J’ai choisi cette semaine un titre de Dominic Chianese, Core’ NGrato, sorti sur l’album Ungrateful Heart en 2003.
Né en 1931 dans le Bronx, d’une famille originaire de la région de Naples, Dominic est diplômé de l’école d’art dramatique de Brooklyn et entame une carrière au théâtre et au cinéma au début des années 1970. Mes premières rencontres avec le bonhomme, c’est dans Le Parrain 2e partie (dans le rôle de Johnny Ola) et dans Un Après-midi de chien (dans le rôle du père de Sonny – Al Pacino), mais je ne le sais pas encore. En 1978, il joue dans Fingers, avec Harvey Keitel et Tony Sirico, film que j’ai découvert au cinéma l’an dernier seulement. Il enchaîne les rôles de mafieux, comme ce rôle dans le téléfilm Gotti produit par HBO. J’ai commencé à m’intéresser à lui à la vue d’une série TV qui m’a littéralement scotchée, que je considère aujourd’hui comme le plus grand show TV de tous les temps : Les Soprano. Il y joue Corrado ‘Junior’ Soprano, l’oncle de Tony. Dans la 3e saison, le fils de l’ancien boss meurt assassiné, l’enterrement est tendu. Corrado ne se fait pas prier longtemps pour entonner les vielles chansons napolitaines, sorte de folklore familial. Il interprète Core ‘NGrato, et… c’est un moment de grâce. Touchés, mon cœur tremble, mes yeux s’humidifient. Cette voix chaude, qui chante en napolitain ; ce vieil oncle, qu’on ne respecte plus vraiment, râleur, soudain prend une épaisseur surprenante.
Le titre, qui signifie « Cœur Ingrat », est une célèbre chanson populaire napolitaine écrite par Riccardo Cordiferro et mise en musique par Salvatore Cardillo en 1911. Beaucoup l’interpréteront (Enrico Caruso, Tino Rossi, Mario Lanza, Luciano Pavarotti, Placido Domingo, Andrea Bocelli, etc.), mais jamais avec ce timbre et cette sensibilité particuliers. Les paroles sont beaucoup plus cruelles que la musique ou l’interprétation ne laissent entendre : « Catari, pourquoi me dis-tu des mots amers ? Pourquoi me parles-tu et me tortures-tu ? N’oublie pas qu’un jour je t’ai donné mon cœur. […] Tu ne penses jamais à mon chagrin […]. Cœur, cœur ingrat. Tu m’as volé la vie, tout est fini, et tu n’y penses plus. »
Dominic Chianese chante depuis un bail, mais ne se produit que depuis une dizaine d’année, notamment chez Sofia’s à NYC. A 82 ans, il est encore fringuant ; il joue dans le show Boardwalk Empire, l’un des plus sérieux successeurs des Soprano. Respect, Man !
A l’écoute après le break
Coup de Coeur
Loin de tout courant à la mode, la musique de Bachar Mar-Khalifé est intemporelle et universelle tellement elle parle à nos émotions, à nos sentiments les plus fondamentaux.
Xerîbî est un morceau extrêmement poignant à vous retourner l’estomac où seul devant son piano grave et solennel, sa voix est comme un cri d’appel venu nous interpeler. C’est une chanson qui vous extrait de la futilité du quotidien et vous place au coeur des vérités du monde. Le voyage est direct et se fait sans gilet de sauvetage.
« Xerîbî est une reprise du chanteur kurde Ciwan Haco, qui exprime la douleur de l’exil et l’espoir d’un pays. Bachar Mar-Khalifé l’ajuste à son idéal universaliste et remplace le Kurdistan par Utopia, mon pays »
Les notes sont terriblement justes, l’interprétation est exceptionnelle. Inutile de comprendre les paroles, on perçoit tout : la gravité, la souffrance mais surtout la dignité et beaucoup d’humanité.
Magnifique à chialer !
Xerîbî est tiré de son album Who’s Gonna Get the Ball from Behind…
A noter pour tous les parisiens, il sera en concert ce vendredi 29 mars 2013 au Café de la Danse.
A l’écoute juste après le break
Destination une musique gorgée de soul, de jazz, d’énergie, aux racines ancrées en Afrique et dans la modernité.
Nourrie à l’afrobeat qui coule encore dans ses veines, Jeeper Creeper puise pleinement sa force de cette ligne de basse puissante, de ces nappes électro-synthétiques planantes et de cette guitare taquinant parfois des mélodies blues-rock. Il ne reste alors qu’à Sinkane d’y apporter sa touche finale, en y déposant avec précaution sa voix chaude et réassurante.
Sinkane est le projet d’Ahmed Gallab multi-instrumentistes (né au Soudan et ayant rejoint les Etats-Unis lorsqu’il était encore enfant) qui accompagna notamment Caribou, Of Montreal, Yeasayer en tournée.
Jeeper Creeper est un morceau tiré de son premier album Mars.
A l’écoute après le break
Bumcello c’est un duo plutôt atypique composé de Cyril Atef à la batterie (Bum) et Vincent Segal au violoncelle (Cello). Chacun développant ses projets plus ou moins personnels (l’un avec Ballaké Sissoko, Marianne Faithfull, l’autre avec Congopunq, Salif Keita) ils se retrouvent régulièrement pour de longues sessions d’improvisation se concluant par un album.
C’est ici à Los Angeles que pendant deux jours les deux compères retrouvèrent un troisième homme Tommy Jordan et enregistrèrent 13 heures de musique. 13 heures, qui re-découpées, arrangées donnèrent les douze titres de l’album AL.
Ouvrant le bal, Jacaranda est une chanson remplie de douceur, de générosité. Un titre ouvert sur le monde, lumineux et positif, où tout n’est qu’onctuosité et bienveillance. Une chanson angora dans laquelle on s’installe avec délectation caressé par la voix soyeuse de Tommy Jordan. Hummm, relaxation et bonheur…
A l’écoute après le break
Sortie une première fois en 1989 pour le volume 1 et 1993 pour le volume 2, Cumbia Cumbia 1&2 est à nouveau disponible dans les bacs depuis quelques mois. Choisie parmi des milliers de morceaux, cette double sélection rassemble trente des plus grands enregistrements de cumbia, parus sur le légendaire label colombien Discos Fuentes entre 1950 et 1988.
Pour mieux se rendre compte de la richesse et la tenue de cette musique, de son rythme aux percussions entrainantes (mais sans excès), de sa ligne de basse rebondissante, des solos de cuivres qui font tourner la tête, et de ce chant espagnol aux « r » si magnifiquement roulés, découvrons le magique Soledad d’El Combo De Los Galleros.
Un titre estival aux courbes alléchantes qui en cette semaine de rentrée s’apprécie, de part son ambiance décontractée et festive, comme un bon verre d’excellents souvenirs de vacances. On en profite, c’est ma tournée !
A l’écoute après le break
Après deux premiers albums qui l’ont portée en haut de l’affiche internationale avec notamment une nomination aux Grammy Awards pour le « Meilleur album de musique du monde » en 2007, Céu (pour Maria do Céu Whitaker Poças) s’est inspirée pour son troisième opus Caravana Sereia Bloom des musiques entendues lors d’un road-trip effectué dans son pays natal le Brésil.
L’électronique a ici fait une large place aux instruments plus traditionnels, mais elle conserve cette vision moderne de la musique brésilienne étonnante et enchanteresse.
Amor de Antigos est une chanson ensoleillée, fraîche, pleine de générosité. Le portugais prend avec Céu des accents merveilleusement chaleureux et séduisants.
A l’écoute après le break
On connaissait la musique Klezmer (Krakauer, …), on connaissait le Klezmer-Hip-Hop avec SoCalled, on avait chroniqué la fusion jazz-funk-Klezmer d’Abraham Inc, voici que débarque la Klezmer-Electro avec le quatuor toulousain du Anakronic Electro Orkestra, parfaite pour ambiancer vos dancefloors.
Comment dire ? Dans le morceau Zibn c’est tout à fait étonnant comme les deux styles musicaux s’interpellent, se mixent, se fusionnent sans perdre leur personnalité, leur caractère, en un mot sans se renier.
Les instruments acoustiques (accordéon, clarinette) et machines électroniques, le traditionnel et le moderne s’accordent parfaitement dans un ensemble cohérent, gai et dansant.
A l’écoute après le break
Nous comblons aujourd’hui un manque, un trou béant. Après plus de deux ans, plus de 800 chroniques, il est (enfin) temps d’aborder l’oeuvre magnifique, infiniment poétique du groupe Beirut emmené par son leader / compositeur charismatique Zach Condon.
Leur musique possède une coloration, une patine qui leur est très personnelle, difficilement comparable à d’autres groupes, difficilement classable dans une catégorie. Beirut fait du Beirut, une sorte de folk croisée avec des musiques traditionnelles inspirées des 4 coins du monde.
C’est élégant, c’est fin, intelligent, c’est ouvert sur le monde. Ce sont des compositions riches tout en restant très légères. Ce sont des instruments acoustiques, des cuivres chaleureux, une voix simple, humaine et élégante, de la générosité qui déborde.
Tout ça se retrouve aussi dans Vagabond, titre issu de leur troisième album The Rip Tide.
A l’écoute après le break
Rendons ici hommage à Samy Ben Redjeb véritable explorateur et archéologue musical qui parcourt régulièrement l’Afrique (et plus récemment l’Amérique du Sud) à la recherche, parmi les milliers de disques laissés à l’abandon, des trésors engloutis et oubliés. Ces fabuleux 45t retrouvés il nous en concocte de merveilleuses compilations à travers son label Analog Africa.
Ainsi, après 30 mois de travail, 9 voyages au Benin, est né l’album African Scream Contest sorti en 2008, dans lequel sont présentées 14 perles d’afro-funk des années 70.
El Rego (aka Théophile Do Rego) et ses Commandos est considéré (source Wikipédia) comme l’un « des grands pères du funk » au Bénin et connu pour être le propriétaire de la discothèque « Play-Boy » (chouette), avant d’intégrer les groupes Hot Jazz et Harmonie Voltaïque.
Sur un rythme généreux et funky, Se Na Min déploie avec conviction et sans rougir son groove extraordinaire fait d’orgue, de guitare, de saxo totalement psychédéliques, porté par sa voix puissante, entrainante, pleine petites « gimmicks » géniaux. Un titre vintage dont le fuuuuuunnnk n’a pas pris une ride et la générosité fait tellement de bien !
Et parce que cet album est une mine inépuisable, en bonus un second morceau à l’écoute : Ou c’est lui ou c’est moi de l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou
Reprendre le flambeau de Fela Kuti, artiste politique et inventeur de l’afrobeat, n’était pas chose facile, mais assurément Femi Kuti y est parvenu grâce à son talent, son énergie et son engagement.
Dénonçant dans son nouvel album Africa For Africa la corruption, la dictature et militant pour une Afrique unie, Femi Kuti n’en n’oublie pas la musique, teintée de soul, de jazz, de funk et de couleurs plus traditionnelles chaudes et généreuses.
Véritable chef d’orchestre de la formation qui l’accompagne The Positive Force (relativement bien fournie 5 cuivres, 1 batteur, 1 percussionniste, 1 bassiste, 1 guitariste, 1 clavier), saxophoniste, trompettiste, clavier, chanteur, il est aussi un showman complet à ne pas rater sur scène.
Dem Bobo ouvrant son dernier opus est un bijou démontrant l’ensemble de ses qualités, et ponctué par un solo de saxo en fin de morceau qui m’émeut toujours écoute après écoute. Loin du bling bling et du paraitre, ce dernier sonne comme une démonstration de simplicité, d’authenticité, une bouffée d’air dans un monde étouffé par les magouilles.
A l’écoute après le break
C’est sur les scènes de théâtre que Fatoumata Diawara s’est prise au jeu de la musique et de la composition de chansons. Après plus de 6 ans au sein de la troupe du Royal Deluxe, après avoir été choriste pour Dee Dee Bridgewater, elle prend son envol en solo avec un EP Kanou et un premier album Fatou attendu pour le 29 septembre 2011.
Ses chansons entre musique traditionnelle africaine et minimale folk/jazz vous envoutent immédiatement par leur élégance, sa voix chaude et son extraordinaire interprétation qui semble comme sortir du plus profond d’elle même.
Sur quelques notes de guitares qui roulent doucement elle exprime magnifiquement des sujets à la fois très personnels, graves et finalement universels. Ainsi Clandestin évoque avec grâce et dignité « les jeunes Africains qui vont traverser la mer et y laisser leur vie« . Sublime!
En bonus, le portrait de Fatoumata par Delphine Ghosarossian
Clandestin est à l’écoute après le break
Coup de Coeur
Murcof (aka Fernando Corona) est un artiste de musique électronique mexicain qu’on avait croisé au coté d’Erik Truffaz lors de son triple album Rendez-vous. Il a signé en 2008 la BO du film La Sangre Iluminada, film qui n’a jamais atteint la France. Néanmoins cette BO a poursuivit sa vie pour aujourd’hui grâce au label InFiné sortir en France.
Clôturant l’album Como Quisiera Decirte est un relookage très en profondeur du titre originalement sorti en 1969 par Los Angeles Negros (groupe chilien toujours en activité).
Totalement post-moderne ce morceau mélange avant-gardisme musical et chanson traditionnelle romantique espagnole (où les « r » sont merveilleusement et chaleureusement roulés) . Deux mondes très différents qui se rencontrent pour un résultat à fleur de peau, ultra-sensible. « Une chanson à chialer… »
A l’écoute après le break
Née à Londres, mais d’origine indienne, c’est toute la culture tamoule qui s’invite dans le cinquième album de Susheela Raman.
Dégageant une énergie vitale extraordinaire Ennapane ressort comme l’une des chansons majeures de Vel. La richesse de l’orchestration et de l’interprétation y expriment beaucoup de belles choses.
Force, fraternité (grâce à un violon virevoltant), générosité, sans oublier sa pincée d’urgence et d’exotisme de par la langue, le phrasé, les sonorités qu’on a peu l’habitude de rencontrer et qui nous plongent dans un voyage délicieusement épicé.
A l’écoute après le break
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