Notre entretien avec Faada Freddy

Faada FreddyInterview : Céline Perraud Photos : Delphine Ghosarossian

Nous avons eu la chance de rencontrer Faada Freddy quelques minutes avant son concert dans la belle salle du Carré Bellefeuille de Boulogne Billancourt. Superbe concert où il a transcendé la salle comble par sa voix et sa générosité, accompagné de ses partenaires.

Tu es en tournée en ce moment. Comment s’est passé le concert à l’Olympia lundi dernier?

Faada Freddy: Ça s’est très très très bien passé, le public était au rendez-vous et très très chaleureux, et il nous a donné envie de nous donner au maximum. Il était dur de sortir de scène. On était tellement submergés d’émotions. Le public ne partait pas, il restait là et nous aussi on avait envie de rester et de continuer. La suite ce sera le 26 mai au Zenith de Paris.

L’Olympia est une salle mythique, connue pour ses intenses vibrations ; tu as ressenti quoi?

Oh il y a des vibrations très très fortes dans cette salle et aussi dans les loges, tu sens qu’il a des belles âmes qui sont là et ça m’a fait du bien de jouer dans cette salle-là et de voir que le public est là. Ils étaient tous présents. Et il y a des artistes qui m’ont montré qu’ils étaient aussi présents pour moi, comme par exemple Bernard Lavilliers. C’est des présences qui me font plaisir et qui m’ont marqué.

Est-ce que pour un album c’est une étape importante d’être à l’Olympia?

Je ne le savais pas mais en fait oui. Quand on fait un album, on ne sait pas les salles que l’on va faire. On a démarré le projet en jouant un peu partout. Dans la rue, on a commencé en jouant dans des petites salles, notamment au Sunset et après on a laissé grandir la famille. Et maintenant que j’ai fait l’Olympia, je me rends compte que c’est une salle avec des vibrations positives. Elle mérite de performer là-bas. C’était la première fois que je jouais là-bas en tant que Faada Freddy, avant je l’avais fait seul à la guitare pour les premières parties de Lenny Kravitz et de Bernard Lavilliers ou Ayo.

On se rappelle aussi du Trianon où tu avais embarqué tout le monde dans le métro à la fin du concert. Comment ça s’est passé, vous ne pouviez pas vous quitter?

On finit le concert et on a envie de rester avec le public, on sent comme un aimant qui nous garde, une énergie positive qui est partagée. On se dit que nous pouvons être là les uns pour les autres et partager des moments qui nous font oublier que le stress existe et que la vie peut être dure parfois, qu’on peut pleurer. Ici s’il y avait des larmes, ça serait des larmes de joie. C’est des moments qui nous amènent à nous garder les uns et les autres. On peut se garder encore pour quelques moments, le temps de partager encore quelque chose qui fera que le lendemain, on se réveillera toujours avec quelque chose qui nous aura unis.

Ça a l’air d’être un très beau souvenir?

Faada Freddy

Oui c’était énorme, je me rappelle du chauffeur du métro qui disait : « S’il vous plait, ça chante partout ». Du coup on a dit « Bon d’accord il ne faut pas faire de bruit », alors nous sommes sortis et quand on est sortis les passagers du métro sont venus avec nous et ont continué à chanter car ils ont vu plus de 300 personnes dans le métro en train de chanter. Ca fait quelque chose, on ne pouvait pas tous rentrer dans un wagon donc on est rentrés dans plusieurs et après on est sortis tous ensemble et on a continué à chanter vers Barbes, Anvers jusqu’à que l’on se dise qu’il était temps de rejoindre nos familles et c’est ainsi que la soirée s’est terminée sur des mélodies.

Est-ce que tu t’attendais à un si grand succès pour cet album?

En fait il y plus que le succès pour moi, c’est de pouvoir partager, de rendre les gens heureux, que cela soit une salle de 5 personnes ou plus, voir le public heureux c’est tout ce que je veux. Il ne s’agit pas de moi mais ce que je peux partager et ce qui passe à travers moi. Toutes mes chansons sont tirées de ma vie, mais aussi de la vie des uns et des autres, ou de quand je regarde le journal, ou marche dans les rues de Paris ou en Afrique, en Inde, en Australie. Tous ces peuples que j’ai rencontrés qui m’ont transmis des choses. C’est ça que j’ai envie de partager, avec un dénominateur commun qui est la pop music, qui veut dire pour moi musique populaire, c’est à dire qui rassemble et laisse une inspiration à toutes les cultures. C’est mon but, ma raison de chanter. Je chante pour que le partage existe encore. Pour que le public sache qu’il n’y a pas de star, que tout le monde est sous les lumières et que cela continue ainsi.

Est-ce que c’est pour cela que tu as choisi de ne pas utiliser d’instruments « classiques » sur cet album ? D’où vient cette idée?

Faada Freddy

C’est un rêve qui s’accomplit : quand j’étais petit, je ne pouvais pas avoir d’instruments car mes parents n’avaient pas les moyens de les acheter. Du coup je faisais de la percussion corporelle ou je construisais des instruments avec des objets récupérés. J’ai toujours rêvé de faire un album a capella, sans instrument. Je me suis rendu compte que tout le monde ne sait pas jouer d’un instrument mais tout le monde peut taper sur sa poitrine. J’ai fait des ateliers avec des autistes, des enfants, des personnes âgées de 70 ans, des jeunes, et c’est là que tu te rends compte que tout le monde peut le faire et adhérer. C’est quelque chose qui se partage très vite et cela me plait et me fait vivre.

Et une dernière question sur la suite, un nouveau projet ? Peut-être retrouver ton groupe précédent?

Je suis toujours avec le groupe précédent, je fais des allers-retours de temps en temps pour jouer par-ci et par-là mais cela ne m’empêche pas de continuer cette belle aventure solo. Je suis dans une démarche de perfectionner, de polir ce que je fais, pour mieux le transmettre, pour que cela soit mieux compris. Il y a aussi une part d’improvisation que je veux toujours garder car cela est important. C’est la spontanéité. Mais il est important de bien polir ce que l’on fait, de mieux le servir. C’est comme mettre les condiments pour servir un bon plat. C’est la raison pour laquelle j’essaye, avec les musiciens, de perfectionner chaque chose et de trouver de nouvelles choses dans ma voix et de me redécouvrir et aussi travailler avec d’autres musiciens. Je vais travailler avec Ibrahim Maalouf et je suis en train de préparer un deuxième album. Je ne sais pas si je vais toujours faire de la percussion corporelle ou un album avec des instruments récupérés comme dans mon enfance, je ne sais pas encore, mais les morceaux sont là et chaque jour il y a des mélodies et des mots qui s’entrelacent avec d’autres mots et qui font des textes que j’ai envie de chanter. Je ne m’impose pas de limites.

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