Odezenne (baptisé à leur début O2zen) sont deux rappeurs français qui sortent en 2008 leur premier album sans. chantilly. Un album qui fleure bon le rap français mais le rap français quand il a le talent d’utiliser les mots pour faire défiler les images, quand il a le talent, au fond, d’être ce pourquoi il a été créé. Il faudra attendre trois ans pour découvrir leur deuxième album O.V.N.I (Orchestre Virtuose National Incompétent). S’en suivra en 2012, un troisième album Edition Louis XIV (Universeul).
Odezenne c’est du rap français, du bon rap français quand les paroles ne sont pas crachées sur un micro et qu’elles sont compréhensibles. On s’éloigne donc des clichés du rap français, des victimisations à outrance, des égos surdimensionnés criant combien l’individualité a du bon, combien la vie est merdique à souhait et combien le mâle en puissance est un Dieu vivant. Odezenne c’est des textes travaillés, recherchés qui se rapprocheraient volontiers du talentueux Gaël Faye dont nous avait déjà parlé Benoit. J’ose même la comparaison avec le grand Oxmo Puccino pour cet amour des mots et pour cette poésie urbaine.
Odezenne, c’est mon dernier coup de cœur musical. Un son entraînant, un flow qui coule, se déverse avec une facilité déconcertante et dans lequel on découvre des paroles incroyables. Un truc qui nous ferait dire que dans le rap français, il y a des pépites à découvrir, des talents qu’on écoute en boucle, en mode replay tant cette musique-là a quelque chose, tant cette musique-là nous rappelle que la langue française est riche en image et qu’il est bon de savoir l’écouter, quand elle nous parle vraiment.
Je mets en avant l’excellent titre qu’est Souvenir de leur premier album pour ces voix, ces mots qui racontent, ce son agréable qui résonne au loin et pour ces intros si magnifiquement bien choisis. Je propose en bonus, l’excellent titre Tu pu du cu pour son ironie, ses incroyables rimes et ce débit épatant.
Les titres Souvenir et Tu pu du cu sont donc à découvrir juste après le break
Petite séance de rattrapage pour les retardataires de la Saint Valentin, grâce à Gaël Faye et son morceau Ma Femme.
Abordant un thème hautement incorrect dans le rap actuel (une ode à une seule femme – qui n’est pas sa mère, ni une grosse voiture) et si périlleux tellement de grands noms (qu’on ne citera pas ici, ils se reconnaitront) s’y sont casser les dents, il relève le défi avec mention, prenant le total le contre-pied du morceau sucré.
L’orchestration est incroyable, bondissante, avec une section cuivres aussi exubérante qu’une parade de carnaval à la Nouvelle Orléans. Arrivent ensuite, comme le second effet KissCool, la seconde lame des rasoirs Gilette (fin de la section placement de produits), des textes percutants, son interprétation puissante qui te donnent une nouvelle gifle vivifiante. C’est frais, intelligent, généreux !
Alors on dit quoi ? Merci Gaël !
Ce morceau est à l’écoute après le break
Greis est un rappeur d’origine lausannoise qui a, pourtant, fait une jolie carrière en Suisse alémanique en habitant à Berne. Après une dizaine d’année de carrière plutôt bien réussi ; prix du Swiss Hip-hop Music Award, trois années consécutives et le MTV European Music Award en tant que meilleur artiste suisse, Greis se décide à créer, à l’occasion de son dixième anniversaire de carrière solo, un nouveau projet : Greis Anatomy, album francophone, cette fois-ci, où le rappeur partage plusieurs titres avec de nombreux groupes de la scène romande.
Ne connaissant pas particulièrement Greis, pour ne pas comprendre le suisse-allemand, je découvre donc avec joie le projet Greis Anatomy. Présenté comme rappeur et graffeur, je me suis intéressé aux textes en m’attendant à du rap « basique » où les paroles se raconteraient sur des beats sans saveurs car trop souvent entendus. Et là, ô joie ! La musique derrière n’est pas que de « la musique derrière ». On y découvre des sons électro recherchés et assez bien foutus, des paroles placés avec aisance et délicatesse sur un tempo rythmé et joyeux. Tout, ici, est agréable parce qu’on sent Greis à l’aise, amusé, souriant et que cet aspect-là du hip-hop, plus décontracté et plus optimiste, est assez rare sur les ondes.
Je propose donc le titre Jusqu’à la fin de l’été de l’album Greis Anatomy, sorti en 2013 (album gratuit et téléchargeable sur http://greisanatomy.com/) pour ce son décalé, ce débit incroyable et cette musique apaisante.
L’excellent titre est à découvrir, juste après le break…
Coup de coeur
Après quelques années de silence puis un album musclé en 2012, Aesop Rock élargit son art et compose avec Kimya Dawson (« artiste phare du mouvement anti-folk« ) un duo surprenant The Uncluded, une sorte de middle-class folk-rap très humain.
Comme nous l’avait démontré en 1986 Run DMC et Aerosmith avec du rock, The Uncluded nous le prouve aujourd’hui dans Delicate Cycle avec une guitare sèche, quand il est bon, un flow rap peut s’accorder à tous les styles musicaux. D’autant plus quand il partage les couplets avec Kimya Dawson si pleine de proximité, de bienveillance et de talent (sa voix est un pur bonheur).
No comment sur cette pochette de single qui pourrait participer à l’élection des plus douteuses de 2013.
Le clip, vu d’un tambour de machine à laver est à découvrir juste après le break
Coup de Coeur
Cela ne nous rajeunit pas, mais quel beau chemin parcouru depuis notre première rencontre avec Julien Daïan Quintet & DJ Borz au Caveau des Oubliettes et de notre première chronique.
Mais c’est toujours avec la même envie de rendre le jazz moderne, vivant, vibrant, ouvert à d’autres horizons, à l’électronique, au hip-hop, que l’album Behind the Reef est né.
Même si les envolées de scratchs de DJ Borz auxquelles nous sommes tellement sensibles ne font pas partie du tableau, American Dream, Pt. 2 possède un charme fou, « la classe américaine ! ». Le rythme est down-tempo, l’ambiance est confortable, smooth, le saxophone, le piano coulent avec autant d’aisance que les taxis jaunes dans les rues de Manhattan. Invité d’honneur Tejan Karefa ponctue le morceau avec quelques textes au flow chaleureux. Just lay back and relax !
A l’écoute après le break
Parce que sur Chronique Musicale c’est toute l’année la Saint Valentin, tous les jours la journée de la femme, on s’écoute Vincha avec sa déclaration joliment enlevée C’est Toi.
Avec un phrasé rap, des textes vivifiants, gorgés d’humour et d’auto-dérision, une musique jazz de type cabaret parisien, Vincha nous entraine du coté fun de la vie. Alors on aime, on danse, on chante, on en pro-fi-te !
A noter que les titres de cet EP et plus généralement ceux de l’album à venir en avril 2013 ont été mixés par Tom Fire, que les guitares ont été assurées par Sanseverino et les trompettes par Stéphane Belmondo, excusez du peu !
Le clip aux références assumées est à découvrir juste après le break
Belleruche est un groupe anglais créé en 2005. Un mélange habile entre jazz, blues, hip-hop et électro. Belleruche c’est du tout bon trip-hop comme on les aime, une sorte de Portishead couplé à du Nina Simone. Nul besoin donc, de préciser la voix incroyable de cette chanteuse. Oui, Kathrin deBoel a le talent des grandes et lorsque sa voix est sublimée par un son nouveau, décalé et entrainant, qu’on doit à Ricky Fabulous, le guitariste et DJ Modest, on ne peut qu’applaudir et savourer la musique lorsqu’elle est si bien construite.
C’est en 2007, que Belleruche sort son premier album intitulé Turntable Soul Music. Album incroyablement réussi pour ne citer que trois excellents titres ; Nothern Girls, Minor Swing et Alice. Lors de la première écoute, j’ai succombé entièrement à cet univers-là, cette voix, ces sons. Puis est venu s’immiscer dans mon top coup de cœur, les titres Scratch My Soul et Rumble Strip de leur second album The Express, sorti en 2008. S’en suivra un troisième album, 270 Stories, sorti en 2010, où le titre Clockwatching résonnera en boucle dans mon casque et ne fera que confirmer mon amour incontestable pour cette musique et cet excellent groupe.
Belleruche c’est un univers où la basse semble nous entraîner au plus profond de nous et où le beat hip-hop nous maintient en vie quand la voix sucrée nous embaume complètement. C’est une douce mort que de se livrer ainsi à la musique. Belleruche a ce talent-là ; on les laisse faire parce qu’on se sait en sécurité dans cet univers-ci, on les sait trop talentueux pour nous faire sortir de cet état de transe si agréablement bien aménagé.
Après avoir cité tant de titres de leurs premiers albums, je me dois de mettre en avant Rollerchain, sorti en 2012. J’opte donc pour le titre Wasted Time pour la magie des premiers instants qui reste intact, ce son électro qui nous entraîne, la base hip-hop qui en découle et cette voix bouleversante et d’une douceur incroyable.
Le titre Wasted Time et les autres cités sont à l’écoute, juste après le break
Coup de Coeur
Depuis sa sortie, le quatrième album de Rocé est bien installé au chaud au fond de ma platine, tournant en boucle et me ravissant de ces onze chansons.
Comme par pudeur, c’est en toute dernière place qu’on découvre le titre Magic, magnifique, émouvant hommage à « Lucky Boy » aka DJ Medhi et à la musique. On devrait d’ailleurs dire : c’est en toute dernière place que le titre Magic se découvre, tellement on a la sensation de rentrer dans l’intime de Rocé, comme si après avoir franchi les dix premiers morceaux dressés comme de remparts, on arrivait dans les quartiers très personnels de l’artiste, les armes habituelles restées à l’extérieur.
Sur une musique délicate, chaleureuse, moins spartiate que pour le reste de l’album, Rocé pose un texte sincère, plein d’humilité qui fait mouche, qui touche. Il est accompagné ici par Manu Key (Mafia K’1 Fry) tout aussi humble et discret. Les vedettes ne sont ici pas eux, mais DJ Medhi et la musique !
« J’aime quand la rime se reflète
S’appuie sur la caisse claire, l’effleure
Laisse l’instru incruster les coeurs
Faire groover les frères, les soeurs
J’aime le son qui fait peur
Feutré creusé qu’on fait péter des heures
Des accords, des c’est fait exprès
Le groove est fait d’erreurs »
A l’écoute après le break
On aurait pu les croire venir de New York, mais c’est bien de notre chère province, de Tours exactement, que nous vient le duo Chill Bump, Miscellaneous au chant, et Bankal à la boite à rythmes, à la production, aux platines.
Quoi qu’il en soit, The Loop, leur 4ème EP venant clore la série débutée en février 2012, est un vrai cadeau, une bouffée d’oxygène, un intense bonheur, une libération de la prison vulgaro-bling-bling dans laquelle le rap actuel (bon disons 95% des albums sortis en 2012) nous avait enfermé.
On se reconnait enfin dans leurs musiques, dans leur flow, dans leurs textes (qui ne tourne pas en rond entre grosse voiture, gang et clash), dans leurs refrains scratchés, dans leur univers assez proche d’un son à la Dj Premier. Si j’avais du faire du rap, j’aurais rêvé faire du Chill Bump !
Ouvrant les 6 titres, The Eponym présente avec un humour, fraicheur et un beat fat, leur venue dans le rap, leur découverte de cette musique en 1995. On se délecte du début à la fin.
Inutile de regarder au delà de l’Atlantique, quand le meilleur hip-hop est hexagonal !
Le clip (maternelle inside) est à découvrir après le break
Découverte
Il aura fallu près de 6 ans (entre 2005 et 2011) d’incubation pour que le premier album totalement dada de Rhume sorte et nous éclate joyeusement à la figure tel un furoncle mal soigné (y en a qui vont pas aimer !).
Dadaïsme = (source Wikipédia) « une remise en cause, à la manière de la table rase, de toutes les conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques. Ses artistes se voulaient irrespectueux, extravagants, affichant un mépris total envers les « vieilleries » du passé comme celles du présent qui perduraient. Ils recherchaient la plus grande liberté de créativité, pour laquelle ils utilisèrent tous les matériaux et formes disponibles. »
Tempête Dans Un Verre D’Eau est une logorrhée hip-hop de textes surréalistes croquant notre bien petit monde, déferlant sur une musique électronique bien grasse.
On se délecte de ses punchlines insensées, de ce (gros) grin de folie, de cette air frais de provocation qui nous bouscule.
A l’écoute après le break
Cet excellent groupe français s’est créé en 1999 et a, depuis, sorti plusieurs albums où les genres musicaux semblent s’entrechoquer dans un joyeux bordel. La Phaze c’est un groupe atypique, un groupe surprenant tant il change, se mue sur chaque titre. On ne parvient pas à définir leur musique parce qu’elle ne se range pas dans un genre musical propre. Tout ce qu’on pourrait dire sur La Phaze, c’est que c’est un brillant mélange de rock, d’électro, de hip-hop et de punk. On s’attend donc à une musique bruyante bourrée de rage et d’hurlement… et bien non, La Phaze ne rentre pas dans les clichés et propose, parfois, des paroles anglaises et françaises d’une étonnante profondeur.
Je propose le titre Saints, tiré de leur dernier album Psalms And Revolutions, sorti en 2011 pour le côté psychédélique, ce son bruyant du début qui semble, finalement nous envoûter quand les paroles viennent s’immiscer. J’ai soudain, l’envie de vous mettre en bonus, le titre La Langue, tiré de leur album précédent Miracle, pour cette douceur surprenante et ces paroles percutantes.
Les titres sont donc à l’écoute, juste après le break…
Jeune suisse cosmopolite qui avait tenu le role principal dans le téléfilm De l’Encre de La Rumeur (pour dire qu’elle a été à bonne école), La Gale (pour Karine Guignard) nous livre un premier album au rap underground, incisif et conscient qui fait un low-kick à tous les faux-clashers de Paris à Miami (ça défoule !).
Sur une production electro nocturne composée par Christian Pahud, Passe ton chemin, fais ta vie propose des textes arides aux punch-lines percutantes et (enfin) originales. Un morceau qui sent bon l’authenticité, l’intégrité, la sincérité comme un bol d’air dans ce genre musical bien trop pollué.
Pour les parisiens, elle investira la Maroquinerie le 3 avril 2013.
A l’écoute après le break
Coup de Coeur
Il s’était attaqué au rock avec The Slew, Kid Koala nous revient en grande forme et particulièrement inspiré avec son album 12 bit Blues dans lequel il revisite (comme son nom l’indique) le Blues (avec un grand B).
C’est incroyable comme il a su conservé l’ame, le coeur, les tripes de ce genre musical tout en le déstructurant complètement et le reconstruisant à coups de samples, de scratchs, d’extraits de voix, de sons électroniques.
Chaque morceau est nommé de 1 à 11 bit Blues pour conclure avec Dénouement - pourquoi faire compliquer. 5 bit Blues, présenté ici, possède cette atmosphère confinée, embrumée d’un trop vieux troqué, dans lequel on serait resté trop tard. C’est d’un sombre sublime, d’un désespoir si profond qu’on en chialerait.
Pas étonnant qu’on lise, de-ci, de-là que 12 bit Blues est probablement son meilleur album !
Pour les parisiens, sachez qu’il sera ce dimanche 30 septembre en concert à la Machine du Moulin Rouge.
A l’écoute après le break
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