Cigarette Song – Raury

Grand espoir pour 2015, Raury a démontré un réel talent durant l’année passée. Indigo Child, son premier projet, révèle un artiste tout en sensibilité et en puissance. Ses morceaux alternent entre pop acoustique, beats à la Kanye West et R’n’B.

Sa voix détonne entre montées dans les aiguës, saillies rauques et flow grandiloquent. Avec une personnalité entre l’enfant de la classe moyenne et le hippie, il n’est pas passé aperçu à tel point que Kanye West l’a pris sous son aile et que SBTRKT lui a proposé une collaboration sur Higher.

Il faut garder un oeil sur ce Raury.

Informations complémentaires

  • Titre: Cigarette Song
  • Durée: 3min 55s
  • Artiste(s): Raury
  • Album: Cigarette Song – Single
  • Label: Love Renaissance
  • Date de sortie: Juillet 2014

Blue Volvo – Loud Lary Ajust

LLADepuis quelques années, la scène musicale canadienne livre des artistes éclectiques d’une qualité assez impressionnante. Outre les Arcade Fire, le précoce Kaytranada ou le comique Mac DeMarco, les rappeurs canadiens s’affirment loin de l’image marginale du Roi Henok.

Loud Lary Ajust truste le haut du classement du rap francophone et témoigne d’un métissage musical avec le mariage à trois des punchlines du rap américain à la poésie du hip hop français et aux productions canadiennes. L’accent canadien donne un charme au tout et laisse rêveur face à cette agilité à jongler entre vocabulaire français et vocabulaire américain.

Avec Mort Lente, le niveau des productions est donné avec une intelligence de composition assez rare. Quelques samples bien trouvés et un riff de guitare, un beat efficace est né. Personne illustre parfaitement l’alternance et le paradoxe entre légèreté et dureté, deux ambiances omniprésentes sur l’album Blue Volvo.

Comme tous les rappeurs, les membres de Loud Lary Ajust sont attachés à un territoire, Montréal, auquel ils font régulièrement référence. Les paroles décrivent la vie et la jeunesse des Canadiens moyens, comme sur Tiens Mon Drink ou Hôtel Hell, mais qui ne figurent pas forcément dans notre imaginaire collectif pour décrire la jeunesse canadienne. En effet, notre vision est remplie de clichés et cette description rappée du quotidien de cette jeunesse fracasse nos stéréotypes.

Bien que tous les morceaux soient d’une qualité égale, c’est-à-dire élevée, Blue Volvo et XOXO se détachent. Le morceau éponyme symbolise idéalement le travail de composition des Loud Lary Ajust avec un beat efficace fondé sur une boîte à rythme basique et un sample mais aussi des paroles teintées de nostalgie, dressant un constat de la jeunesse montréalaise et alternant français et anglais. Au de-là de ce dualisme linguistique, la force des deux rappeurs repose sur le transposition du jeu d’assonance du rap américain sur le rap français et une maîtrise parfaite des langues que l’on apprécie pleinement sur XOXO.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Loud Lary Ajust
  • Album: Blue Volvo
  • Label: Les disques Audiogramme
  • Date de sortie: Octobre 2014

Lottery – Kali Uchis

Dans un pays où règne la violence, Kali Uchis est un îlot de douceur. La jeune colombienne déverse une pop mignonne, cool et capable de charmer n’importe quel cœur.

Déjà remarquée pour Know What I Want, la protégée de Chris Black (producteur du célèbre Peso de Asap Rocky) remet ça avec Lottery et son univers de quiétude, de joie, de nostalgie tout en abordant des sujets tristes.

Son premier EP, Por Vida, est attendu pour le début d’année. Les présences de KaytranadaTyler The Creator et Dam Funk seraient envisageables. Du beau monde pour un premier travail de composition, non ?

Informations complémentaires

  • Titre: Lottery
  • Durée: 3min 26s
  • Artiste(s): Kali Uchis
  • Album: Lottery – Single
  • Label: Kali Uchis
  • Date de sortie: Janvier 2015

Therapy – Jordan Lee

Jordan LeeRoche Musique s’affirme de plus en plus sur la scène musicale française et cela n’est pas fini avec le petit nouveau, Jordan Lee. Le jeune français appartient à ces artistes défendant l’émergence d’un nouveau R’n’B sur des nouvelles sonorités.

Son premier EP, Therapy, est au croisement de la pop, soul, hip-hop et R’n’B. La douceur de sa voix se fond sur des beats électroniques subtiles et rappelant la meilleure période des productions américaines. F****n’ Downdonne dans une énergie maîtrisée où la voix de Jordan Lee rythme les synthés et un beat évoquant les compositions de The Weeknd. Les choeurs de Jordan Lee répondent au flow de Timothy Gustave sur Don’t Take Your Time.Another World est un voyage langoureux aux douces sonorités soul des années 70/80.

Le, trop court, premier EP de Jordan Lee s’achève sur The Ride et nous laisse rêveur sur de possibles nouvelles productions du jeune DJ au sein de Roche Musique.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Jordan Lee
  • Album: Therapy – EP
  • Label: Roche Musique
  • Date de sortie: Décembre 2014

Piñata – Freddie Gibbs & Madlib

Freddie Gibbs MadlibPiñata n’est pas seulement une figure toute moche en papiers mâchés contenant des sucreries. C’est aussi l’un des meilleurs albums rap de 2014.

En l’espace de 17 titres, deux ténors du game rappellent pourquoi ils possèdent ce statut. Madlib, virtuose de la production jazzy hip hop, distille des instrus sur lesquelles Freddie Gibbs, l’un des derniers gangsters du rap, aligne son flow assassin.

La légèreté du beat de Thuggin’ combinée à la voix rauque de Gibbs ou encore la douceur du refrain de Shame chanté par BJ The Chicago Kid font face à la folie de High sur lequel le taré Danny Brown se vide les poumons à en mourir. Madlib fait croire au retour de Miles Davis sur Robes pendant que Domo Genesis et Earl Sweatshirt répondent à Gibbs.

Un album d’une sacré trempe. Celle des anciens.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Freddie Gibbs & Madlib
  • Album: Piñata
  • Label: Madlib Invazion
  • Date de sortie: Mars 2014

Amerigo Gazaway

Gazaway« Le mashup consiste en la création d’un titre à partir de deux ou plusieurs autres titres déjà existants. Généralement, les titres créés sont le mélange des parties vocales d’un premier titre avec la partie musicale d’un second. Le mashup se distingue du pot-pourri – « medley », en anglais. »

Cette pratique de DJ et de producteur s’avère d’une difficulté assez déconcertante à réaliser pour trouver les bons morceaux, faire les réaménagements nécessaires, caler les problèmes rythmiques et/ou harmoniques.

Bien que la transmission du talent n’a jamais été prouvée, être le fils d’un célèbre trompettiste de jazz aide forcément à ne pas être aux marges de la qualité quand on compose. Encore plus lorsque l’on est admirateur du hip hop.
Pour Amerigo Gazaway, le mash-up est en train de devenir addictif et détourne les limites de la création musicale jusqu’à les transformer. En 2011, il subjugue le monde de la production en faisant fusionner des morceaux de Fela Kuti et de De La Soul : Fela Soul est né. A noter le bon goût de choisir un trompettiste mythique et à un groupe légendaire, la facilité n’est pas de mise chez Amerigo.

Le projet est encensé par la presse et MTV, dans une illumination de bon sens, qualifie son travail de “virtuel hit” pour faire référence au mash-up. Et pour sur, Gazaway réalise une oeuvre de recomposition assez démentielle avec, par exemple, le génial morceau Feel Good Inc. Oui, le producteur américain s’est attaqué à un mash-up comprenant trois artistes avec De La SoulFela Kuti et Gorillaz. La voix de Damon Albarn trouve écho dans les cuivres de Fela Kuti, l’instru est partiellement modifiée et semble débarquée de la Louisiane pendant que De La Soul balance ses mots sur le couplet.

En 2013, son projet de mash-up entre A Tribe Called Quest et The Pharcyde, Bizarre Tribe, le dépasse tellement que The Pharcyde font appel à lui pour remixer certains de leurs morceaux. Amerigo Gazaway part ensuite faire des festivals en Amérique Latine.

En 2014, c’est l’apogée pour le fils de Gary Gazaway. Il dématérialise les instrus de Marvin Gaye pour les réadapter aux paroles fracassantes de Mos DefYasiin Bey de son vrai nom. Gazaway donne une nouvelle vie à ces classiques de la Motown et les sublime à tel point que ces morceaux sont difficilement dissociables de ce travail de recomposition avec Yasiin Gaye.

Contrairement aux mash-up précédents, l’écoute de l’album laisse plus croire à une authentique collaboration qu’à une dématérialisation qu’à une recomposition musicale. Sur Inner City Travellin’ Man, les voix des artistes se répondent dans des styles opposés alors que sur The Panties, elles s’unissent pour créer un bijou de sensualité.

The Source adoube Amerigo Gazaway en lui donnant le titre de “Mashup King” et les revues de presse s’exercent au concours du meilleur compliment. Le projet Yasiin Gaye et sa complexité musicale témoignent de l’influence non négligeable d’un père jazzman et de l’amour de la musique du producteur américain.

Des possibilités presque illimitées s’ouvrent quand on prend conscience que Gazaway “n’a fait que” des mash-up alliant artistes jazzy soul et artistes hip hop.

Le TOP2014 de Matthieu Fortis

TOP2014Jungle – Jungle : Le duo anglais distille sa pop teintée de soul avec efficacité, classe et rigueur. Les voix doublées, les lignes de basse, les rythmiques de guitare, les nappes de synthés, les percussions ou encore les cœurs sont tous choisis avec intelligence et imbriqués parcimonieusement. Un premier album génial pour la révélation de l’année avec, en point d’orgue, une prestation sérieuse et appliquée au Pitchfork Festival.

Flight Facilities – Down To Earth : Une mise à jour australienne du meilleur de la house/pop des années 80/90. Aucune escale dans le vol de Flight Facilities et les passagers seront ravis des collaborations (Micky Green, Emma Louise, Reggie Watts, Bishop Nehru).

Para One – Club : Le DJ français réussit l’exercice périlleux de dématérialiser son album Passion afin d’en faire un nouveau taillé pour les clubs. Entre alcool, fumée de cigarettes, transpiration, transe, beats accrocheurs et dévastateurs, Club dégage une temporalité à part et une atmosphère unique orchestrée par Para One.

Loud Lary Ajust – Blue Volvo : Un exemple de métissage musical avec le mariage à trois des punchlines du rap américain à la poésie du hip hop français et aux productions canadiennes. L’accent canadien donne un charme au tout et laisse rêveur face à cette agilité à jongler entre vocabulaire français et vocabulaire américain. Loud Lary Ajust décrit la vie et la jeunesse des Canadiens moyens, pas si éloignés de nous. 

Tycho – Awake : Une pop/electro planante à souhait et sans limite. Tycho nous donne une bande-son idéale pour rêver et imaginer entre synthés, effets psychédéliques et de boucles, guitares teintées d’électro et batterie. 

Mentions spéciales à Bobmo, Chet Faker, Coming Soon et Todd Terje

Notre entretien avec Gush

GushXavier : Et l’interview de Gush commence !

Entre vos deux albums, quatre années se sont passées notamment durant lesquelles vous avez tourné au Japon et aux États-Unis. Comment cela s’est-il passé ?

Xavier : Cela s’est très mal passé, question suivante (rires). C’était génial ! On a sorti le disque au Japon, on y a joué en tant que première partie d’un groupe japonais mais aussi au Summer Sonic Festival pour notre tournée. On a joué à Tokyo, à Nagoya et à Osaka. A Fukushima, c’était un peu plus compliqué. Cela s’est déroulé sur six mois et après, on s’est rendu à Austin pour un festival où l’on s’est frotté à la scène émergente. On a fait quelques concerts à Los Angeles puis Perou, Chili, Argentine ! On a joué au Lollapalooza au Chili. C’était hyper enrichissant d’être en tournée sur un mois et demi non stop puis de rencontrer plein d’autres groupes.

Ce sont de grands festivals en plus..

Xavier : Totalement et c’est là qu’on a commencé à réfléchir pour écrire le deuxième album. Tu parles de quatres ans mais il y a eu un an et demi où l’on a tourné pour le premier album et une année de studio pour Mira.

En comparant les deux albums, j’ai remarqué que les guitares étaient plus présentes sur le premier…

Mathieu : Faux, question suivante ! (rires)

Alors que sur le deuxième, elles sont plus effacées ou traitées différemment. Est-ce une réelle volonté ?

Mathieu : Carrément ! Sur le premier album, il y avait beaucoup de guitares acoustiques qu’il n’y a pas du tout sur le deuxième album. Les guitares électriques sont traitées d’une façon plus discrètes avec plus d’effets, plus de reverb.

Elles sont en fond ?

Mathieu : Oui, voilà ! Les claviers et synthétiseurs ont remplacé la place de la guitare sur le premier disque.

Xavier : Sur les deux EP d’avant le premier disque, les guitares étaient carrément plus électriques mais il me semble qu’ils ne sont toujours pas dans le commerce. Faudrait qu’on s’en occupe, peut-être.. (rires)

Mathieu : Cela ne sert à rien, tu sais..

Xavier : Mais si, on éveille l’attention des lecteurs.

Mathieu : Ce n’est pas dans le commerce mais c’est disponible sur soundcloud pour avoir les morceaux composés avant le premier disque !

Les guitares sont donc effacées et je trouve que c’est au profit de la voix. Elle est plus mise en avant, comme un réel instrument.

Xavier : Sur le premier album, elle était présente de manière classique mais sur le deuxième, c’est vraiment comme un instrument. Sur certains morceaux, on fait des nappes comme un instrument et ce ne sont pas des vraies parties de chant.

Mathieu : On l’envisageait comme un instrument rentrant dans la composition générale et dans l’arrangement. C’était comme une nappe de clavier ou un synthé plutôt que, forcément, une voix lead.

Sur certains titres, il y a même une impression de questions/réponses comme entre une guitare et une basse.

Xavier : Oui, c’est tout à fait ça mais tu as tout compris (rires) ! Autant, sur le premier album, il y avait un lead dans le chant alors que là, il y a plusieurs qui chantent ensemble ou alors on se répond.

Vous chantez tous, vous êtes multi-instrumentistes..

Xavier : Faux (rires) ! Le mec pas énervant.

Mathieu : Question suivante !

Vous ne vous marchez pas dessus pendant la composition ?

Xavier : Parfois, ça peut compliquer l’organisation ou le déroulement de la composition. Il faut savoir laisser sa place à chacun ou se mettre en retrait par moment. Il n’y a pas de places clairement définies mais cela ouvre des portes, enrichit le travail de composition et de studio. Il y a le revers de la médaille car on peut mettre plus de temps pour composer.

Mathieu : Sur scène, cela peut être gênant pour les enchaînements de la scénographie avec des changements de poste. Ce n’est pas aussi simple qu’un groupe dont chaque membre a une place définie alors que nous, on doit bouger et tourner. Quand on a quatre ou cinq morceaux de suite où il faut changer, cela devient compliqué mais c’est sympa, ça entretient (rires) ! Tu es maintenu en éveil, cela permet d’appréhender les instruments d’une autre façon aussi.

L’optique de composition est différent sur Mira, cela nécessite-t-il une adaptation scénique pour les morceaux d’Everybody’s God ? Quel album prend le pas sur l’autre ?

Xavier : Il y a des morceaux du premier album qu’on continue à jouer sur scène mais mis à la sauce du deuxième. L’énergie organique est conservée.On n’essaye pas de diviser le concert en deux parties, on mélange nos deux albums pour avoir un univers musical varié mais uni.

Mathieu : On a réadapté les morceaux du premier album avec la couleur du second. Il faut comprendre que le côté synthétique et digital que l’on a amené devait côtoyé le côté organique du premier album. Il ne faut pas se forcer en étant à 100% dans un des deux disques. C’était important de garder cet aspect joué, vivant et énergique.

Et la tournée se passe bien ?

Xavier : On a commencé avec le Trianon au mois de mai et depuis, on tourne. L’été était consacré aux festivals, on a vu du pays (rires) ! Cela continue très bien avec une super tournée d’Automne et on va essayer d’exporter notre musique à l’étranger comme pour le premier album. On a quelques touches et pistes, on va essayer d’avancer sur ça !

J’ai lu dans quelques interviews que vous étiez qualifiés de « potaches », « sympathiques » ou « marrants ». Cela vous dessert-il parfois ?

Xavier : Nous sommes potaches, nous ? C’est négatif, non ?

Un peu comme les Naïve New Beaters qui aiment plaisanter, je pense non ?

Xavier : Eux, c’est leur fond de commerce. Avec toi, on a un côté potache parce qu’on fait les cons mais tu trouves vraiment qu’on est potache ? Sympathique oui, mais potache ?

Mathieu : Alors qu’on est froid, antipathique et prétentieux (rires) !

Xavier : Nous sommes juste naturels et après, si les gens se rappellent de ça, cela ne peut pas nous desservir.

Mathieu : Il n’y a pas de volonté de manipulation alors que ça marche pour certains, je pense. Nous, on ne veut pas être dans un aspect de « fake » et de représentations. Alors que potache, c’est péjoratif !

Xavier : Il aurait fallu mettre « cons » ou un truc bien explicite plutôt que « potaches » !

Mathieu : (en montrant sur son téléphone) Alors « potache : qui a les caractéristiques des collégiens et des lycéens en ce qui concernent l’humour ». Cela veut dire que l’on est drôle ! Comme dans le clip de Dirty Attitude qui est sorti !

Gush a dix ans de carrière, qu’est-ce que cela vous fait ?

Xavier : On a débuté en 2004 avec des démos et on a enchaîné les concerts. Sur 2006/2007, on a sorti deux EP avec des titres inédits qui ne sont pas sur les disques. Dix ans pour une carrière qui ne cesse d’évoluer. Musicalement, c’est sûr qu’on ne stagne pas avec la volonté de ne pas faire deux fois le même disque et en terme de carrière, cela se fait étape par étape. Le groupe construit son avenir sur le long terme.

Vous avez collaboré avec les Naïve New Beaters en les rejoignant sur scène et en enregistrant Skyline sur leur EP, Guest List.

Xavier : On est dans le même label et on se connaît depuis cinq ou six ans. Des liens se sont créés et effectivement, ils nous ont invité à jouer avec eux sur Skyline. Ces mecs sont géniaux et tellement sympas !

Mathieu : D’ailleurs, ils ont sorti une nouvelle bière et elle a l’air bien sympa !

Avec C2C aussi, il y a eu une collaboration.

Xavier : C’est vrai, on a fait un guest sur leur album et sur le titre Genius.

Mathieu : On a rencontré une moitié de C2C en tournée avec Beat Torrent, Atom et Pfel, et aussi 20 Syl après la cérémonie des Victoires de la musique. Ils ont remixé certains de nos morceaux et il y avait une envie de bosser ensemble. Ils nous ont envoyé une instru pour que l’on pose nos voix dessus. Depuis, il y a des remixs et même un qui vient de sortir et fait par Atom.

Xavier : Tu vois, les meilleurs nous contactent (rires) !

Cela vous intéresserait d’en faire d’autres ?

Mathieu : Toujours ! Mais cela dépend des circonstances et de l’organisation. Après, on s’investit toujours à fond dans nos projets mais il y a forcément des compromis. Personnellement, il y a un mec en ce moment qui me donne envie de bosser avec lui : Kaytranada. Il fait des remix déments et si un jour, on arrive à le choper !

Il est au Pitchfork festival la semaine prochaine !

Xavier : Et bah, on doit le voir (rires) !

J’avais lu que vous aimiez beaucoup Rick Rubin.

Mathieu : C’est un fantasme d’adolescence avec Deft Jam et tous les disques qu’il a produit. Maintenant, il est directeur de label et je pense qu’il ne doit plus produire beaucoup de disques ou alors que ceux des grosses machines. Il n’est plus trop dans son ancien rôle comme avec les Red Hot. On a pas encore rencontrer de gens comme ça, on a tout réalisé et produit nous-même. Peut-être sur le troisième disque.

Xavier : C’est une histoire de rencontrer et de tomber sur une personne ayant une vision intéressante.

Mathieu : Comme les groupes de rock produits par un mec venant de l’électro, comme Philippe Katerine produit par SebastiAn. Pour certains, les résultats ne sont pas toujours là mais la démarche est géniale ! Faire tomber les barrières comme l’électro et le rap.

Avez-vous des recommandations musicales à faire aux lecteurs ?

Mathieu : Déjà, ceux que l’on a cité mais aussi Caribou dont le nouvel album est sorti comme The Do ou SBTRKT. Trois disques à écouter pour la rentrée, c’est déjà pas mal.

On termine par un espace libre.

Xavier : On dit déjà tellement de conneries (rires) ! Venez nous voir en concert et écoutez Mira !

Down To Earth – Flight Facilities

Filght FacilitiesAprès s’être fait une belle réputation avec les singles de hautes volées avec Crave You ou Clair de LuneFlight Facilities proposent un premier album très éclectique : Down To Earth.

En l’espace de quatorze morceaux, on se laisse embarquer dans le vol du duo australien et l’on ne subit pas les escales entre la house 90’s de Apollo et Down To Earth très Haddaway, la version classique et la version inédite de Crave You (Giselle vs Kylie Minogue), la basse démentielle de Hold Me Down, la légèreté du sifflotement de Stand Still ou encore le hip-hop old-school Why Do You Feel avec Bishop Nehru, petit protégé de MF Doom.

De plus, les Flight Facilities ont su s’entourer avec la présence de Micky GreenOwl Eyes ou encore Emma Louise. Mention spéciale à Sunshine avec Reggie Watts, roi du stand-up américain et compositeur de talent.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Flight Facilities
  • Album: Down To Earth
  • Label: Win Music
  • Date de sortie: Octobre 2014

I Love You – Lido

LidoPeder Losnegard, aka Lido, est un DJ norvégien de 21 ans dont les remix sont couronnés de succès avec des diffusions en club par Skrillex ou Diplo. Fort d’une réputation de futur grand producteur, il se lance dans la composition avec la sortie de son EP, I Love You.

En l’espace de quatre titres, Lido nous transporte dans un monde entre l’électro, la féerie, Nintendo et la fête. En effet, on retrouve des mélodies entêtantes rappelant l’univers de Mario ou Kirby. Mélangées à des productions électros tout en puissance et quelques lignes de basse comme sur le titre éponyme, I Love You, les compositions de Lido sont terriblement efficaces. Mention spéciale au chant de Muri sur Lost.

Après s’être forgé une réputation en remixant, c’est au tour de Lido avec un EP de remix de I Love You notamment avec Para One. Le tout est accompagné du clip de Money, réalisé par Jam Sutton (Kid CudiAzealiaBanks ou encore Steve Aoki).

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Lido
  • Album: I Love You – EP
  • Label:  Because Music
  • Date de sortie: Juin 2014

Notre entretien avec Talisco

Capture d’écran 2014-10-29 à 20.10.02Songwriter et compositeur de talent, Jérôme Amandi s’est lancé dans la réalisation solo d’un premier album. De cette volonté, le projet Talisco a émergé puis l’album, Run. Rencontré après les balances de son concert au File 7, le Bordelais s’est agréablement livré à mes questions.

Tu as commencé la musique à l’adolescence mais tu as arrêté pendant une longue période. Comment revient-on à un tel niveau, j’entends composition d’un album et concerts, alors que l’on a arrêté pendant un certain temps ?

Franchement, je ne sais pas. J’ai fait de la musique quand j’avais onze ans et j’ai arrêté vers vingt ans pour bosser. Après, est-ce que j’ai vraiment arrêté ? Je bidouillais de l’électro avec un petit ordinateur. Pourquoi de l’électro ? Parce que c’est facile avec un petit ordinateur (rires). Je m’y suis remis depuis quatre ans maintenant et à un niveau de travail important. On y revient avec l’envie et la passion. Si tu as ça dans les tripes, tu y vas et le reste ne compte pas.

Cela te manquait ?

Oui, ça me manquait. Parfois, tu as l’impression de ne pas être à ta place. Quand j’allais à des concerts, j’avais l’impression d’être une espèce de vieux con (rires) en étant toujours en train de critiquer et au final, je me disais à moi-même : « t’es blasé parce que t’aimerais être là, c’est tout ! ». Il y a quelques déclics qui te font te dire que c’est le moment d’y retourner.

Comme tu le disais avant, tu fais de l’électro et tu joues de la guitare. Comment se met-on à l’électro-folk ? Est-ce que cela vient d’un choix ou seulement parce que cela se fait naturellement ?

Je me suis jamais dit : « tu dois jouer tel genre de musique ». La guitare est mon premier instrument et après, j’ai vu passé une MPC 1000, un Roland 909 et plein d’autres trucs que je revendais au fur et à mesure. J’ai même eu des platines, une basse ou un clavier ! Puis, j’ai voulu mélanger tout ça de par ma culture musicale.

Quand on lit des interviews d’autres artistes, ils expliquent qu’ils ont mis des mois ou des années à concevoir un album alors que toi, tu as composé et enregistré Run rapidement. Comment peut-on se dire que l’on fait un album presque dans l’urgence ?

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Californication Teatro Sessions – Red Hot Chili Peppers

Red Hot Chili PeppersLe 8 juin 1999, l’album Californication sort et signe le retour triomphal des Red Hot Chili Peppers. Quinze millions d’albums sont vendus dans le monde et les propulsent au panthéon des groupes mythiques. Album référence, Californication voit depuis quelques semaines fuiter des titres issus d’une session inédite d’enregistrement.

Avec vingt-trois morceaux, la session d’enregistrement au Teatro Studio fut prolifique. On retrouve quelques morceaux présents sur Californication mais avec quelques changements presque anodins comme sur Emit Remmus, Dirt, Scar Tissue, Porcelain Alice ou Parallel Universe. L’intérêt de ces démos est symbolisé par Californication, titre éponyme ayant demandé un travail intense de recherche aux Red Hot Chili Peppers. Entre changements de tonalité, riffs, mélodies et riffs, le groupe était prêt à abandonner le morceau phare jusqu’au jour où John Frusciante arriva avec les accords mythiques. Sur la session au Teatro Studio, on retrouve le morceau mais dans une perspective totalement différente : une rythmique plus prononcée entre rock agressif et reggae, l’absence de background vocal, l’absence de solo et un morceau apparaissant comme beaucoup plus brute. Bien que cette version soit agréable à l’écoute, la perspective d’avoir pu rater un tel monument de la musique fait frémir.

Pour les autres morceaux, la couleur des Peppers est parfaitement perceptible sur ces b-sides inédites avec la dévastatrice relation basse/batterie de These Are Not My Dreams Of BunkerHill, la mélodieuse ballade Tellin’ A Lie, le chant syncopé d’Anthony Kiedis sur Mommassan ou encore le riff doublement joué par la guitare et la basse de Andaman & Nicobar. Avec une telle qualité, on en vient à se demander comment le groupe a réussi à départager les morceaux présents sur Californication et les b-sides. La funk rock est à l’honneur avec le psychédélique How Strong Is My Love mais surtout, sur Sugar Sugar. L’oreille est percutée par la basse slappée de Flea, la guitare syncopée de Frusciante et le phrasé débité par Kiedis. C’est à ce moment que la nostalgie arrive : bien que remplacé par l’excellent Josh Klinghoffer, le mythique John Frusciante manque au groupe, sur le plan de la qualité.

Habitués à l’improvisation et aux jams, les californiens en livrent quelques extraits dans les sessions du Teatro Studio avec les doux Gong Li et New Wave, titres sur lesquels la Stratocaster 1962 de Frusciante déverse ses accords à la perfection. La douceur et la finesse, ce sont des qualificatifs qui ne caractérisent absolument pas Slowly Deeply, jam tout en brutalité et en énergie. Enfin, Right On est la version instrumentale et épurée de Get On Top, morceau funky à souhait présent sur Californication. A l’écoute des sobrement et simplement intitulés jam 1 et jam 2, une telle osmose se dégage que l’on se laisse dériver dans cet univers funk rock. La guitare répond à la basse pendant que la batterie cadre le tout ou accélère comme pour les défier. Il s’en suit des courses-poursuites, des envolées, des breaks. Pourtant, l’improvisation n’est pas que l’apanage des musiciens avec les paroles folles proposées par Kiedis, à l’instinct.

Seize ans après leur enregistrement, les sessions au Teatro Studio des Red Hot Chili Peppers témoignent d’une intemporalité : celle de la composition d’un album mythique, celle d’un guitar-hero, celle d’un bassiste aux lignes de basse démentielles, d’un batteur toujours efficace et d’un phrasé unique entre chant et rap.

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Wonder Where We Land – SBTRKT

SBTRKTL’annonce d’un second album avait suscité une attente gigantesque. Pourtant, Aaron Jerome a poursuivi son travail calmement sous la liquette SBTRKT pour offrir Wonder Where We Land. Le producteur anglais livre un album aussi abouti que le précédent mais plus diversifié. En effet, les amateurs de la première heure seront divisés à l’écoute de Wonder Where We Land alors que les néophytes seront plus facilement séduits.

Le projet SBTRKT permet à Aaron Jerome d’exploiter tous les recoins de son univers musical et notamment à l’aide d’autres artistes aux personnalités musicales puissantes. Comme sur son premier album, le producteur collabore avec un Sampha qui n’arrive pas à livrer d’aussi bonnes performances en solo. Temporary View nous redonnait goût à cette osmose musicale entre les deux artistes avant la sortie de Wonder Where We Land et cela se poursuit sur le titre éponyme avec la voix planante et le piano de Sampha se mélangeant aux beats teintés, paradoxalement, de sentiments électroniques de Aaron Jerome. Gon Stay et New Dorp New York groovent et swinguent avec une basse prononcée rappelant les meilleures lignes de Jaco Pastorius, quelques percussions et quelques accords de synthés colorant l’ensemble. Ezra Koening confirme la pertinence de ses nouvelles collaborations (Chromeo, Major Lazer) et régale avec sa voix fluette et joyeuse. La présence d’autres artistes que Sampha peut décevoir certains fans de SBTRKT car c’est la fin de l’omniprésence de ce dernier sur les projets d’Aaron Jerome, pour le moment. Pourtant, ces nouvelles présences donnent une nouvelle impulsion au projet SBTRKT qui alternait jusqu’alors des beats électroniques et instrumentaux ou des morceaux avec le piano/chant de Sampha. Les voix féminines comme sur Problem avec Jessie Ware modifient la tonalité de l’album et bousculent les codes établis par le premier album de SBTRKT. S’inscrivant dans cette mouvance de flow posés sur des beats électros, on retrouve le jeune rappeur Raury récemment adoubé par Kanye West, Outkast ou encore Kid Cudi, excusez du peu. Sur Higher, son phrasé répond aux percussions électroniques et est sublimé par les chœurs artificiels du producteur anglais. Le jeune rappeur d’Atlanta n’est pas le seul MC américain présent sur Wonder Where We Land avec la surprenante mais terriblement efficace participation d’Asap Ferg sur le jazzy Voices In My Head. Conforté dans sa trap music, le partenaire d’Asap Rocky détonne sur une instru éloignée de ses habituelles.

Wonder Where We Land révèle d’autres facettes de l’univers SBTRKT avec la réduction de l’omniprésence de la relation Sampha/Aaron Jerome. Les voix féminines se succèdent et donnent de l’émotion aux beats électroniques alors que Raury et Asap Ferg les percutent de leurs phrasés syncopés. Ce second album se montre marqué par la pluralité musicale et stylistique mais également par une diminution de la prépondérance électronique avec la présence de nombreux instruments traditionnels (basse, batterie voire violon) et non plus seulement numériques.

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