J’ai choisi cette semaine un morceau de Son House, John The Revelator, sur son album Father Of Folk Blues, sorti en 1965 chez Columbia Records. Dans les années 1960, la maison de disques, poussé par l’engouement des jeunes pour le country blues, dont témoignent les premiers succès de Bob Dylan et de la sortie du King Of The Delta Blues Singers de Robert Johnson en 1961, part à la recherche des gloires d’avant-guerre en parcourant le Vieux Sud. Elle ressuscite Eddie James House Jr. aka Son House, le maître à penser du légendaire Robert Johnson[1].
Né en 1886 ou en 1902 (putain, l’écart !) dans le Mississippi, père joueur de tuba fervent croyant, alcoolique ; ses parents se séparent, sa mère descend le fleuve vers la Louisiane. Très tôt bercé par la musique, attiré par le blues (musique du péché, justement !), il essaie néanmoins de devenir prêcheur baptiste, avant de passer un moment en prison pour meurtre.
Sous l’influence de James McCoy, Willie Wilson, Reuben Lacy, il enregistre des disques de blues avec sa guitare bottleneck dans les années 1930 et 1940. Oublié après la guerre, il redevient à la mode dans les années 1960, à l’instar de Mississippi John Hurt : c’est le folk blues revival. Il joue au festival folk de Newport en 1964, puis à celui de New York en juillet 1965, puis en Europe en 1967, et à Montreux en 1970. Amoindri, il prend sa retraite au milieu des seventies, et meurt en 1988 d’un cancer du larynx.
Il aura influencé Robert Johnson et Muddy Waters, qui reprendront son répertoire ; apparemment, c’est Son House qui, très loquace auprès des jeunes fans lors des festivals, propagera la légende de Johnson ! Une influence immense sur une grande frange du rock dans toute sa diversité, de Depeche Mode (qui reprend John The Revelator en 2009) aux White Stripes (en 2004). L’an dernier, pour mon birthday, mes parents m’offrent un coffret réunissant 25 albums originaux de blues. Une merveille ! J’y fais de nombreuses découvertes, dont ce disque. Je suis en effet passé à côté de cet artiste magique, rocailleux, simple, son flow qui rappelle l’esclavage et les chain gangs, et sa musique faite pour les barrelhouse, moite, toute droite venue du Delta, cette campagne pauvre peuplée d’anciens esclaves. Pourtant, on entend cette chanson, qui raconte un épisode de l’Evangile selon Saint-Jean avec la coolitude caractéristique de Son, dans les Blues Brothers 2000 (que j’ai toujours refusé de voir), ainsi que dans la première saison de la série Sons of Anarchy, interprétée par Curtis Stigers & the Forest Rangers.
Cet album de Son House est incontestablement un chef-d’œuvre
[1] Sébastien DANCHIN (2011), sur le livret d’accompagnement du coffret Blues – The Perfect Blues Collection 25 Original Albums.
A l’écoute après le break
The Wood Brothers, c’est un joli duo de frères Olivier et Chris Wood, l’un guitariste, l’autre bassiste et sur lequel vient se greffer un batteur assez incroyable ; Tyler Greenwell. Ce son particulier et si agréable est apparu, pour la première fois, sur l’album Ways Not to Lose sorti en 2006.
The Wood Brothers c’est du blues et de la folk qui nous provient tout droit du Colorado. C’est une guitare électrique bien dosé couplé à un rythme syncopé et une contrebasse qui adoucit l’ensemble avec une délicatesse et une qualité rare. The Wood Brothers c’est mon coup de cœur, du moment, tant cette voix-là me semble bouleversante. Il y a du blues pur souche, celui qui puise dans ses racines pour y déloger des sons oubliés, des sons mélancoliques qui nous content des histoires et qui pourraient bien le faire toute la nuit, tant on est prêt à les écouter, tant on est fasciné par cette voix. The Wood Brothers c’est aussi de la folk, une guitare sèche, grattée à la façon des anciens dans une sorte d’hommage incroyablement bien réussi. Avec The Wood Brothers, la musique reprend ses droits et elle récupère son âme. Alors, moi, je dis Merci.
Je propose à l’écoute, l’excellent titre Stumbled In du tout aussi excellent album Smoke Ring Halo sorti en 2011, pour l’intro si merveilleusement bien pensée, pour cette voix fascinante, pour les accents blues et ce son incroyable qui s’en dégage.
Le titre Stumbled In est donc à l’écoute, juste après le break… avec en bonus, le magnifique live de Luckiest Man.
Du jazz grand public, du swing, du groove, de la personnalité, de l’amour et de l’humour tels sont les ingrédients qui rendent Big Bad Handsome Man si charmant.
A l’écoute de ce morceau, on se croirait dans un bar à jazz digne des oeuvres de Tex Avery, avec la sublime et suave chanteuse dans sa robe de soirée fendue et la bande de loups, hypnotisés, la langue pendante devant le spectacle (ici comme représentés par la trompette).
A noter qu’Imelda May ne sort pas d’un dessin animé, mais est irlandaise. Elle remporte en 2009, le Meteor Music Awards de la meilleur artiste féminine de l’année.
A l’écoute après le break
Direction les contrés du blues, avec Joe Henry (beau-frère de Madonna, ça c’est pour la partie « pipole ») et son morceau Sticks & Stones, présent sur son album Reverie (juste le nom, on est déjà ailleurs).
Avec un enregistrement très direct (expurgé de filtres et effets), ce n’est pas seulement la voix incroyable de Joe Henry, mais l’ensemble des instruments (piano, guitare, batterie) qui possède une véritable épaisseur, qui semble très humain, doté d’une personnalité, d’une vraie sensibilité.
C’est magnifique comme chaque note, chaque impulsion sonne comme une conversation avec un vieux copain un peu déglingué, et participe à cette ambiance touchante, dépouillée, abimée.
A l’écoute après le break
Misophone appartient à ces artistes dits DIY (Do It Yourself) qui s’occupent de tout dans la production de leur album. Et cela répond plutôt bien à leur créativité débordante, avec l’enregistrement de treize albums en cinq ans.
Song From Attic est leur dernier album en date (d’aujourd’hui). Tides and Sighs, issu de cet album, est un morceau juste magnifique.
Sur un rythme très lent il met en scène une jolie tension (réellement palpable) portée par des voix plus susurrées que chantées. Le tout s’imprégnant d’un décor assez minimaliste et plein d’originalité entre folk, pop, blues, dans lequel la partition de chaque instrument guitare, violons, armonica vise juste où il faut, quand il faut.
A l’écoute après le break
Simple, restons simple… ne nous compliquons pas tant l’existence… regardons la vie sous un autre angle, prenons du recul…
C’est en substance le sujet de Simple, morceau extrait de l’album éponyme de Daan, Daan Stuyven, chanteur belge également connu au sein du groupe Dead Man Ray.
Prenant la forme d’un blues intimiste, le son grave, l’épaisseur, la densité magnifique de la voix de Daan se posant sur une guitare prudente, joliment accompagnée par un violoncelle, une trompette, un piano discrets, sublimes, donne à ce message de bon sens une formidable profondeur. Une belle idée sur le fond et la forme de terminer entouré par une chorale d’enfants !
Sorti fin 2010 en Belgique, cet album dans lequel Daan revisite plusieurs de ses chansons re-apparait sous un nouveau packaging ces jours-ci en France!
A l’écoute après le break
« I love you so much it hurts »
Du soleil qui cogne, de la poussière, de la sueur, du blues et de l’amour c’est ce nous propose Seasick Steve avec le morceau Underneath a Blue and Cloudless Sky.
Seul avec son banjo aux sonorités du sud très affirmées, il nous offre un morceau dépouillé où sa voix râpeuse, qu’on croirait asséchée de tout sentiment n’en déploie pas moins une magnifique émotion poussant comme une rose au milieu du désert.
« I’ll be there when your hair turns grey »
Son album, lucidement intitulé You Can’t Teach an Old Dog New Tricks contient de véritables perles dans des styles de blues très différents, comme par exemple Party (feu d’artifice country) également à l’écoute après le break
[...]
En parallèle de sa carrière d’actrice, Chloé Mons poursuit sa vraie passion, la musique, et sort son troisième album solo Walking inspiré de ses voyages aux Etats-Unis et en Afrique.
Pour sûr, elle ne laisse personne indifférent. Les premiers sont exaspérés par son interprétation surjouée et son attitude provocante. Quand les seconds sont hypnotisés par son rock presque transcendantal, fascinés par sa liberté absolue, touchés par sa fragilité à fleur de peau.
Though People est un rock-blues tout droit venu du grand sud des USA. Véritablement moderne, ce morceau ne sent pas la poussière et le soleil, mais suinte le bitume et l’essence. Il possède cette qualité indispensable à tout bon blues d’être totalement et honnêtement désespéré, noir, malsain. Cela interpelle
Le clip du morceau est à découvrir juste après le break
Randy Newman est aujourd’hui très connu en tant que compositeur de BO. Deux fois récompensé aux Oscars, il collabore notamment avec les studios Pixar et Disney (Toy Story 1, 2, 3, Cars, La Princesse et la Grenouille, …).
Mais avant de s’orienter vers le cinéma il fut (et est encore) dans les années 60s-70s un excellent songwriter.
La sortie du second volume de son carnet de chansons, The Randy Newman Songbook Vol 2, est l’occasion parfaite pour (re)découvrir sa musique.
Seul avec son piano, Last Night I Had A Dream, est un blues qui conserve son petit coté psyché de l’époque de sa sortie (1968). L’élocution de Randy Newman, comme chargée de vapeurs alcoolisées donne une texture un peu rugueuse, une patine usée par la vie particulièrement intéressante au titre.
Retrouvez après le break les versions de 1968 (plus hippies) et de 2011, toutes les deux géniales.
Gil Scott-Heron vient de nous quitter. Notre chronique publiée en 2010 sur ce grand artiste.
Grosse sensation !
C’est un retour très remarqué voire une résurrection que Gil Scott Heron, considéré comme l’un des pères du rap, effectue avec son nouvel album I’m New Here. Après plus de 15 ans ponctués d’ennuis judiciaires, et de drogues, il nous offre de nouvelles chansons magnifiques et émouvantes.
Me And The Devil est bien plus qu’une reprise et une modernisation d’un ancien blues. C’est beaucoup plus profond et sombre. Sur une musique électronique, sa voix nous plonge dans toute la noirceur du monde, dans un abime qui semble inévitable et sans fin. Poignant !
Le clip est juste après le break (en fin du morceau est accolé le titre Your Soul And Mine)
Parallèlement du groupe Wraygunn, Paulo Furtado figure musicale portugaise, poursuit un projet plus personnel sous le nom de The Legendary Tigerman.
Son album Femina aux sonorités soul/blues est fraichement sorti en France. De nombreux invités prestigieux ponctuent les différentes chansons, dont la délicieuse Asia Argento (actrice, réalisatrice italienne) sur Life Ain’t Enough for You.
Jouant sur la retenue, aussi bien dans l’interprétation, plus murmurée que véritablement chantée, que dans l’accompagnement épurée, ligne de basse (géniale) et guitare simple, ce duo dégage une puissance et un charisme impressionnants. On ressent indéniablement le destin romanesque et fusionnel à la Bonnie and Clyde qui attend les deux protagonistes.
Le clip du morceau est à découvrir après le break
Nous l’avions présenté ici. C.R. Avery revient avec un second album solo So It Goes à son image, à fort caractère donc, entre « spoken word », rock le tout sous-tendu de soul, de blues et des influences du sud.
Folk Singer se moque de manière tout à fait irrévérencieuse (c’est encore meilleur) des (pseudo-) chanteurs folk qui se prennent trop au sérieux. C’est d’autant plus drôle que la chanson qui suit sur l’album, à savoir Trafic Figure, est une douce ballade country-folk.
La caricature est acerbe, les textes sont crus et finalement assez justes, l’ambiance est festive, joyeusement bordélique et déchainée sur la fin, avec des cuivres et guitares qui s’en donnent à cœur joie (ponctuée par un court solo, la petite « cherry sur le cake »), sans compter sur C.R. Avery tout à fait parfait en caricaturiste gueulard!
A l’écoute après le break [...]
En hommage à Calvin Russell décédé le dimanche 3 avril 2011, ci-dessous la chronique que nous lui avions consacrée.
Si vous voulez savoir comment l’amour (ohh bel amour) peut transformer un homme, il vous suffit d’écouter ce blues/rock. A l’origine vide, égoïste, insatisfait, une rencontre fatale va complètement transformer notre chanteur solitaire.
Portée par une voix grave, profonde, pleine d’humanité, tellement volumineuse qu’elle occupe tout l’espace, et une musique plutôt rock, on est loin d’un témoignage à l’eau de rose (ouf). Habituellement dans un registre plus blues, plus sombre, Calvin Russell reste très crédible dans cet hommage à la passion.
A l’écoute après le break
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