Notre entretien avec Gush

GushXavier : Et l’interview de Gush commence !

Entre vos deux albums, quatre années se sont passées notamment durant lesquelles vous avez tourné au Japon et aux États-Unis. Comment cela s’est-il passé ?

Xavier : Cela s’est très mal passé, question suivante (rires). C’était génial ! On a sorti le disque au Japon, on y a joué en tant que première partie d’un groupe japonais mais aussi au Summer Sonic Festival pour notre tournée. On a joué à Tokyo, à Nagoya et à Osaka. A Fukushima, c’était un peu plus compliqué. Cela s’est déroulé sur six mois et après, on s’est rendu à Austin pour un festival où l’on s’est frotté à la scène émergente. On a fait quelques concerts à Los Angeles puis Perou, Chili, Argentine ! On a joué au Lollapalooza au Chili. C’était hyper enrichissant d’être en tournée sur un mois et demi non stop puis de rencontrer plein d’autres groupes.

Ce sont de grands festivals en plus..

Xavier : Totalement et c’est là qu’on a commencé à réfléchir pour écrire le deuxième album. Tu parles de quatres ans mais il y a eu un an et demi où l’on a tourné pour le premier album et une année de studio pour Mira.

En comparant les deux albums, j’ai remarqué que les guitares étaient plus présentes sur le premier…

Mathieu : Faux, question suivante ! (rires)

Alors que sur le deuxième, elles sont plus effacées ou traitées différemment. Est-ce une réelle volonté ?

Mathieu : Carrément ! Sur le premier album, il y avait beaucoup de guitares acoustiques qu’il n’y a pas du tout sur le deuxième album. Les guitares électriques sont traitées d’une façon plus discrètes avec plus d’effets, plus de reverb.

Elles sont en fond ?

Mathieu : Oui, voilà ! Les claviers et synthétiseurs ont remplacé la place de la guitare sur le premier disque.

Xavier : Sur les deux EP d’avant le premier disque, les guitares étaient carrément plus électriques mais il me semble qu’ils ne sont toujours pas dans le commerce. Faudrait qu’on s’en occupe, peut-être.. (rires)

Mathieu : Cela ne sert à rien, tu sais..

Xavier : Mais si, on éveille l’attention des lecteurs.

Mathieu : Ce n’est pas dans le commerce mais c’est disponible sur soundcloud pour avoir les morceaux composés avant le premier disque !

Les guitares sont donc effacées et je trouve que c’est au profit de la voix. Elle est plus mise en avant, comme un réel instrument.

Xavier : Sur le premier album, elle était présente de manière classique mais sur le deuxième, c’est vraiment comme un instrument. Sur certains morceaux, on fait des nappes comme un instrument et ce ne sont pas des vraies parties de chant.

Mathieu : On l’envisageait comme un instrument rentrant dans la composition générale et dans l’arrangement. C’était comme une nappe de clavier ou un synthé plutôt que, forcément, une voix lead.

Sur certains titres, il y a même une impression de questions/réponses comme entre une guitare et une basse.

Xavier : Oui, c’est tout à fait ça mais tu as tout compris (rires) ! Autant, sur le premier album, il y avait un lead dans le chant alors que là, il y a plusieurs qui chantent ensemble ou alors on se répond.

Vous chantez tous, vous êtes multi-instrumentistes..

Xavier : Faux (rires) ! Le mec pas énervant.

Mathieu : Question suivante !

Vous ne vous marchez pas dessus pendant la composition ?

Xavier : Parfois, ça peut compliquer l’organisation ou le déroulement de la composition. Il faut savoir laisser sa place à chacun ou se mettre en retrait par moment. Il n’y a pas de places clairement définies mais cela ouvre des portes, enrichit le travail de composition et de studio. Il y a le revers de la médaille car on peut mettre plus de temps pour composer.

Mathieu : Sur scène, cela peut être gênant pour les enchaînements de la scénographie avec des changements de poste. Ce n’est pas aussi simple qu’un groupe dont chaque membre a une place définie alors que nous, on doit bouger et tourner. Quand on a quatre ou cinq morceaux de suite où il faut changer, cela devient compliqué mais c’est sympa, ça entretient (rires) ! Tu es maintenu en éveil, cela permet d’appréhender les instruments d’une autre façon aussi.

L’optique de composition est différent sur Mira, cela nécessite-t-il une adaptation scénique pour les morceaux d’Everybody’s God ? Quel album prend le pas sur l’autre ?

Xavier : Il y a des morceaux du premier album qu’on continue à jouer sur scène mais mis à la sauce du deuxième. L’énergie organique est conservée.On n’essaye pas de diviser le concert en deux parties, on mélange nos deux albums pour avoir un univers musical varié mais uni.

Mathieu : On a réadapté les morceaux du premier album avec la couleur du second. Il faut comprendre que le côté synthétique et digital que l’on a amené devait côtoyé le côté organique du premier album. Il ne faut pas se forcer en étant à 100% dans un des deux disques. C’était important de garder cet aspect joué, vivant et énergique.

Et la tournée se passe bien ?

Xavier : On a commencé avec le Trianon au mois de mai et depuis, on tourne. L’été était consacré aux festivals, on a vu du pays (rires) ! Cela continue très bien avec une super tournée d’Automne et on va essayer d’exporter notre musique à l’étranger comme pour le premier album. On a quelques touches et pistes, on va essayer d’avancer sur ça !

J’ai lu dans quelques interviews que vous étiez qualifiés de « potaches », « sympathiques » ou « marrants ». Cela vous dessert-il parfois ?

Xavier : Nous sommes potaches, nous ? C’est négatif, non ?

Un peu comme les Naïve New Beaters qui aiment plaisanter, je pense non ?

Xavier : Eux, c’est leur fond de commerce. Avec toi, on a un côté potache parce qu’on fait les cons mais tu trouves vraiment qu’on est potache ? Sympathique oui, mais potache ?

Mathieu : Alors qu’on est froid, antipathique et prétentieux (rires) !

Xavier : Nous sommes juste naturels et après, si les gens se rappellent de ça, cela ne peut pas nous desservir.

Mathieu : Il n’y a pas de volonté de manipulation alors que ça marche pour certains, je pense. Nous, on ne veut pas être dans un aspect de « fake » et de représentations. Alors que potache, c’est péjoratif !

Xavier : Il aurait fallu mettre « cons » ou un truc bien explicite plutôt que « potaches » !

Mathieu : (en montrant sur son téléphone) Alors « potache : qui a les caractéristiques des collégiens et des lycéens en ce qui concernent l’humour ». Cela veut dire que l’on est drôle ! Comme dans le clip de Dirty Attitude qui est sorti !

Gush a dix ans de carrière, qu’est-ce que cela vous fait ?

Xavier : On a débuté en 2004 avec des démos et on a enchaîné les concerts. Sur 2006/2007, on a sorti deux EP avec des titres inédits qui ne sont pas sur les disques. Dix ans pour une carrière qui ne cesse d’évoluer. Musicalement, c’est sûr qu’on ne stagne pas avec la volonté de ne pas faire deux fois le même disque et en terme de carrière, cela se fait étape par étape. Le groupe construit son avenir sur le long terme.

Vous avez collaboré avec les Naïve New Beaters en les rejoignant sur scène et en enregistrant Skyline sur leur EP, Guest List.

Xavier : On est dans le même label et on se connaît depuis cinq ou six ans. Des liens se sont créés et effectivement, ils nous ont invité à jouer avec eux sur Skyline. Ces mecs sont géniaux et tellement sympas !

Mathieu : D’ailleurs, ils ont sorti une nouvelle bière et elle a l’air bien sympa !

Avec C2C aussi, il y a eu une collaboration.

Xavier : C’est vrai, on a fait un guest sur leur album et sur le titre Genius.

Mathieu : On a rencontré une moitié de C2C en tournée avec Beat Torrent, Atom et Pfel, et aussi 20 Syl après la cérémonie des Victoires de la musique. Ils ont remixé certains de nos morceaux et il y avait une envie de bosser ensemble. Ils nous ont envoyé une instru pour que l’on pose nos voix dessus. Depuis, il y a des remixs et même un qui vient de sortir et fait par Atom.

Xavier : Tu vois, les meilleurs nous contactent (rires) !

Cela vous intéresserait d’en faire d’autres ?

Mathieu : Toujours ! Mais cela dépend des circonstances et de l’organisation. Après, on s’investit toujours à fond dans nos projets mais il y a forcément des compromis. Personnellement, il y a un mec en ce moment qui me donne envie de bosser avec lui : Kaytranada. Il fait des remix déments et si un jour, on arrive à le choper !

Il est au Pitchfork festival la semaine prochaine !

Xavier : Et bah, on doit le voir (rires) !

J’avais lu que vous aimiez beaucoup Rick Rubin.

Mathieu : C’est un fantasme d’adolescence avec Deft Jam et tous les disques qu’il a produit. Maintenant, il est directeur de label et je pense qu’il ne doit plus produire beaucoup de disques ou alors que ceux des grosses machines. Il n’est plus trop dans son ancien rôle comme avec les Red Hot. On a pas encore rencontrer de gens comme ça, on a tout réalisé et produit nous-même. Peut-être sur le troisième disque.

Xavier : C’est une histoire de rencontrer et de tomber sur une personne ayant une vision intéressante.

Mathieu : Comme les groupes de rock produits par un mec venant de l’électro, comme Philippe Katerine produit par SebastiAn. Pour certains, les résultats ne sont pas toujours là mais la démarche est géniale ! Faire tomber les barrières comme l’électro et le rap.

Avez-vous des recommandations musicales à faire aux lecteurs ?

Mathieu : Déjà, ceux que l’on a cité mais aussi Caribou dont le nouvel album est sorti comme The Do ou SBTRKT. Trois disques à écouter pour la rentrée, c’est déjà pas mal.

On termine par un espace libre.

Xavier : On dit déjà tellement de conneries (rires) ! Venez nous voir en concert et écoutez Mira !

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