J’ai choisi cette semaine un titre de David Newman, Shiloh, sorti en 1968 sur l’album The Many Facets of David Newman.
Né en 1933, il garde du lycée un surnom (« Fathead ») attribué par l’un de ses profs de musique, il étudie la théologie et la musique à l’université, puis décide de voyager avec le saxophoniste Buster Smith, le mentor de Charlie Parker, joue beaucoup avec la scène noire américaine, puis rencontre Ray Charles en 1954, qui l’embarque avec lui pour une dizaine d’année, et le soutiendra dans sa carrière solo. Flûtiste et saxophoniste, il sort ses premiers disques au tout début des sixties, et, en solo ou accompagné (Clifford Jordan, Herbie Mann, B.B. King, Aretha Franklin, Eddie Harris, etc.), il alimentera les bacs jazz jusqu’en 2009, année durant laquelle il décède d’un cancer à New York.
Je ne connaissais pas David Newman avant 2009, année où j’ai fait l’acquisition d’une compil de 8 CDs intitulée B-Movie Archives, avec en couverture un hélico, des dollars, du kung-fu, une afro, une Pontiac, le tout recouvert d’une belle blonde en maillot de bain sexy avec gun et talons, compil qui surfait allègrement sur la mode de la bande originale extraite des séries B : le 1er titre du 1er CD était Last Race de Nitzsche, titre d’ouverture du dernier Tarantino d’alors. Si ça, ce n’était pas un produit d’appel !
Je tombe sur ce titre de Newman, qu’on jurerait avoir été composé pour une série Z mêlant blaxploitation et kung-fu, justement ! La flute et le rythme ressemble beaucoup à ce qu’on pouvait écouter à l’époque dans la corne de l’Afrique. Avec ce genre de musique, place à l’imagination, la création, la folie douce. Je vois bien Tarantino vampiriser ce titre du « Fathead » dans son prochain film – remarque, il aurait très bien pu l’utiliser pour Django Unchained. De ce que je connais de Newman, ce titre est assez atypique ; toutefois, j’en sais trop peu sur sa carrière et sa musique pour avancer la moindre hypothèse… Avait-il trop fumé ? En avait-il marre du jazz gentillet à la Ray Charles ? Souhaitait-il inconsciemment se lancer dans une carrière à la Isaac Hayes dans le cinéma d’exploitation ? Et puis, que signifie ce titre énigmatique ?
Anecdote : Newman fait une apparition dans le film de Robert Altman Kansas City, sorti en 1996. Je ne suis certainement pas loin de la vérité…
A l’écoute après le break
Coup de Coeur
Après s’être arrimé aux abords de la soul avec notamment son intemporel Green Light, Jamie Lidell poursuit son chemin dans l’électro-dansant marqué par un fort accent funk voire jazz dans la bombe why_ya_why.
Ce morceau est un bijou d’extravagance à la croisée de tellement d’influences, de tellement d’époques, et de cultures qu’on a du mal à comprendre comment tout cela se marie si bien, comment ce vieux piano détraqué côtoie ce beat électro du 21ème siècle, comment ces cuivres grinçants discutent avec ses sonorités techno. Véritable carnaval sonore, c’est comme si Louis Amstrong défilait aux cotés des Daft Punk.
Il s’y dégage un souffle, une force, une générosité totalement fous et génials.
« why_ya_why is all about the new year bounce. It’s all about the lights in your eyes and the wiggle in those thighs. Tubaloo jumbalee boogy business ! » Jamie Lidell
A l’écoute après le break
Alabama Shakes, c’est un son, une voix, une musique puissante, envoûtante, surtout. Une musique qui rappelle une époque où le blues afro-américain sortait des caves obscures et enfumées pour enflammer les ondes radiophoniques. Une époque où le rock faisait danser la jeunesse américaine et effrayait les parents pour ce qu’il avait de sexuel. Oui, Alabama Shakes c’est tout ça ; un mélange de blues et de rock et, rares sont les groupes à le réussir aussi bien et avec une telle énergie.
Ce groupe américain, créé en 2009, nous donne la folle impression d’être sur les routes américaines, les cheveux au vent, à peine surpris de voir ressurgir, ici et là, quelques fantômes du passé. Ceux-là même, qui ont vécu la musique et ont su la faire vivre, comme jamais.
Le clip (officiel) est à découvrir juste après le break
Maverick Sabre… Un artiste londonien qui, si on se laisse bercer par ce timbre de voix, doux et chaleureux, pourrait nous faire basculer dans l’ambiance feutrée et enfumées des boites de jazz afro-américaine des années cinquante, tout en maintenant les effluves rythmées du hip-hop. Maverick Sabre est un artiste généreux et d’une simplicité étonnante compte tenu de son talent incroyable.
Sa musique est un mélange vraiment réussi de R’n'b, de soul et de folk.
Pour l’avoir vu en concert, il y a quelque mois, cet artiste a le talent de nous embarquer très loin des soucis quotidiens, comme si, la vie c’était juste ça; un concert dans la fraîcheur des nuits estivales, une bière partagée entre amis, des silhouettes qui bougent en rythme et ce timbre de voix chaleureux, doux et mélancolique.
A découvrir juste après le break, le clip officiel du titre Sometimes ainsi que sa version live au Jazz Cafe
Janelle Monáe est souvent classée, à tort, dans la catégorie R’n'b. Alors qu’elle est une de ces artistes inclassables. Un coup jazz, un coup hip-hop, un coup soul.
Elle est tout à la fois très moderne dans sa musique mais aussi très rétro, dans ses chorégraphies, dans sa façon d’être, de s’habiller.
C’est un peu comme si, les films musicaux de la MGM des années cinquante rencontraient la technologie d’aujourd’hui. Étonnant, brillant et entraînant.
Voici donc, le clip de Tightrope juste après le break
Après plusieurs remix pour Anoraak, Metronomy, Two Door Cinema Club, c’est sur la compilation Parisien de la maison Kitsuné que nous avions découvert le duo franco-anglais Jupiter.
Encore plus affirmés dans leur son electro-funk ils sortent actuellement leur premier album Juicy Lucy dont est tiré le merveilleux, le fantastique One o Six.
Projetez-vous au début des années 70, seul et fier au volant d’une grosse voiture américaine la nuit dans New-York, votre iPhone branché gérant votre playlist et vous indiquant la meilleure fête sexy du soir. Vous aurez alors compris de quoi retourne One o Six, une revisitation moderne et réussie du disco, de la soul, de la BlaXploitation. Au programme : une ligne de basses aux gros bras, bien bien ronde et bondissante, totalement hallucinante, un solo de synthé des plus pop et hipster, le tout accompagné par le chant d’Amélie apportant avec elle cette touche de féminité et de séduction.
A l’écoute après le break
Aujourd’hui on fait une expérience. Que se passe t-il lorsqu’on mélange un chanteur de soul / funk de légende, à la voix cassée par la vie, chargée d’une émotion à fleur de peau avec un producteur de musique de talent, un touche à tout de génie, transformant chacun de ses projets en réussite ?
Réponse : Please Forgive My Heart, un sublime titre post-moderne dans lequel l’ultra-romantisme du chant de Bobby Womack vient s’enlacer avec amour, respect, générosité et confiance dans les circonvolutions électroniques bienveillantes préparées par Damon Albarn (Blur, Gorillaz et en solo).
Un mariage de générations, de styles, de force et de douceur, de masculinité et feminité particulièrement réussi.
A l’écoute après le break
Nommée au 10ème Victoires du Jazz dans la catégorie « Révélation de l’année » (qui se tiendront les 7 et 26 juillet) la sémillante Sandra Nkaké nous offre un très bel et éclectique album composé à quatre mains, en compagnie de Ji Dru. Nothing For Granted est conçu comme un recueil de nouvelles, où chaque morceau nous présente un personnage, sa vie, ses choix.
Same Reality est probablement le titre le plus émouvant. Sandra Nkaké y revet avec beaucoup de respect et sobriété les habits, la voix, les yeux de cette junkie qu’on croise tous les jours en bas de nos immeubles dans une indifférence coupable. Même si le sujet est grave, il se dégage une magnifique empathie et un vrai espoir fragile mais réel qui brille comme la flamme d’une bougie qui par l’addition d’autres espoirs, d’autres bougies pourraient bien rallumer ce monde triste et éteint, pour y rétablir le bonheur du partage.
A l’écoute après le break
Coup de Coeur
Formé en 2009, le jeune groupe Alabama Shakes vient de sortir son premier album et pourrait bien être l’une des sensations de cette année 2012. Brittany Howard au chant est juste exceptionnelle, envoutante, charismatique et chargée d’émotions, aussi à l’aise dans le soft que dans le nerveux.
Chanson intimiste et minimale, Boys & Girls est un magnifique blues-rock. Le tempo est lent, poussif, comme si chaque nouveau temps pouvait être le dernier. Les guitares sont esseulées, abandonnées. La voix finement éraillée chiale chaque mot, sa peine dégouline de chaque note et nous noie sous cette amitié perdue.
Ambiance fin de soirée, au moment où les cotillons à terre sont piétinés, qu’on se retrouve seul au milieu de la piste à danser sans raison avec comme unique compagne cette boulle à facette infatigable.
A l’écoute après le break
Coup de Coeur
En provenance du Danemark et composé de Justmike (producteur), Dj Nyber (turntablist), Christian Jespersen (batterie), Thomas Cox (basse), Tue Damskov (guitare), Dafuniks c’est une très belle idée de la musique, quelque part entre soul, funk, jazz et hip-hop.
Avec un groove ultra-soft, aussi chaleureux et apaisant qu’un feu de cheminée, Searching est une vraie merveille de délicatesse. Les instruments, les voix (sont invités sur ce morceau Kuku Amagi, Astrid Engberg (qu’on avait déjà adorée avec Berry Weight) et Mattic), les scratchs découlent avec une déconcertante simplicité, modestie et une fraternité ultra-touchante. On en redemande encore et encore !
A l’écoute après le break
Spéciale St Valentin
Pour l’occasion une musique à coeur ouvert, une chanson sucrée remplie de tendresse, un slow digne des meilleurs du genre, qui aide les couples à se former en fin de soirée.
Dans la lignée des grands romantiques soul des années 70s, comme en son temps Otis Redding (la référence ultime est lancée), Mamas Gun nous envoute avec Sending You a Message et sa douce et extrêmement bien maitrisée montée de tendresse. Telle un puissant aphrodisiaque à son écoute tout n’est qu’amour de son prochain, fraternité.
Sortez les bougies, les roses rouges et appuyez sur play, Mamas Gun s’occupe du reste.
A l’écoute après le break
Il nous vient du Canada, il possède une tonne d’humour, il a le groove dans la peau, Mesdames, Messieurs, je vous demande d’accueillir aujourd’hui Damien Robitaille avec sa chanson Homme Autonome !!!
Ce morceau est en descendance directe des Blues Brothers. Une soul joyeuse, entrainante, affirmée avec une belle section de cuivres, orgue, choeurs et des textes (en français accompagnés de ce léger accent dépaysant et charmant) qui ne se prennent pas au sérieux, mais qui n’en disent pas moins.
4 minutes de concentré de bonne humeur.
A l’écoute après le break
Rendons ici hommage à Samy Ben Redjeb véritable explorateur et archéologue musical qui parcourt régulièrement l’Afrique (et plus récemment l’Amérique du Sud) à la recherche, parmi les milliers de disques laissés à l’abandon, des trésors engloutis et oubliés. Ces fabuleux 45t retrouvés il nous en concocte de merveilleuses compilations à travers son label Analog Africa.
Ainsi, après 30 mois de travail, 9 voyages au Benin, est né l’album African Scream Contest sorti en 2008, dans lequel sont présentées 14 perles d’afro-funk des années 70.
El Rego (aka Théophile Do Rego) et ses Commandos est considéré (source Wikipédia) comme l’un « des grands pères du funk » au Bénin et connu pour être le propriétaire de la discothèque « Play-Boy » (chouette), avant d’intégrer les groupes Hot Jazz et Harmonie Voltaïque.
Sur un rythme généreux et funky, Se Na Min déploie avec conviction et sans rougir son groove extraordinaire fait d’orgue, de guitare, de saxo totalement psychédéliques, porté par sa voix puissante, entrainante, pleine petites « gimmicks » géniaux. Un titre vintage dont le fuuuuuunnnk n’a pas pris une ride et la générosité fait tellement de bien !
Et parce que cet album est une mine inépuisable, en bonus un second morceau à l’écoute : Ou c’est lui ou c’est moi de l’Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou
Catégories
Les + lus
- Dobber Woman - Son Of
- Notre entretien avec Shaka Ponk
- Rachid Taha vu par Delphine Ghosarossian
- Notre entretien avec Robi
- Nous n’avions pas encore le temps - 3 Minutes sur Mer
- Song For Zula - Phosphorescent
- Silent Veil - Theodore Paul & Gabriel
- You So Fine - T. Valentine With Daddy Long Legs
- Notre entretien avec Arman Méliès
- Anticlockwise - Photo
Naviguez au hasard
Nos Vidéos
Commentaires récents
Galerie Photos
Newsletter
Archives
Dernières chroniques
- Notre entretien avec Robi
- Song For Zula – Phosphorescent
- You So Fine – T. Valentine With Daddy Long Legs
- TOP 5 – Avril 2013
- Anticlockwise – Photo
- Nous n’avions pas encore le temps – 3 Minutes sur Mer
- Shiloh – David Newman
- Notre entretien avec Arman Méliès
- Be Free, A Way – The Flaming Lips
- Honey & Sorrow – Amber Edgar
Meilleures ventes album- Discovery - Daft Punk
- Random Access Memories - Daft Punk
- Subliminal - Maître Gims
- The Conversation (Deluxe Version) - Texas
- BLIZZARD - FAUVE
- LOVE LUST FAITH + DREAMS - THIRTY SECONDS TO MARS
- The Great Gatsby (Music from Baz Luhrmann's Film) [Deluxe Edition] - Various Artists
- Quentin Tarantino's Django Unchained (Original Motion Picture Soundtrack) - Various Artists
- Love Songs (Deluxe Version) - Vanessa Paradis
- Recto verso (Deluxe Version) - ZAZ
Meilleures ventes single- Home - Edward Sharpe & The Magnetic Zeros
- Get Lucky (feat. Pharrell Williams) - Daft Punk
- Blurred Lines (feat. T.I. & Pharrell) - Robin Thicke
- J'me tire - Maître Gims
- Get Lucky (Radio Edit) [feat. Pharrell Williams] - Daft Punk
- Watch Out For This (Bumaye) [feat. Busy Signal, The Flexican & FS Green] - Major Lazer
- Bella - Maître Gims
- Quand il pète il troue son slip - Sebastien Patrick
- Can't Hold Us (feat. Ray Dalton) - Macklemore & Ryan Lewis
- Just Give Me a Reason - P!nk
