dr.groov'

dr.groov’ – découvrez la 1ere box mensuelle dédiée à la musique

Ca y est ! Dans la continuité de ChroniqueMusicale.com, c’est avec beaucoup d’émotion et la même envie de mettre en lumière et de partager des artistes, des lectures, des produits originaux et de qualité que nous lançons dr.groov’ !

Au programme une box mensuelle dédiée à la musique, enfin !

Ainsi, en vous abonnant (mois par mois, ou pour une durée fixe de 3, 6 ou 12 mois) vous recevrez directement chez vous tous les mois

  • des vinyles parmi les pépites des principaux genres musicaux (pop, rock, électro, urbain, rnb, soul, world…)
  • la bio des artistes pour approfondir l’univers proposé, et le track by track pour l’explication de chaque chanson
  • des livres, des BD incontournables sur la musique
  • des accès, des réductions à des services privilégiés
  • des tote bags incontournables
  • du merchandising de qualité

A noter : les premiers abonnés pourront assister à la soirée de lancement planifiée le 12 octobre 2017 au Carreau du Temple (Paris), où un concert de Minou est annoncé ainsi que l’expo de photos de Delphine Ghosarossian qui collabore régulièrement avec ChroniqueMusicale. Miam !

Un blog est également disponible dans lequel vous retrouvez des interviews d’artistes, d’entrepreneurs de la musique et des bonnes infos.

Pour voir à quoi ça peut ressembler, vous pouvez regarder l’unboxing de la première box ou aller directement sur le site.

Traditional Monsters – You Have The Power

Emmené par Dick Turner, compositeur, interprète, peintre et réalisateur américain, Traditional Monsters groupe néanmoins basé à Paris, sort son premier album Push The Panic Button aux étrangetés fascinantes. 

Sur un rythme lent doucereux, molletonneux, la voix rassurante et bienveillante de Dick Turner se pose confortablement et vous invite dans le moelleux de You Have The Power. Véritable respiration de l’album cette chanson magnétique à la fragilité palpable réussit l’exploit de dompter les forces négatives environnantes et ne laisser que des poussières de bizarrerie dans l’atmosphère. On écoute tout captivé…

Feist – Pleasure

6 ans après Metals, Leslie Feist nous offre un énorme Pleasure !

Avec une orchestration minimale, souvent accompagnée d’une seule guitare, notre canadienne favorite prend un maximum de risques sur des chansons fragiles qui comme un château de cartes tiennent à un fil. A l’écoute on est époustouflé par sa virtuosité à donner autant d’intensité, d’épaisseur et de profondeur à chaque seconde. Indéniablement un grand album !

Pour couper court à toute discussion, on s’écoute de suite Pleasure, le titre éponyme et ouvrant l’album qui explore avec énergie son coté électrique. Et c’est déjà immense ! 

 

Amina Claudine Myers – African Blues

Voici un petit bijou, que je conserverais depuis un petit moment dans mon arrière boutique. Je vous le livre aujourd’hui (enfin) pour dire toute l’admiration que j’ai pour Amina Claudine Myers et son magnifique album Salutes Bessie Smith enregistré en live en 1980.

6 titres qui se concluent par le hors norme et particulièrement frissonnant African Blues (14min44s). Son scat, son piano s’embrasent dans un morceau aux étendus vastes rempli de chaleur et de générosité.

Swans – The Glowing Man

Entre musique expérimentale, transe et rock’n roll, Swans marque depuis le début des années 80 le paysage musical sans la moindre concession. Emmené par Michael Gira, autodidacte qui s’orientait vers l’art graphique avant d’être percuté de plein fouet par la vague punk, le « groupe » (entre guillemets, car la formation varie régulièrement) se reforme en 2010 et délivre en 2016 le très prenant The Glowing Man.

En vidéo, la performance live de The Glowing Man. Belle captation de plus de 28 minutes, qui nous permet de mieux visualiser les composantes de leur musique, la précision qui est mis sur chaque détail.

Pour approfondir, l’univers de Swans, on ne saurait trop vous conseiller la lecture de leur biographie par Benjamin Fogel.

Kid Francescoli – Les Vitrines

Nouvelle oeuvre – Play Me Again, nouvelles petites, onze au total, merci Kid Francescoli !

Une électro-pop qui s’intègre et complète cette scène tellement excitante d’un nouveau son « made in France » dont bientôt le monde entier va s’amouracher.

Avec des basses rondes, terriblement entrainantes, des nappes synthétiques sophistiquées tendrement enveloppantes, un duo de voix sexy et classieux incarné par Julia (installée maintenant à Marseille) et Mathieu, chaque morceau s’écoute comme un voyage entre terrasse près de la mer (qu’on entend sur la fin de It’s Only Music, Baby), New-York, coupe de champagne, et club pour y finir nos soirées bien remplies.

Les Vitrines, morceau qui ouvre l’album, est un peu particulier, car il est leur premier titre en français ! On découvre le clip encore tout chaud, chaud, chaud puisqu’il a été mis en ligne il y a tout juste quelques minutes…

 

Kelsey Lu – Dreams

Par où commencer ? Par son histoire personnelle incroyable qui l’a vue grandir dans une famille témoins de Jéhovah, aux pratiques strictes et coupée du monde dont elle s’enfuit à 18 ans ? Son goût pour le vêtement, l’esthétisme, la mode ?  Ses collaborations avec Nappy Roots (groupe de hip-hop américain) ? Son engagement sociétal ? Sa participation à la dernière campagne de Kenzo ?

Et si pour connaitre Kelsey Lu, on commençait par sa musique, son premier EP Church, enregistré dans les conditions du live, en une prise, seule avec son violoncelle dans une église de Brooklyn. Les meilleures conditions pour que sa liberté prenne son envol, que l’émotion apparaisse, intimiste, épurée, profonde, émouvante. 

VioleTT Pi – Héroïne

Venu du Canada, du Québec (Granby puis Montréal), Karl Gagnon aka VioleTT Pi (« nom qui lui vient de la fleur violette reconnue pour ses propriétés vomitives et laxatives ainsi que π, un nombre irrationnel » – source Wikipedia) se penche au chevet de la pop pour mieux la corrompre.

Avec des paroles autant poétiques, que violentes et surréalistes, VioleTT Pi va beaucoup plus loin qu’une simple chanson, il distille ses intentions au plus profond de nos connexions synaptiques. Ca y est, on est déjà accro et sa montée nerveuse nous « déforme » totalement.  

« Je suis désabusé
Et j’abuse pour oublier »

Gros coup de coeur également pour la pochette de  Manifeste contre la peur dont est extrait Héroïne.

Chilly Gonzales, Jarvis Cocker – Room 29

A chaque nouveau projet Chilly Gonzales réussit à nous surprendre. Encore une fois, après Octave Minds, notre canadien préféré prend le contre-pied et s’associe avec Jarvis Cocker (l’emblématique auteur – compositeur – interprète de Pulp) pour livrer un album concept (oui ça existe encore !) piano-voix subtil et sublime.

Huis-clos dans le célèbre hotel Marmont de Los Angeles, ambiance désenchantée, luxe et fin de soirée, chambre 29, on s’imagine ce qu’a vu, vécu cette pièce, l’histoire qu’elle nous raconte sur Hollywood et ses moeurs. 

On se régale de la musique, de la voix chaude, sophistiquée et de paroles gentiment barrées… le tout sorti sur le célèbre label classique Deutsche Grammophon, quel joli dépoussiérage !

« Is there anything sadder than a hotel room
That hasn’t been fucked in? »

« I read an actress used to party
In this place and do drugs off the piano
If I lick, will it still taste? »

Notre entretien avec Albin de la Simone

« J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec »

Avec la sorti de son cinquième album L’un de nous, Albin de la Simone signe (de mon point de vu) son plus bel album et le plus touchant produit jusqu’à présent. Des poésies fragiles, sensibles se lovent dans le creux de mélodies douces et apaisées. 

Un beau jour du mois de mars, c’est dans les bureaux de son label Tôt ou Tard que nous nous sommes entretenus avec lui, et avons discuté entre autres piano, inspiration, Sophie Calle.

Pour les parisiens, il sera en concert à l’Européen les 3 avril, 3 mai, 3 juin 2017, puis au Café de la Danse en fin d’année.

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Des courtes vidéos présentent la préparation de l’album. La première est consacrée à la recherche du piano. Pourquoi avoir fait du piano un élément central de L’un de nous ?

Albin de la Simone : Je n’ai jamais été convaincu que le piano était l’instrument qui me permettrait de faire des chansons. Le piano est un instrument qui sert souvent à remplacer l’orchestre, c’est un instrument qui est très riche, très puissant et ma voix n’est pas très puissante. J’ai toujours trouvé que le piano me ridiculisait un petit peu, que ça ne marchait pas entre nous même si je suis pianiste et que j’adore le piano.

J’ai découvert par hasard, en mettant des couvertures dans un piano, entre les cordes et les marteaux, que le son étouffé du piano gardait vraiment de la richesse mais acquérait une modestie qui, du coup, laissait pas mal de place à ma voix. Je me suis dit « ok, il faut que je trouve le piano qui a ce son doux, étouffé, et en même temps riche et large, mais pas intimidant, pas ‘humiliant’, au contraire, qui est valorisant pour ma voix. » J’avais un son en tête, et là j’ai fait le tour de Paris, de mes copains, des studios pour essayer des pianos dans tous les sens, voir ce qui me branchait.

Dans ce film, je suis allé chez Pascal Lobry qui est un facteur de pianos et a des pianos très particuliers. Il est connu pour ça, pour fournir des pianos très typés. Il m’a fait une démonstration de tous ses pianos. Et on me voit dans le film comme un Louis de Funès insupportable qui essaie en disant « c’est super, mais ce n’est pas du tout ça ! » « ça c’est formidable mais ça n’a rien à voir ! »  « ça j’en veux pas… » Finalement j’ai bien fait, parce que j’ai fini par trouver le bon piano. J’ai fait mon disque et le son du piano me convient parfaitement. C’est vraiment rigolo d’aller rencontrer des gens et essayer des instruments, surtout quand on trouve à la fin.

Vous allez utiliser ce piano pour vos concerts ?

Non, parce que ça pèse une tonne et que je ne veux pas me trimbaler un piano, le faire accorder à chaque fois. Si j’en loue un, je repars à zéro à chaque fois. En plus on ne pense pas à la scène comme on pense un disque. Un disque c’est fait pour être écouté plein de fois, le concert ça s’entend une fois et je suis là, mes musiciens sont là. En plus on a une façon de faire les concerts quasiment en acoustique, sauf ma voix, il n’y a pas de sono. Donc le rapport est très différent et ça ne manque pas de richesses. C’était vraiment pour le disque que j’en avais besoin. Le son que j’utilise sur scène ce n’est pas un son de piano, mais c’est un son très modeste aussi, très doux.

Comment ont été écrites les chansons ?

Le travail de la forme du disque arrive après l’écriture. J’essaie vraiment de dissocier les deux. D’écrire le répertoire, d’écrire les chansons, de les essayer, d’essayer même de les jouer, de les modeler, d’être à peu près sûr de leur forme avant d’attaquer le disque. Si on attaque le disque quand on a trois chansons après on en fait six autres chansons mais elles ne vont plus avec le son du début… J’essaie de passer en production au moment où l’écriture est terminée comme ça la production est cohérente pour tout le disque. Comme ça j’en enregistre éventuellement plus et je resserre après en en enlevant. C’est vraiment écriture d’abord et enregistrement après.

L’écriture s’est étalée depuis 2013 ou vous vous l’avez concentrée sur quelques mois ?

Mon précédent disque est sorti en 2013, on a tourné deux ans. J’ai commencé à écrire sur la fin de la tournée, mais je n’y arrivais pas très bien. A la fin de la tournée, donc fin 2014, j’ai tout arrêté pour écrire et un an plus tard, en 2016 grosso modo j’ai commencé à enregistrer.

Mais il y a des chansons qui datent d’avant, même dans ce disque. La chanson L’un de nous par exemple elle était prévue pour le disque précédent mais elle ne rentrait pas dedans. Elle contredisait d’autres chansons, elle n’avait pas vraiment de légitimité. De même que là, il y a une treizième qui devait être dans le disque et au dernier moment je l’ai virée en me disant qu’elle me bloquait quelque chose dans le disque, je ne sais pas la placer dans l’ordre du disque, elle a un propos qui est trop différent. Elle deviendra peut-être la chanson la plus importante du disque prochain. Je n’en sais rien, mais c’est vraiment un jeu comme ça. Ce n’est pas un bloc défini.

Et sur les thèmes que vous abordez l’amour est très présent. J’ai noté dans une interview que vous avez faite en 2014 que « votre plus grande peur était de ne pas être aimé. » Est-ce que ce disque va puiser dans cette peur ?

Bien sûr ! Je n’ai pas écrit en pensant à ce que le disque allait dire, mais si je le regarde de l’extérieur il est vraiment question de l’amour long, de l’amour qui dure. Justement en opposition à la première chanson qui est Le grand amour, qui est une espèce de flamme incandescente qui s’éteint tout de suite après. Dans le reste du disque il est vraiment question de comment on fait durer l’amour, comment il reste beau longtemps et donc comment on est aimé longtemps, pour revenir à votre question.

Donc oui, je suis encore hanté par le fait de ne pas être aimé, mais je suis aussi hanté par le fait de ne pas réussir à aimer longtemps, ou à être aimé longtemps. Ce n’est pas les mêmes ressorts. On pourrait repartir à zéro tous les deux ans si on voulait avec quelqu’un d’autre. Mais si on n’a pas envie, si on a envie de durer ça demande d’accepter une certaine modification de l’état amoureux, qui me plait mais qui demande du travail et qui inspire des chansons.

Sur votre écriture, vous avez noté des évolutions par rapport à Un homme, votre précédent album ?

Je n’ai pas de sensation de grandes modifications… C’est compliqué… la musique je sens qu’elle bouge, l’écriture des textes je sens qu’elle correspond plus à l’état dans lequel moi je suis. La facture de mon écriture… avec un peu je chance je progresse, en tout cas je m’y emploie mais peut-être pas. Musicalement je sens que dans la production, dans le son il y a des choses qui changent, le disque n’est pas le même. Mais est-ce que mon style d’écriture change.. à vous de me le dire, je n’ai pas trop l’impression. Je n’ai pas une démarche en me disant « maintenant je ne vais parler qu’en javanais ou qu’avec des voyelles… »

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Entre 2013 et aujourd’hui vous avez fait plein de choses, de la production, accompagner d’autres musiciens, un spectacle L’amour Ping-Pong, composer la musique d’un documentaire, incarner des personnages dans des livres-CD, etc. Vous avez besoin de ces projets comme d’une respiration ? comme d’une source d’inspiration ?

Tout est dit dans la question. C’est vrai, c’est une respiration et une nourriture. Je ne suis pas capable d’écrire plus de chansons que je n’en écris. D’ailleurs je n’en écris pas pour d’autres, je n’y arrive pas. Par contre j’ai besoin de plus d’expressions, j’ai besoin de vivre des choses, et il se trouve que le métier que je fais, pour élargir, le métier d’artiste, c’est aussi mon loisir. Donc quand le musée d’art moderne me propose de faire quelque chose, et bien je consacre un mois de mon temps à travailler pour ce projet-là, pour une représentation qui dure deux heures, pour deux cents personnes. C’est complètement ridicule vu comme ça, et en même temps je fais mon loisir. C’est un peu comme si j’allais faire du karaté… Je me passionne pour un artiste, je travaille sur le projet de cet artiste, et je vais faire une performance pour l’exposition de cet artiste devant du public. Pour moi c’est évident, c’est ma passion tout simplement.

Même si les histoires racontées dans l’album ne se terminent pas toujours bien, on sent dans l’album un très grand apaisement. Vous arrivez à une certaine sagesse dans votre vie ?

C’est marrant que vous disiez ça, il y a des gens qui me voit comme très inquiet ou très tourmenté, alors que je me sens plus comme vous dites. Je me sens plutôt tranquille, ne serait-ce parce que j’essaie vraiment de voir les choses en face, d’aborder les problèmes, et dans mes chansons de ne pas faire semblant de croire au père-noël. J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec. Plus que l’accepter, c’est même écrire sur cette matière-là. Donc mes chansons elles parlent de choses difficiles et compliquées mais justement, grâce à ça c’est une manière d’avancer. J’ouvre les boites, je ne laisse pas les choses pourrir.

C’est Sophie Calle qui a fait l’artwork de l’album. Comment ça s’est passé et pourquoi ce choix ?

Quand j’ai décidé d’appeler l’album L’un de nous, j’ai tout de suite repensé à cette photo qui est chez elle. Une grande photo dans son salon dans laquelle on voit ces animaux qui paradent un petit peu avec chacun une guirlande, une couronne. Ils sont tous très différents, ils vivent tous dans la même pièce, dans le même espace mais ils essaient tous de faire les malins, de se faire remarquer. Déjà, j’aime cette photo, j’aime l’image et je trouvais chouette comme métaphore de L’un de nous, de parler de l’individu par rapport aux autres. Il se trouve qu’en plus, mais ça c’est vraiment dans le coté anecdotique, elle a nommé ces animaux du nom de ses amis et que le petit ours qui est milieu c’est moi. Donc c’est une manière de vivre entouré de ses amis. De temps en temps elle passe devant et elle dit « bonjour Albin ». Mais c’est surtout l’image et le sens symbolique qui me plaisaient. Du coup j’ai la chance d’avoir une pochette d’album de Sophie Calle qui est l’une de mes artistes préférées, c’est magnifique à tout point de vue. C’est une chance.

Vous avez dit que vous avez travaillé sur l’ordre des chansons, comment cela se passe ? Par exemple, pourquoi A Quoi est-elle en 11ème position ?

D’abord, ce n’est pas comme un podium, même si c’est vrai qu’on va moins souvent à la fin d’un disque qu’au début. Quand on fait l’ordre d’un disque il y a plein de choses différentes qui s’ajoutent pour définir l’ordre des chansons. Il faut qu’elles se répondent bien l’une à l’autre, c’est l’effet que fait une chanson à la suivante ou à la précédente. Quand on a décidé, j’étais sûr de vouloir que la première soit Le Grand Amour, et j’étais sûr aussi de vouloir que l’album se finisse par Ado, par cette voix de Vanessa Paradis et les cordes. Après la première, j’en essaie une seconde, ça marche ou ça ne marche pas. Après c’est un jeu de puzzle qu’on tente. Il y a le rythme de la chanson, sa dynamique, le son, le propos, la tonalité, est-ce que ça ne fait pas redondant. Il y a des chansons qui annulent d’autres chansons. Deux chansons très très lentes côte à côte, on a l’impression que c’est un tunnel d’ennuie. Il vaut mieux les intercaler avec d’autres. C’est tellement complexe que je ne peux pas expliquer pour quelles raisons celle-là arrive en onzième. Elle a dû se balader plusieurs fois et a atterri là. Ce dont je suis sûr c’est que la première Le grand amour je voulais qu’elle soit là pour parler de cet amour incandescent qui brule et qui disparait, du fait que le disque après abordait l’amour long, l’amour dans le temps. J’avais envie de commencer par quelque chose de beau et brulant et après de se dire « après ça qu’est-ce qui se passe. » C’est le seul truc que je peux expliquer vraiment.

Vous allez bientôt débuter une tournée, dont 3 dates à l’Européen (3 avril, 3 mai, 3 juin 2017). Ce sera avec quelle formation et pourquoi cette salle ?

L’Européen est une salle qui a une grande histoire. Déjà il y a 15 ans c’est là que Vincent Delerm et Jeanne Cherhal ont beaucoup joué, j’y ai joué aussi. C’est vraiment un endroit où il s’est passé quelque chose de fort pour la chanson française. Avant ça s’appelait le Théâtre en Rond, et Jean Guidoni jouait là-bas. J’aimais beaucoup Jean Guidoni. C’est donc pour moi un endroit super. En plus au niveau de sa forme c’est un théâtre rond, comme un mini cirque et c’est parfait pour ce que je fais, pour le coté acoustique de notre concert. Je suis accompagné par Anne Gouverneur et Maëva Le Berre au violon et au violoncelle comme avant, sans micro, sans rien, elles jouent comme pour un concert classique. A elles deux, on a ajouté un vieil ami qui s’appelle François Lasserre qui joue de la guitare et des percussions, lui aussi sans sono.

Ça change complètement l’écosystème d’avoir une personne en plus, mais ça marche toujours d’avoir ce système de ne sonoriser que ce qui doit être sonorisé, à savoir ma voix pour qu’on comprenne mes paroles et mon clavier parce qu’il est électrique. Tout le reste est complètement acoustique. C’est-à-dire que quand François tape sur une percussion qu’il a fabriquée ça vient de lui, l’instrument vibre et nous arrive dans les oreilles, je trouve ça super. Tant qu’on peut faire ça, on le fait.

C’est transposable dans d’autres salles ?

Ça marche partout sauf en plein air parce qu’il faut des murs pour renvoyer le son, et sauf au-delà de 600 places, si c’est un théâtre à l’italienne avec trois balcons de 200 places. Plus les gens sont proches, plus on peut en mettre. Le théâtre des Champs-Elysées fait 2000 places et ils font des concerts classiques depuis 200 ans, sans aucune sono.

Merci !

The Blaze – Territory

Cette semaine va être une très belle semaine car elle va voir la sortie de Territory, le premier EP de The Blaze. « Enfin ! » pourrait-on dire, car cet EP avait été annoncé dès avril 2016 par Bromance sur la première vidéo Virile sortie en janvier 2016, puis le 4 mars 2017 (par Les Inrocks) et enfin ce vendredi 24 mars 2017 chez Animal 63 (par Apple Music). On y croit !

Duo de producteurs entre Paris et Dijon (source Les Inrocks) leur musique est une house léchée, esthétique, faite de basses, de kicks, de snares, et d’un supplément d’émotions, un peu de solitude, un peu de désespoir qui vous enveloppent dans une bulle magnifiant le monde.

Un mot sur leurs clips à couper le souffle qui appliquent des codes tout à fait nouveaux pour de la musique électronique. Ils y explorent les relations entre hommes de manière très subtile et superbement ambigüe, mettent en beauté un quotidien à coup de performances d’acteurs incroyables et de ralentis émouvants. Pas étonnant que ces vidéos vous magnétisent et cartonnent bien au delà de l’hexagone. 

Territory

Virile

Notre entretien avec Frànçois & the Atlas Mountains

« Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde »

Véritable matière vivante faites d’émotions, d’influences éclectiques, parfois fluides, parfois rocailleuses, douces ou rock, les nouvelles chansons de Frànçois & The Atlas Mountains tirées de Solide Mirage laissent apparaitre, au fur et à mesure qu’elles se dévoilent, les possibles d’un autre monde, d’une autre route à emprunter.

C’est dans les locaux de son label Domino que nous avons rencontré François Marry, leader du groupe, pour évoquer avec lui son écriture, son point de vue sur le monde et ses prochains concerts qui feront halte notamment à La Maroquinerie (Paris) les 22, 23, 24 mars 2017. 

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Comment sort-on d’un succès tel que Piano Ombre ?

François : C’est un beau succès. C’est un succès qui s’est un peu diffusé dans toute l’équipe. On était cinq dans le groupe, il y avait tout le label, le tourneur, c’était une belle réussite. Toute cette réussite s’est diffusée, diluée par ce que chacun récupère et interprète. Ça m’a permis de me dire que ça valait le coup de continuer. Ça m’a remis le pied à l’étrier assez rapidement. On a sorti un EP africain dans la foulée (ndlr Un Homme Tranquille). Après, j’ai collaboré avec Rone et sur un spectacle de danse contemporaine, donc je n’ai pas eu vraiment l’impression de m’arrêter. Je ne pense pas avoir traverser ce grand désert qui peut se produire parfois après un succès.

Vous avez ressenti plus d’attentes, de pression pour l’écriture du nouvel album Solide Mirage ?

Non, c’est pour cela que je dis que le succès s’est peut-être dilué. C’est gentil de me dire que cela a été un succès, mais je le perçois plutôt comme un ouvrage à remettre tout le temps sur le métier. Je n’ai pas l’impression d’avoir atteint un summum, d’avoir explosé ou quoi que ce soit. J’ai l’impression que tout ça est à échelle humaine et relativement sain et sobre.

Pour les nouvelles chansons, dans quoi avez-vous puisé votre inspiration ?

Je pense que le principal élément qui détermine ce nouvel album c’est la convergence d’intérêts et de savoir-faire de chacun des membres du groupe, parce que je les associe beaucoup à l’arrangement des musiques. C’est eux qui donnent vraiment la forme définitive à mes inspirations premières. Et ça je n’ai aucun contrôle de ce vers quoi ils tendent quand ils le font. Je crois que c’est le fait de se réunir de faire ça ensemble qui qualifie principalement notre musique.

Après certes, il y a des morceaux qui font référence à des histoires d’amour que j’ai eues. Il y a des morceaux qui font références à des sentiments de frustrations que j’ai à vivre dans un monde qui ne fonctionne que sur le profit. Enfin, il y a une part des textes qui font référence au confort qu’on a quand on est artiste en Europe et qu’on observe le monde depuis sa tour d’ivoire de création.

On parle d’un album engagé…

Je ne sais pas…

Pas pour vous ?

Pour moi l’engagement c’est plutôt d’être dans l’action qui change le monde. Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde. Je pense que c’est vraiment l’action des gens qui travaillent dans des associations qui facilitent la vie des gens qui souffrent autour d’eux, que ce soit dans le médical, dans l’humanitaire en France, dans l’aide aux immigrés, dans l’aide aux réfugiés, dans l’aide aux sans-abris, ou des gens qui travaillent pour une agriculture plus saine, des gens qui travaillent pour une éducation plus ouverte, plus libre. Ça c’est le vrai engagement.

Vous n’avez pas l’impression que vos textes peuvent ouvrir les yeux sur certains sujets ?

J’aimerais, mais c’est plus un écho qu’une volonté d’ouvrir les yeux. Je n’ai pas la volonté de me présenter en modèle ou de chanter la vérité, car je ne la connais pas. Mais au contraire, j’avais envie d’être juste un écho vis-à-vis de toute une partie de la population qui, je crois, à des aspirations profondément humanistes. Et j’ai l’impression que le discours ambiant ne reflète pas souvent les aspirations de ces personnes-là. Je me disais que ce serait sympa de faire une musique qui propose ça dans le paysage musical. A fortiori si ça peut passer à la radio… enfin moi j’attendrais un réconfort comme ça d’un morceau qui passe à la radio, qu’un artiste dise qu’il aspire à autre chose que ce qu’on a là et qu’il reconnait les efforts de certains de ses concitoyens de tirer les choses vers le haut plutôt que de tout le temps se laisser écraser par le discours polémique ambiant et l’agressivité qu’on trouve dans la plupart des médias.

Vous avez publié sur Instagram un brouillon de paroles qui reflète votre travail, est-ce que vous allez en partager d’autres ?

Oui, je pense que je vais diffuser les autres petit à petit. On peut voir dans ce brouillon que je manipule ça comme une matière très dense. Je la manipule, je la retourne, je l’étire, je la chiffonne, je la gribouille, je la souligne, etc. C’est une recherche, je travaille avec le texte comme je travaille avec les sons.

Surtout sur la musicalité des mots ?

Beaucoup, oui.

Votre travail d’écriture est assez condensé sur une période courte ou peut s’étaler pendant des mois, des années ?

Ca se dilue sur un certain temps. Il y a des textes que je reprends, parfois il y a des couplets qui viennent et qui ne deviennent rien. Puis, finalement trois ans plus tard ils vont resurgir comme ça. Je vais alors tirer sur le fil pour voir ce qu’ils ont d’autres à révéler. C’est un peu comme une matière organique, comme une boisson qu’on laisse fermenter ou une culture qu’on met en jachère ou un arbre qui pousse. C’est assez vivant.

On voit que le texte a été écrit sur un agenda. Est-ce que la date indiquée 19/12/2015 correspond à la date d’écriture ?

Certaines fois oui, ça dépend.

Ca veut dire que vous écrivez partout ou vous devez être dans un endroit très précis pour écrire ?

Il y a des périodes pendant lesquelles je ne peux vraiment pas écrire parce que je ne me sens pas inspiré. Par exemple je ne peux pas écrire dans le van pendant une tournée. David du Colisée qui tourne avec moi y arrive. Je ne sais pas comment il fait, moi, je n’y arrive pas. En l’occurrence, je pense qu’il faut que je sois écarté de la stimulation des smartphones et des choses comme ça pour prendre un peu de recul. C’est pour ça que j’écris beaucoup la nuit depuis que j’habite à Bruxelles, c’est le seul moment où je suis un peu tranquille.

On voit aussi vos peintures sur votre site Watercolours Journal, c’est un travail différent ou assez similaire de l’écriture ?

Pour moi c’est plus une manière de me raccrocher à ce qui m’entoure. J’ai l’impression d’avoir une personnalité qui a du mal à rejoindre les autres, avec une forme de timidité, du coup peindre ça me permet une immersion dans le mouvement et le lieu.

(c) François Atlas – « a typical day in the life of F&AM on tour » – 22 mai 2014

On voit que vous pouvez peindre dans le van ?

Ca j’y arrive par contre.

Sur la réalisation de l’album, vous avez fait appel à Ash Workman, le même que pour Piano Ombre. Pourquoi ce choix ?

Sur cet album il y avait vraiment une volonté d’aller à l’évidence. On parlait pendant un temps d’aller à New-York. J’étais aussi allé visiter des studios à Los Angeles. Puis on s’est dit que le plus simple serait de faire ça à proximité, à Bruxelles, arrêter de penser qu’il y a mieux ailleurs. Pour moi, c’est presque aussi une attitude un peu politique, d’arrêter d’attendre des réponses d’ailleurs, du gouvernement, et essayer de trouver les solutions avec ce qu’on a à proximité. On avait de la proximité avec Ash parce qu’on avait déjà bossé avec lui. Il habite à un tunnel de chez nous, il habite en Angleterre. Pareil pour la composition et toute la production de l’album, c’était un album qui allait droit à l’essentiel avec ce qu’il y avait à disposition autour de nous.

Pour le choix du studio, vous aviez déjà enregistré là-bas ?

Non, je n’avais pas enregistré, mais c’était vraiment le plus près, le rapport qualité / prix le plus pertinent, le plus avantageux et ça nous permettait surtout d’être tous ensemble dans la même pièce. Il y a de l’espace, de la hauteur sous plafond, c’est très agréable.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Il y a Owen Pallett aux arrangements des cordes. Comment s’est faite la rencontre, pour le faire venir ?

On ne l’a pas fait venir. Encore une fois on a essayé de trouver les solutions les plus simples et les plus économiques. Il a fait ça de chez lui, à Los Angeles. Ca a été une mise en contact par le label Domino qui est aussi son label.

C’était agréable de travailler avec lui ?

Oui, c’était agréable. On a fonctionné avec ce qui lui arrivait dans sa vie, une rupture importante. Après avoir dit qu’il ferait les arrangements, il a pris un certain temps pour les faire. Finalement ce temps a été assez bénéfique parce que ça nous a permis de penser à autre chose et d’avoir les oreilles plus fraiches en retournant dessus.

Avec cet album, vous avez aussi développé une police de caractères spéciale. Qui a fait cette police, et pourquoi ?

C’est un ami qui fait ça de manière très professionnelle, c’est un designer (ndlr Jérémy Landes). Je pensais vraiment que Plaine Inondable, E Volo Love, Piano Ombre formaient une trilogie, j’avais utilisé la même police qui m’avait été conseillée par une autre amie, la police Bondoni pour ceux que ça intéresse, que j’avais un peu customisée. Là, je sentais qu’avec le déplacement vers le nord, à Bruxelles, je commençais un nouveau cycle. Je trouvais que ça valait le coup de marquer la différence en changeant l’écriture.

Elle est disponible gratuitement (en téléchargement). Ce n’est pas ça qui va changer le monde encore une fois, mais c’est pour exprimer cette attitude qui est très positive et dont on ne parle pas dans les médias. Il y a un discours ambiant de plaintes envers nos gouvernements, nos responsables. Je pense que nos gouvernements sont à l’image de nous-mêmes et quand on prend l’initiative de créer des choses nouvelles et de les partager entre nous, on trouve des solutions, on trouve de la créativité, on invente de nouveaux modèles. C’est ce qu’on a fait dans le modeste milieu du graphique-design avec le créateur de la police : Créer un nouvel album, une nouvelle musique, une nouvelle police, de rendre ça accessible de manière très ouverte.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Sur la scène, vous avez des premières dates à Paris, à la Maroquinerie. Comment s’est fait le choix de la salle où vous faites trois dates ?

La Maroquinerie est un choix qu’on a fait en partenariat avec notre tourneur. J’aime beaucoup la possibilité que j’ai maintenant de travailler en équipe que ce soit avec Domino, le label, mon manager et Asterios, le tourneur. Je pense qu’ils savent ce qu’ils font, je leur ai fait confiance. Au début j’étais un peu surpris de ce choix puis finalement je me suis dit que j’aimais bien cette salle, j’aimais bien y voir des concerts, j’avais des bons échos, et surtout ça nous permettait d’inviter trois artistes différents, des artistes belges qui sont Témé Tan, le Colisée, Samuel Spaniel et Marc Melià. Ca permet de faire des soirées un peu plus longues, avec le restaurant, de faire une after. C’est un lieu, une espèce de boite à outils, assez pratique et très conviviale. Ca convient bien à cette approche un peu plus locale et chaleureuse qu’on essaie d’avoir sur cet album. Un peu plus passionnée plutôt que d’être dans l’efficacité ultime.

Vous faites des shows très dansants, pourquoi cette volonté et comment est-ce que ça se travaille ?

Ca se prépare peu en fait. C’est juste le naturel du groupe. Je pense que les membres du groupe se rejoignent dans ce plaisir qu’on a à vivre la musique physiquement. Ca s’exprime comme ça vient, par la danse. Parfois on aiguillonne un peu en essayant de travailler quelques mouvements synchronisés mais c’est assez rare en fait.

Vous parliez de timidité, sur scène elle disparait complètement ?

Oui, parce que ma personne n’existe plus en fait. Malgré le fait que je chante des chansons, c’est plus une passerelle que j’ai pour aller vers les autres. Je n’ai pas l’impression de mettre mon cœur à livre ouvert. J’ai plutôt l’impression de trouver un terrain d’entente entre le groupe et le public.

Vous avez aussi des dates en Angleterre, c’est parce que vous avez vécu à Bristol ou grâce à Domino votre label ?

C’est les deux. J’ai vécu 7 ans à Bristol, j’ai donc eu le temps de développer quelque chose là-bas. J’ai appris à faire de la musique là-bas qui fait que peut-être les auditeurs anglo-saxons y trouvent ce qu’ils cherchent. C’est assez surprenant de voir qu’on vend plus de billets à Manchester qu’à Marseille par exemple. C’est bizarre.

Merci !