Kelsey Lu – Dreams

Par où commencer ? Par son histoire personnelle incroyable qui l’a vue grandir dans une famille témoins de Jéhovah, aux pratiques strictes et coupée du monde dont elle s’enfuit à 18 ans ? Son goût pour le vêtement, l’esthétisme, la mode ?  Ses collaborations avec Nappy Roots (groupe de hip-hop américain) ? Son engagement sociétal ? Sa participation à la dernière campagne de Kenzo ?

Et si pour connaitre Kelsey Lu, on commençait par sa musique, son premier EP Church, enregistré dans les conditions du live, en une prise, seule avec son violoncelle dans une église de Brooklyn. Les meilleures conditions pour que sa liberté prenne son envol, que l’émotion apparaisse, intimiste, épurée, profonde, émouvante. 

VioleTT Pi – Héroïne

Venu du Canada, du Québec (Granby puis Montréal), Karl Gagnon aka VioleTT Pi (« nom qui lui vient de la fleur violette reconnue pour ses propriétés vomitives et laxatives ainsi que π, un nombre irrationnel » – source Wikipedia) se penche au chevet de la pop pour mieux la corrompre.

Avec des paroles autant poétiques, que violentes et surréalistes, VioleTT Pi va beaucoup plus loin qu’une simple chanson, il distille ses intentions au plus profond de nos connexions synaptiques. Ca y est, on est déjà accro et sa montée nerveuse nous « déforme » totalement.  

« Je suis désabusé
Et j’abuse pour oublier »

Gros coup de coeur également pour la pochette de  Manifeste contre la peur dont est extrait Héroïne.

Chilly Gonzales, Jarvis Cocker – Room 29

A chaque nouveau projet Chilly Gonzales réussit à nous surprendre. Encore une fois, après Octave Minds, notre canadien préféré prend le contre-pied et s’associe avec Jarvis Cocker (l’emblématique auteur – compositeur – interprète de Pulp) pour livrer un album concept (oui ça existe encore !) piano-voix subtil et sublime.

Huis-clos dans le célèbre hotel Marmont de Los Angeles, ambiance désenchantée, luxe et fin de soirée, chambre 29, on s’imagine ce qu’a vu, vécu cette pièce, l’histoire qu’elle nous raconte sur Hollywood et ses moeurs. 

On se régale de la musique, de la voix chaude, sophistiquée et de paroles gentiment barrées… le tout sorti sur le célèbre label classique Deutsche Grammophon, quel joli dépoussiérage !

« Is there anything sadder than a hotel room
That hasn’t been fucked in? »

« I read an actress used to party
In this place and do drugs off the piano
If I lick, will it still taste? »

Octave Noire – Un Nouveau Monde

Comme l’éclosion d’une chrysalide, une transfiguration Nietzschéenne, Oh Morice qu’on avait découvert en 2015 (et dont toute trace a été effacée) a laissé place à Octave Noire, un nouveau projet qui sublime le travail précédant.

Un Nouveau Monde, porte d’entrée de l’album Neon resserré à 9 titres, invente une véritable poésie sonore déclamée par des synthés 80s inspirés, crée un dialogue entre des violons au répertoire classique et une musique électronique « made in » maintenant, convoque au chant les plus belles références du répertoire français. Un must pour plonger dans cet univers fascinant.

Pour les parisiens, sachez qu’il sera à la Maroquinerie le jeudi 27/04/17 avec Aliocha lors d’une [PIAS] NITES qui s’annonce particulièrement alléchante. 

SOHN – Rennen

Rennen qui se traduit par « Courir » en Allemand est un de ces titres d’album qui colle parfaitement à la peau de son ouvrage. On pourrait facilement après toutes les aventures traversées au cours de l’écoute se retrouver essoufflé à la fin.

Au cœur de ses dix titres francs, SOHN en appelle aux chantres de la soul, du gospel et de tout ce qui a tendance à groover sur des claviers bruts et nocturnes. 

Rien d’étonnant quand on sait qu’il s’est retranché dans une demeure isolée au nord de la Californie, pour suer sang et eau toutes les nuits sur ce qui compose ce nouveau disque.

Un disque dans une tour d’ivoire impressionnante et presque étourdissante Still Waters, comme un coup dans le ventre long à digérer. 

Une oeuvre dure et abandonnée qui nous confrontent a la solitude, à sa violence amère et crue comme ces symphonies que l’on retrouve dans la force tempétueuse des grands monuments de la musique classique.

SOHN  nous livre une thébaïde sauvage et agressive, exilée et mélancolique Harbour

C’est un opus ineffablement personnel qui pourrait en effrayer plus d’un. 

Ne fuyez pas, plongez-y !

 

The XX – I See You

« Nous nous sommes installés dans un studio de Reykjavik. Nous avons fait quelques Road-Trips dans la nature en écoutant les radios Islandais qui passaient principalement de la pop mainstream. Idem aux Etats-Unis, où nous avons roulé pendant 3 jours entre Seattle et Los-Angeles à écouter la FM avant d’enregistrer à nouveau. Chacune de ces sessions s’est transformée en session d’écriture, d’expérimentation et d’exploration »

Avec un tel processus de création, ce nouvel opus de The XX appelait déjà grandement au rêve et a l’évasion avant même la première écoute.

Qu’il est bon ainsi de constater qu’après tout ces voyages, ces paysages traversés, nos trois Anglais n’en ont pas perdus leurs repaires, leurs empreintes.

Il y a toujours ces vibrantes notions d’espace, de respirations, de silences justes, de simplicité habitée.

La fantastique mélancolie de Test Me, la house vaporeusement catchy de Dangerous, les notes de guitare brumeuses de I Dare You, la profondeur gracile de Performance sont tout autant d’éléments prodigieusement mûris par le trio et offert comme un présent infiniment touchant.

Une offrande, comme un miroir vers ce que le groupe a toujours été, mais avant tout un reflet de leur public, partie intégrante de leur univers, un postulat gracieusement mis en valeur avec la pochette miroir d’un I See You adressé a leur assemblée.

En ce début d’année 2017 I See You est un disque qui donne l’espoir beau, et cela serait mentir d’affirmer que nous n’en avons pas besoin. Nous avons cruellement besoin de la beauté magique et saisissante de I See You.

Michelle Gurevich – First Six Months of Love

Pour son quatrième album, Michelle Gurevich lève le masque de Chinawoman, pour apparaitre sous son nom propre. Par contre, elle n’a pas troqué son style, sa façon d’enregistrer ses disques « from her bedroom » pour y conserver cette intimité si unique dans ses chansons.

Entre une boite à rythme minimaliste, un synthé au son dépressif, quelques notes de guitares qu’on croirait tiré d’un duel de western, la voix nocturne de Michelle Gurevich fait pleuvoir des gouttes de velours rouge d’amour désespéré sur la ville. Pour ouvrir son album New Decadence il n’y a pas mieux !

Dolores Haze – Reaching Placebo

Girl band explosif en provenance de Stockholm (Suède) Dolores Haze tire son nom de l’héroïne de 12 ans du roman Lolita de Vladimir Nabokov, et son énergie de ses quatre membres répondant aux doux noms de Groovy Nickz (chant et basse), Groovy Fuck (guitare), Lucky Lollo (guitare), Foxy Sagz (batterie).

DesTop(c) musical enveloppé dans une esthétique post-punk aux touches grunges, Dolores Haze débouche tous vos conduits auditifs à grands coups de riffs bien gras, de caisses claires explosives et de basses intenses, et bien sûr on aime ça !

Lescop – Dérangé

Echo, le second album de Lescop sorti en octobre 2016 comporte de très beaux titres David Palmer, L, Echo, mais c’est le titre Dérangé dévoilé en amont, en mai, qui a totalement hanté mon année 2016. Une chanson qui résonne fort avec notre époque, aussi troublante que nos comportements, l’histoire finalement très quotidienne d’un « garçon dérangé », ou de nous-même quand au milieu d’inconnus, nous arpentons le monde en mode robot, le visage serré.

Sa voix chaude dépose délicatement le texte froid sur une musique de claviers et boite à rythmes pour en faire une oeuvre tout à fait singulière et envoutante. 

The Avalanches – Because I’m Me

Après un énorme succès en 2000 avec Since I Left You, les australiens The Avalanches sont de retour en 2016 avec un second album euphorisant Wildflower dans lequel ils passent du rap à la pop à l’électronique aussi habilement et facilement qu’un politicien retourne sa veste (surtout en ces temps de primaires…). 

Notons parmi les 22 titres proposés, deux tueries incontournables : l’enchantant Because I’m Me et le fou fou fou Frankie Sinatra.

 

Hope Sandoval And The Warm Inventions – Liquid Lady

L’année 2016 a aussi vu un nouvel album de Hope Sandoval And The Warm Inventions, leur 3ème en 16 ans ! Ce duo, formé de l’américaine Hope Sandoval qu’on avait croisé en 2010 auprès de Massive Attack et de l’irlandais Colm Ó Cíosóig entre autre fondateur de My Bloody Valentine, nous offre un magnifique album flottant dans une ambiance folk apaisante et fluide, comme une île florissante isolée du stress du reste du monde.

Liquid Lady conclut à merveille Until The Hunter, avec ses longs solos de guitares aux distorsions planantes. Il ne reste plus qu’à se lover dans une chaise longue et profiter…

Sarathy Korwar – Day to Day

Dans la série « les albums 2016 qui nous ont été conseillés, qui nous ont touchés et qu’il ne faut pas louper »…

Né aux Etats-Unis, Sarathy Korwar a grandi en Inde. Son premier album sorti en Juillet 2016 sur le label Ninja Tune conjugue au présent jazz, musique électronique et musique folklorique traditionnelle de la communauté Sidi en Inde. Un voyage hors de nos sentiers battus particulièrement réussi.

Dans le communiqué de presse, il indique ainsi : 

« Le disque parle de la façon dont nous vivons, individuellement et collectivement, au quotidien, les tâches et les rituels quotidiens qui nous rassemblent. C’est une célébration du trivial et du banal ». Les rag quilts colorés que les Sidis fabriquent à la main en utilisant des tissus de récupération est une métaphore parfaite pour le disque : « les femmes Sidis font des collages impressionnants à partir de chiffons de tous les jours, c’est comme ça que je vois mon album ».

Kid Parade – The Turtle Waltz

Si selon l’expression populaire, un alcoolique notoire boit pour deux, autant qu’un bon mangeur mange pour trois alors les Kid Parade sont nostalgiques pour quatre, frais pour huit et cool pour seize !

The Turtle Waltz est leur premier album et il à déjà cette couleur sépia joliment rétro et singulièrement moderne.

Comme s’il y avait un filtre vintage sur la bande, il se dégage de ce disque une lenteur agréable, un peu en retrait comme on imagine de jeunes adultes rouler en vielles voitures sur les falaises douces et sauvages de la côte ouest.

Il y a dans leur musique tant de contrastes rassemblés qu’il en ressort un maelström d’émotions sincères et juvéniles magnifiées par un jeu et une production infiniment cool.

Le Canada à Mac Demarco, les Etats-Unis ont Kurt Vile, la Suède à Simian Ghost, nous avons maintenant nos rois de la coolitude avec Kid Parade, à nous de leur réserver l’accueil qu’ils méritent, c’est à dire le plus cool et royalement bienveillant du monde !