Cigarettes After Sex – Cigarettes After Sex

Ces moments brumeux où l’on traverse la ville, seul à 5 heures du matin après une soirée, les flaques d’eau sur le goudron dans lesquelles se reflètent la lumière orangée des lampadaires. Les longues haies résidentielles qui bordent les trottoirs et au loin, le gros chien méchant du quartier qu’on a réveillé et qui aboie derrière son portail.

Cette magie dans l’air a l’odeur douce de la cigarette, celle qui donne un léger tournis et dont on tombe amoureux Each Time You Fall In Love

Cette façon d’occuper l’espace, cette façon d’appartenir a la terre et au ciel, entre les deux, éthérée et onirique Apocalypse.

Ce premier disque du groupe texan comme une drogue légère et volatile fait appel à toutes ces choses aussi uniques, ces sentiments particuliers, ces émois intimes, ces sensations nostalgiques tant aimées que l’on revit tout au long de l’écoute. Ne cherchons plus, tout est là.

Nick Hakim – Green Twins

Lourd / Lourdeur, sens 1 
Impression de poids, de pesanteur, douleur sourde, diffuse, caractère d’un temps lourd.

Lourd / Lourdeur, sens 2 
Terme de plus en plus utilisé par les amateurs de musique, ou de « son » comme ils disent, pour designer une chanson ou un disque exceptionnel, dont l’envergure écrase tout le reste (ex: Ce son est tellement lourd !!! Son album est d’une lourdeur !!!)

Il est vraiment étonnant de constater que Nick Hakim a habilement su jouer avec ces deux mots pour obtenir une texture unique, sa patte, une soul mutante et fiévreuse à écouter dans la fournaise de cet été pour enfin accepter cette chaleur suffocante, fondre sous la voix de Nick Hakim Bet She Looks Like You et ne faire qu’un avec cette température de lave.

Un Childish Gambino au loin, que l’on discerne dans les volutes de l’asphalte bouillonnant de la route sur laquelle on peut aussi croiser un Blur sous acide Tyaf, l’exquise folie sur Slowly ou encore la douceur langoureuse sur The Want.

Quand les vibrations soniques rencontrent les vapeurs ondulatoires.

Quand le groove et le psychédélisme des seventies se confrontent à notre étrange époque.

Quand Nick Hakim sort un disque qu’on n’espérait plus depuis bien longtemps dans le paysage musical, cela nous transcende, nous laisse pantois, en béatitude devant tant de textures et de mélanges nouveaux et retrouvés.

Lambert – Sweet Apocalypse

Le sentiment de quitter terre, rester sans voix, puis se dire que 37 minutes viennent de s’écouler hors du temps, hors du monde. 

Voila ce que l’écoute du nouveau disque de Lambert a pour corollaire direct, inévitable, naturel.

L’insolence d’un piano flirtant avec les mélodies d’un Thom Yorke du fond des abysses et d’un Dvořák qui aurait trouver sa fontaine de jouvence, puisque c’est aussi ça la musique actuelle, le modern classique, la justesse, l’émotion vive, la beauté brute, A Thousand Crash.

Une oeuvre qui tutoie les anges et le sublime avec des notes jouant a cloche pieds sur le fil de la mélancolie Licking Dew, de l’angoisse Waiting Room et de la joie Descending a Staircase pour former une symphonie plurielle. 

Un Sweet Apocalypse qui porte infiniment bien son nom, tant il possède et côtoie à merveille la douceur de la fin des mondes.

Her – Tape #2

« L’amour c’est donner ce qu’on à pas, à quelqu’un qui n’en veut pas« .

C’est sur cette citation de Jacques Lacan que s’ouvre l’EP le plus chaleureux, voluptueux et sincère (en somme que de l’amour) de notre été qui arrive à grands pas !

Her nous reviens avec leur pop-soul sensuelle en costume, au sommet de l’élégance, là où ils nous avaient déjà laisser lors de la sortie de leur première Tape (comme c’est agréable de dire ça en 2017).

Force est de constater que le groupe n’as rien perdu de sa facilité à créer une ambiance sexy et suave, tout en gardant un côté pop mélodique.

Swim nous mets dans une ambiance mi-dansante Blossom Roses mi-rêveuse, et l’ensemble est toujours aussi entraînant, réussi et infiniment classe Jeanie J.

Toujours aussi ce coté obsédant qui nous attirent profondément et nous affame, 6 titres quand c’est trop bon, c’est trop court.

Anohni – Paradise EP

Les œuvres d’Anthony & The Johnsons, ici présent sous le nom d’Anohni, ont toujours fait résonner en moi le symbole d’une infinie liberté.

Cette liberté que l’on peut retrouver notamment dans le gospel, ce mouvement de révolte des esclaves qui réclamaient leur délivrance, est très palpable chez Anohni.

Le lyrique aussi que Schubert appelait le « Chant de la liberté », mais aussi l’avant garde, cette forme prônant la liberté de la création et de l’expérimentation et donnant la possibilité de s’exprimer de milles et une façons.

On rencontre aussi plein de sentiments, d’émotions comme la violence passive, celle qui se reflète dans un miroir, quand il se parle à lui même dans You Are My Enemy, ou encore la grandeur désillusionnée quand il s’interroge sur le pertinent  Jesus Will Kill You.

Avant Garde, Lyrique, Gospel… des familles qui retentissent a l’unisson dans ce Paradise, un EP cru, moderne et multipolaire pour un Anohni plus libéré que jamais.

 

Max Richter – Three Worlds : Music From Woolf Works

Se retrouver devant une vague immense, comme un monument, prête a nous dévorer d’un seul coup.
Faire face à une beauté subjuguante, une force effrayante, une puissance architecturale.
Traverser des tumultes de violons et de tambours se mêlant aux nappes infinies de piano au gré des creux et des courant venu des fonds des océans.
S’engouffrer dans les symphonies sillonnant entre les veines rocheuses dans une exaltation abyssale.
En ressortir transi de bien-être, épanoui, radieux à l’image de ce disque.

« J’espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l’aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine… Ce pourrait être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j’essaie de représenter ; la vie elle-même qui s’écoule. »

Force est de constater que Max Richter a pris les écrits de Virginia Woolf à la lettre.
Un hommage poignant et majestueux à l’oeuvre de cette grande femme de lettres.

SOHN – Rennen

Rennen qui se traduit par « Courir » en Allemand est un de ces titres d’album qui colle parfaitement à la peau de son ouvrage. On pourrait facilement après toutes les aventures traversées au cours de l’écoute se retrouver essoufflé à la fin.

Au cœur de ses dix titres francs, SOHN en appelle aux chantres de la soul, du gospel et de tout ce qui a tendance à groover sur des claviers bruts et nocturnes. 

Rien d’étonnant quand on sait qu’il s’est retranché dans une demeure isolée au nord de la Californie, pour suer sang et eau toutes les nuits sur ce qui compose ce nouveau disque.

Un disque dans une tour d’ivoire impressionnante et presque étourdissante Still Waters, comme un coup dans le ventre long à digérer. 

Une oeuvre dure et abandonnée qui nous confrontent a la solitude, à sa violence amère et crue comme ces symphonies que l’on retrouve dans la force tempétueuse des grands monuments de la musique classique.

SOHN  nous livre une thébaïde sauvage et agressive, exilée et mélancolique Harbour

C’est un opus ineffablement personnel qui pourrait en effrayer plus d’un. 

Ne fuyez pas, plongez-y !

 

The XX – I See You

« Nous nous sommes installés dans un studio de Reykjavik. Nous avons fait quelques Road-Trips dans la nature en écoutant les radios Islandais qui passaient principalement de la pop mainstream. Idem aux Etats-Unis, où nous avons roulé pendant 3 jours entre Seattle et Los-Angeles à écouter la FM avant d’enregistrer à nouveau. Chacune de ces sessions s’est transformée en session d’écriture, d’expérimentation et d’exploration »

Avec un tel processus de création, ce nouvel opus de The XX appelait déjà grandement au rêve et a l’évasion avant même la première écoute.

Qu’il est bon ainsi de constater qu’après tout ces voyages, ces paysages traversés, nos trois Anglais n’en ont pas perdus leurs repaires, leurs empreintes.

Il y a toujours ces vibrantes notions d’espace, de respirations, de silences justes, de simplicité habitée.

La fantastique mélancolie de Test Me, la house vaporeusement catchy de Dangerous, les notes de guitare brumeuses de I Dare You, la profondeur gracile de Performance sont tout autant d’éléments prodigieusement mûris par le trio et offert comme un présent infiniment touchant.

Une offrande, comme un miroir vers ce que le groupe a toujours été, mais avant tout un reflet de leur public, partie intégrante de leur univers, un postulat gracieusement mis en valeur avec la pochette miroir d’un I See You adressé a leur assemblée.

En ce début d’année 2017 I See You est un disque qui donne l’espoir beau, et cela serait mentir d’affirmer que nous n’en avons pas besoin. Nous avons cruellement besoin de la beauté magique et saisissante de I See You.

Fujiya & Miyagi – EP2

Il y a des choses qu’on aime parce que dans un premier temps elle peuvent nous déplaire, nous sembler horripilante, malsaine ou dégoûtante.

Prenez par exemple l’odeur de l’essence, on ne peut pas dire qu’elle sente bon, c’est même tout le contraire, on l’aime parce que ça pue. Pareil pour les fast-food ou la glace à la vanille (N’allez pas me dire que la glace à la vanille c’est bon. C’est horrible ! Mais on l’aime pour ça).

Quand j’ai écouté cet EP pour la première fois (et ce groupe par la même occasion), je n’ai pas apprécié les deux premiers titres, mais une espèce de retenue perverse et pourtant bienveillante m’a poussé à ne pas appuyer sur la touche next.
Je restais alors sur mes gardes, méfiant et attentif.

Swoon, le troisième titre me mit directement dans les rails, dès ses premières notes, comme la foudre tombe sur mes oreilles circonspectes.

Voila Fujiya & Miyagi c’est ça, c’est vicieux, c’est insidieux et c’est follement captivant !

D’un coup d’un seul, je fus saisi. Incapable d’arrêter le disque qui tournait en boucle, je ne pouvais qu’admirer et m’abreuver de ces chansons qui maintenant me fascinent. A la fois dense et complexe, revêche et séducteur cet EP , comme un grand vin, ne se révèle pas tout de suite, il n’embrasse pas dès le premier soir, il ne se déshabille pas au premier verre.

Fujiya & Miyagi font partie des ces groupes qui nous restent pour la vie, qu’on oublie pas comme un autre. Un peu comme des Prefab Sprout ou des Klaxons, on a une relation particulière avec ces groupes… Un lien sentimental s’est construit.

Benjamin Biolay – Palermo Hollywood

Il faut toujours mettre les artistes dans des cases, c’est regrettable. 

Nous pourrions épiloguer longuement sur le problème, en chercher les causes, discuter les conséquences mais ce n’est pas le propos.

Le problème est que Benjamin Biolay est tombé beaucoup trop vite dans la grande caisse « foutoir » des chanteurs Bobos, « foutoir » parce qu’on ne sais pas ou les mettre surement… 

Et pour en sortir, il faudrait peut être qu’il commence à sortir de mauvais disques, écrire de mauvaises chansons ou encore qu’il arrête d’avoir bon goût dans ses choix musicaux, afin qu’on cesse de les lui reprocher.

Ce n’est pas avec Palermo Hollywood que cela vas changer…

Ce nouvel album est un disque voyageur, nomade et mondiale à l’image de la ville de Buenos Aires dont Palermo Hollywood est l’un des quartiers.

Entre les dissonances somptueuses du titre éponyme, la sublimissime surprise lyrique qu’est C 628 ou encore Horse Song, chanson aux paroles et aux expérimentations musicales désarmantes, Palermo Hollywood est profondément riche, riche comme le monde. 

Ce monde que Benjamin Biolay retranscrit si bien en musique. Qu’il se concentre sur l’Amérique du sud ou sur les problèmes sociaux plus Français dans Ressources Humaines » il est toujours profondément juste. 

Il a même l’audacieuse brillance d’intégrer a son concept des titres instrumentaux bienvenus, agrémentés de samples de commentaire de match de foot argentins ou de poème de Jorge Luis Borges (lu par l’auteur en personne), serait-il un bobo lui aussi ?

En fait, il s’en fout Biolay d’être taxé de bourgeois bohème. Il continue à donner du grain moudre à ses détracteurs en sortant des disques sincères, franchement réussis et surtout qui lui ressemblent. Des disques qui nous rappellent comme la chanson française peut être belle et intéressante, courageuse et touchante.

Un très beau documentaire sur la conception et le concept du disque

Kid Parade – The Turtle Waltz

Si selon l’expression populaire, un alcoolique notoire boit pour deux, autant qu’un bon mangeur mange pour trois alors les Kid Parade sont nostalgiques pour quatre, frais pour huit et cool pour seize !

The Turtle Waltz est leur premier album et il à déjà cette couleur sépia joliment rétro et singulièrement moderne.

Comme s’il y avait un filtre vintage sur la bande, il se dégage de ce disque une lenteur agréable, un peu en retrait comme on imagine de jeunes adultes rouler en vielles voitures sur les falaises douces et sauvages de la côte ouest.

Il y a dans leur musique tant de contrastes rassemblés qu’il en ressort un maelström d’émotions sincères et juvéniles magnifiées par un jeu et une production infiniment cool.

Le Canada à Mac Demarco, les Etats-Unis ont Kurt Vile, la Suède à Simian Ghost, nous avons maintenant nos rois de la coolitude avec Kid Parade, à nous de leur réserver l’accueil qu’ils méritent, c’est à dire le plus cool et royalement bienveillant du monde !

 

 

Tove Lo – Lady Wood

Tove Lo c’est cette fille qui s’échappe en pleine nuit d’une boite de nuit, comme on s’échapperait d’un asile de fou, dans les rues froides et désertes en chantant ses chansons à qui veux bien les entendre.

Comme une elfe qui égraine sa folie douce dans la ville endormie, notre suédoise pioche avec son nouvel album Lady Wood le meilleur et le plus intéressant des milieux dancefloor pour en faire sa potion miracle, son remède magique et unique.

Oubliez le coté tapageur, inutile et profondément creux de la soupe pour piste de dance car notre Rickie Lee Jones des temps modernes vient terrasser le vide sidéral qui régnait ici bas à grand coups de bon gout et d’originalité avec ses patterns électro frappés au plus haut point du bon sens. Et si le prochain tube de l’été pouvais être de Tove Lo, ça serait une belle avancée… Je dis ça, je dis rien mais Magic System et les Frero Delavega ont rendus leur tabliers, alors après tout qu’attend Mr Guetta ?

Avec ce nouveau disque, Tove Lo trouve l’équilibre intelligent entre une Lykke Li peu avare en expérimentations et une Madonna provocatrice mais riche de sens !

Libérez et faites danser l’elfe qui est en vous !

Last Train – Fragile

Beaucoup ont vendu la peau du Rock Français, beaucoup l’ont cru mort et enterré avec la vague B.B Brunes, La Femme et compagnie… Beaucoup se sont trompés, il était juste bien fatigué mais il revient et il est furieux !

Des le premier titre c’est immédiat, Last Train nous en met plein la vue Way Out et ses riffs de guitares fous balayent la sinistrose ambiante pour notre plus grand bien.

Fragile c’est quatre titres très ambitieux, composés de mains de maîtres par une bande de potes de Mulhouse (Rock’n’Roll n’est-ce pas ?) et magistralement exécuté.

C’est ce que le Rock à de direct, de franc, c’est tout ce que l’on demande et c’est plus encore. La magie est là, cette symbiose unique qui fait d’une chanson une grande chanson, un hymne et d’un EP un Grand EP.

Vous l’aurez compris, nos jeunes Hauts-Rhinois sauvages mettent le cœur à l’ouvrage et ont la recette sacrée, le flux cosmique (House On The Moon et son alunissage foudroyant). Ils ont cette sensibilité primaire et cette rage de composer des chansons parfaites. Last Train est un groupe de rock qui ne fait pas semblant, et si c’était ça le Rock Français ?

Et si, comme le veux le célèbre adage, « Le roi est mort, vive le roi », et bien le Rock est mort, vive Last Train !