accepter que l’on ne va pas être heureux tout le temps. Il est essentiel de savoir donner une place à cette tristesse pour qu’elle puisse s’exprimer. Elle ne représente pas en elle-même une menace, quelque chose qu’il faut ignorer ou une raison pour dire que quoi que ce soit touche à sa fin. Les moments difficiles sont des passages inconfortables certes, mais ils sont inévitables. Dire d’un arbre qu’il est mort parce qu’il perd des feuilles est juste défaitiste.

Pourquoi ce titre d’album Save No One ?

Je n’en suis pas certain. Originalement, l’album allait être éponyme car je manquais d’idées mais cela a changé en cours de route. Ce titre est l’expression d’un sentiment qui me parle énormément, même si je n’ai pas encore réussi a en définir la raison. Il découle d’une phrase que j’ai entendu un jour qui se traduit ainsi: « Si tu ne peux sauver que toi même, ne sauve personne ». Au bout du compte, il n’est pas impossible d’imaginer que l’interprétation de cette phrase appartient a chacun. C’est peut être cela qui m’a séduit.

Tu as un vrai façon de chanter très personnelle, avec une voix grave, hypnotique, mi-chanté, mi-parlé, avec des phrases courtes. Comment cela t’est venu ? Tu penses avoir été influencé par des voix mythiques comme Leonard Cohen (dont on parle beaucoup en ce moment), ou Tom Waits?

Il est très probable que Leonard Cohen figure dans mes influences car il a fait partie de mon décor musical depuis mon enfance. J’ai découvert Tom Waits, Nick Cave etc… plus tard, vers la fin de mon adolescence. Cependant, j’ai chante dans les aiguës pendant de nombreuses années avant de descendre graduellement dans un registre plus bas vers 2003. Tout s’est fait naturellement. Ma voix est devenue plus personnelle, les paroles plus concises et j’ai trouvé que cette façon d’écrire pouvait être aussi satisfaisante qu’enrichissante. Je pense qu’au bout du compte, m’exprimer convenablement est devenu pour moi plus important que de me faire entendre. Et puis j »ai vécu en co-location avec 3 autre personnes pendant une dizaine d’années donc il est possible que mon chant actuel soit le résultat d’avoir tente de ne pas faire trop de bruit.

Tu sembles aussi à l’aise avec des musiques acoustiques ou électroniques, c’est le cas? Comment choisis tu l’un ou l’autre?

Je dois avouer que je n’ai pas de préférence. Pour moi, toute chanson que je termine est une chanson de The Callstore. Je fais des essais et je garde ce qui me plait. Généralement, j’ai toujours une idée plus ou moins précise de ce que j’aimerais entendre ou exprimer dans le produit fini.

Comment s’est fait la rencontre avec Talitres ton label?

Par un coup de chance inouïe. Pascal Le Floch (du groupe Brestois I Come From Pop) qui avait entendu ma musique lorsque que je vivais en France a suggéré à Francois Joncour (du même groupe) d’inclure une des mes chansons dans l’édition vinyle de Telescopage 3 (dont Chronique Musicale avait fait la revue a l’époque – merci mille fois). Le pressage s’est fait et j’étais très content du résultat (je garde mes copies très précieusement), même si je n’en attendais rien. Pour tout avouer, après de nombreuses années à essayer de convaincre l’industrie du disque que j’avais quelque chose à dire, j’avais donné ma guitare à une amie, ayant effectivement décidé d’arrêter d’écrire de la musique. Quelques mois plus tard, j’ai reçu un mail de Sean et tout à change. J’ai demandé – gentiment – à mon amie de me rendre ma guitare et je me suis mis au boulot (même si au résultat je n’ai utilisé ma guitare que pour les démos de l’album après avoir emprunté une guitare de meilleur calibre à un ami).

Il est indiqué que tu as tout fait sur cet album, comment cela s’est passé pour l’enregistrement, car certains morceaux sont très orchestrés, avec des choeurs ?

Travailler ainsi passe par beaucoup de frustrations car on ne peut pas remplacer le bassiste, le guitariste ou l’arrangeur de cordes quand ça ne fonctionne pas. Mais quand tout se passe bien, c’est une expérience très réjouissante et motivante. Pour être honnête, il me parait relativement étrange qu’un musicien puisse être considéré comme étant solo en ayant des sbires qui se chargent de l’arrangement ou de la production de leurs chansons. Mais la raison pour laquelle j’ai tout fait est principalement parce que cela me convient le mieux. Les débats se font dans le calme et il n’y a ni guerre d’égos, ni compromis. Et bien sur, les horaires sont souples.

Une édition vinyle est prévue ?

Oui, un double vinyle est effectivement en pré-order sur le site Talitres et devrait être disponible vendredi prochain. Je trouve que ce format a une place importante et pertinente dans l’industrie musicale actuelle et je suis très heureux que Sean ait pris la décision de sortir l’album sous cette forme.

Des dates sont prévues en France? Avec quel type de formation tu vas monter sur scène ?

Des concerts ne sont pas encore prévus. Si il est tout a fait vrai que je n’ai pas encore trouve une formation qui me convienne, et que j’y pense régulièrement, il est aussi vrai que je n’apprécie la scène que de loin et cela même en spectateur. Je n’aime pas beaucoup la foule. Ou le bruit. Mais bon, comme ce n’est pas toujours le cas non plus, je ne peux pas dire « jamais ». Dans les bonnes conditions, et au bon moment, il se peut tout à fait que je change mon fusil d’épaule. C’est une histoire à suivre je pense.

Un dernier mot pour conclure?

Merci beaucoup à Chronique Musicale et à ses lecteurs pour ce moment passé ensemble.

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