Notre entretien avec Frànçois & the Atlas Mountains

« Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde »

Véritable matière vivante faites d’émotions, d’influences éclectiques, parfois fluides, parfois rocailleuses, douces ou rock, les nouvelles chansons de Frànçois & The Atlas Mountains tirées de Solide Mirage laissent apparaitre, au fur et à mesure qu’elles se dévoilent, les possibles d’un autre monde, d’une autre route à emprunter.

C’est dans les locaux de son label Domino que nous avons rencontré François Marry, leader du groupe, pour évoquer avec lui son écriture, son point de vue sur le monde et ses prochains concerts qui feront halte notamment à La Maroquinerie (Paris) les 22, 23, 24 mars 2017. 

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Comment sort-on d’un succès tel que Piano Ombre ?

François : C’est un beau succès. C’est un succès qui s’est un peu diffusé dans toute l’équipe. On était cinq dans le groupe, il y avait tout le label, le tourneur, c’était une belle réussite. Toute cette réussite s’est diffusée, diluée par ce que chacun récupère et interprète. Ça m’a permis de me dire que ça valait le coup de continuer. Ça m’a remis le pied à l’étrier assez rapidement. On a sorti un EP africain dans la foulée (ndlr Un Homme Tranquille). Après, j’ai collaboré avec Rone et sur un spectacle de danse contemporaine, donc je n’ai pas eu vraiment l’impression de m’arrêter. Je ne pense pas avoir traverser ce grand désert qui peut se produire parfois après un succès.

Vous avez ressenti plus d’attentes, de pression pour l’écriture du nouvel album Solide Mirage ?

Non, c’est pour cela que je dis que le succès s’est peut-être dilué. C’est gentil de me dire que cela a été un succès, mais je le perçois plutôt comme un ouvrage à remettre tout le temps sur le métier. Je n’ai pas l’impression d’avoir atteint un summum, d’avoir explosé ou quoi que ce soit. J’ai l’impression que tout ça est à échelle humaine et relativement sain et sobre.

Pour les nouvelles chansons, dans quoi avez-vous puisé votre inspiration ?

Je pense que le principal élément qui détermine ce nouvel album c’est la convergence d’intérêts et de savoir-faire de chacun des membres du groupe, parce que je les associe beaucoup à l’arrangement des musiques. C’est eux qui donnent vraiment la forme définitive à mes inspirations premières. Et ça je n’ai aucun contrôle de ce vers quoi ils tendent quand ils le font. Je crois que c’est le fait de se réunir de faire ça ensemble qui qualifie principalement notre musique.

Après certes, il y a des morceaux qui font référence à des histoires d’amour que j’ai eues. Il y a des morceaux qui font références à des sentiments de frustrations que j’ai à vivre dans un monde qui ne fonctionne que sur le profit. Enfin, il y a une part des textes qui font référence au confort qu’on a quand on est artiste en Europe et qu’on observe le monde depuis sa tour d’ivoire de création.

On parle d’un album engagé…

Je ne sais pas…

Pas pour vous ?

Pour moi l’engagement c’est plutôt d’être dans l’action qui change le monde. Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde. Je pense que c’est vraiment l’action des gens qui travaillent dans des associations qui facilitent la vie des gens qui souffrent autour d’eux, que ce soit dans le médical, dans l’humanitaire en France, dans l’aide aux immigrés, dans l’aide aux réfugiés, dans l’aide aux sans-abris, ou des gens qui travaillent pour une agriculture plus saine, des gens qui travaillent pour une éducation plus ouverte, plus libre. Ça c’est le vrai engagement.

Vous n’avez pas l’impression que vos textes peuvent ouvrir les yeux sur certains sujets ?

J’aimerais, mais c’est plus un écho qu’une volonté d’ouvrir les yeux. Je n’ai pas la volonté de me présenter en modèle ou de chanter la vérité, car je ne la connais pas. Mais au contraire, j’avais envie d’être juste un écho vis-à-vis de toute une partie de la population qui, je crois, à des aspirations profondément humanistes. Et j’ai l’impression que le discours ambiant ne reflète pas souvent les aspirations de ces personnes-là. Je me disais que ce serait sympa de faire une musique qui propose ça dans le paysage musical. A fortiori si ça peut passer à la radio… enfin moi j’attendrais un réconfort comme ça d’un morceau qui passe à la radio, qu’un artiste dise qu’il aspire à autre chose que ce qu’on a là et qu’il reconnait les efforts de certains de ses concitoyens de tirer les choses vers le haut plutôt que de tout le temps se laisser écraser par le discours polémique ambiant et l’agressivité qu’on trouve dans la plupart des médias.

Vous avez publié sur Instagram un brouillon de paroles qui reflète votre travail, est-ce que vous allez en partager d’autres ?

Oui, je pense que je vais diffuser les autres petit à petit. On peut voir dans ce brouillon que je manipule ça comme une matière très dense. Je la manipule, je la retourne, je l’étire, je la chiffonne, je la gribouille, je la souligne, etc. C’est une recherche, je travaille avec le texte comme je travaille avec les sons.

Surtout sur la musicalité des mots ?

Beaucoup, oui.

Votre travail d’écriture est assez condensé sur une période courte ou peut s’étaler pendant des mois, des années ?

Ca se dilue sur un certain temps. Il y a des textes que je reprends, parfois il y a des couplets qui viennent et qui ne deviennent rien. Puis, finalement trois ans plus tard ils vont resurgir comme ça. Je vais alors tirer sur le fil pour voir ce qu’ils ont d’autres à révéler. C’est un peu comme une matière organique, comme une boisson qu’on laisse fermenter ou une culture qu’on met en jachère ou un arbre qui pousse. C’est assez vivant.

On voit que le texte a été écrit sur un agenda. Est-ce que la date indiquée 19/12/2015 correspond à la date d’écriture ?

Certaines fois oui, ça dépend.

Ca veut dire que vous écrivez partout ou vous devez être dans un endroit très précis pour écrire ?

Il y a des périodes pendant lesquelles je ne peux vraiment pas écrire parce que je ne me sens pas inspiré. Par exemple je ne peux pas écrire dans le van pendant une tournée. David du Colisée qui tourne avec moi y arrive. Je ne sais pas comment il fait, moi, je n’y arrive pas. En l’occurrence, je pense qu’il faut que je sois écarté de la stimulation des smartphones et des choses comme ça pour prendre un peu de recul. C’est pour ça que j’écris beaucoup la nuit depuis que j’habite à Bruxelles, c’est le seul moment où je suis un peu tranquille.

On voit aussi vos peintures sur votre site Watercolours Journal, c’est un travail différent ou assez similaire de l’écriture ?

Pour moi c’est plus une manière de me raccrocher à ce qui m’entoure. J’ai l’impression d’avoir une personnalité qui a du mal à rejoindre les autres, avec une forme de timidité, du coup peindre ça me permet une immersion dans le mouvement et le lieu.

(c) François Atlas – « a typical day in the life of F&AM on tour » – 22 mai 2014

On voit que vous pouvez peindre dans le van ?

Ca j’y arrive par contre.

Sur la réalisation de l’album, vous avez fait appel à Ash Workman, le même que pour Piano Ombre. Pourquoi ce choix ?

Sur cet album il y avait vraiment une volonté d’aller à l’évidence. On parlait pendant un temps d’aller à New-York. J’étais aussi allé visiter des studios à Los Angeles. Puis on s’est dit que le plus simple serait de faire ça à proximité, à Bruxelles, arrêter de penser qu’il y a mieux ailleurs. Pour moi, c’est presque aussi une attitude un peu politique, d’arrêter d’attendre des réponses d’ailleurs, du gouvernement, et essayer de trouver les solutions avec ce qu’on a à proximité. On avait de la proximité avec Ash parce qu’on avait déjà bossé avec lui. Il habite à un tunnel de chez nous, il habite en Angleterre. Pareil pour la composition et toute la production de l’album, c’était un album qui allait droit à l’essentiel avec ce qu’il y avait à disposition autour de nous.

Pour le choix du studio, vous aviez déjà enregistré là-bas ?

Non, je n’avais pas enregistré, mais c’était vraiment le plus près, le rapport qualité / prix le plus pertinent, le plus avantageux et ça nous permettait surtout d’être tous ensemble dans la même pièce. Il y a de l’espace, de la hauteur sous plafond, c’est très agréable.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Il y a Owen Pallett aux arrangements des cordes. Comment s’est faite la rencontre, pour le faire venir ?

On ne l’a pas fait venir. Encore une fois on a essayé de trouver les solutions les plus simples et les plus économiques. Il a fait ça de chez lui, à Los Angeles. Ca a été une mise en contact par le label Domino qui est aussi son label.

C’était agréable de travailler avec lui ?

Oui, c’était agréable. On a fonctionné avec ce qui lui arrivait dans sa vie, une rupture importante. Après avoir dit qu’il ferait les arrangements, il a pris un certain temps pour les faire. Finalement ce temps a été assez bénéfique parce que ça nous a permis de penser à autre chose et d’avoir les oreilles plus fraiches en retournant dessus.

Avec cet album, vous avez aussi développé une police de caractères spéciale. Qui a fait cette police, et pourquoi ?

C’est un ami qui fait ça de manière très professionnelle, c’est un designer (ndlr Jérémy Landes). Je pensais vraiment que Plaine Inondable, E Volo Love, Piano Ombre formaient une trilogie, j’avais utilisé la même police qui m’avait été conseillée par une autre amie, la police Bondoni pour ceux que ça intéresse, que j’avais un peu customisée. Là, je sentais qu’avec le déplacement vers le nord, à Bruxelles, je commençais un nouveau cycle. Je trouvais que ça valait le coup de marquer la différence en changeant l’écriture.

Elle est disponible gratuitement (en téléchargement). Ce n’est pas ça qui va changer le monde encore une fois, mais c’est pour exprimer cette attitude qui est très positive et dont on ne parle pas dans les médias. Il y a un discours ambiant de plaintes envers nos gouvernements, nos responsables. Je pense que nos gouvernements sont à l’image de nous-mêmes et quand on prend l’initiative de créer des choses nouvelles et de les partager entre nous, on trouve des solutions, on trouve de la créativité, on invente de nouveaux modèles. C’est ce qu’on a fait dans le modeste milieu du graphique-design avec le créateur de la police : Créer un nouvel album, une nouvelle musique, une nouvelle police, de rendre ça accessible de manière très ouverte.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Sur la scène, vous avez des premières dates à Paris, à la Maroquinerie. Comment s’est fait le choix de la salle où vous faites trois dates ?

La Maroquinerie est un choix qu’on a fait en partenariat avec notre tourneur. J’aime beaucoup la possibilité que j’ai maintenant de travailler en équipe que ce soit avec Domino, le label, mon manager et Asterios, le tourneur. Je pense qu’ils savent ce qu’ils font, je leur ai fait confiance. Au début j’étais un peu surpris de ce choix puis finalement je me suis dit que j’aimais bien cette salle, j’aimais bien y voir des concerts, j’avais des bons échos, et surtout ça nous permettait d’inviter trois artistes différents, des artistes belges qui sont Témé Tan, le Colisée, Samuel Spaniel et Marc Melià. Ca permet de faire des soirées un peu plus longues, avec le restaurant, de faire une after. C’est un lieu, une espèce de boite à outils, assez pratique et très conviviale. Ca convient bien à cette approche un peu plus locale et chaleureuse qu’on essaie d’avoir sur cet album. Un peu plus passionnée plutôt que d’être dans l’efficacité ultime.

Vous faites des shows très dansants, pourquoi cette volonté et comment est-ce que ça se travaille ?

Ca se prépare peu en fait. C’est juste le naturel du groupe. Je pense que les membres du groupe se rejoignent dans ce plaisir qu’on a à vivre la musique physiquement. Ca s’exprime comme ça vient, par la danse. Parfois on aiguillonne un peu en essayant de travailler quelques mouvements synchronisés mais c’est assez rare en fait.

Vous parliez de timidité, sur scène elle disparait complètement ?

Oui, parce que ma personne n’existe plus en fait. Malgré le fait que je chante des chansons, c’est plus une passerelle que j’ai pour aller vers les autres. Je n’ai pas l’impression de mettre mon cœur à livre ouvert. J’ai plutôt l’impression de trouver un terrain d’entente entre le groupe et le public.

Vous avez aussi des dates en Angleterre, c’est parce que vous avez vécu à Bristol ou grâce à Domino votre label ?

C’est les deux. J’ai vécu 7 ans à Bristol, j’ai donc eu le temps de développer quelque chose là-bas. J’ai appris à faire de la musique là-bas qui fait que peut-être les auditeurs anglo-saxons y trouvent ce qu’ils cherchent. C’est assez surprenant de voir qu’on vend plus de billets à Manchester qu’à Marseille par exemple. C’est bizarre.

Merci !

Octave Noire – Un Nouveau Monde

Comme l’éclosion d’une chrysalide, une transfiguration Nietzschéenne, Oh Morice qu’on avait découvert en 2015 (et dont toute trace a été effacée) a laissé place à Octave Noire, un nouveau projet qui sublime le travail précédant.

Un Nouveau Monde, porte d’entrée de l’album Neon resserré à 9 titres, invente une véritable poésie sonore déclamée par des synthés 80s inspirés, crée un dialogue entre des violons au répertoire classique et une musique électronique « made in » maintenant, convoque au chant les plus belles références du répertoire français. Un must pour plonger dans cet univers fascinant.

Pour les parisiens, sachez qu’il sera à la Maroquinerie le jeudi 27/04/17 avec Aliocha lors d’une [PIAS] NITES qui s’annonce particulièrement alléchante. 

Fink – Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1

Pour sûr que ce vendredi 10 mars 2017, on va passer très tôt chez notre disquaire ou plateforme de streaming préférés pour choper sans faute cet album « side project » de Fink consacré au blues. Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1 a été produit et enregistré par Fink et Flood (énorme producteur depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui) à Berlin.

Les quatre titres déjà disponibles à l’écoute (dont trois dans la playlist YT ci-dessous) nous promettent un album d’exception. Autour d’une guitare protéiforme, Fink plonge les deux bras, les deux pieds, de tout son corps à tripes ouvertes dans cette musique. C’est à la fois très moderne et terriblement enraciné dans l’histoire de la musique moderne. Pas question de calcul, juste une émotion gravée de façon magique sur disque dur et qui nous fait vibrer. 

A très vite pour le volume 2 !

Anna Calvi – Live for Burberry

Coincée à l’étage avec son orchestre comme dans une sorte de chaire élevée au milieu de l’église de la mode, Anna Calvi délivre son message rock et accompagne magistralement l’incessant va-et-vient robotique des mannequins Burberry. On y retrouve toute sa personnalité et son aura intacts dans un contexte plutôt décalé, qui au final fonctionne très bien.  

Pour notre plus grand bonheur cette prestation a été captée en vidéo (ci-dessous), mais aussi dans un EP disponible chez vos meilleurs fournisseurs.

 

Foxygen – Follow The Leader

Quel plaisir de retrouver Foxygen en pleine forme sur leur troisième (et trop court, à peine 8 titres, bien sûr la qualité plutôt que la quantité, mais on aurait bien aimé deux ou trois morceaux de plus) album Hang !

Avec Follow The Leader et Avalon, le soleil californien brille au dessus de nos têtes, l’amour inonde la terre, nous voila propulsé dans une comédie musicale tendance Demy à la sauce soul (plutôt que jazz) où il fait terriblement bon vivre. Le véritable orchestre composé de violons, de coeurs à l’unisson, de cuivres, arrangé par Matthew E White donne une profondeur et une patine 70s totalement géniales aux morceaux. Laissons-nous inonder encore et encore !

Loyle Carner – Yesterday’s Gone

Et c’est encore d’Angleterre que nous vient cette nouvelle pépite hip-hop nommé Loyle Carner (de son vrai nom Benjamin Gerard Coyle-Larner). On découvre dans son premier album Yesterday’s Gone un rap posé, chaleureux, aux accents so british tout à fait fascinant.

Ici pas de voix autotuné, pas de refrain rnb, pas de concours de muscles artificiellement augmentés à la créatine, mais une émotion qui s’expose sans filtre, simplement, naturellement. Que ce soit sur un air jazzy dans Ain’t Nothing Changed, ou plus rock dans NO CD, Loyle Carner pose juste, et c’est un régal. Peut-être que ces études d’acteur n’y sont pas étrangères… 

Slow Joe & The Ginger Accident – Temple Mosque Church

C’est malheureusement l’épisode final d’une histoire humaine, musicale qui a débuté par hasard en 2007 lorsque Cédric de la Chapelle, guitariste lyonnais, rencontre pendant ses vacances à Goa, Joseph Manuel Da Rocha (aka Slow Joe), poète, crooner, mais accessoirement alcoolique et junkie, qui opérait comme guide à ce moment là.

De cette rencontre est né Slow Joe & The Ginger Accident et trois albums : Sunny Side Up en 2011, Lost for Love en 2014, et Le Me Be Gone qui était en cours de finalisation lorsque Slow Joe a tiré sa révérence le 2 mai 2016 à Lyon où il s’était installé. Ce dernier album est finalement sorti le 17 février 2017 et recèle de magnifiques morceaux à l’instar de Temple Mosque Church.

S’ouvrant sur un coeur et un orgue religieux, on entre dans ce morceau comme on franchit le pas de porte d’une vielle synagogue de l’est de l’Europe, d’une mosquée inspirée de la Mosquée Bleue ou d’une cathédrale, on y entre humble et ému. Une fois à l’intérieur, on découvre la voix fracassée, à vif de Slow Joe qui raconte bien au delà des mots, la vie, sa vie, le monde. 

Notre entretien avec Bel Plaine

« On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, on est hyper contents »

Ils sont deux Morgan et Antoine et forment Bel Plaine. Ils sortent ce vendredi 24/02/2017 un premier album Aux Fleurs Sauvages nourri d’échanges, de voyages où souffle un vent du large venant d’horizons pop / rock très séduisants.

C’est quelques jours avant leur départ pour un tour de France un peu particulier à la rencontre du public, 24 concerts en 24 jours (on peut même aller jusqu’à 25 avec une dernière date qui s’est ajoutée) que nous les avons croisés pour évoquer avec eux la naissance de Bel Plaine, leur son et la préparation de ce marathon de concerts.

Pour les parisiens sachez qu’ils se produiront à la Maroquinerie le 14 mars 2017. 

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour débuter, pouvez-vous vous présenter ?

Morgan : Moi c’est Morgan, je suis du groupe Bel Plaine avec Antoine. Je suis guitariste, chanteur, autodidacte. Je viens d’Anger, c’est là que j’ai appris à jouer de la guitare, à chanter aussi comme tout adolescent dans ma chambre. J’ai eu mes premiers groupes là-bas. J’ai déménagé à Paris en 2009 à la base pour mes études, mais au bout d’une année j’ai rencontré Antoine. C’est là qu’on a commencé Bel Plaine.

Antoine : J’ai un parcours un peu plus classique. J’ai pris des cours de guitare depuis que je suis tout petit, je suis passé par le conservatoire quelques années. Comme Morgan j’ai eu quelques groupes en Bourgogne, à Nevers. Je suis venu à Paris pour mes études, on est arrivés à peu près en même temps, en 2009. J’ai rencontré Morgan un an après.

Il est noté dans votre communiqué de presse que c’était une « rencontre fortuite sur les quais du métro ». Comment peut-on se rencontrer sur les quais de métro ?

Antoine : En fait c’était la deuxième rencontre. La première rencontre était la veille, c’était un soir du jour de l’an, on s’est dit au revoir et on a commencé à discuter parce qu’il y avait une musique qui passait qu’on adorait tous les deux. Et comme à chaque fois on se dit qu’on se reverra, qu’on se recontactera et en fait tu ne le fais jamais. C’est un peu le destin, la force des choses qui ont fait que le lendemain on s’est revu sur le quai du métro. On s’est dit « on ne s’est pas vu hier ? » En fait on allait à la même soirée chez Morgan.

Morgan : Exactement, il y avait une soirée chez moi, il y allait et moi je n’étais pas au courant.

Antoine : Ce n’est que du hasard !

Entre cette rencontre en 2010 et aujourd’hui 2017, comment s’est construit le groupe, la musique de Bel Plaine ?

Morgan : A la suite de cette rencontre, on s’est vus très régulièrement. On a commencé à écrire des chansons à deux, dans une chambre avec deux guitares, deux voix, sans trop d’arrangements. Quand on a eu quelques chansons, on a décidé d’aller enregistrer un EP, qu’on a fait dans une ferme. Cet EP est sorti en 2013 et s’appelait Present. C’était notre premier EP autoproduit. On avait fait ça un peu avec les moyens du bord, à la ferme dans une ambiance un peu bucolique qui a surement d’éteint sur nous parce que notre univers est resté un peu autour de ça après. Cet EP sorti en 2013 a un peu amené les pros vers nous. On a notamment gagné des prix : Paris Jeunes Talents, le prix de la mairie de Paris, SFR Jeunes Talents aussi et fait quelques festivals de types Solidays, Francofolies grâce à ça, alors qu’on n’avait seulement cet EP modeste. On a alors rencontré plusieurs professionnels dont Wagram / Cinq 7 qu’on a décidé de rejoindre. Aujourd’hui on présente l’album qui a été préparé avec eux.

Vous avez tout de suite trouvé cette veine pop / folk ou vous avez essayé plusieurs directions avant ?

Antoine : Quand on s’est rencontrés on avait vraiment envie de ne faire que de la folk. Il n’y avait pas encore la dimension de jouer avec tout un groupe, d’avoir un son comme celui de l’album. C’est venu un peu avec le temps. C’est vrai que le son de Bel Plaine s’est un peu plus musclé avec les années. Il faut trouver les bonnes personnes avec qui tu as envie de travailler. En fait on a trouvé le son de Bel Plaine à l’enregistrement de l’album. C’est à ce moment-là qu’on a dit « on veut ça ! » On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Julien Delfaud. Avant de rentrer en studio on s’est posé avec lui autour d’une table pour discuter de comment on voyait le son.

Morgan : Au début c’était, comme dit Antoine, folk, des chansons et des harmonies vocales.

Antoine : Deux voix, deux guitares. Puis après il y a eu un bassiste après il y a eu un batteur… C’est vrai que la scène a aussi changé ça. Quand on a commencé à faire les premiers concerts on s’est dit « waouh, on est vraiment plus rock qu’on ne le pensait. » Du coup ça nous a fait penser à retravailler pas mal les arrangements et l’idée des chansons.

Bel Plaine
(c) Morgan de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour vous c’est quoi une chanson Bel Plaine ? Vous avez dit « Une chanson, pour nous, c’est une guitare et deux voix qui doivent pouvoir fonctionner telles quelles »

Antoine : C’est vrai, ça toujours était ça. Quand on compose tous les deux une chanson, on checke déjà si elle fonctionne. Ça part toujours de toute façon d’une guitare-voix. Après très rapidement tu as la deuxième voix, puis on commence à réfléchir aux harmonies, ce qui nous amuse pas mal. Avant de travailler avec tout le groupe et de réfléchir aux autres arrangements il faut que ce soit quelque chose qui se tienne de a à z avec deux voix et une guitare.

Morgan : Si on doit revenir sur nos influences folks, la folk c’est une voix, une guitare. Tu as des chansons magnifiques qui ont révolutionné la musique comme ça. On avait vraiment envie de faire des chansons. Une chanson c’est quelque chose qui marche avec très peu d’éléments. En général, quand ça marche, ça montre que la chanson a une âme, qu’elle a peut-être une petite étincelle qui va en faire quelque chose de bien.

(c) Antoine de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous avez une particularité, vous chantez en anglais, en français. Pourquoi l’anglais, pourquoi le français, pourquoi les deux dans la même chanson ?

Morgan : Il y a toutes les combinaisons dans l’album.

Antoine : Au début on ne s’est pas posés la question, on n’écoutait que des groupes qui chantaient en anglais, on s’est donc dit qu’on allait chanter en anglais. Le français est venu un peu plus tard, ca a été aussi le fait qu’il y avait de plus en plus de groupes qui chantaient en français qui nous plaisaient. J’ai commencé à me sentir touché par des groupes comme Radio Elvis, Lescop… Ca m’a donné envie de chanter en français.

Morgan : Quand on a commencé, on écoutait tous Phoenix qui chante en anglais, ou des groupes comme Arcade Fire, ils ne sont pas français, mais c’était un peu eux qui montraient la voie dans la pop / rock. Depuis il y a eu ce mouvement un peu plus francophone. C’est vrai que cette vague de pop française a fait du bien.

Aussi en vieillissant, c’est-à-dire que quand on est jeune on écoute beaucoup de musique en anglais, et là, on est un peu plus adulte, j’ai autour de 30 ans, Antoine un peu moins, on écoute d’autres trucs, on réfléchit à notre identité, je suis français.

Au final il s’est trouvé qu’on aimait bien écrire dans les deux langues, c’est juste qu’on ne voulait pas faire de français dans Bel Plaine, jusqu’au moment où on s’est dit qu’on aime bien le français, autant essayer d’en mettre. Au début ça a été mis par petites touches dans les morceaux et puis après on a fait un morceau en anglais / français. Au début tu ne prends pas de risque, tu dissémines une petite phrase comme ça. Par exemple, le morceau Morning c’était notre première tentative. Il y a juste une phrase qui revient deux fois. Et c’est là qu’on s’est dit « ah mais ça sonne ! »

Antoine : Je pense aussi qu’on n’était pas prêts au début. On avait déjà essayé il y a longtemps, même avant de signer chez Cinq 7, de mettre un peu de français dans les chansons, mais ça ne nous plaisait pas. On n’arrivait pas à trouver quelque chose de satisfaisant. On a peut-être évolué dans le bon sens et là quand on a réessayé, on s’est dit « c’est dingue, là ça nous plait ! » On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, donc on est hyper contents.

Surtout qu’avec les deux versions d’une même chanson, on se rend compte que ça sonne aussi très bien en français.

Morgan : C’est peut-être un peu plus singulier en plus.

Antoine : C’était un peu le pari. On s’est dit il faut qu’on arrive à garder cette identité Bel Plaine, garder des parties chants toujours hyper chantantes, on ne voulait pas changer.

Les deux textes français, anglais ne sont donc pas une traduction littérale ?

Morgan : C’est une adaptation. On reste sur le même thème mais ce n’est pas une traduction. Il faut trouver des mots différents, des sonorités mais où il en émane un peu la même chose. On est content du résultat.

L’album s’appelle Aux Fleurs Sauvages, titre aussi d’une chanson, qui sont ces fleurs ?

Antoine : C’est un peu tout le monde en fait.

Morgan : C’est plein de monde qu’on rencontre. Les Fleurs Sauvages, l’album si on regarde un peu les textes, ce qui nous a inspiré, il y a beaucoup de rencontres de gens qui sont souvent des anonymes. Des gens qu’on a rencontrés dans notre vie de tous les jours, ou dans des voyages et qui sont des gens qui nous inspirent juste dans leur façon de nous parler. Quand ils nous racontent leur vie, il y a toujours un truc, une flamme en plus qu’on remarque et qui nous touche. Ces personnes sont rares, on en rencontre pas tout le temps, c’est peut-être ça les Fleurs Sauvages, les gens différents mais qui nous touchent.

Antoine : Il y a aussi l’image de la liberté d’une fleur sauvage. Il y a un peu ce côté : on se sent libre de faire ce qu’on a envie de faire. Quand il parle de rencontre c’est aussi ça qui nous touche c’est que souvent ce sont des gens entiers, comme ces deux filles qu’on avait rencontrées au nord du Sri Lanka, ce sont des gens qui ont décidé de faire quelque chose et qui le font.

Morgan : Dans l’album il y a une chanson qui s’appelle Ahava, c’est de l’hébreu, ça veut dire amour, et c’est directement issu de la rencontre de ces deux filles. Elles nous ont frappés tout de suite dans leur façon de nous raconter des choses sur elles. Sans se concerter, on est parti de cette ile sur un petit bateau, une barque de pécheur et sur le bateau on s’est dit « ouah ces filles sont incroyables, il faut qu’on écrive une chanson dessus. » On y avait pensé tous les deux de notre côté. Dans ce cas-là c’est qu’il faut le faire.

Ce sont les voyages et les rencontres qui vous ont inspirés ?

Morgan : A la fois les voyages, le dépaysement et les rencontres. Il y a le Sri Lanka, le Costa Rica, il y a les pays nordiques. Le morceau North parle de ça, de s’évader en filant tout droit vers le nord.

La sortie de l’album est pour dans quelques jours, d’ici là vous avez un marathon de concerts, en enchainant 25 concerts du 1er au 25 février. Comment on se prépare ?

Morgan : Oui, un footing tous les soirs (rires)… Non, comment on se prépare ?… La démarche de ça, on en revient à ce qu’on racontait pour les chansons, à un moment on s’est dit qu’on avait envie pour cet album d’aller rencontrer le public et de créer une soirée qui serait une rencontre avec les gens, donc forcément gratuite. En tant que public on a tous en mémoire des concerts dans des petits lieux où on a vraiment pu approcher les artistes, voir toutes leurs réactions de près, de pouvoir leur parler après, en général ils sont toujours aussi un peu moins coincés. Il a toujours un autre truc qui se crée.

On voulait faire ça, jouer dans toute la France, devant ces gens, dans un tout petit lieu. Au préalable en leur ayant demandé, car c’est eux qui ont choisi où est-ce qu’on jouait. C’est ça qui est sympa. On a fait un post sur les réseaux sociaux disant « dites-nous où vous voulez qu’on joue et nous on se débrouille pour organiser la tournée. »

Comment on se prépare ? Déjà on passe beaucoup de coups de fils, il y a beaucoup de préparation logistique. Ça ne s’improvise pas une tournée.

Antoine : On a fait vraiment ça tous les deux. On a un tourneur, mais on a décidé de prendre en charge cette tournée-là.

Morgan : Donc on n’a pas le temps de se préparer, juste tout faire pour que ça colle.

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous allez aussi conduire le van ?

Antoine : On a des amis, on part à quatre finalement. On a des potes qui vont nous relayer. On a envie de faire plein d’images, donc on a un pote photographe qui va venir. Et comme on s’est dit qu’il fallait faire des concerts avec du bon son, on a aussi un pote ingénieur du son qui va venir et qui va faire en sorte que le concert soit audible.

Morgan : Il y aura plein de choses à suivre au jour le jour sur les réseaux sociaux.

Antoine : On prépare plein de petites surprises sur quelques dates. Il y a notamment la date parisienne le 23 février au Pavillon Puebla, où on fêtera la sortie de l’album le 24.

Merci Morgan, Antoine !

Les 4ème Contre-Victoires de la Musique 2017 – Les résultats

C’est après une nouvelle soirée chargée en rebondissements et en émotions que l’ensemble des contre-victoires de cette quatrième édition a été décerné.

Ci-dessous le récapitulatif complet des prix.

Encore bravo à tous les artistes !

Et à l’année prochaine…

Artiste masculin

Artiste féminine

Chanson originale

Album révélation

Révélation scène

  • Minou avec leur énorme prestation au Point Ephémère !

Album de chansons

Album rock

Album de musiques urbaines

Album de musiques du monde

Album de musiques électroniques ou dance

  • Statea de Murcof et Vanessa Wagner

Concert ou spectacle musical

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Notre entretien avec Rover

« Démanteler un disque et vendre la musique en dichotomisant tout sur internet enlève une grande part d’imaginaire »

Alors qu’il enchaine les dates de sa tournée relative à Let It Glow son deuxième album, Rover s’est arrêté quelques instants pour nous parler de ces moments particuliers devant le public, de son amour de l’analogique, du format album et de son année 2017.

Pour les parisiens, sachez qu’il se produira le lundi 27/02/2017 dans la magnifique salle Pleyel, inutile de vous dire qu’on y sera !

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes au milieu de votre tournée, comment ça se passe jusqu’à présent ?

Rover : Super ! J’ai du m’arrêter pendant deux trois mois à cause d’une blessure, je me suis cassé le genou, mais la tournée est encore plus jouissive que celle du premier disque. J’ai appris à savourer encore plus l’instant présent. Il y a des choses qui ont tendance à nous passer devant lors d’une première tournée, à nous échapper et on se rend compte avec le recul et le temps qui passe que peut-être on aurait du les savourer plus parce que ça donne de l’énergie pour assumer et affronter des moments plus durs. Là, c’est moins le cas, j’ai un plaisir réel et à 100% d’aller sur scène malgré cette blessure, mais c’est anecdotique parce que j’ai repris la tournée. Je me rends compte que c’est tous ces petits moments ajoutés qui font qu’à la fois le métier de musicien en live se passe bien et est agréable. Ca récompense aussi les moments de travail solitaire. Il y a un effet saisonnier en fait, il y a l’hiver où on écrit, le printemps où on va en studio et l’été où on joue. Il y a un truc très logique et j’en avais pas forcément conscience sur le premier disque. Mais là la tournée me le rend au centuple.

Sur votre site internet il est indiqué que vous avez déjà fait plus de 200 concerts…

C’est vrai. Ce n’est pas pour lui faire sa publicité mais c’est important d’en parler parce que ce sont des gens qui travaillent dans l’ombre, j’ai surtout un tourneur qui est très compétent, qui est très efficace et très sympathique d’ailleurs. C’est W Spectacle aussi chez Wagram. C’est un travail vraiment en collaboration avec lui, cibler les bonnes salles, cibler le public, les régions de France et à l’étranger, il peut aussi trouver plein de dates si le spectacle se passe bien. Tout ça se passe très bien, je travaille avec lui depuis le début et ça porte ses fruits. Ce qui fait des tournées très denses. Pour moi, plus il y a de concerts, plus je suis heureux. Il n’y a pas plus belle récompense que d’aller jouer dans des lieux différents tous les soirs et d’arriver tous les matins dans un lieu différent, d’installer ses instruments, rencontrer un public qui réagit différemment en fonction des morceaux, en fonction du lieu où on joue, parfois en plein air, dans des arènes…

Est-ce qu’il y a des lieux que vous retenez particulièrement ?

Il y en a beaucoup. C’est souvent les lieux auxquels on ne s’attend pas, et qui sont un peu hors schéma. On a eu la chance, je dis « on » pour inclure l’équipe technique, de jouer dans des lieux un peu atypiques comme des églises, ou des festivals en plein air, des bars en sous-sol. Ce n’est pas forcément des lieux propices aux concerts mais on s’adapte.

Sur les deux albums, il y a eu une vraie brochette d’endroits atypiques qui me laissent de très beaux souvenirs. C’est une réelle formation pour apprendre. Où ayant rouler sa bosse dans des lieux où il a fallu s’adapter au son, au public, on arrive, quand il y a un problème technique, ou une surprise durant le spectacle, à retrouver ses marques et à retomber sur ses pieds, sur son pied (rires).

Vous allez être à la Salle Pleyel le 27 février 2017, est-ce une date particulière ?

Oui, c’est très symbolique, c’est une scène un peu rêvée pour moi. J’ai eu la chance de la découvrir en faisant la première partie de Aaron il y a quelques années. C’est un de mes plus beaux souvenirs. J’ai joué seul à la guitare en première partie, c’est un des souvenirs les plus intimidants, mais dans le bon sens. C’était avant qu’elle soit refaite. Je sais que le catalogue s’est ouvert, avec une palette de musique qui s’est élargie. Je suis très ému d’y jouer, parce que j’ai de bons souvenirs de cette salle et je trouve qu’elle a une élégance qui impose le respect. Pour moi c’est très important quand je vais faire de la musique de respecter la musique, le lieu et les gens et avoir une part d’arrogance par moments. Le rock’n roll c’est une arrogance élégante. Et ce lieu va s’y prêter. Je sais qu’il y a des concerts qui peuvent m’angoisser, que j’appréhende, là, je sais que j’ai vraiment hâte d’y être.

Vous êtes en pleine tournée, est-ce que ça vous laisse le temps de travailler sur le prochain album ?

C’est assez compliqué pour moi d’écrire sur la route. J’emmagasine plein d’idées, des morceaux de musique, des bribes, des suites d’accords, des paroles, c’est très fouillis. Je note ça dans des calepins, j’enregistre sur un dictaphone. Il n’y a pas de chanson entière qui sorte, il m’est impossible de m’abandonner complètement à l’écriture en tournée. Je suis toujours à l’affut, dans une autre phase de travail qui est l’expression scénique.

Pour moi l’écriture d’un disque demande de la solitude dans un lieu dans lequel j’ai mes repaires, avec des objets fétiches ou non, où j’ai presque inconsciemment des horaires de bureau. Ca ne veut pas dire que je m’arrête à 22h00, mais j’aime travailler très très tôt le matin et très tard le soir, faire de grosses coupures dans la journée. J’écoute mon corps, son cycle naturel. Donc sur la route c’est très compliqué pour moi.

C’est une véritable retraite dont vous avez besoin pour écrire ?

C’est maladif. Je suis un vrai ours solitaire quand j’écris mes disques. Je parle très peu, j’écoute souvent les mêmes disques, et je relis des livres que j’aime. Il y a quelque chose de très confortable, je me love dans un environnement assez rassurant, même si ça peut être dans une ville étrangère. Mais le lieu au sens propre, les 5m2 ou les 20m2 autour de moi sont précieux pour écrire une chanson.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes un homme de voyage, à travers vos concerts, mais aussi parce que vous avez vécu à New-York, Beyrouth, Berlin. Comment ces voyages influencent ou ont influencé votre musique ?

Avec le recul, j’en parle mieux aujourd’hui. C’est indéniable que le voyage déforme la jeunesse, plutôt que forme la jeunesse. Déforme la manière de voire les choses, mais dans le bon sens. Ca a une énorme influence sur la manière d’écrire les morceaux, d’entreprendre son projet artistique, d’aimer son propre pays. Je n’ai jamais tant aimé la France que quand je l’ai quittée. Ca ne veut pas dire que j’étais malheureux à Beyrouth ou aux Etats-Unis, mais ça reste mon pays natal, ça reste un pays que j’aime particulièrement, qui est très important dans mon équilibre, surtout la région de la Bretagne. Un pays dont je suis fier.

Et tous ces voyages sont digérés d’une certaine façon, ils transpirent dans les morceaux. Comment ? Ca je l’ignore. Je pense qu’il y a une certaine forme d’audace. Aller voyager c’est aussi se frotter à une autre culture, c’est apprendre à être silencieux, à observer les gens vivre, se fondre dans un groupe dans un mécanisme de vie en société. C’est ma manière de voyager, il faut faire « low profile », on se fait discret, on observe et c’est fascinant de sentir que tout à coup on a des réflexes qui sont liés à la vie locale. C’est ce qui me plait. Et revenir chez soi, dans son pays avec cet apprentissage sur le terrain, après avoir été dérouté complètement de ses réflexes, de ses habitudes, d’une certaine forme de confort, c’est une richesse incroyable. Je souhaite que beaucoup de jeunes et de moins jeunes puissent voyager. C’est un luxe, j’en suis conscient, j’avais un papa qui voyageait beaucoup parce qu’il travaillait chez Air France et il nous a emmené dans ses bagages. J’ai donc pris goût au voyage très vite, très jeune et ça ne me quitte plus.

Vous êtes assez attaché au format album, avec la digitalisation, je ne sais pas s’il va perdurer encore longtemps…

Je me battrais ! C’est comme dire à un peintre « vous êtes attaché au format toile plutôt que de peindre sur un programme Apple. » J’avais dit ça dans une interview « ce n’est pas parce qu’il y a des Mac Do, qu’on ne peut plus aller dans un bon restaurant. » Pour moi un album c’est l’œuvre, j’y suis très attaché. Je consomme la musique en album, j’aime l’objet, j’aime la corrélation entre les titres, l’effet levier qu’il y a eu dans le choix artistique de mettre ce titre avant celui-ci, la cohérence. Démanteler un disque et vendre la musique en dichotomisant tout sur internet enlève une grande part d’imaginaire. Je ne suis pas un vieux réac’ pour autant, chacun fait vraiment comme il veut. La musique a besoin du support album. Si ça disparaît, je garderais mes disques.

Vous êtes aussi attaché à l’analogique.

Oui, je suis mal barré dans les années à venir (rires) ! Oui, je suis très attaché à l’analogique. Je ne parle pas au nom des autres parce que l’ordinateur est un outil vraiment extraordinaire qui me fascine aussi, je ne m’interdis pas un jour de faire un album numérique, mais en tout cas pour ces chansons je ne voyais pas l’enregistrement autrement. C’était une manière de chanter, une manière d’interpréter, des vraies photographies d’un instant « t » avec les défauts. C’est s’assumer, assumer les moments de faiblesse dans une prise compenser par un autre instrument et ça crée une musique très vivante, pleine de défaut et tellement charmante.

Vous trouvez encore des studios analogiques ?

Oui, il y a encore quelques fadas qui entretiennent ces vieux studios. Notamment où j’ai enregistré qui est le studio Kerwax en Bretagne. C’est un illuminé qui a un studio. On remonte très loin dans le temps en rentrant dans ces lieux. C’est une bénédiction d’avoir encore des lieux comme ça pour faire des disques parce que ça va peut-être disparaître. Mais bon, j’ai espoir qu’il y ait d’autres fadas qui prennent le relais.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez aussi signé une BO pour le film Tonnerre, c’est un travail différent d’écrire une musique de film ?

On est au service d’un réalisateur avant tout. On n’est pas en train de se placer, on ne fait pas un clip, on n’est pas en train d’illustrer de l’image. Il y a un juste milieu, une fenêtre de tir à trouver pour que la musique ne soit pas trop présente à l’image et que cela devienne un clip ou trop timide et que ça n’ait aucun sens d’avoir de la musique. Le spectateur devant le film ne doit pas forcément aller chercher la musique, elle doit être juste très naturelle ou non, mais c’est le réalisateur qui décide, on se met à son service artistiquement. C’est assez fascinant à faire pour son égo, pas le mauvais égo, mais l’égo d’artiste, de compositeur, où on fait un disque à son image, où on maitrise tout. Là, il faut écouter quelqu’un qui avec son jargon de non musicien nous explique « je vois cette couleur, je vois de l’orange. » Il faut alors proposer beaucoup de choses. Il faut être très prolifique. Le résultat final est assez jouissif parce qu’on oublie que c’est sa musique et on regarde le film. Si c’est réussi on est porté. En l’occurrence, Tonnerre c’était un film assez minimaliste dans la musique. Elle intervenait à des endroits très précis. C’était un choix qu’on avait fait avec Guillaume Brac le réalisateur. Je suis assez fier, parce que c’est pas facile un film avec très peu de musique, mais quand elle vient on l’entend tout de suite. On se dit « tient il n’y a pas eu de musique pendant un quart d’heure ». Il faut qu’elle vienne avec sa plus belle lumière. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais ça m’a plu.

Vous avez été nommé deux fois aux Victoires de la musique, vous êtes sensibles aux récompenses ?

Si je les avais eu ça aurait été bien (rires) Mais je ne les ai pas eu… J’y suis sensible ?… secrètement oui je pense. Je n’aimerais pas mentir là-dessus et dire « on s’en fiche, on ne fait pas ça pour ça. » Evidemment qu’on ne fait pas ça pour ça, mais il n’empêche qu’il y a une forme de fierté quelque part qui n’est pas que personnelle, mais qui récompense une équipe, tous les gens qui travaillent autour d’un disque. Alors bien sûr on est le porte parole, on va recevoir un prix, ce qui n’a pas été mon cas. Mais j’ai été nommé, moi qui sors un peu de nul part. J’ai mes chansons, un label a cru en moi, j’ai pas de pied dans le milieu et je ne fais pas forcément une musique qui été prédestinée à une exposition très médiatique qui est la télévision. En tout cas, je n’avais pas ça en tête au moment d’écrire les chansons. Je fonctionne toujours au plaisir, c’est très égoïste, et ça peut paraître un peu bizarre, mais c’est la seule façon que j’ai trouvée pour ne pas me lasser des chansons.

J’ai pris ces nominations avec beaucoup de joies, je me suis surpris à être heureux de faire partie d’une sorte de famille musicale, d’être reconnu par se pairs, et puis d’être médiatisé. Ce serait encore une fois hypocrite de dire « tout ça on s’en fout. » Non, passer à la télévision, c’est malgré tout une vraie chance pour un projet indépendant comme ça. Ca ouvre des portes dans d’autres salles, ça touche un autre public. L’air de rien, il y a un pouvoir de la télévision et cette cérémonie l’a permis. Il ne s’agit pas de courir après ça, mais quand ça vient il ne faut certainement pas cracher dessus parce que c’est une chance. En toute simplicité, je suis venu, on m’a demandé de jouer un titre, et j’en garde un super souvenir.

Je sais qu’il y a d’autres artistes qui n’aiment pas du tout ces cérémonies, à chaque fois on en discute et on ne tombe pas d’accord. Je leur dis que c’est plus simple que ça je pense. On vient, on chante notre chanson, que tu gagnes ou tu perdes c’est une chance.

Que peut-on vous souhaiter pour 2017 ?

Euh, que peut-on me souhaiter pour 2017 ?… Que je puisse prendre autant de plaisir dans mon métier… Moins de pépins physique, ce serait bien aussi… 2017 va être une belle année, elle va être longue, dans le bon sens du terme, musicalement. Je me connais je ne vais pas prendre de vacances après la fin de la tournée qui arrive cet été. Je vais tout de suite embrayer sur l’écriture, ça me démange. C’est donc une année pivot où je vais finir la tournée et commencer l’écriture d’un nouveau disque. Ca va être une grande balance, intéressante. J’aime bien ces années pivots.

Merci beaucoup

Lou Tavano – L’Artiste

Sorti il y a près d’un an, en mars 2016, le premier album de Lou Tavano est une très belle surprise qui ne s’estompe pas avec les jours qui passent. Elle s’inscrit dans cette nouvelle scène française passionnante et très talentueuse qui souffle un vent frais sur le jazz. Chantant en français, en anglais, Lou Tavano invite l’intimité, le swing, la douceur, l’élégance dans ses chansons écrites à quatre mains avec Alexey Asantcheeff pianiste et compagnon.

Ci-dessous le morceau L’Artiste en live à l’Ecoutille. Le son n’est pas très bon, mais le pétillant, le groove imparable de ce morceau en français est intacte !

 

La version album

Michelle Gurevich – First Six Months of Love

Pour son quatrième album, Michelle Gurevich lève le masque de Chinawoman, pour apparaitre sous son nom propre. Par contre, elle n’a pas troqué son style, sa façon d’enregistrer ses disques « from her bedroom » pour y conserver cette intimité si unique dans ses chansons.

Entre une boite à rythme minimaliste, un synthé au son dépressif, quelques notes de guitares qu’on croirait tiré d’un duel de western, la voix nocturne de Michelle Gurevich fait pleuvoir des gouttes de velours rouge d’amour désespéré sur la ville. Pour ouvrir son album New Decadence il n’y a pas mieux !