Eddy De Pretto

Eddy de Pretto – Kid

Eddy de Pretto, ce nom est à retenir. Il a retenu mon attention, en tout cas. Il n’a pas fait que le retenir, en fait, pour être sincère ; il l’a carrément happé ; il a débarqué par le plus grand des hasards dans mon casque audio. Depuis, il ne le quitte plus. Il est passé en boucle, en mode replay sur des journées entières… Il a été le son du matin, quand, le café chaud entre les mains, mes yeux endormis se posaient sur le monde. Il a été le son du soir, quand le quotidien prend fin et qu’il semble nécessaire de se poser, savourer et profiter. Il a été le son du jour ; en roi de la promo ;  quand je le redécouvrais sur des playlists, entourés d’autres sons et qu’il me paraissait sortir du lot. Il a été le son du mois d’août, surtout, quand, émerveillée, je suis tombée sur la nouvelle publication de cette chaîne youtube le bruit des graviers. Je me souviens, j’ai lu le nom, sans le reconnaître, j’ai regardé l’image, en me demandant si ça valait le coup de mettre play. Je l’ai fait et je me suis perdue dans cette voix incroyable et ce phrasé magique.  J’ai été captivée, scotchée, émerveillée, bouleversée par la totalité de ce que je voyais, de ce que j’entendais et de ce que je découvrais.

Eddy de Pretto va nous sortir un  EP Kid, tout bientôt ; le 6 octobre. Je ne sais pas d’où il vient, je n’ai cherché aucune info ; le mystère, ici, a l’élégance d’une main gantée à la fois enivrante et rassurante. Son univers, à lui, à de jolies couleurs ; des tons marqués, assumés et jusqu’ici inconnus. Il a les mots, aussi… Il les a. Oui. Il a un talent fou. Il a les mots des grands ; la puissance qui va avec, l’intensité et la magie de l’interprétation.  Eddy de pretto est à écouter au casque, volume sonore légèrement trop élevé parce que le son est bon, la couche sonore est travaillée et met en relief avec habilité les mots choisis, le choix des mots et elle nous enivre ; suffisamment, en tout cas, pour oublier le reste et ne se concentrer que sur le son qui prend toute la place, la totalité de la place. Ça chasse les pensées, les mauvais souvenirs du jour, les trucs chiants ; on a 20 ans, on est jeune, on s’en fout et si on a mal au ventre, on aura qu’à dégobiller et reprendre la route. Rien de grave. Voilà, ce que fait Eddy de Pretto ; laisser couler le son, le laisser nous agripper et nous rappeler que 3 minutes et quelques peuvent à elles seules contenir l’entièreté du monde et nous rendre vivant.

Nord – Elle voudrait

Je viens vous parler de Nord, parce qu’il a sorti son premier EP depuis quelque temps, maintenant et qu’il est bon… Très bon.  Je me souviens de son concert magistral aux Francofolies de la Rochelle, il y a deux ans. Je me souviens, ensuite, de son set sur le pont. Là, sous la tente. Avec quelques vinyles de l’EP sous le bras. Je me souviens très bien de ce set parce que jusque là, je l’avais écouté au casque. Il y avait quelque chose dans ce son, quelque chose de nouveau, de profond, de sincère et de beau. Je me souviens ; une pote m’en avait parlé, une fois, en s’emballant, comme on le fait toujours quand le coup de cœur musical se fait. Alors, j’avais pris mon casque audio, je l’avais branché et je l’ai écouté, lui, Xavier Feugraysous le pseudonyme de Nord. J’ai écouté ce son, cette voix et j’ai compris ma pote… Oui, on s’emballe quand le cœur a été atteint. Alors, là, sur le pont, sous la tente, moi, j’étais toute impressionnée de le voir de tout près. Il n’était pas encore vraiment connu. Personne ne connaissait ni ce visage, ni ce nom. Alors, on était un tout petit paquet de gens, là, à s’abriter du soleil sous cette tente et à tendre l’oreille. On était quelques privilégiés à le regarder avec sa grande guitare nous chanter de belles choses de sa belle voix avec ce qu’il faut d’électro pour magnifier le tout. Il était beau, là, devant moi. Et elle était belle sa musique. Profondément belle. J’ai continué longtemps à l’écouter dans le casque audio, à me souvenir du privilège de voir des grands artistes quand ils en sont au début, quand le monde environnant ne perçoit pas encore la grandeur parce qu’elle est encore un peu caché par l’anonymat. J’ai continué longtemps à l’écouter, lui, à écouter ses paroles françaises d’une qualité rare en savourant le plaisir de le faire découvrir à des gens qui ne le connaissent pas encore.

J’ai envie de conseiller chacun des titres de l’EP tellement ils sont géniaux. J’ai envie de parler du titre Mémorable qui est incroyable. J’ai envie de parler de Temps mort pour cette voix particulière, ce son. J’ai envie de parler de l’amour s’en va pour les notes lancinantes qui entraînent. Mais je vais surtout conseiller le titre Elle voudrait parce qu’elle est venue, un coup, sans prévenir prendre la forme que je lui donne, maintenant. Je l’avais souvent entendue sans m’y sentir pleinement dedans. Ce fût le cas, dernièrement. Je continue à croire que certains titres sont  liés à des moments de vie et qu’ils ne nous parlent que lorsqu’on est prêt à écouter. Ils s’immiscent dans nos vies, à des moments précis et ils les dessinent avec une pointe argentée. Nord le fait avec une telle délicatesse ; il s’immisce, d’abord timidement ; il arrive sur la pointe des pieds, tout doucement. On le croit autre, au début. On l’imagine pop française ; un de ces énièmes chanteurs un peu fades qu’on écouterait comme ça, juste parce que « ça passe bien ». Et puis, à un moment donné, on l’écoute, pour de vrai. On sent que ce son à quelque chose en plus, que la voix nous parle, qu’il y a une profondeur dans le texte. Alors, on le laisse prendre la parole dans le casque audio et on lui donne toute la place, même, parce qu’arrive le moment où on le sait ; Il est bien trop grand pour être limité.

Sous le choc King Krule

King Krule… Ce mec-là, il  a déboulé par le plus grand des hasards dans mon casque audio et depuis, il ne le quitte plus. Il trône en maître absolu dans ma playlist. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas emballée à ce point sur un son. Là, j’ai l’impression d’être aux prémices d’une grande histoire d’amour… pour de vrai, en plus. Il a débarqué avec son titre easy easy, et moi, j’étais toute impressionnée par sa voix, cette façon un peu grunge, un peu punk de dire les choses sur un son qui ne l’est pas. Un son trip-hop dans ce qu’il a de plus beau. Parce que le mélange, là, il est surprenant, il est génial.

Chez King Krule, on y sent de tout. Un coup, on y sent une pointe de folk. Un coup ça pourrait ressembler à du rap. Un coup ça pourrait même s’apparenter à de la pop. J’y vois  même du rock psyché, des fois ! Voilà, ce mec-là, il est rien de tout ça et tout à la fois. Il  débarque et il te refait le monde avec du son. Elle n’existe pas ailleurs, sa musique à lui ; cette façon un peu nonchalante et envoûtante d’aligner les mots avec un son changeant, en vague. Un coup il semble cracher sa bile, un coup, il semble te balancer le truc, l’air de rien. King Krule est un génie pur souche. Un vrai de vrai ! Alors, il faut être préparé parce qu’à la toute première écoute, on est certes captivé mais un peu déstabilisé, quand même, parce que sa musique, elle ne va nulle part, parce que ça n’avance pas, ça ne décolle pas ; c’est lent, affranchi. Alors, il ne faut pas chercher, pas intellectualiser, il faut se laisser aller, se laisser surprendre et surtout lâcher prise. Oui, surtout ; lâcher prise. C’est cela que King Krule fait ; se débarrasser des codes et nous obliger à le faire. Peu importe bien où se situe sa musique et dans quel univers musical on pourrait le mettre. Peu importe bien où on va, où il nous emmène – le sait-il vraiment, lui ? – plus rien n’a d’importance. L’instant prime sur la totalité des choses. C’est un peu comme si on se baladait dans la ville sans but si ce n’est de se balader et d’être là. Juste ça, en fait ; se sentir là, vivant, présent. Il y a du Kerouac, chez King Krule ; cette façon particulière d’être et qu’on a nommé Beatnik, longtemps ; cette façon d’accepter la vie comme elle vient, de raconter sans se soucier des codes et de la lecture ; en étant complètement vrai, en ayant l’honnêteté de l’instant. Kerouac, il écrivait à l’instinct, ne se relisait pas, il avançait dans son histoire sans chercher à la définir. Il n’y a même pas de début, de milieu, de fin, même pas d’intrigue dans son bouquin  Sur la route.  Il écrivait comme on joue du Jazz, en improvisant avec le beat et King Krule le fait, aussi. Et c’est beau. C’est même profondément beau, en fait.

J’ai, donc, cherché des infos sur ce génie du son et de l’instant ; j’ai découvert qu’il a commencé sa carrière sous le pseudonyme de Zoo Kid en 2010 et qu’aucun des deux albums n’a été publié mais le son semble être à l’écoute gratuite sur son site, écrit-on sur la toile. Puis, en 2011, le pseudonyme King Krule nous sort trois albums sur les trois années qui suivent. Et enfin, en 2015, il débarque avec son vrai nom Archy Marshall pour nous sortir encore un opus. Moi, je le découvre avec le pseudonyme King Krule et son album magique Six feet beneath the moon sorti en août 2013, sous le label XLrecodings (à qui on doit de belles publications ;  Radiohead, Sigur Ròs, The Prodigy, Beck, pour ne citer qu’eux)  je ne connais rien d’autre de lui, pour l’heure, mais il est évident que je vais me plonger dans sa musique dès que j’aurai fini de taper ces quelques lignes parce que ce prodige anglais, à peine âgé de 23 ans, vient de me taper dans l’œil comme jamais… Je dois admettre la chose ; Le cœur a été atteint. Et de la plus belle des façons, je dois dire.

Je laisse à l’écoute le titre Neptune Estate parce qu’il frôle la perfection, qu’il tourne en boucle dans mon casque audio, depuis que je l’ai découvert et parce que je pense que c’est le titre le plus accessible pour une première écoute de King Krule. Et je laisse à l’écoute, un autre sublime titre de l’album Six feet beneath the moon ;  Easy easy pour le phrasé magique et cette sensation particulière de liberté absolue qu’il laisse, après coup.

Ben Mazué – J’arrive

Ben Mazué c’est une musicalité de dingue, un phrasé unique et des textes magiques. On en a déjà parlé, ici, pour son premier album, puis pour le deuxième. C’est dire combien on aime cette voix-là ! Et pour le plaisirs de tous, mais égoïstement, j’ai surtout envie de parler du mien : un troisième album est en préparation ! Sortie prévue ; le 15 septembre. Je sais. C’est loin… Mais il fait plutôt bien les choses puisqu’il nous diffuse ici et là, quelques titres du nouvel album.  Et c’est par hasard que je suis tombé sur le titre  J’arrive. J’avais déjà entendu la perle musicale qu’est  La liesse est lovée alors oui, je dois avouer que je le savais clairement bon, ce nouvel opus mais là, je suis restée scotchée, quand même… Ce titre-là, il est magique ! La construction y est incroyable. Il y a une montée en puissance. Une sorte de libération finale qui me l’a fait écouter en boucle sur des journées entières.

Ce titre-là, on l’écoute avec émotion et on en sort avec une force qu’on ne soupçonnait pas. Il commence avec une mini intro, juste le temps de se plonger dans l’écoute, juste le temps de faire taire le reste du monde et là, il y a sa voix, à lui, qui se pointe 7 secondes après. Elle est belle cette voix. Elle est douce, ronde, chaleureuse. On a envie de l’écouter. On y sent une profondeur, quelque chose. On a envie de tout entendre, de tout comprendre, aussi. On est prêt, en tout cas, puisqu’elle arrive suffisamment tôt pour nous surprendre et suffisamment tard pour nous donner confiance. Et elle nous parle… elle emploie des jolis mots dans un phrasé typiquement Mazuéen ; quand la voix crée à elle seule une musique.  Et là, à 35 secondes, le refrain débarque. Et il est beau. La musique y est réduite. La voix parle. Elle est touchante. Le texte l’est. Indéniablement ! Attend-moi le monde… j’arrive…j’arrive… j’arrive… je réveillais l’espoir. Attend-moi le monde, j’arrive…j’arrive…j’arrive… je cherchais en qui croire.  Il y a quelque chose dans la voix, une lutte, une attente, aussi, un espoir, surtout. Et puis, quand on croit avoir saisi le message, quand on est bien installé dans le titre et que la fin du refrain se fait, à 1min42, on croit à un final. Tout a été dit. On est prêt à l’accepter, du moins. Mais non, il  y a un enchevêtrement de voix, comme un murmure d’abord, qui s’insère, s’insinue, se faufile. Puis, les voix se font plus fortes et on entend; Dès qu’ils te disent que c’est foutu, tu les fais taire. Change. Invente. Arrache. Créé. Charge. Cogne. Balafre-les. Dès qu’ils te disent que c’est foutu, que c’est foutu, tu les fais taire.  Et alors, on se sent combatif, conquérant, prêt à tout.  Ben Mazué vient de nous donner la force. Il a réveillé l’espoir. Et il vient de nous donner les mots qui nous manquent, parfois, pour le faire. Merci !

Je laisse donc le lien de ce sublime titre, avec en bonus, la version live avec Guillaume Poncelet pour le magnifique piano et pour la gestuelle de Ben Mazué qui rend la chose encore plus magnifique.

Jesca Hoop – Memories Are Now

Il y a des artistes qu’on découvre par le plus grand des hasards et qui, pourtant, laissent à coup sûr une empreinte dans nos vies. Des artistes qui nous embarquent en deux-trois titres écoutés dans le casque audio, et dont on susurre le nom amoureusement sans s’en rendre compte avec l’air un peu abruti qu’on peut avoir quand le coup de cœur commence à se faire sentir. Je me revois totalement le faire avec elle, en plus… Elle, c’est la sublime Jesca Hoop. J’étais à la recherche de son.  L’habitude des fins de journées de boulot, quand tu veux un peu sortir de ta vie quotidienne, que tu ouvres milles et un onglet à la recherche de la musique qui va définir ta soirée. Le son du jour. Celui qui prendra le pas sur tous les autres. Celui que tu écouteras le lendemain, en buvant ton café et en souriant. Celui qui traînera dans ta boîte crânienne toute la journée et qui te donnera la force qui te manque, parfois, pour supporter les petites choses désagréables du quotidien. Dans mes onglets, j’avais le dernier album de Jesca Hoop fraîchement publié par le magique label qu’est Sub pop. Je dois avouer, presque honteusement, que je ne la connaissais pas avant cet opus, malgré une dizaine d’années de carrière et une demi-douzaine d’album au compteur. Je dois donc remercier ce label de m’avoir permise de la voir débouler dans mon casque audio. Je ne dirai jamais combien ce label est talentueux et combien il compte de perles musicales ! Jesca Hoop en est une. Une vraie et véritable perle musicale à écouter d’urgence si on n’est pas encore en train de le faire…

Memories are now est un album difficile à décrire. Vraiment, difficile.  Il y a que les titres défilent sans jamais se ressembler. Un coup, on la sent pop légèrement déjantée mi- Fiona Apple mi- Kate Bush (Animal kingdom chaotic) et un coup on la sent folk façon Sallie Ford (Cut connection, Simon says). Jesca Hoop marie les genres et le fait à merveille. Entre la candeur de la pop et la mélancolie de la folk, il y a Jesca Hoop ; ce mélange parfait de pop sucré et de folk un peu amère. Rares sont les perles musicales à se faufiler d’un genre musical à un autre avec autant de talent et encore plus rares sont celles avec lesquelles on se laisse aller avec autant d’aisance. Peu importe bien l’étiquette, au fond, tant que le son est bon. Il l’est, ici. Il est profond. Il est majestueux. Il élève… Il rend le quotidien un peu plus beau, un peu plus souriant, aussi. Il a une jolie couleur grâce à elle, en tout cas. Ce qui est à retenir, surtout ici, c’est cette musicalité incroyable, cette voix surprenante et ce nom ; Jesca Hoop. Il est, à présent, pour moi,  gage de qualité dans le casque audio. Elle y est reine, dans le mien, en tout cas. Pour preuve, je laisse à l’écoute, le sublime titre Memories are now.

Notre entretien avec Cléa Vincent

Cléa VincentCléa Vincent c’est clairement mon coup de cœur musical de l’année 2014 ; elle était reine de promo dans mon top 4, elle l’est à vie dans mon casque audio. Après deux excellents EPs, sorti en mars et en octobre 2014, sa prochaine actualité c’est un album et ça, c’est cool ! Vraiment cool ! C’est un peu la bonne nouvelle pour une nana, comme moi, qui l’écoute en boucle, en mode replay sur des journées entières. Il y a que la pop devrait ressembler davantage à ce que Cléa Vincent en fait ; une pop colorée, volontairement naïve qui n’est pas là pour apprendre, dire ou expliquer mais pour ressentir, déployer, évincer les emmerdes quotidiennes, les camoufler, les maquiller et rendre la vie plus douce. Voilà ce que fait Cléa Vincent, elle ralentit le tempo, le façonne autrement, le rend plus sympa, plus beau, plus lumineux… Et quand l’air rempli les poumons et que le soleil semble pointer le bout de son nez, on se rend compte, en fait, que les textes sont plutôt tristes. Alors, on a envie de la remercier, elle, d’en avoir fait une danse…

Nul besoin donc de préciser à quel point j’aime sa musique… Et quand le coup de cœur atteint son apogée, la curiosité prend le dessus. On a demandé, on l’a eût ; Cléa Vincent a gentiment répondu à nos questions.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur la façon dont tu t’es lancée dans la musique ?

Cléa Vincent : J’ai commencé le piano à 5 ans au conservatoire de Bourg la Reine. J’aimais beaucoup le jazz étant enfant. J’en écoutais énormément. J’aimais bien la chanson française aussi ; Julien Clerc, Alain Souchon, Renaud, Dick Annegarn, Véronique Sanson. J’ai beaucoup écouté les Cure, j’ai beaucoup écouté Radio Nova qui passait des groupes black groovy, puis au moment des boum, vers mes 14-15 ans, j’ai vrillé musique électronique, Daft Punk, Phoenix, Air, Benjamin Diamond, Mojo, Cassius etc. Plus tard vers 18 ans, mes copains DJ se sont mis à passer de la minimal dans des soirées secrètes. Puis un dimanche soir, il y 5 ans, j’ai atterri à une scène ouverte du Popin, un bar rue Amelot à Paris et c’est là que je me suis mise à écouter de la pop et à trainer aux concerts. C’est à ce moment précis que j’ai eu envie de monter sur scène et de chanter mes chansons. Voilà pourquoi ma musique est électro pop, dansante et en français avec des influences jazz…

Et la rencontre avec ton label Midnight Special Records, ça s’est passé comment ?

Victor le patron de Midnight Special Records m’a découvert dans une scène ouverte, le bar s’appelait la Faille. Il m’a contacté par facebook pour me faire jouer dans un festival qu’il organisait au Combustibles. Puis il m’a fait enregistrer une cassette audio de reprises yéyé french riviera. Et on est devenu ami, et aujourd’hui j’ai décidé de faire l’album sur ce même label parce que jusqu’ici je n’ai rencontré personne d’aussi ouvert, avec autant d’idées et une telle vision de la musique.

Avant les sublimes EPs que tu as sortis, y avait-il d’autres formations ?

En parallèle de « Cléa Vincent » j’ai trois autres groupes : Cléa et les coquillages (yéyé french riviera), Les chansons de ma tante (punk-new wave en français) et A la mode (jazz). Ce sont là différentes façons de m’exprimer, je chante toujours en lead, sauf dans A la Mode où je ne chante pas, je fais seulement du piano.

Ta musique elle est un peu schizo, quand même, il faut l’avouer… Les paroles sont plutôt tristes sur un son entraînant. Une façon de se dévoiler sans le côté mélo ou de dédramatiser la chose avec un « on s’en fout, viens danser » ?

Alors, la mélancolie est un de mes traits de caractères principaux, effectivement. Je suis aussi très romantique. Mais ce que j’aime avant tout c’est la légèreté d’esprit, la rigolade. Donc mes chansons sont rythmiquement entrainantes, avec des accords mineurs, et des textes qui expriment souvent la douleur sentimentale…. Mais j’essaye de ne pas être pathétique, j’essaie d’imager le plus possible, de camoufler la mélancolie à travers des métaphores…des personnifications. Par exemple, le titre Méchant Loup.

Je découvre avec un plaisir à peine dissimulé que tu es en studio pour un album. Il est prévu pour quand ? Y a-t-il des collaborations avec d’autres artistes sur certains titres ou c’est du Cléa Vincent en solo ?

Oui je suis en train d’enregistrer mon premier album en collaboration avec Raphael Léger du groupe Tahiti 80. Nous composons et réalisons tout à deux. C’était déjà le cas sur les deux EP’s. L’album est prévu pour janvier 2016. Et j’ai tellement hâte !!!!!

J’aimerai bien que tu m’expliques le cas de la chanson « Happée coulée » que tu as écrite en collaboration avec KIM et qui se retrouve sur l’album de Luce. Est-ce qu’on pourrait rêver à une possible version made in Cléa Vincent sur ton album ?

J’ai composé avec Kim le morceau Happée Coulée. Il a beaucoup plu à Luce qui cherchait des chansons pour son premier album. Avec Kim nous étions trop heureux que happée coulée soit chanté par Luce car nous l’aimons beaucoup, elle est géniale. Je le joue moi aussi en concert, mais je ne pense pas le mettre sur l’album.

La dernière fois, on s’est rencontré après ton concert à la rue des Bains à Genève pour le magazine Ours, peux-tu me raconter l’histoire derrière cette collaboration ?

J’ai rencontré Amanda Oliva Cala du magazine Ours dans un concert en appartement à Paris, elle m’a offert des pan cakes de couleur parce qu’elle aimait ma musique. J’ai adoré ce cadeau, et depuis j’ai fait la musique de son court métrage, Prends ton sac et tire toi et j’ai joué dans son bal à Genève. Et je l’admire beaucoup pour son travail de stylisme. Elle a un talent fou, je pense qu’elle ira loin !

Et enfin, dernière question s’il ne fallait retenir qu’une chanson de tes deux EPs pour te définir, ce serait laquelle ?

Je suis totalement château perdu. Le château c’est mon cœur et il est un véritable artichaut.

Une version améliorée de la tristesse – Peter Peter

Peter PeterPeter Peter c’est une jolie pop qui nous provient du Canada. Entendue tout d’abord sur le premier album éponyme sorti en 2011 puis, sur le sublime deuxième album Une version améliorée de la tristesse, sorti en 2012. C’est sous l’excellent label Audiogram, à qui on doit, notamment, Salomé Leclerc, Ariane Moffatt, Karkwa et tant d’autres, que Peter Peter se dévoile, se met à nu dans des textes mélancoliques et profondément beaux qui pourraient provenir d’un éternel romantique à la jeunesse déstructurée façon James Dean version fureur de vivre ou d’un poète maudit dans les vapeurs d’alcool pour qui la prose est une façon de vivre. Il y a que le québécois a le talent des grands et les déchirures qui vont, parfois, avec. Il y a que Peter Peter sait se raconter et qu’à travers lui c’est un peu nous, aussi, qu’il raconte…

Il est beau ce son. Profondément beau. Et quand on le croit trop tranquille, trop imbibé de mélancolie, il change, se mue et devient plus électro, plus vibrant, sans jamais, pourtant, que ne décline la qualité incroyable des paroles françaises.  Peter Peter c’est juste ce qu’il faut de mélancolie les jours de pluie. Juste ce qu’il faut de synthé pour magnifier la voix. Juste ce qu’il faut de douceur pour apaiser les brûlures et les ecchymoses. Juste ce qu’il faut de talent pour que le son coule et nous bouleverse.

Pour preuve, je mets à l’écoute le sublime titre Une version améliorée de la tristesse ainsi que le tout aussi sublime titre Beauté baroque.

Informations complémentaires

  • Titre: Une version améliorée de la tristesse
  • Durée: 3min 56s
  • Artiste(s): Peter Peter
  • Album: Une version améliorée de la tristesse
  • Label: Audiogram
  • Date de sortie: Février 2014

Demain – Lise Martin

Lise MartinOn est en décembre 2014. Il fait sacrément froid. Je suis au festival La teuf s’amuse, à Genève. On est sur un bateau. Sur le lac Léman. Prix d’entrée 20 francs suisse. (19 euros et quelques) pour 3 groupes programmés. Je trouvais le prix cher. J’y allais essentiellement pour un groupe genevois. Ça faisait cher le groupe à découvrir. Mais j’y suis allée. En retard, comme à mon habitude… j’ai donc loupé le premier groupe. Il me restait à voir le groupe pour lequel je m’étais déplacée. Prise entre les bières et les cigarettes, j’en ai loupé leur entrée sur scène. Je me suis énervée. Moi qui trouvais l’entrée cher, je n’étais même pas foutu de suivre, au moins, les groupes sur scène… Je m’en suis voulu. J’ai vu le groupe qui m’intriguait. On va le citer quand même ! Capitaine etc.. Le son est bon, en plus, donc, oui, on va le citer.  Et puis, prise dans les rencontres, les amis, les autres bières, les autres cigarettes, j’en ai zappé le dernier, de groupe. Puis, arrive le moment « prise de conscience » où le prix du billet me revient en tête et où je me dis que quand même, là, ça fait cher la soirée sur un bateau à ne voir qu’un groupe sur trois. Alors, j’y vais. Je pousse la porte. Dans la pénombre, les lumières de la ville se reflètent sur l’eau. C’est beau. Je vois ça de loin. Les fenêtres. La foule. Puis, eux. Il y a une violoniste incroyable, un guitariste qui tambourine sur des pédales et devient percussionniste, au passage. Et puis, et puis il y a cette voix, cette chanteuse de talent. Une partie du public est assis, devant. Les autres, sont calés contre les piliers ou contre les fenêtres embuées. La hauteur sous plafond est de 1m80, maximum et j’ai l’impression soudaine d’entrer dans un autre monde. Quelque part, dans cette soirée mouvementée, tout s’est apaisé, tout s’est calmé. Et moi… moi, je suis restée là, bouleversée. Elle était là, elle, sur la scène, avec cette voix, cette voix incroyablement touchante avec laquelle elle dit des choses un peu tristes mais sacrément belles. Elle, c’est Lise Martin. Elle, c’est une sacrée voix. Une voix sacrée, même. Elle, c’est des paroles incroyables. Elle, c’est de la poésie en musique. Elle, c’est la perle musicale qui me manquait. Un mélange troublant d’accent d’un autre âge et de modernité qui dépoussière le genre sans le décaper. Elle, c’est mon dernier coup de foudre musical de l’année 2014.

Du coup, fascinée, je cherche des infos. Je découvre que Lise Martin existe depuis 2007. Avant ça, elle chantait en duo avec sa sœur. Je découvre un premier EP Gare des silences sorti en 2010. Je découvre que sur scène, en fait il y a un guitariste, Cyrille Aubert, un violoncelliste, Francis Grabisch, une violoniste, Florence Breteau et de temps en temps un percussionniste, Luc Ginieis. Je découvre donc que le concert genevois était en formation réduite. Et puis, je découvre qu’ils ont sorti un album en 2014 titré Déments songes. Un vrai de vrai. Un double album 12 titres x 2 que je peux donc écouté au casque, troublée, émue, fascinée et bouleversée… parce qu’écouter Lise Martin c’est se plonger au-dedans, se blottir confortablement dans un fauteuil et écouter des histoires qu’on nous raconterait au coin du feu, une tasse fumante entre les mains. On la dirait d’un autre temps, d’une autre époque tant cette qualité-là est rare, à présent. Elle a des accents façon Barbara et on la dirait croisée Brel quand, sur scène, elle nous raconte avec une émotion, une énergie qui semble étrangère au bout de femme, là, qu’on voit devant nous. On la dirait sortie des années où la musique avait l’audace de dire, où la musique avait un pouvoir, où les voix avaient de l’importance, une émotion, quelque chose en tout cas. A présent, la chanson francophone comme on l’appelle, comme pour moderniser le terme chanson française, semble plutôt fade, la guitare se gratte, le son devient plus important que le sens et parfois, même souvent, je me demande ce qu’on en a fait, du français, du pouvoir des mots et de cette façon particulière de raconter. Alors, quand je vois débarquer sur scène une personne comme Lise Martin j’ai envie de la remercier de redorer les lettres, de les redécorer, même. Parce qu’elle en a le talent, le pouvoir, la magie. Et parce que je lui donne tous les droits, aussi… il faut l’avouer. Mais c’est tellement mérité !

Je propose à l’écoute le titre Demain tiré de l’album Déments songes pour ces paroles françaises magnifiques, ce son, ces cordes et cette jolie façon de faire de la musique. Et je conseille fortement le titre L’orage pour ce phrasé magique. 

Informations complémentaires

  • Titre: Demain
  • Durée: 3min 18s
  • Artiste(s): Lise Martin
  • Album: Déments Songes
  • Label: Lise Martin
  • Date de sortie: Avril 2014

33 ans – Ben Mazué

Ben MazuéSouvenez-vous, Ben Mazué avait sorti un excellent premier album en 2012. Je me souviendrai à vie de cette rencontre musicale dans mon casque audio. Ça commence toujours de la même façon ; je traîne sur Internet, sur youtube, je sélectionne, j’écoute, je passe. Les artistes se bousculent en masse dans l’casque audio, l’un chassant l’autre avant d’être lui-même chassé. Il y a que la musique doit me parler, me raconter. Si elle n’a pas l’once d’un pouvoir magique, je zappe. La musique a trop de force pour la laisser couler avec le premier artiste venu. J’ai donc passé pas mal d’artistes, que je ne citerai pas, et puis… et puis, j’ai découvert Confession d’un rap addict dans une session de GentleMec.com

Et là, moi, je suis restée scotchée par cette voix, ce mec, ce talent incontestable et cette façon de jouer avec sa voix qui fait que même sans guitare, c’est musicalement magique !  Bref, je suis tombée amoureuse de ce mec, de sa voix, de ce son, de cette fausse nonchalance. J’ai donc acheté son album, impressionnée que j’étais par les titres magiques que j’y découvrais et cette façon de raconter.

Depuis, Ben Mazué a sorti un deuxième album, en 2014, intitulé 33 ans. Je l’ai acheté très rapidement sans me soucier de savoir si les titres me plaisaient. Je marche à l’artiste, pas à un titre. Si un titre me plaît, c’est l’artiste en lui-même qui me plaît car ma foi s’il a été capable de me toucher avec une chanson, il y a de forte chance pour que le talent découvert se retrouve ailleurs, aussi. Je l’ai écouté longtemps sans me défaire de cette voix. Il y a plus de slam, sur celui-ci, d’album. Ça m’a dérangé. Je n’aime pas le slam quand il a le goût trop prononcé du slam. Il est comme un moment de poésie, un instant T, un présent sans lendemain et quelque part, ça me dérange de pouvoir le réécouter. La magie n’opère plus, une fois écouté. J’ai donc été déçue. J’ai mis le précieux sésame dans sa boîte et je l’ai rangé dans ma collection de cd. Quelques mois plus tard, à force de le voir là, dans mes cds, je me suis dit que je devais lui redonner sa chance. Parfois, le moment prime sur l’artiste. J’ai donc repris le disque, je l’ai remis dans le lecteur et pendant que je m’allumais une cigarette, sans trop y croire, j’ai écouté le premier titre de l’album L’onde et je suis restée scotchée. Ma cigarette s’est consumée toute seule, pendant qu’émerveillée je redécouvrais cette voix, ce son, cette magnifique façon de raconter, ces accents Mazuéen qui m’ont fait tant l’aimer. Alors, j’ai écouté ce titre en boucle pour me rappeler combien la musique est, avant tout, une histoire d’amour et à quel point, souvent, on n’y comprend rien. A quel point, un titre est fait pour un moment précis et pas un autre. Il m’a fallu une deuxième écoute, un autre instant pour le comprendre, le savourer et l’aimer.

Je propose donc à l’écoute le sublime, le merveilleux titre L’onde pour ce son qui coule et qui semble si serein malgré ce refrain lancinant du début. J’ai envie d’ajouter le très beau titre qu’est vivant parce qu’il a quelque chose de magique, parce qu’il me touche, parce qu’il est beau ce son et qu’il ressemble davantage à ce que j’avais aimé de Ben Mazué sur le premier album ; des textes français de qualité et juste ce qu’il faut de musique pour les mettre en valeur.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Ben Mazué
  • Album: 33 ans
  • Label: Columbia
  • Date de sortie: Septembre 2014

le TOP 2014 de Vanessa

TOP2014Voici mon top 4 cuvée 2014… Et il faut le dire, elle était sacrément belle cette année !  Comme chaque année, je peine à le définir, ce top 4… Je voulais faire figurer Lyla Foy parce que son album est magique ! Je voulais y voir aussi Christine and the Queens, parce que… parce que ! Et j’aurai beaucoup aimé dire combien Marina Quaisse m’a bouleversé… Ou parler de ce magnifique dernier album de Carrousel… Ou remercier Benoît pour l découverte de Natalia King… Mais après quelques jours de réflexion et d’écoute intensive, je me suis dis que la chose la plus honnête à faire dans ces cas-là, était encore de mettre les titres qui sont passés le plus de fois, en mode replay, dans l’casque audio. Les voici, donc, avec Cléa Vincent en reine de promo !

Château perduCléa Vincent

Bodies at bayCold Specks

J’ai plongé dans le bruitBaden Baden

L’ondeBen Mazué

8th of July – Marina Quaisse

Marina QuaisseOn est un 8 juillet, le bateau est prêt à quitter le port. Le voyage intérieur est lancé et nous, on est pris entre cette descente aux enfers du marin et cette question incessante ; suivra-t-il la sirène, l’ensorceleuse maléfique ? Voilà comment pourrait être résumé le premier album de Marina Quaisse ; une histoire un peu sombre avec quelque chose de lumineux, une clarté obscure, en quelque sorte… quelque chose de fort, en tout cas. Une histoire contée de façon magnifique et qui semble non seulement résonner en nous mais, aussi et plus curieusement, nous transporter quelque part, au fond des océans, là, où l’obscurité des profondeurs nous empêchent encore d’apercevoir  les merveilles colorées du monde marin. On est dedans, en tout cas, envoûté par ce premier album.

J’avais  découverte cette violoncelliste de génie sur le lancement de son premier titre 8th of July, écouté au hasard de mes recherches de son sur Youtube. Et je me souviens avec quelle intensité ce son m’avait apparu dans le casque audio ; j’aime le trip-hop, j’aime moins quand il n’y a pas de voix, de parole mais là, l’instrument prend ce rôle-là et il le prend divinement bien, je dois le dire. Ici, la musique est intérieure, elle se savoure au casque, dans une intimité toute personnelle. Un besoin, surtout, de calmer le chaos du dehors et de s’installer confortablement pour écouter l’histoire. On est d’abord, intrigué, suspicieux, aussi, il faut l’avouer, l’image paraît sombre et perturbante mais plus on laisse couler le son, plus il nous enveloppe et plus il fini par nous bercer. Comme un couloir tortueux, on s’y glisse avec précaution, on cherche à définir le décor pour mieux l’appréhender, on avance, oui, mais sans se laisser faire, en étant encore maître absolu de son corps, de ses jambes et de cette avancée lente et tranquille. Sauf, qu’à un moment donné, la sirène devient un peu trop attirante, un peu trop proche, alors, on le sait, c’est bien elle, Marina Quaisse qui nous embarque et nous fait avancer où elle veut que l’on soit. On perd le contrôle sans que ça nous effraie plus que ça, la qualité sonore est trop belle pour que la suite ne le soit pas. J’ai écouté la totalité de l’album sur des journées entières et à chaque fois, je suis embarquée. A chaque fois, la sirène m’attire au fond des mers. Il est beau ce premier album. Il est génialement beau, même ! Et ça me fait dire que la violoncelliste qui avait collaboré avec Wax Tailor, à l’époque, a  un petit quelque chose en plus et une jolie histoire à nous raconter. Et puis, on y découvre une autre perle de l’excellent label Phonosaurus Records, puisque Mattic collabore à deux titres sur cet album. Quand on sait que Marina Quaisse apparaissait, aussi, sur son album à lui, on ne peut qu’apprécier le son quand il est si magiquement bien dessiné par deux excellents artistes.

Je propose donc à l’écoute le sublime titre 8th of July pour cette ambiance, ce son magique et cette qualité musicale qui me fait dire que l’album The legend of sirena résonnera encore longtemps dans mon casque audio. Pour toujours ? Peut-être bien…

8th July tiré du premier album de Marina Quaisse, sorti le 29 septembre 2014, est à l’écoute…

Informations complémentaires

  • Titre: 8th of July
  • Durée: 3min 40s
  • Artiste(s): Marina Quaisse
  • Album: The Legend of Sirena
  • Label: Phonosaurus Records
  • Date de sortie: Septembre 2014

Bûcheron – Zippo

ZippoOn est en 2013, je découvre le titre C’est les soldes de Zippo.  J’en prends plein les oreilles, le phrasé a quelque chose de magique et les mots choisis dénoncent avec un talent de conteur qui rappelle les plus grandes heures du rap français. Alors, je me mets à chercher davantage d’info sur Zippo et je découvre que son EP, sorti en 2012, est en téléchargement gratuit. Ça m’étonne.  J’y vois un essai. Un EP pas fini ou quelque chose dans le genre qui ferait dire à l’artiste, lui-même, que ça ne vaut pas le coup de payer pour l’effort fourni. Je trouve ça étrange. Alors, je télécharge, curieuse. Et là, je tombe des nues, la qualité sonore est incroyable, le phrasé du jeune homme vaut le détour et pallie avec brio la pauvreté du rap français actuel. D’un coup, dans mon top rap français, Zippo tient la première place. Et il y est resté sur des journées entières, des semaines, des mois, même. Son EP Bûcheron a tourné en boucle, et quand ce n’est pas dans sa totalité, il s’est dispersé dans mes playlists. Je l’ai écouté au casque, volume à fond, fascinée. Il a tourné dans la voiture en relief sonore aux paysages urbains qui défilaient derrière la vitre. Il est passé en mode home-cinéma 4 haut-parleurs dans mon salon. Bref, son EP à tourner en boucle, partout chez moi ! Ici, on dénonce mais de la plus belle des façons, avec une histoire. Une histoire qu’on découvre au fil des sept excellents titres que contient cet EP. Une triste histoire, en fait, celle de l’humanité. Ça commence gentiment avec l’idée que le système est merdique et qu’il serait bon de s’en éloigner et ça fini en apocalypse, en fin du monde.

Ici, on déglingue le monde dans lequel on vit, on le fusille du regard, on l’éloigne, à coup de hâche. On le conte avec une aversion viscérale. On l’imagine parti en fumée. On imagine des lierres recouvrir les buildings et des singes squattant la tour Eiffel. Oui, il est sombre cet EP. Il est dur. Il est viscéral. Cynique. Désabusé. Profondément pessimiste, aussi. Mais, dans la noirceur opaque de demain, Zippo éclaire. La lame tranchante, la rime acerbe, les mots cogneurs, Zippo débarque, hache sur l’épaule, sourire en coin et il nous dit : Dans un premier temps, nous verrons comment couper du bois. Ensuite, je vous apprendrai à allumer un feu.  Et quelque part, on le vit, ce désastre-là, avec lui. On perçoit la vérité dérangeante qui s’immisce, petit à petit, dans le casque audio. On comprend son message, cette volonté de dézoomer, de réaliser, de réfléchir. Puis, quand vient la fin, du monde et de l’EP, il y a une renaissance, une prise de conscience, du moins, quelque chose qui nous rend étrangement plus fort, plus sûr et moins hésitant. Et là, la touche replay du lecteur devient essentielle à notre survie…

Je propose à l’écoute, les excellents titres Maintenant j’ai une hache  et Des singes dans la tour Eiffel pour le choix des mots, le son, le phrasé et pour toutes les raisons qui me poussent à vous en parler.

Les titres tirés de son EP Bûcheron est à écouter juste après le break

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Non mais oui – Cléa Vincent

Cléa VincentA l’époque, Cléa Vincent avait retenu mon attention avec le titre Michaël qui m’avait pas mal intriguée pour tout dire. Je n’arrivais pas à la situer dans mon monde musical. Un coup j’aimais, un coup je trouvais la voix trop enfantine, trop naïve, trop pop.  Puis, j’ai découvert qu’elle était à l’origine du titre Happée coulée de Luce puisqu’elle en est l’auteure originale avec KIM et là, j’ai écouté sa version à elle. Et ça m’a donné envie d’en écouter plus, d’en savoir plus. Etrangement, après quelque chose comme trois chansons écoutées en boucle dans le casque audio, j’ai dû admettre que j’aimais profondément ce son, cette voix imparfaite mais justement tellement proche, tellement honnête, tellement touchante. J’ai dû admettre la chose ; j’aime la pop ! Mais attention, mon aversion pour la pop niaise est toujours bien présente ! Alors, oui, ok le journal Libération appelle cette musique-là, le gnangnan style et c’est vrai qu’à la première écoute, je trouvais que ça sentait un peu trop le chewing-gum à la fraise, les nattes dans les cheveux et la corde à sauter mais, il faut prendre son temps avec Cléa Vincent. Il ne faut pas la foutre directement dans un de ces cartons à la con où l’écriture bancale trahit la vitesse à laquelle on a rangé la chose, sans se demander si c’était vraiment sa place. Il y a, ici, une fraîcheur et une intelligence qu’on doit prendre en compte. Alors, oui, Cléa Vincent fait partie de cette nouvelle vague de pop française, décomplexée et décalée, dans laquelle nage déjà La femme, et tant d’autres. Mais j’émets un doute, quand même. Je me demande si ce n’est pas une nouvelle vague à elle, toute seule. Une de ses vagues qu’on attend impatiemment les pieds dans l’eau et qu’on croit toute petite. Une vague qu’on n’avait pas vu venir et qui finit par nous foutre par terre en deux trois secondes. On avait aperçu de loin le talent, il faut l’avouer, mais on ne s’attendait pas à ça, pas à cette qualité-là. Donc, je barre l’étiquette « pop française » pour y noter « Cléa Vincent ». Il n’y en a qu’une des perles musicales de ce genre. Qu’une seule. Et pour la préserver, il est bon de ne pas la mélanger.

Après un EP intitulé Non mais oui en mars 2014, sous l’excellent label Midnight Special Records, qui en avait charmé plus d’un, la voici de nouveau sur le devant de la scène avec un deuxième EP Oui mais non N°2 qui sortira le 20 octobre.  Pour l’heure, le clip tant attendu de Château perdu a enfin été publié. Et il faut le dire, il est beau, ce clip. Et il est bon, ce son. Et elle est profondément belle, cette musique.

Je propose à l’écoute, le titre Retiens mon désir avec son clip rétro tiré de son premier EP ainsi que le très beau clip de Château perdu. Cléa Vincent est à écouter au casque, volume à fond et yeux fermés. Il y a une subtilité dans ce son qu’il ne faut pas rater. A la deuxième écoute, le casque peut s’ôter, le volume augmenter et le corps se mouvoir sans complexe…

Les titres Retiens mon désir et Château perdu sont donc à l’écoute, juste après le break

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