Notre entretien avec Thos Henley

« J’aime le coté live de cet album. La perfection n’était pas l’objectif »

Infatigable voyageur, nous avions rencontré Thos Henley en 2011 juste avant son départ de Paris pour la Grèce. Cinq ans après, installé à Stockohlm et de passage à la capitale, il nous présente son nouvel album Blonde on Basically Ginger réalisé avec Mathieu Cesarsky (aussi connu comme artiste sous le nom de Judah Warsky). Cet album délaisse les sonorités folks auxquelles il nous avait habitué pour s’aventurer dans l’univers savoureux des « piano-songs » inspiré par les grandes heures des années 70s. Que ce soit dans une ambiance intimiste, pop, ou joyeuse, ces dix chansons sont traversées par un vent de liberté, une fraternité chaleureuse qu’on ne boude pas notre plaisir de l’écouter.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés c’était en 2011, juste avant que vous ne partiez en Grèce. Que s’est-il passé depuis ?

Thos Henley : Oh, ça fait longtemps ! Je suis allé en Grèce, puis en Allemagne, à Paris de nouveau et en Suède.

Vous avez besoin de voyager pour avoir de l’inspiration ?

J’en avais besoin. Maintenant je sens que je peux me reposer. Je trouve que Stockholm est la bonne ville pour se poser. Je sens que j’en ai fini de cette vie de voyage.

Qu’est-ce qui vous plait ? Pourquoi Stockholm et pas une autre ville ?

C’est une bonne question… J’aime beaucoup la façon de vivre en Suède. Vous payez beaucoup d’impôts, mais en retour vous avez plein de bonnes choses. Tu t’en aperçois dès ton arrivée en Suède… C’est une super ville, les gens sont aussi très sympas.

Comment les voyages vous ont inspiré, ont eu un impact sur vos chansons ?

Je voyage seul la plus part du temps. Quand tu es seul, tu as beaucoup de temps pour réfléchir, par exemple quand tu es assis dans un train en Allemagne pendant 7 heures. Mes chansons ne sont pas sur les endroits que j’ai visités, ce sont des chansons qui parlent d’amour, de désamour. Les voyages aident dans le sens où tu as ces moments de solitude. Tu dois faire avec ces moments de solitude dont tu te sers pour faire des chansons.

J’y pensais récemment lors de l’écriture de nouvelles chansons pour le prochain album, mes chansons préférées sont plutôt mélancoliques, j’essaie d’écrire des chansons tristes mais comme je suis heureux en ce moment, je n’y arrive pas, Quand tu voyages c’est le meilleur moment pour écrire des chansons.

Entre 2011, et 2016, et avec tous ces voyages vous pensez que vous avez évolué sur la définition de ce qu’est une bonne chanson ?

Non, je ne pense pas, par contre je pense que mes goûts ont changé.

Auparavant j’aimais beaucoup les Beatles, mais je ne voulais pas faire des chansons à la Beatles, j’écrivais des chansons folks. Aujourd’hui j’ai dépassé cela, je veux juste de faire des chansons à la Paul Mc McCartney. A chaque chanson que j’écris, j’essaie d’être Paul McCartney. Ce qui n’est pas une tâche facile.

Pour cet album, qui a eu l’idée de faire des chansons au piano ?

Ce mec dans le coin (ndlr désignant Mathieu Cesarsky aka Judah Warsky). On était dans ce studio, j’avais ma guitare acoustique, je lui jouais quelques morceaux, j’avais dans le coin de ma tête que j’écoutais beaucoup de piano-songs et je me disais « j’aimerais bien faire un album piano ». Je le gardais pour moi, car je ne pensais pas qu’en 2014 – 2015 ce serait cool de le faire.

Un soir, on était chez moi, on écoutait du Paul Williams et Mathieu m’a dit « c’est ce à quoi devrait ressembler tes chansons ». Et on a réalisé que les quelques chansons que j’avais sonnaient parfaitement au piano.

Les chansons ont été composées à la guitare ?

Thos Henley : Oui, presque toutes, seule 1994 a été écrite au piano, mais les autres ont été écrites à la guitare, je suis guitariste. Sur le disque ce n’est pas moi qui joue du piano, c’est un autre Mathieu (ndlr Mathieu Geghre), il est incroyable.

Je me souviens la première chose que Mathieu (ndlr Cesarsky) m’a montré c’est Pierre de Carole King. C’est tiré d’un album pour enfants, mais c’est exceptionnel.

Mathieu Cesarsky : Et c’est la même structure : piano, basse, batterie.

Thos Henley : Oui c’est pour cela qu’on l’a écouté… On était aussi tous d’accord pour dire que Paul Williams est le roi du genre. Et deux jours plus tard, ou peut-être même le lendemain par une incroyable coïncidence je le rencontre. Je travaillais dans une librairie où il est venu. Je me suis dit que c’était une coïncidence particulièrement bizarre car on venait juste de parler de lui. Je ne crois pas aux coïncidences ni aux religions, mais après ça j’étais certain qu’il fallait faire cet album de piano-songs.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Est-ce la même chose d’écrire pour des chansons faites pour des guitares ou pour un piano ?

Mathieu Cesarsky : Je ne sais pas si tu te souviens, mais tu jouais les morceaux à la guitare et je les jouais au piano, tu chantais, mais la guitare n’était pas enregistrée. Quand nous réécoutions le morceau il n’y avait plus de guitare. On s’est aperçu que ça fonctionnait bien.

Thos Henley : Depuis que cet album est devenu un album autour du piano, je me suis mis au piano, j’en ai acheté un. A Stockholm tu peux acheter un piano en payant juste le déménagement, car beaucoup veulent s’en débarrasser.

Je ne joue pas très bien du piano, mais après cet album, pour le prochain, les chansons seront écrites au piano.

Vous dites que vous avez été inspirés par les années 70 ?

De 1965 à 1975 sont les dix plus belles années. 1973 est pour moi la plus belle année musicale. C’est l’âge d’or des albums de piano. Randy Newman, Elton John, Billy Joel, Queen… Même en 1974 ce n’était déjà plus aussi bon. Cette année là était incroyable, j’aurais aimé être né à cette époque.

On trouve dans votre album des chansons mélancoliques, des chansons intimistes, mais aussi une chanson un peu à part, 1994. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

1994 est sur un vieil ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. On a pris des chemins différents, il se droguait beaucoup. J’ai écrit cette chanson en Allemagne il y a un petit moment, c’est la seule chanson que j’ai écrite au piano. C’est sûrement la chanson à la mélodie la plus joyeuse, mais peut-être au texte le plus déprimant.

Comment avez-vous travaillé avec Mathieu Cesarsky sur cet album ?

Nous avons travaillé de manière très rapprochée, c’est pour ça que ça fait un peu bizarre de répondre parfois seul aux interviews, car cet album s’est vraiment fait à deux. J’ai écrit les chansons, mais il a apporté beaucoup de choses, au delà de la production. A commencer par l’idée de le faire au piano.

Mathieu (ndlr Cesarsky) a été d’une très grande aide, même sur les choses les plus pratiques, comme trouver un endroit pour répéter, ou trouver des musiciens. J’ai fait venir Ben (ndlr Tickner) à la batterie, avec qui j’avais déjà travaillé, mais Mathieu (ndlr Cesarsky) à trouver l’autre Mathieu (ndlr Geghre) qui est au piano et qui est un génie, il joue pour O.

Mathieu (ndlr Cesarsky) m’a aidé pour beaucoup de choses, sans lui l’album n’existerait pas.

Est-ce vrai que vous avez enregistré l’album en une semaine dans les conditions du live, avec les instruments dans la même pièce ?

Thos Henley : La batterie était dans une petite salle à coté, et ce n’était pas en une semaine, mais en 48 heures. Nous avions réservé le studio pour le week-end, samedi et dimanche.

Mathieu Cesarsky : C’était le week-end de la fête de la musique. Lorsqu’on voulait faire une pause, on sortait pour avoir un peu de silence et il y avait de la musique de partout !

Thos Henley : Nous étions dans un studio sombre pendant près de 8 heures, on se disait « allez, on fait une pause ». En sortant la musique nous arrivait de partout. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ! » C’était un peu fou.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Les chansons étaient déjà donc très abouties avant d’entrer en studio ?

Thos Henley : L’écriture des chansons était finalisée, mais nous n’avions répété avec les deux Mathieu et moi que cinq ou six fois et avec Ben, seulement deux fois, en incluant une répétition le matin juste avant d’entrer en studio. Ca s’est fait vraiment à la dernière minute, mais c’est ce qui donne le coté spontané. Nous voulions faire un album qui avait la couleur des années 70s, pas un hommage, pas un album qui sonnait comme dans les années 70s, mais nous voulions utiliser nos influences des années 70s. A cette époque, ils avaient l’habitude d’enregistrer en sessions. Maintenant que les bootlegs commencent à sortir, on voit qu’ils ont fait beaucoup de prises. Nous n’avions pas ce luxe, mais j’aime comme cela s’est fait.

Pour un album précédent j’avais passé près de deux mois à écrire une chanson, je n’aime pas beaucoup ça. J’aime le sentiment d’urgence, l’idée de n’avoir que 48 heures. A la fin du week-end, nous avions enregistré neuf chansons, je sentais qu’il en fallait une dixième, c’est un chiffre plus rond, Frida, la dernière, nous l’avons enregistré en deux prises.

Mathieu Cesarsky : Il a écrit Frida dans le métro en allant au studio. Il nous l’a montrée une fois et c’était bon.

Thos Henley : Oui, tout le monde a dit « ok, j’ai compris ». Au final, c’est peut-être ma chanson préférée de l’album.

C’est pour cela que j’aime Blonde on Basically Ginger, parce qu’il ne ressemble à aucun autre album. C’est un album très live. A quelques endroits je ne suis pas très juste, quand j’entends ma voix et je me dis « ouch ». J’aime le coté live de cet album. La perfection n’était pas l’objectif.

Mathieu Cesarsky : Le producteur était mauvais, il n’a pas corrigé ces petites erreurs ! (rires)

Vous avez rencontré votre label Pan European Recording grâce à Mathieu ?

Mathieu Cesarsky : Quand on a débuté le travail sur cet album, on n’avait rien en tête. Lors de la première répétition à trois, avec Mathieu au piano, Arthur, le boss du label, est passé par là avec Nicolas Ker, il s’est assis, à écouter et m’a dit « je veux sortir cet album ! » Nicolas m’a d’ailleurs donné l’idée de changer la structure pour Ouija. Il nous avait dit « vous devriez démarrer par le chorus ». C’était son idée, nous aurions du le remercier.

Thos Henley : Deux mois plus tard, nous nous demandions si ce jour là il était sérieux, parce que Pan European n’avait jamais sorti un album comme ça. Ils sont plus électro.

Pour votre date en janvier pour célébrer les 10 ans du label, vous avez un peu de temps pour vous préparer ?

C’est un peu compliqué parce que je vis à Stockholm. C’est un bon point d’avoir les trois musiciens en France, ils peuvent répéter ici ensemble… de mon coté je connais les paroles.

Grâce à internet, je peux leur envoyer des démos. Comme par exemple je leur ai envoyé la démo d’une nouvelle chanson, pour le prochain album. On a cette idée, que le prochain album soit « Supertrampy ». J’avais fais une ballade au piano, que Mathieu a changé en mode Supertramp et que je trouve super. Je pense que mon prochain album sera « Super Super Supertrampy » En ce moment j’écoute tous les jours leur album Crime Of The Century.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Blonde on Basically Ginger sortira en Suède ?

C’est un peu bizarre en Suède. Ce que j’ai réalisé c’est que si tu n’es pas suédois, ils ne font pas attention à toi. J’ai du mal à appréhender ce marché. Je n’ai pas de vision de ce qu’ils attendent. Il y a peu d’artistes non suédois qui marchent. Paris est une ville très internationale, Stockholm est très suédois.

Je n’ai pas de bonne réponse à cette question, j’espère que mon album sortira en Suède, mais je ne sais pas, on verra…

Merci !

 

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