Hellbent – New Order

Il y a des groupes dont on finit par penser qu’on ne les verra plus que sur scène et encore leurs apparitions se font-elles des plus rares. J’avais donc bien cru qu’il ne me resterait de New Order que les images d’un beau concert à la Fête de l’Huma et l’écoute régulière de leurs classiques au fil de mes humeurs mouvantes. Puis, comme par magie, au plus fort d’un blues hivernal prononcé… Lost Sirens a fait son apparition sur mon ordinateur.

Comme son nom l’indique, cet opus, le dixième du groupe de Manchester, fait pendant à Waiting For The Sirens Call, leur précédent album datant – déjà – de 2005. Huit titres composés à cette époque et, pourtant, bien mieux que des chutes de studios pour renflouer des caisses que je suppose amplement garnies. Il y a fort à parier que l’écart entre les deux parutions est plutôt dû aux bisbilles entre Peter Hook, qui tourne avec The Light et écrit des livres sur la Hacienda, et Barney qu’autres chose. Reste donc, mis à part un nouveau et doué bassiste, la bande New Order en ordre de bataille.

Il y a donc ce Hellbent, étonnant de modernité vue la date à laquelle il a été composé, ses éclairs de guitares portés par des nappes de claviers neworderiennes en diable, le chant travaillé de Barney ornementé de quelques jolis chœurs féminins. Oui, François a raison, c’est la parfaite clef d’entrée pour retrouver ces Lost Sirens. Encore plus pour moi qui a vraiment découvert New Order dans sa période ecstasy et house music : Technique, quoi. Mais ne vous y trompez pas, amis lecteurs, cet album concentre l’ensemble des facettes du groupe cultissime. Lire la suite

Heaven – Depeche Mode

J’ai ma place pour le Stade de France, le 15 juin, depuis Noël. J’avais lu l’arrivée d’un nouvel album en mars prochain. Mais, comme un amoureux intimidé, n’osais y croire trop. Mais ça y est : le premier single s’appelle Heaven et sort vendredi 1er février. Premier single de qui ? Tu oses poser la question ? Mais c’est de Depeche Mode dont je parle ! De qui d’autre ? Heaven constitue donc le premier extrait de Delta Machine, le nouvel album du désormais trio britannique cher à mon cœur.

Les fans de longue date, parmi lesquels je figure, ne seront guère surpris à l’écoute de ce morceau de Paradis. Et, en même temps, ce n’est pas une nième resucée de leur recette magique. Il y a de la guitare, comme de juste depuis Exciter. Les nappes de claviers alternent superbement entre grincements et passages amples et planants. Nous y sommes en plein ! Il y a des échos de blues autant que des clins d’œil à Tangerine Dreams (bien plus qu’au trop évident Kraftwerk).

Le chant de Dave Gahan, qui a encore pris du coffre (mais comment fait-il ?), oscille lui aussi entre quasi harangues rêches et presque suppliques susurrées de cette voix übersexy qui est la sienne. Avec ces balancements entre deux états d’être, le carton me semble pas loin d’être assuré. Jetant une oreille à la face B, All That’s Mine, je peux néanmoins vous confirmer que Delta Machine va nous réserver bien des surprises.

Une chose est certaine : le retour de Depeche Mode, c’est maintenant. Et putain que c’est bon !

A l’écoute après le break

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Le TOP 2012 de Cri du Peuple (Chroniqueur musique et politique)

Je vous jure. Il y a des amis, heureusement que ce sont des amis. Comment voulez-vous décemment que je réalise mon top 5 de l’année 2012 ? Cinq titres en un an… Bon, vu que c’est pour Chronique Musicale, je me lance. Ce sera forcément partial et incomplet. Quelques coups de cœur. Faudra que je fasse un top 12 pour 2012 pour mon blog du coup.

1- Mensch – Mystery Train (of Life) (Remix by Manvoy de Saint Sadrill)

Le titre qui me rend fou. Déjà, Mensch c’est un objet musical surprenant. Ma première découverte de l’année. Un duo évoluant entre cold wave et afrobeat, pas moins ; deux filles qui déploient une énergie intense ; un remix hallucinant par un producteur trop méconnu à mon goût.

2 – Christine – Fucking Youth

Clin d’oeil au taulier chez qui j’ai découvert ce groupe d’electro made in France. Christine c’est une sacrée claque. Une décharge brute à peine striée de scratches comme autant de soli de guitare électrique en quête du bruit blanc. Sur twitter, j’ai bien du mettre #tuerie.

3 – OrtiesAutomne autotune (Screwed n’ Chopped remix)

Le plus controversé de mes coups de cœur de cette année : mes potes me charrient encore sur le sujet. Mais je maintiens ce duo de hip hop electro mâtiné de dark transe, allant chercher ses inspirations du côté de Thiéfaine autant que de Verlaine, affichant une sexualité trash, vaut plus que le détour. Et pour bien faire un remix ralenti et désespérant.

4 – Beak >Wulfstan II

Dans l’attente d’un éventuel LP de Portishead, le second long format du side project de Geoff Barrow fait mieux que tenir le fan en haleine. En plein revival krautrock, cette plongée hallucinatoire dans un univers mécanique et hypnotique constitue la confirmation 2012. A voir en live de préférence.

5 – Rizome Corp – Crows Are Dead They Say

Pas un artiste à proprement parler. Un collectif sans visage, peuplé d’amis. Une démarche de mise en lumière, au travers de sets toujours parfaits, qui dessinent des paysages entre ombres et lumières. A savourer quand la nuit tombe sur la lande avec le feu qui crépite dans l’âtre et un single malt cask strength. Ames sensibles ne pas s’abstenir.

Beak> @ BBMix festival, 2012 november 25th – live report

Y a des fois, comme ça, tu n’attends plus grand-chose et, vlan, voilà le cadeau qui te fait la vie. La vie, en l’occurrence, a les jolis atours du magazine en ligne consacré aux musiques électroniques The Drone. Grâce à eux, j’ai eu la possibilité d’aller voir un de mes chouchous : Beak> pour l’une des deux dates françaises dont l’autre groupe de Geoff Barrow nous gratifie. Je suis joie. Visiblement, Beak> est aussi rare sur scène que Portishead. Et puis, il y a une première partie, Lumerians, que je ne connais pas du tout. Rendez-vous donc en ce dimanche 25 novembre au soir, au Carré Bellefeuille à Boulogne-Billancourt, pour la soirée de clôture du BBMix festival.

La salle boulonnaise nous réserve un son de très bonne qualité propice au déploiement des expérimentations sonores psyché du gang issue de la baie de San Francisco. Etonnamment sobre dans l’attitude, le groupe a troqué ses toges pour les frusques quotidiennes du geek ou du doctorant en mathématiques. Bref, ils avancent sans masque mais tout son en avant. Synthés vintage, effets virevoltants, boucles hypnotiques, batterie tellurique. La basse et les toms donnent le ton, autour duquel tout le reste s’articule. A priori, ce devrait être une plongée en droite ligne dans les seventies avec LSD en option fortement recommandée. Mais que nenni ! Tout cela est résolument moderne et me happe dans un maelstrom de sensations brutes. Lire la suite

Deeper Water – Public Image Ltd.

This Is PiL, LE album

Il ne sera pas dit que j’aurais traité cette chronique à la légère. Depuis mardi, ce This Is PiL, 9e opus de la bande menée par John Lydon, n’a pas quitté mes lecteurs. Ca faisait bien longtemps que je n’avais pu me goinfrer un album dix fois d’affilée. En général, je ressens vite le besoin de passer à autre chose. Là, non. Faut dire que PIL, c’est une sorte de monument dans le panorama musical dans lequel j’évolue. Il y a d’abord John Lydon donc, ex Johnny Rotten, frontman de feu les Sex Pistols, le premier boys band britannique de l’histoire. Ou presque.

Pour faire bon poids, pour comprendre John Lydon, il faut lire So Foot. LesInrocks du ballon rond l’ont interviewé. Il y a quelques punchlines bien senties qui rappelle que le fils de prolos grandi à Finsbury Park (un quartier genre… la Grande Borne d’aujourd’hui qui serait près du stade d’Arsenal) n’a rien perdu de sa conscience de classe. Ah… Ouais… OK. Une précision ami lecteur : je ne fais pas de fixation ; ce n’est pas de ma faute si, souvent, les univers musicaux qui me parlent sont aussi créés par des artistes engagés ! C’est peut être une question de cohérence. Tu vas voir.

Le premier morceau de cet album, dont il porte le nom d’ailleurs, débute comme une sorte de meeting avec son « This Is PiL », scandé, à mi-chemin entre slogan et incantation, sur fond de batterie tellurique, de basse lourde (du genre qui fait vibrer la membrane de ton casque), de guitares qui daignent un peu aérer cette transe. Premier contact avec le « chant » de Lydon. Un chant, jamais très juste mais on s’en fout ; quelque part entrespoken word, poésie urbaine et invocation chamanique. La « PIL Zone » dont il est question est une Londres révolue, ruinée par les banquiers et financiers de la City. La ville revendiquée déboule dès One Drop. Avec sa gouaille de Londonneer, Lydon met les points sur les i : « We Come From Chaos, You Cannot Change Us ». Lui, surtout, vous ne le changerez pas.

Vous pouvez transformer Highbury Park en Emirates Stadium, il défend sa classe ouvrière envers et contre tous. « (Arsenal maintenant) c’est le temps des clients et de Disneyland. La social-démocratie et le tatchérisme n’aiment rien tant que détruire la culture ouvrière. » En quelque sorte, cet album est le cri des prolos du nord de Londres qui, avec les dents, s’accrochent encore à leur quartier. « I Will Not Drown », beugle-t-il sur Deeper Water, le titre qui me rend fou. « Je ne me noirai pas ! » Entendu que cette eau profonde reste bien la déferlante tsunami de la finance. Ce morceau, avec ses guitares tour à tour aériennes (la Rickenbacker quoi), cristallines, vrombissantes ; son mid tempo lancinant ; son ambiance angoissante mais aussi rageuse, justifie à lui seul l’achat de cet album. Lire la suite

Soif de Toi – Orties

Orties, une Sextape pour masochistes

On commence par une sorte de ballade bucolique sur un Cheval blanc rythmée par un sample explicite de Video Games exécuté par Lana Del Rey. Soudain, deux jeunes femmes évadées de Baise-moi (le film) se jettent sur toi et te projette dans un buisson de plantes urticantes. Ca gratte sa mère, tu es couvert de boutons, plus rouge que ce Cri du peuple un jour de colère. Tu as les nerfs ? T’inquiète. Tu ne les auras jamais autant qu’Antha et Kincy. Bienvenue dans l’univers d’Orties.

Et, en plus, tu as une idée de la manière dont je suis ressorti de l’écoute du LP of the day dégotté chez mes potes du Rizome Corp (c) hier. Remercie-les, au passage, sans eux cette note n’existerait pas.

Orties, c’est donc ce duo improbable composé de sœurs jumelles qui délivre un hip hop dopé à l’electro comme les fêtards sans fond le sont à la coke. Débarquées telles un ovni dans la scène musicale française, après trois ans d’existence environ, elles nous offrent Sextape : 13 titres pour nous porter bonheur. Enfin, bonheur… Y a intérêt à avoir le cuir résistant avec nos duellistes de la rime. On regarde plus du côté de Sexy Sushi que de Yelle, encore plus du côté de Taxi Girl (Paris pourri) que de Sexion d’assaut. Et, à titre personnel, je trouve ces paroles « dans ta gueule » assez rafraîchissantes.

Au départ, il y a de la poésie. Une citation de Paul Verlaine : Lire la suite

>> – Beak

Beak, musique de crise

C’est un projet proprement inclassable que celui dans lequel s’est lancé Geoff Barrow, échappé de Portishead, avec ses deux collègues Billy Fuller et Matt Williams. A l’écoute attentive de 3 du duo qu’il forme avec Beth Gibbons, on avait compris que les chemins de traverse martiaux pouvaient le titiller. Que faut-il songer de ce >>, digne successeur de > ? Que, côté titres, Beak fait dans la symbolique mathématique ? C’est une bonne piste, bien que passablement défoncée. Un peu à l’image des instruments que l’on entend.

Chez Beak, les synthés sont analogiques, sûrement d’occase, comme exhumés du cimetière auquel les avait condamné l’irrépressible avancée numérique. Pour notre plus grand bonheur – le mien en tous les cas -, les nappes oscillent, toutes d’électricité, quelque part entre un Pink Floyd période Syd Barrett, les expérimentations de Kraftwerk et Tangerine Dreams pour quelques nappes gentiment envoutantes. Mais, question gentillesse, restons-en là en retournons aux maths.

Car la rythmique implacable semble bâtie sur des algorithmes issus du cerveau malade d’un prof trop stressé par sa classe de troisième cinq et son conseil de discipline mensuel. Discipline… Finalement, le mot n’est pas si mal choisi. C’est effectivement l’intro de Spinning Top et son redoutable couple basse métronome – batterie martiale (sur celui-ci, privilège rare, la caisse claire a droit de cité). On se sent pris dans la marche cadencée d’un bataillon militaire… ou prolétaire se rendant à l’usine. On n’y est pas encore, ce titre (Spinning Top) reste encore aéré, malgré la voix comme étouffée par les nuées noires qui peluchent à la sortie de la grande cheminée et qui s’approchent. Mais retournons aux maths. Lire la suite

Metric @ Le Trianon, 2012 july 3rd – live report

En fait, je pourrais écrire : Emily Haines. Et vous auriez tout compris et cette chronique serait finie.

Mais… Comme mon ami Julien, vous n’êtes pas tous venus voir Metric ce 3 juillet au Trianon, à Paris, dans le cadre de la tournée de soutien au nouvel album Synthetica, le cinquième en dix ans d’existence du gang de Toronto. Et, peut être, certains d’entre-vous ont envie de se replonger dans cette ambiance singulière d’un set qui rappelle que la musique doit être vue et écoutée jouée live. Metric en concert, c’est vraiment mieux que sur CD alors que je dois confesser une sérieuse addiction pour leurs titres studios déjà…

Mais… Il n’y a pas que le charisme renversant de la chanteuse-claviers-guitare-tambourin et sa voix protéiforme, qui passe de la femme enfant nasillarde aux volutes plus rauques et sucrées en fonction de l’émotion qu’elle entend créer. Il y a aussi ces trois mecs autour : guitare, basse, batterie, dont le talent s’exprime quand Emily s’efface derrière les instruments. Il y a un couple rythmique qui structure la transe. Il y a une guitare entre stries électriques et riffs ravageurs qui n’oublie jamais de saluer Thurston Moore et Sonic Youth. Comme sur l’intro de Stadium Love, pourtant pas le titre calibré pour à l’écouter sur album.

Mais… Il y a ce public, conquis d’avance à l’exception d’Arthur Fontel, qui chavire au moindre geste de la chanteuse, laquelle ne lésine pas sur l’énergie déployée. Elle va et vient sur la scène quand elle ne martyrise pas consciencieusement ses claviers (heureux objets…). Elle est cette vague qui vient lécher les mains du premier rang, lequel se retourne littéralement, ravi. Mais… je n’avais pas commencé en écrivant qu’il y a plus qu’Emily Haines dans ce concert ? OK, ça va être dur. Lire la suite