Notre entretien avec Aliocha

« Une chanson c’est tellement fragile, il y a une essence à ne pas perdre »

C’est la veille de son concert au MaMA festival de Paris, que nous avons rencontré Aliocha. Né à Paris, grandi au Québec, Aliocha a sorti son premier EP Sorry Eyes qui pose en 5 chansons son univers folk bercé aux références américaines et sa voix si intense.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez démarré sur les planches de théâtre dès 14 ans ?

Aliocha : 12 ans, même !

Comment on fait du théâtre si jeune ?

Mon père me donnait des cours de théâtre quand j’étais petit. A travers des amis, de la famille, j’ai commencé à faire du doublage puis j’ai rencontré un agent. Mon premier casting a été au théâtre pour une adaptation de la Promesse de l’Aube de Romain Gary et puis cela a continué comme ça.

Vous avez depuis enchainé les films, les séries TV…

Exactement

Vous êtes dans une famille d’acteurs ?

Oui, l’ainé Vadim était comédien, il chantait aussi. Il m’a donné envie de faire comme lui au départ. C’est pour ça que j’ai commencé le théâtre et la musique en même temps. Mon premier rêve c’était de chanter. Vers 10 ans j’ai commencé les cours de chant, et parallèlement je jouais aussi.

Qu’est-ce qui vous a donné le déclic à 10 ans de vouloir devenir chanteur?

Ce qui est assez drôle c’est que j’étais fan de Robbie Williams. Quand j’avais 10 ans, je regardais ses concerts. C’est vraiment ça qui m’a donné envie de chanter. C’est drôle, parce qu’aujourd’hui ma musique ne ressemble pas du tout à ça.

Ca et faire comme mon grand frère qui chantait extrêmement bien, c’est ça qui m’a donné envie.

Plus tard, quand j’ai découvert Dylan j’ai commencé à jouer de la guitare et à composer un peu plus tard, vers 16 ans.

Que représente la musique pour vous ?

J’ai vécu dans une famille où dès l’enfance on écoutait de la musique, Cat Stevens par exemple c’est mes 5 ans, ou les Beatles. Ca fait parti de ce que je suis parce que je les connais, parce que je les entends depuis que je suis tout petit.

Après d’en faire, c’est difficile de dire ce que ça représente parce que ça évolue, ça prend de l’importance au fil du temps. Quand j’avais 10 ans je rêvais d’être chanteur, mais c’est vraiment en écrivant des chansons que ça a pris plus d’importance, et que ça a un sens plus profond pour moi.

Les thématiques abordées dans l’EP sont autour des relations qui ne se passent pas toujours très bien…

Ce sont des relations, mais pas forcément des relations amoureuses.

Il y a des chansons très orchestrées comme Sorry Eyes et d’autres beaucoup plus dépouillées, comment se sont faits ces choix ?

Je pense que sur certaines chansons on sentait qu’elles n’avaient besoin de rien. Et c’était important de tout façon que même sur celles qui sont orchestrées de garder une simplicité, de garder quelque chose d’épuré, parce que j’ai joué tellement longtemps seul. Comme je disais tout à l’heure, quand j’écris des chansons, il faut que ça se tienne avec simplement guitare / voix. Mais en même temps je voulais donner une couleur à l’album, je voulais m’amuser avec les arrangements mais même quand c’est arrangé, cela doit garder une simplicité.

Est-ce que le fait d’être français vivant au Canada, vous avez puisé dans les deux cultures ?

Peut-être inconsciemment. Ce sera difficile pour moi d’en parler, par ce que toutes mes influences, je ne les mets pas consciemment dans ce que je fais. Jamais je ne me dis « tiens je vais composer une chanson plus british… » C’est plus par rapport à ce que j’écoute. C’est que je me tiens au courant de ce qui se passe en France. Comme j’écoute ça et de la musique américaine, probablement que ça se traduit dans ce que je fais, mais inconsciemment.

Comment vous écrivez vos chansons ?

Comment j’écris… Je ne serais pas capable de dire par exemple « allez, pendant un mois j’écris des chansons ». C’est quelque chose que je fais tout le temps. Je joue de la guitare et parfois il y a quelque chose qui sort. Je ne me dis pas « tiens je compose un album, j’écris des chansons comme ça ». Parfois pendant 3 mois il n’y a rien qui sort ou pendant une semaine il y a deux chansons qui sortent. Selon ce que je vis il se trouve que je n’ai rien à dire et il n’y a rien qui sort, et parfois, tout d’un coup je déballe quelque chose.

A partir d’un moment j’avais vraiment beaucoup de chansons, je me suis dit « tiens, je crois qu’il y a un album là dedans ».

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Quels sont les ingrédients d’une bonne chanson ?

J’ai l’impression que c’est par erreur que je trouve une bonne chanson. Il y a un mot en anglais « serendipity » qui représente bien ça. C’est quelque chose qui est arrivé par erreur mais qui crée quelque chose de beau au final. J’ai l’impression qu’il faut ça pour chaque chanson. Je ne serais pas capable de me dire « là en 10 minutes, tu fais ça plus ça plus ça et ça fait une chanson ».

Il faut aussi que la chanson existe en guitare-voix ou piano-voix. Il faut que complètement dénudée elle ait un intérêt. Après, on peut mettre des arrangements, améliorer la chanson, mais il faut qu’elle ait une base solide.

Au niveau du texte, ce n’est pas forcément sur papier. Pour moi, ce n’est pas forcément de la poésie, mais il ne faut qu’il y ait un mot qui soit laissé au hasard. Il faut que tout ait un sens. Même si ça ne change pas les esprits, peu importe, je pense qu’il faut qu’il y ait une intention derrière tout ce qu’on dit.

C’était plus naturel d’écrire en anglais ?

Oui, parce que toutes mes influences sont anglophones. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai commencé à apprendre des chansons en anglais, c’était Dylan, Cat Stevens, Simon & Garfunkel… Alors quand j’ai commencé à écrire mes propres chansons c’est forcément comme ça que c’est sorti. Et on ne chante pas de la même façon en français et en anglais. Il aurait presque fallu que je réapprenne à chanter en français.

A 16, 17 ans vous rencontrer Jean Leloup (auteur compositeur interprète du notamment ultra tube 1990), que vous a t-il apporté ?

Il m’a apporté tellement de choses… Au moment où je l’ai rencontré j’avais une dizaine de chansons, avec toujours ce rêve d’être chanteur. Mais ça me paraissait loin, inaccessible. Autour de moi, ma famille, mes amis me disaient que c’était bien, mais je ne pouvais pas imaginer que Jean Leloup aimerait ma musique.

Je l’ai croisé dans un café, je suis allé le voir, j’avais surtout envie de lui parler. Ce que j’ai trouvé à lui dire c’est que j’avais des chansons et que je ne savais pas quoi en faire. Et d’une spontanéité incroyable, il m’a dit « viens au studio ce soir ». Il travaillait avec un groupe à ce moment là qui s’appelait The Last Assassins et ils étaient tout le temps en studio. J’arrive et il me fait jouer deux trois chansons. Il m’a dit « c’est top ! » Il a demandé à ses musiciens de m’accompagner et on a enregistré deux trois maquettes ce soir là. Il m’a fait revenir le lendemain. C’est lui qui m’offrait le studio, il a été d’une générosité folle. Qu’une idole comme ça me donne une légitimité, ça m’a donné confiance. Il m’a dit « il faut que tu fasses un disque ». C’est comme ça que ça a commencé…

Vous arrivez quelques années après avec un EP ?

C’est quand même 5 ans après… Car après avec ces maquettes je suis allé voir Michel Bélanger qui est le patron d’Audiogram, mon label au Québec, qui est le plus grand label indépendant au Québec. J’étais venu lui demander conseil pour le produire moi-même. Je ne pensais pas qu’une maison de disques voudrait le faire. Et lui m’a fait confiance à ce moment là alors que vraiment je n’avais pas grand chose.

Michel Bélanger m’a aidé dans mon développement, il m’a fait travailler avec plusieurs personnes, il m’a même envoyé même à Los Angeles travailler avec un arrangeur. Il se trouve que ça n’a pas fonctionné mais j’ai travaillé avec plusieurs personnes, j’ai continué à me développer, à écrire plusieurs chansons. C’est vraiment cinq ans après, avec la rencontre de Samy Osta que là je me sens prêt à sortir.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Comment s’est faite la rencontre avec Samy Osta ?

A travers un contact qui est dans le milieu de la musique, qui s’appelle Jean-Valère Albertini a qui j’ai dit « il me faut un arrangeur ». Du coup, on a fait un rendez-vous, on a écouté plusieurs disques français sans me dire qui étaient les arrangeurs. J’ai écouté les différents disques et je crois que c’est sur le premier EP de Feu! Chatterton que j’ai dit « c’est avec le mec qui a fait ça avec qui j’ai envie de travailler ». On est allé le rencontrer, et dès la première rencontre, je me suis dit « c’est avec lui que ça va marcher ».

Le travail a été tellement saint avec lui, il est vraiment dans l’écoute. Une chanson c’est tellement fragile, il y a une essence à ne pas perdre et avec lui c’était un travail de chirurgien pour ne pas perdre ça.

Et pourquoi allez en Suède pour faire l’enregistrement ?

Je ne sais pas exactement (rires). Samy venait de finir l’album de Feu! Chatterton là bas, et il m’a dit « le studio est top, on va enregistrer en Suède ». J’ai dit « Amen ! » (rires).

Au Canada, vous êtes surtout connu en tant qu’acteur, comment est-ce perçu d’être acteur-chanteur ? Car en France c’est très difficile…

Je pense que les gens sentent que ce n’est pas cette démarche qu’on pourrait imaginer de l’acteur qui profite de sa notoriété pour tout d’un coup se lancer dans la musique. Comme je vous l’ai dit, j’ai démarré les deux en même temps, et cela fait 5 ans que je travaille dessus.

Mais c’est vrai que c’était une peur, je me demandais comment les gens allaient le percevoir. Finalement les gens sentent bien que c’est honnête.

En France on vous connaît moins en tant qu’acteur, vous arrivez directement en tant que chanteur…

Absolument. Encore, au Québec on me connaît comme acteur, mais je ne suis pas une star, il y a plein de gens qui vont me découvrir à travers la musique, enfin s’il me découvre avec la musique. (rires)

Comment s’est faite la rencontre avec votre label pour l’Europe, Pias ?

En fait c’est la même personne qui m’a présenté Samy Osta, qui est allé voir le label Pias. Moi j’étais déjà chez Audiogram. J’ai senti un enthousiasme chez eux qui m’a vraiment donné envie de travailler avec eux. Et depuis que je suis là ça se passe vraiment bien. J’ai rencontré Guillaume (ndlr Depagne), le patron de Pias France à Montréal. Il a fait le voyage pour me rencontrer.

Vous êtes programmé au MaMA festival, c’est un beau festival, sous quelle formation jouerez-vous ?

Je serai avec mon frère Volodia Schneider qui est batteur. C’est vraiment cool de jouer avec lui sur scène, on partage de bons moments. J’ai un bassiste qui s’appelle Tom Tartarin, et Christian Sean qui lui fait clavier, guitare électrique et back vocals, et moi, je suis au clavier et à la guitare. Ca va être intime, et je pense que cette intimité marche avec ce que je fais.

Il y aura d’autres dates en France ?

Il y a certaines dates qui arrivent tranquillement. Mais comme ça vient de tomber, je ne sais même pas à quel point c’est annoncé. De bonnes nouvelles…

Merci

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