La sélection naturelle de Lud

The Chunkys, « Blasphème », single, 2014, chez RTSL Music. La bise à Solal !

Renaud, « Camarade Bourgeois », sur son premier albumAmoureux de Paname, sorti en 1975 chez Polydor

Paul Martin (aka Jean-Pierre Castaldi), « Le Troublant témoignage de Paul Martin », sur l’EP éponyme, édité en 1977 par Bing Bang Music. Merci à Jack Seps pour la référence !

Juliette feat. Guillaume Depardieu, « Une Lettre Oubliée », sur l’excellent album Mutatis Mutandis, sorti en 2005 chez Polydor

Christophe, « Comme Un Interdit », morceau composé en 2001, dans une version live acoustique sur l’album Intime, sorti en 2014 chez Capitol Music

Léo Ferré, « Préface », texte écrit en 1956, mis en musique en 1973 sur l’album Il N’Y A Plus Rien, sorti chez Barclay

La sélection naturelle de Lud

Full Moon Ensemble, « 43 W. 87th Street (Mémoires de Guerre) », sur l’album Crowded With Loneliness (1969), sorti chez CBS

Jacques Brel, « Au Suivant », sur l’album n° 8, sorti en 1964 chez Barclay

Brigitte Fontaine, « Le Goudron », morceau écrit avec Jacques Higelin pour la pièce de théâtre Les Enfants Sont Tous Fous (Brigitte Fontaine et Rufus), sorti en 45T chez Saravah en 1969

Daniel Schell & Dick Annegarn, « Granvelle », sur l’album Egmont & The ff Boom, sorti en 1978 chez Free Bird

La sélection naturelle de Lud

Serge Gainsbourg, « L’Hippopodame », sur l’album Vu De L’Extérieur, sorti en 1973 chez Philips

Eddy Mitchell, « L’Enfant Electrique », sur l’album Ketchup Electrique, paru en 1974 chez Polydor

Hubert-Félix Thiéfaine, « Fièvre Insurrectionnelle », sur l’album Suppléments de Mensonge, sorti en 2011 chez Sony Music

Rita Mitsouko, « Don’t Forget The Nite », sorti en 1982 sur deux 45T avant de figurer sur la version CD de leur premier album Rita Mitsouko (1984), sorti chez Virgin

Marie Modiano, « La Fille à la balafre », sur l’album Espérance Mathématique, sorti en 2013 chez Nest & Sound/PVP

La sélection naturelle de Lud – Septembre 2014

Tangerine Dream, « Diamond Diary », sur la bande originale du génial film de Michael Mann The Thief, sorti en 1981

Krisma, « White Knife », sur l’album Cathode Mamma (1980), sorti chez Polydor

Kraftwerk, « Autobahn », sur l’immense album éponyme (1974), sorti chez Philips

New Order, « The Him », sur leur premier album Movement sorti en 1981 sur le label de la Factory

La sélection naturelle de Lud – Août 2014

Tony Gregory, « I’m Gonna Break You Down », sur le 45 tours Some Sweet Day/I’m Gonna Break You Down, enregistré en 1978 sur Dynamic Sounds Studios

The Cannonball Adderley Quintet, « Khutsana », sur l’album Accent Of Africa, produit par le génial David Axelrod et enregistré en 1968 sur Capitol Records

Le morceau s’appelle « Voci Nella Citta’ Delle Donne ». Il est issu de la bande originale du film de Federico Fellini, La Citta’ Della Donne (La Cité des femmes), réalisé en 1980. Il a été composé par l’immense Luis Bacalov, avec un orchestre dirigé par Luis Bacalov et Gianfranco Plenizio

Herbie Hancock, « Watermelon Man », sur l’album Head Hunters (1973) sorti chez Columbia

Jack Seps

Jack SepsCette semaine est particulière. Mon frère Jack Seps sort officiellement deux morceaux sur la toile. Pas de maison de disque ni de label, do it yourself, avec l’énergie du désespoir, la fougue de l’artisan, la joie du désintérêt. Depuis plusieurs années, le frérot bosse ses textes, cherche de la matière musicale dans les brocantes et chez les disquaires (et partout ailleurs), fait des rencontres.

Par nos liens familiaux, j’ai évidemment eu la chance d’entendre avant tout le monde des bouts de textes, la pose d’un flow, l’intérêt d’une boucle, et toutes les interrogations à leur propos, et toutes les interminables discussions sur mon lit au cours de nuits blanches mémorables et passionnées. Bref, aujourd’hui est à marquer d’un Francis Blanche. Deux faces B, et basta ! Démerdez-vous avec ça. Je chronique en toute subjectivité. Fin Du Springtime est une sorte d’entrée en matière, histoire de décliner son identité, ses goûts, ses centres d’intérêts. Rappé sur le pétillant désuet Springtime du Klub des Loosers (sur Spring Tales, 2010), le morceau est court, un 16 mesures dans tout ce qu’il a de plus traditionnel, mais foutrement efficace, alternant les phases techniques et complexes, et les phases plus cools, posées. Un titre qui rappelle, dans l’imaginaire, le morceau La Ville En Juin, de L’Atelier (2003), un titre tout en rondeur mais contenant, de manière plus ou moins feutrée, des phases plus sombres. Comme Super Mario est une mise en musique 8 bits d’un vieux texte, un 16 mesures également. La production est signée Hirokazu Tanaka, composition réalisée pour ce jeu qui a bercé toute notre enfance (et qui continue), Dr Mario (1990). Jack, tant sur le plan des textes que sur celui du flow, convoque tour à tour la scène TTC, Delleck, Fuzati, La Caution, Octobre Rouge, etc.

Evidemment, son art, comme souvent, est un syncrétisme, et son originalité se perçoit dans l’affranchissement de ces figures tutélaires, dans l’affirmation d’une liberté et d’une singularité dans les références. Jack nous dit clairement : « je suis un gamin des eighties, souvent affreuses à première vue (les fringues, la musique, le cinoche), mais qui renferment finalement, en tout cas pour ceux qui y ont vu le jour, une indéniable et inépuisable source de pop culture façonnant, qu’on le veuille ou non, notre imaginaire. » Aussi, Jack nous lance cet appel discret : à première vue un mec cool, généreux et propre, je peux exploser à tout moment, même sur le thème de l’arrivée de l’été ! Je suis vivant, je suis un être humain, dans tout ce qu’il a de plus pur, mais aussi dans tout ce qu’il de plus sale. « Mon cerveau ce putain de détraque / Je frôle la crise de nerf / Une crise colérique digne d’un nerd ». Folie latente, folie normale. Honnête et humble. « Non, j’fonce et plonge dans l’étrangeté de mes songes » Complexe. Un bâtard sensible : « Non, c’est juste une carapace pour pas que l’amour me rattrape ». Je lui tire mon chapeau concernant la diction, il y en a en effet peu qui sont capables de balancer autant de mots en si peu de temps, de façon plus ou moins harmonieuse sans perdre en clarté (Grems et Julien Lepers, en gros). Cette diction claire rend simple son propos, mais cache une certaine complexité (encore), sur le fond comme sur la forme. Les allitérations, les rimes multisyllabiques, les figures de style, tout est maîtrisé.

Cessons-là tout superflu verbiage, tout vain babillage, tout inutile agiotage, place à la musique. De toute façon, l’avenir appartient à Jack Seps. Nous aurons l’occasion d’en reparler. En toute subjectivité.

Lire la suite

Obélix Samba – Gérard Calvi

Gérard CalviJ’ai choisi cette semaine un morceau composé par Gérard Calvi en 1976 pour la bande originale du film Les Douze Travaux d’Astérix, qui s’intitule Obélix Samba.

Compositeur et chef d’orchestre né en 1922, Gérard Calvi a fait une carrière très prolixe et très variée : compositeur pour Piaf, Liza Minnelli, Sinatra, réalisateur d’œuvres symphoniques, de pièces pour solistes, de musiques de chambre, d’opérettes, de partitions pour le théâtre, la télévision, le cinéma (notamment un chef-d’œuvre inconnu avec Guy Bedos : L’œuf en 1972)… Dans Le Petit Baigneur (1968), dont il compose la musique, on l’aperçoit même en chef de la fanfare vers la fin du film.

Revenons sur cette samba : un sommet de la pop française, un morceau génial, rythmé, dansant, dans une scène psychédélique qui appelle aux plaisirs, tous les plaisirs. Manger, danser, faire l’amour, sans règle, sans carcan ; ça laisse rêveur… Ces petits pieds qui gambadent, ces fesses rebondies qui remuent, ces robes presque transparentes qui ne cachent pas grand-chose. On est bien sur l’île du plaisir. Presque un titre de porn music vintage ! Les Douze Travaux est un chef-d’œuvre du 7e art, je ne mâche pas mes mots, c’est très sérieux. Bon, peut-être que le fait d’être né au milieu des eighties et de voir ce film régulièrement depuis ma tendre enfance aide… Pourquoi un chef-d’œuvre ? Parce que : dessin animé sans prétention qui s’adresse aux enfants, le film dispose de plusieurs niveaux de lecture subtils, d’un humour intelligent et corrosif, qui puise d’ailleurs dans la culture populaire comme dans la culture savante, d’un dessin aussi enfantin que complexe (la maison qui rend fou, les couleurs de l’île du plaisir, les ombres planantes des fantômes, les monts enneigés, etc.), d’une construction en tiroirs avec cette réflexion morale mais jamais manichéenne sur les épreuves à franchir ; le tout repose sur une alchimie syncrétique et PAF ! un pur chef-d’œuvre ! C’est le 2e et dernier film de la série Astérix, après Astérix et Cléopâtre, qui sera réalisé par Goscinny et Uderzo, les auteurs originaux, ce qui explique qu’il soit si bon. Notons qu’en 1976, EMI Pathé sort deux disques vinyles : un LP qui reprend les dialogues, bruitages et musiques du film, que tous les diggers ont dans leur collection ; et un EP avec cinq titres seulement, dont Obélix Samba, qui est au contraire très rare. Sur les panneaux de fin des Douze Travaux, on lit que « la samba a été dansée pour nos animateurs par Lourdes de Oliveira et Luiz Antonio Carraro » ! Dommage que ce titre si obsédant, cet appel hédoniste, dure si peu de temps Lire la suite

You Can Be A Star – Luther Davis Group

luther davis groupJ’ai choisi cette semaine un titre du Luther Davis Group, You Can Be A Star, tiré du 45 tours You Can Be A Star/To Be Free, sorti en 1979 chez Life Time Records. C’est bien l’une des premières fois que je vais décevoir : je n’ai (presque) rien trouvé sur ce groupe !

J’ai entendu le titre à la radio (FIP, je crois), ou sur l’excellent site Le Mellotron, qui m’a d’ailleurs donné l’essentiel des informations : « On en sait trop peu sur ce rarissime 45 tours enregistré en 1979 par Luther Davis Jr. […]. Heureusement pour nous grâce aux diggers de northern soul, ce disque tiré à peu d’exemplaires sera la première réédition de la maison Soul Cal en 2003, une division de Stones Throw tenue par Egon et Peanut Butter Wolf dont l’essence est justement la réédition de perles modern soul et autres pépites funky-disco. Une évidence donc, pour ce 45 tours avec le combo gagnant « You Can Be A Star » pour la face A et « To Be Free » pour la B. Deux titres totalement funky et empreints d’une soul planante. Riffs de guitare entraînants, voix feutrée et touche de cuivres font de [ce titre] un hit parfait et vous donne une subite envie de s’envoler et d’envahir le monde. »

J’ai cru comprendre que la carrière du groupe a été plus qu’éphémère, avec seulement deux 45T sortis (l’autre chez Inner : Keep On Dancing/You en 1977 ou 1978)[1]. Le titre You Can Be A Star figure sur la compil Soul Cal Disco & Modern Soul 1971-1982 sortie en 2012, dans lequel se trouve un livret très fourni qui, peut-être, nous apportera plus d’amples informations (je n’ai pas encore eu la chance de l’avoir entre les mains). Passons.

Ce titre est un véritable bijou d’une extrême efficacité, rythmé comme il faut pour les dance-floors de cette période caractéristique de l’hédonisme sombre : tu peux devenir une star, même toi, jeune femme, jeune pédé, jeune noir ou latino, tous prolos et peut-être tout cela à la fois, même l’espace d’une nuit seulement… Même Tony Manero. Le sida n’a pas encore fait les ravages qu’on connaît, mais la misère, le labeur, le racisme, le sexisme, la violence, le chômage sont des maux connus, pour une bonne partie des classes populaires et dominées, ce qu’on appelle les minorités, des pays développés, en particulier dans le berceau américain du capitalisme. C’est toujours la même histoire : quelques heures durant, le temps d’avoir l’illusion d’échapper à sa condition, à l’image de Cendrillon qui n’a que jusqu’à minuit pour devenir celle qu’elle n’est pas, tous les Tony Manero du monde deviennent des stars. C’est aussi ce qui leur permet de retourner au turbin le lundi matin : l’espoir de s’en sortir, devenir libre (to be free)…

Lire la suite

Desdemona – Jungle By Night

Jungle By NightJ’ai choisi cette semaine un morceau du groupe Jungle By Night, Desdemona, disponible sur l’album The Hunt, sorti en 2014 chez Krinded Spirits.

C’est une histoire folle. Peu avant les vacances scolaires d’avril, je reçois un message facebook d’un pote, Julien : « Réserve ta soirée du 29 mai », m’écrit-il avec envie. Précisons tout de suite : Julien a été mon meilleur pote au collège, celui avec lequel j’ai fait les 400 coups, mais le destin nous a séparés. Nous nous étions croisés entretemps, échangions nos portables et nos facebook, mais sans véritablement prendre le temps de nous revoir. L’amitié, c’est si fragile à entretenir…

Excité à l’idée de le revoir, et touché qu’il ait fait le premier pas, je réponds oui sans réfléchir. La soirée, c’est un concert de Jungle By Night à la Flèche d’Or. Je ne connais pas, Julien est fan et m’assure que je vais adorer. Avant le concert, chez lui, après nos chaudes retrouvailles, il me fait saliver en racontant leur histoire qui, un jour, croise la sienne. Groupe de très jeunes néerlandais, il les rencontre par hasard dans un bouge d’Amsterdam, d’où ils sont originaires. Une vraie claque qui se transforme en traque ; Julien les suit (presque) partout. Ils sont une bande d’amis boutonneux passionnés de funk, d’afro-beat et d’ethio-jazz, de Mulatu Astatke, Fela Kuti, Tony Allen, Ebo Taylor, qui, le plus naturellement du monde, un beau jour, en 2010, montent sur scène. L’aventure commence.

Férus de live, ils donnent tout, sortent des EP, puis des LP, font des tournées de dingues, et enflamment chaque lieu. Accompagné d’un pote sympa, Julien me décrit le truc : « Tu verras, ils sont très jeunes, ils sont beaucoup (presque une dizaine sur scène), et c’est le gros bordel ! » Exactement ça. Jouissif. En train de terminer mon whisky maison quand ils débarquent, mes hanches se mettent à danser toute seule sur Empire en ouverture, mon esprit s’évade et une véritable banane se dessine sur mon visage. Très énergiques sur scène, ils sont effectivement beaucoup, avec des têtes de jeunes du Nord, des têtes d’ado nerd, et font le show, entraînant tout le monde dans le mouv’. Je reconnais derechef l’ombre planante de ceux cités plus haut ainsi que, sur un ou deux titres, celle d’un Jim Morrison sous acides en train de se frotter langoureusement à des culs pléthoriques made in Nigeria. Ce soir, dans la petite mais si chaude scène de la Flèche d’Or, l’atmosphère n’est que good vibration et love on the beat ! Ces p’tits trous du cul hollandais sont surtout des putains de musiciens, que ce soit les cuivres, les percussions, la basse, l’organiste qui oscille entre son synthé et son Hammond… C’est rythmé, répétitif, riche, sans se réduire à un hommage pompeux, fêtard avec une pointe de sombre mélancolie à peine perceptible. Musique syncrétique : quand une dizaine de Néerlandais nés au début des nineties réinterprètent l’afro-beat et l’ethio-jazz, ça donne ça. Encore merci, Julien !

Lire la suite

Moonchild – Klaus Doldinger

Klaus DoldingerJ’ai choisi cette semaine un morceau de Klaus Doldinger intitulé Moonchild, présent sur la bande originale du film The Neverending Story (1984), sur laquelle Doldinger partage l’affiche avec le moustachu Giorgio Moroder.

Né en 1936 à Berlin, ce qui fait beaucoup pour un seul homme, le pauvre Klaus Doldinger a pour lui d’être l’un des plus grands musicien et musicologue de sa génération. Avant l’âge d’avoir du poil aux pattes, il fréquente le conservatoire de Düsseldorf tout en jouant avec plusieurs groupes dans les années 1950, puis suit une formation d’ingénieur du son. Après le Klaus Doldinger Quartett, il compose à tout va (pub, ciné, théâtre), puis fonde l’immense groupe Passport, avec lequel il va exploser le genre jazz-rock-fusion dans une putain de concurrence avec Weather Report, lui aussi formé en 1971.

Je me souviendrai toujours l’insistance du fan avec laquelle mon père tenta, longtemps en vain, de nous faire écouter, à mon frère et moi, l’album Iguacu (1977) et sa formidable pochette : « Et puis, tu sais que les plus grandes chutes du monde, c’est pas Niagara, c’est Iguacu ! » Le pire, c’est qu’il avait raison : pas sur les plus hautes chutes d’eau, mais sur la qualité de ce groupe. Depuis, j’ai pu prendre plaisir en écoutant, outre Iguacu, les albums Ataraxia (1978) et Oceanliner (1980). Il faut savoir que Jack Seps (mon frère, donc) est un digger sans complexe ; il y a peu, il m’a fait écouter en partie cette extraordinaire BO du film L’Histoire sans fin, que tous les enfants des années 1980 ont vu des dizaines de fois. Sauf nous. Et Jack de me faire deviner sa découverte : le titre Moonchild a été samplé par Para One et Tacteel (Fuckaloop) pour le titre Sans Fin, de L’Atelier sur Le Buffet des Anciens Elèves (2003), l’un des meilleurs albums qui repoussa les limites du hip hop en son temps (aussi à l’écoute ci-dessous).

Revenons à Doldinger, que mon père n’hésite pas à qualifier d’ « intellectuel de la musique » : Moonchild est un sommet de rêverie dark, un son inquiétant avant l’explosion de la 2e partie, qui fait référence aussi bien aux grandes épopées hollywoodiennes (Ben Hur ou The Ten Commandments) qu’à la sous-culture pop des eighties (Ghostbusters, Back To The Future), tandis que la 1e partie pourrait se plaquer sans problème sur une scène sale, dérangeante, choquante.

Du pur génie musical… qui fait marcher à fond l’imagination, sans fin.

Lire la suite

Haterville – PMPDJ

PMPDJJ’ai choisi cette semaine un titre du groupe Pour Ma Paire De Jordan, Haterville, sorti en 2012 sur leur 2e album Haterville, sur le label Grems Industry.

PMPDJ est né en 2011 de l’esprit dérangé de Supermicro Grems, réunissant autour de lui le beatboxeur-beatmaker-rappeur NT4 (Entek), le beatmaker Mim, puis le rappeur Starlion. Pourquoi un tel nom ? « PMPDJ frénésie, énergie et synergie, divertit les miladys avec des inédits, c’est la crise d’épileptique, le millésime rare, PMPDJ pas d’histoire, unis, libres » Explications.

Michaël Eveno est un graffeur et graphiste au parcours mouvementé. Il s’est mis à faire du rap en artisan, car l’intégrité a un prix : son métier, ce qui le fait bouffer, c’est le graphisme. Le truc, c’est qu’il s’est fait connaître du public en ayant un certain succès musical. D’où ce nom : les revenus gagnés par la musique, c’est du kif, je ne compte pas dessus, c’est pour ma paire de Jordan ! Grems explique que le 1er album PMPDJ a été fait pour Entek et Mim, pour leur donner la possibilité de sortir des trucs ; le 2e est un autre délire, une espèce de création libre à huit mains pour surpasser le hip-hop en étouffant les haters.

C’est un peu ça, l’idée : montrer que le hip-hop français aujourd’hui, qui semble une culture imbécile, raciste, homophobe, peureuse, commerciale, finalement, le hip-hop, c’est autre chose. Grems a donc inventé le deepkho, sorte de mélange de deephouse chaleureuse et de rap speedé, technique, tout en révolutionnant le graffiti. Et il emmerde tout le monde ! Le clip de Haterville est un hommage hip-hop à celui de Smack My Bitch Up de Prodigy, avec le hater-type en caméra subjective, qui se fera finalement défoncé tant vocalement que physiquement, le tout filmé pendant un (faux ?) concert du crew.

Pour avoir vu Grems et ses potes en live sur une péniche, je peux affirmer que le clip est assez ressemblant… Une prod’ qui ambiance ce qu’il faut d’inquiétant, des lyrics percutants, une maîtrise technique parfaite, une vidéo originale, le cocktail est génialissime… La première fois que j’ai entendu Starlion, c’était sur Merde Merde Putain, et ce n’était vraiment pas terrible ; heureusement, le mec a explosé, tant en bande (Vv avec PMPDJ) qu’en solo (Lait Froid). Dans cet album, il y a aussi le titre Stachmou, véritable bombe contre les racistes de tous les coins, qui a entraîné une censure de la part de Youtube… « Migraine, spliff et weed, nique le système métrique/Qui règne ? L’empire est triste/Ils ont tué Kenny, Biggie, Big L, Jay Dee, mais pas PMPDJ »

Lire la suite

Habitus – Rocé

RocéJ’ai choisi cette semaine une chanson de Rocé, Habitus, présente sur son 4e album Gunz N’Rocé, sorti en 2013 sur le label Hors Cadre. Artiste un peu à part, José Kaminsky, fils d’un résistant faussaire franco-argentin d’origine russe et d’une mère algérienne, naît à Bab El-Oued en 1977 et grandit à Thiais dans le 94.

C’est Manu Key qui lui met le pied à l’étrier, c’est DJ Mehdi qui lui fera confiance en le signant sur son label, c’est par un feat. avec 113 sur la compil Première Classe que je l’entends pour la première fois. Sans plus. A partir de 2001, Rocé enchaînera les albums, tous plus éclectiques les uns que les autres : il s’acoquine logiquement avec le crew Kourtrajmé, batifole dans l’univers jazz (Raqal le Requin, Archie Shepp), s’offre Jean-Baptiste Mondino pour la pochette sur laquelle il ressemble à un Professeur Choron sérieux…

Pourquoi cette chanson ? Parce qu’il s’y attaque à un maître de la sociologie, Pierre Bourdieu. Le titre est une présentation honnête du concept d’habitus, qu’on peut définir comme un ensemble de dispositions, produit d’un apprentissage social devenu inconscient, si inconscient qu’il se traduit ensuite par une aptitude apparemment naturelle à évoluer librement dans un milieu[1] ; autrement dit, ces manières d’être, d’agir, de penser, qui viennent du milieu de l’individu, sont intériorisées par lui, deviennent inconscientes, et organisent subrepticement ses représentations, ses comportements. L’individu est donc déterminé par la société, mais cette détermination lui permet aussi de créer à son tour la société, c’est-à-dire d’exercer une certaine liberté créatrice. C’est un concept ambigu dans son fonctionnement.

Sur une prod’ classique mais classieuse, Rocé s’en sort très bien (« Entre le jeune abonné aux musées et celui à l’abri de bus/Seul un des deux portera le poids de son habitus »), et fait montre d’une certaine maîtrise théorique autant que d’une conscience sociale (« Tu sais qu’les riches sont pas plus libres que toi/Eux aussi sont aliénés par leurs mots, leur code, leurs choix/Sauf que leur argot est bien vu, il est même courtisé/On dit du tien qu’il est bad, dis-leur qu’il est souligné »), même s’il sous-estime la fonction génératrice, productrice de l’habitus (voir note). Néanmoins, un type qui défonce les clichés sur le rap d’une si belle manière gagne vachement à être connu.

A l’écoute après le break

Lire la suite