Eddy De Pretto

Eddy de Pretto – Kid

Eddy de Pretto, ce nom est à retenir. Il a retenu mon attention, en tout cas. Il n’a pas fait que le retenir, en fait, pour être sincère ; il l’a carrément happé ; il a débarqué par le plus grand des hasards dans mon casque audio. Depuis, il ne le quitte plus. Il est passé en boucle, en mode replay sur des journées entières… Il a été le son du matin, quand, le café chaud entre les mains, mes yeux endormis se posaient sur le monde. Il a été le son du soir, quand le quotidien prend fin et qu’il semble nécessaire de se poser, savourer et profiter. Il a été le son du jour ; en roi de la promo ;  quand je le redécouvrais sur des playlists, entourés d’autres sons et qu’il me paraissait sortir du lot. Il a été le son du mois d’août, surtout, quand, émerveillée, je suis tombée sur la nouvelle publication de cette chaîne youtube le bruit des graviers. Je me souviens, j’ai lu le nom, sans le reconnaître, j’ai regardé l’image, en me demandant si ça valait le coup de mettre play. Je l’ai fait et je me suis perdue dans cette voix incroyable et ce phrasé magique.  J’ai été captivée, scotchée, émerveillée, bouleversée par la totalité de ce que je voyais, de ce que j’entendais et de ce que je découvrais.

Eddy de Pretto va nous sortir un  EP Kid, tout bientôt ; le 6 octobre. Je ne sais pas d’où il vient, je n’ai cherché aucune info ; le mystère, ici, a l’élégance d’une main gantée à la fois enivrante et rassurante. Son univers, à lui, à de jolies couleurs ; des tons marqués, assumés et jusqu’ici inconnus. Il a les mots, aussi… Il les a. Oui. Il a un talent fou. Il a les mots des grands ; la puissance qui va avec, l’intensité et la magie de l’interprétation.  Eddy de pretto est à écouter au casque, volume sonore légèrement trop élevé parce que le son est bon, la couche sonore est travaillée et met en relief avec habilité les mots choisis, le choix des mots et elle nous enivre ; suffisamment, en tout cas, pour oublier le reste et ne se concentrer que sur le son qui prend toute la place, la totalité de la place. Ça chasse les pensées, les mauvais souvenirs du jour, les trucs chiants ; on a 20 ans, on est jeune, on s’en fout et si on a mal au ventre, on aura qu’à dégobiller et reprendre la route. Rien de grave. Voilà, ce que fait Eddy de Pretto ; laisser couler le son, le laisser nous agripper et nous rappeler que 3 minutes et quelques peuvent à elles seules contenir l’entièreté du monde et nous rendre vivant.

Ben Mazué – J’arrive

Ben Mazué c’est une musicalité de dingue, un phrasé unique et des textes magiques. On en a déjà parlé, ici, pour son premier album, puis pour le deuxième. C’est dire combien on aime cette voix-là ! Et pour le plaisirs de tous, mais égoïstement, j’ai surtout envie de parler du mien : un troisième album est en préparation ! Sortie prévue ; le 15 septembre. Je sais. C’est loin… Mais il fait plutôt bien les choses puisqu’il nous diffuse ici et là, quelques titres du nouvel album.  Et c’est par hasard que je suis tombé sur le titre  J’arrive. J’avais déjà entendu la perle musicale qu’est  La liesse est lovée alors oui, je dois avouer que je le savais clairement bon, ce nouvel opus mais là, je suis restée scotchée, quand même… Ce titre-là, il est magique ! La construction y est incroyable. Il y a une montée en puissance. Une sorte de libération finale qui me l’a fait écouter en boucle sur des journées entières.

Ce titre-là, on l’écoute avec émotion et on en sort avec une force qu’on ne soupçonnait pas. Il commence avec une mini intro, juste le temps de se plonger dans l’écoute, juste le temps de faire taire le reste du monde et là, il y a sa voix, à lui, qui se pointe 7 secondes après. Elle est belle cette voix. Elle est douce, ronde, chaleureuse. On a envie de l’écouter. On y sent une profondeur, quelque chose. On a envie de tout entendre, de tout comprendre, aussi. On est prêt, en tout cas, puisqu’elle arrive suffisamment tôt pour nous surprendre et suffisamment tard pour nous donner confiance. Et elle nous parle… elle emploie des jolis mots dans un phrasé typiquement Mazuéen ; quand la voix crée à elle seule une musique.  Et là, à 35 secondes, le refrain débarque. Et il est beau. La musique y est réduite. La voix parle. Elle est touchante. Le texte l’est. Indéniablement ! Attend-moi le monde… j’arrive…j’arrive… j’arrive… je réveillais l’espoir. Attend-moi le monde, j’arrive…j’arrive…j’arrive… je cherchais en qui croire.  Il y a quelque chose dans la voix, une lutte, une attente, aussi, un espoir, surtout. Et puis, quand on croit avoir saisi le message, quand on est bien installé dans le titre et que la fin du refrain se fait, à 1min42, on croit à un final. Tout a été dit. On est prêt à l’accepter, du moins. Mais non, il  y a un enchevêtrement de voix, comme un murmure d’abord, qui s’insère, s’insinue, se faufile. Puis, les voix se font plus fortes et on entend; Dès qu’ils te disent que c’est foutu, tu les fais taire. Change. Invente. Arrache. Créé. Charge. Cogne. Balafre-les. Dès qu’ils te disent que c’est foutu, que c’est foutu, tu les fais taire.  Et alors, on se sent combatif, conquérant, prêt à tout.  Ben Mazué vient de nous donner la force. Il a réveillé l’espoir. Et il vient de nous donner les mots qui nous manquent, parfois, pour le faire. Merci !

Je laisse donc le lien de ce sublime titre, avec en bonus, la version live avec Guillaume Poncelet pour le magnifique piano et pour la gestuelle de Ben Mazué qui rend la chose encore plus magnifique.

Kid Francescoli – Les Vitrines

Nouvelle oeuvre – Play Me Again, nouvelles petites, onze au total, merci Kid Francescoli !

Une électro-pop qui s’intègre et complète cette scène tellement excitante d’un nouveau son « made in France » dont bientôt le monde entier va s’amouracher.

Avec des basses rondes, terriblement entrainantes, des nappes synthétiques sophistiquées tendrement enveloppantes, un duo de voix sexy et classieux incarné par Julia (installée maintenant à Marseille) et Mathieu, chaque morceau s’écoute comme un voyage entre terrasse près de la mer (qu’on entend sur la fin de It’s Only Music, Baby), New-York, coupe de champagne, et club pour y finir nos soirées bien remplies.

Les Vitrines, morceau qui ouvre l’album, est un peu particulier, car il est leur premier titre en français ! On découvre le clip encore tout chaud, chaud, chaud puisqu’il a été mis en ligne il y a tout juste quelques minutes…

 

Notre entretien avec Albin de la Simone

« J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec »

Avec la sorti de son cinquième album L’un de nous, Albin de la Simone signe (de mon point de vu) son plus bel album et le plus touchant produit jusqu’à présent. Des poésies fragiles, sensibles se lovent dans le creux de mélodies douces et apaisées. 

Un beau jour du mois de mars, c’est dans les bureaux de son label Tôt ou Tard que nous nous sommes entretenus avec lui, et avons discuté entre autres piano, inspiration, Sophie Calle.

Pour les parisiens, il sera en concert à l’Européen les 3 avril, 3 mai, 3 juin 2017, puis au Café de la Danse en fin d’année.

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Des courtes vidéos présentent la préparation de l’album. La première est consacrée à la recherche du piano. Pourquoi avoir fait du piano un élément central de L’un de nous ?

Albin de la Simone : Je n’ai jamais été convaincu que le piano était l’instrument qui me permettrait de faire des chansons. Le piano est un instrument qui sert souvent à remplacer l’orchestre, c’est un instrument qui est très riche, très puissant et ma voix n’est pas très puissante. J’ai toujours trouvé que le piano me ridiculisait un petit peu, que ça ne marchait pas entre nous même si je suis pianiste et que j’adore le piano.

J’ai découvert par hasard, en mettant des couvertures dans un piano, entre les cordes et les marteaux, que le son étouffé du piano gardait vraiment de la richesse mais acquérait une modestie qui, du coup, laissait pas mal de place à ma voix. Je me suis dit « ok, il faut que je trouve le piano qui a ce son doux, étouffé, et en même temps riche et large, mais pas intimidant, pas ‘humiliant’, au contraire, qui est valorisant pour ma voix. » J’avais un son en tête, et là j’ai fait le tour de Paris, de mes copains, des studios pour essayer des pianos dans tous les sens, voir ce qui me branchait.

Dans ce film, je suis allé chez Pascal Lobry qui est un facteur de pianos et a des pianos très particuliers. Il est connu pour ça, pour fournir des pianos très typés. Il m’a fait une démonstration de tous ses pianos. Et on me voit dans le film comme un Louis de Funès insupportable qui essaie en disant « c’est super, mais ce n’est pas du tout ça ! » « ça c’est formidable mais ça n’a rien à voir ! »  « ça j’en veux pas… » Finalement j’ai bien fait, parce que j’ai fini par trouver le bon piano. J’ai fait mon disque et le son du piano me convient parfaitement. C’est vraiment rigolo d’aller rencontrer des gens et essayer des instruments, surtout quand on trouve à la fin.

Vous allez utiliser ce piano pour vos concerts ?

Non, parce que ça pèse une tonne et que je ne veux pas me trimbaler un piano, le faire accorder à chaque fois. Si j’en loue un, je repars à zéro à chaque fois. En plus on ne pense pas à la scène comme on pense un disque. Un disque c’est fait pour être écouté plein de fois, le concert ça s’entend une fois et je suis là, mes musiciens sont là. En plus on a une façon de faire les concerts quasiment en acoustique, sauf ma voix, il n’y a pas de sono. Donc le rapport est très différent et ça ne manque pas de richesses. C’était vraiment pour le disque que j’en avais besoin. Le son que j’utilise sur scène ce n’est pas un son de piano, mais c’est un son très modeste aussi, très doux.

Comment ont été écrites les chansons ?

Le travail de la forme du disque arrive après l’écriture. J’essaie vraiment de dissocier les deux. D’écrire le répertoire, d’écrire les chansons, de les essayer, d’essayer même de les jouer, de les modeler, d’être à peu près sûr de leur forme avant d’attaquer le disque. Si on attaque le disque quand on a trois chansons après on en fait six autres chansons mais elles ne vont plus avec le son du début… J’essaie de passer en production au moment où l’écriture est terminée comme ça la production est cohérente pour tout le disque. Comme ça j’en enregistre éventuellement plus et je resserre après en en enlevant. C’est vraiment écriture d’abord et enregistrement après.

L’écriture s’est étalée depuis 2013 ou vous vous l’avez concentrée sur quelques mois ?

Mon précédent disque est sorti en 2013, on a tourné deux ans. J’ai commencé à écrire sur la fin de la tournée, mais je n’y arrivais pas très bien. A la fin de la tournée, donc fin 2014, j’ai tout arrêté pour écrire et un an plus tard, en 2016 grosso modo j’ai commencé à enregistrer.

Mais il y a des chansons qui datent d’avant, même dans ce disque. La chanson L’un de nous par exemple elle était prévue pour le disque précédent mais elle ne rentrait pas dedans. Elle contredisait d’autres chansons, elle n’avait pas vraiment de légitimité. De même que là, il y a une treizième qui devait être dans le disque et au dernier moment je l’ai virée en me disant qu’elle me bloquait quelque chose dans le disque, je ne sais pas la placer dans l’ordre du disque, elle a un propos qui est trop différent. Elle deviendra peut-être la chanson la plus importante du disque prochain. Je n’en sais rien, mais c’est vraiment un jeu comme ça. Ce n’est pas un bloc défini.

Et sur les thèmes que vous abordez l’amour est très présent. J’ai noté dans une interview que vous avez faite en 2014 que « votre plus grande peur était de ne pas être aimé. » Est-ce que ce disque va puiser dans cette peur ?

Bien sûr ! Je n’ai pas écrit en pensant à ce que le disque allait dire, mais si je le regarde de l’extérieur il est vraiment question de l’amour long, de l’amour qui dure. Justement en opposition à la première chanson qui est Le grand amour, qui est une espèce de flamme incandescente qui s’éteint tout de suite après. Dans le reste du disque il est vraiment question de comment on fait durer l’amour, comment il reste beau longtemps et donc comment on est aimé longtemps, pour revenir à votre question.

Donc oui, je suis encore hanté par le fait de ne pas être aimé, mais je suis aussi hanté par le fait de ne pas réussir à aimer longtemps, ou à être aimé longtemps. Ce n’est pas les mêmes ressorts. On pourrait repartir à zéro tous les deux ans si on voulait avec quelqu’un d’autre. Mais si on n’a pas envie, si on a envie de durer ça demande d’accepter une certaine modification de l’état amoureux, qui me plait mais qui demande du travail et qui inspire des chansons.

Sur votre écriture, vous avez noté des évolutions par rapport à Un homme, votre précédent album ?

Je n’ai pas de sensation de grandes modifications… C’est compliqué… la musique je sens qu’elle bouge, l’écriture des textes je sens qu’elle correspond plus à l’état dans lequel moi je suis. La facture de mon écriture… avec un peu je chance je progresse, en tout cas je m’y emploie mais peut-être pas. Musicalement je sens que dans la production, dans le son il y a des choses qui changent, le disque n’est pas le même. Mais est-ce que mon style d’écriture change.. à vous de me le dire, je n’ai pas trop l’impression. Je n’ai pas une démarche en me disant « maintenant je ne vais parler qu’en javanais ou qu’avec des voyelles… »

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Entre 2013 et aujourd’hui vous avez fait plein de choses, de la production, accompagner d’autres musiciens, un spectacle L’amour Ping-Pong, composer la musique d’un documentaire, incarner des personnages dans des livres-CD, etc. Vous avez besoin de ces projets comme d’une respiration ? comme d’une source d’inspiration ?

Tout est dit dans la question. C’est vrai, c’est une respiration et une nourriture. Je ne suis pas capable d’écrire plus de chansons que je n’en écris. D’ailleurs je n’en écris pas pour d’autres, je n’y arrive pas. Par contre j’ai besoin de plus d’expressions, j’ai besoin de vivre des choses, et il se trouve que le métier que je fais, pour élargir, le métier d’artiste, c’est aussi mon loisir. Donc quand le musée d’art moderne me propose de faire quelque chose, et bien je consacre un mois de mon temps à travailler pour ce projet-là, pour une représentation qui dure deux heures, pour deux cents personnes. C’est complètement ridicule vu comme ça, et en même temps je fais mon loisir. C’est un peu comme si j’allais faire du karaté… Je me passionne pour un artiste, je travaille sur le projet de cet artiste, et je vais faire une performance pour l’exposition de cet artiste devant du public. Pour moi c’est évident, c’est ma passion tout simplement.

Même si les histoires racontées dans l’album ne se terminent pas toujours bien, on sent dans l’album un très grand apaisement. Vous arrivez à une certaine sagesse dans votre vie ?

C’est marrant que vous disiez ça, il y a des gens qui me voit comme très inquiet ou très tourmenté, alors que je me sens plus comme vous dites. Je me sens plutôt tranquille, ne serait-ce parce que j’essaie vraiment de voir les choses en face, d’aborder les problèmes, et dans mes chansons de ne pas faire semblant de croire au père-noël. J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec. Plus que l’accepter, c’est même écrire sur cette matière-là. Donc mes chansons elles parlent de choses difficiles et compliquées mais justement, grâce à ça c’est une manière d’avancer. J’ouvre les boites, je ne laisse pas les choses pourrir.

C’est Sophie Calle qui a fait l’artwork de l’album. Comment ça s’est passé et pourquoi ce choix ?

Quand j’ai décidé d’appeler l’album L’un de nous, j’ai tout de suite repensé à cette photo qui est chez elle. Une grande photo dans son salon dans laquelle on voit ces animaux qui paradent un petit peu avec chacun une guirlande, une couronne. Ils sont tous très différents, ils vivent tous dans la même pièce, dans le même espace mais ils essaient tous de faire les malins, de se faire remarquer. Déjà, j’aime cette photo, j’aime l’image et je trouvais chouette comme métaphore de L’un de nous, de parler de l’individu par rapport aux autres. Il se trouve qu’en plus, mais ça c’est vraiment dans le coté anecdotique, elle a nommé ces animaux du nom de ses amis et que le petit ours qui est milieu c’est moi. Donc c’est une manière de vivre entouré de ses amis. De temps en temps elle passe devant et elle dit « bonjour Albin ». Mais c’est surtout l’image et le sens symbolique qui me plaisaient. Du coup j’ai la chance d’avoir une pochette d’album de Sophie Calle qui est l’une de mes artistes préférées, c’est magnifique à tout point de vue. C’est une chance.

Vous avez dit que vous avez travaillé sur l’ordre des chansons, comment cela se passe ? Par exemple, pourquoi A Quoi est-elle en 11ème position ?

D’abord, ce n’est pas comme un podium, même si c’est vrai qu’on va moins souvent à la fin d’un disque qu’au début. Quand on fait l’ordre d’un disque il y a plein de choses différentes qui s’ajoutent pour définir l’ordre des chansons. Il faut qu’elles se répondent bien l’une à l’autre, c’est l’effet que fait une chanson à la suivante ou à la précédente. Quand on a décidé, j’étais sûr de vouloir que la première soit Le Grand Amour, et j’étais sûr aussi de vouloir que l’album se finisse par Ado, par cette voix de Vanessa Paradis et les cordes. Après la première, j’en essaie une seconde, ça marche ou ça ne marche pas. Après c’est un jeu de puzzle qu’on tente. Il y a le rythme de la chanson, sa dynamique, le son, le propos, la tonalité, est-ce que ça ne fait pas redondant. Il y a des chansons qui annulent d’autres chansons. Deux chansons très très lentes côte à côte, on a l’impression que c’est un tunnel d’ennuie. Il vaut mieux les intercaler avec d’autres. C’est tellement complexe que je ne peux pas expliquer pour quelles raisons celle-là arrive en onzième. Elle a dû se balader plusieurs fois et a atterri là. Ce dont je suis sûr c’est que la première Le grand amour je voulais qu’elle soit là pour parler de cet amour incandescent qui brule et qui disparait, du fait que le disque après abordait l’amour long, l’amour dans le temps. J’avais envie de commencer par quelque chose de beau et brulant et après de se dire « après ça qu’est-ce qui se passe. » C’est le seul truc que je peux expliquer vraiment.

Vous allez bientôt débuter une tournée, dont 3 dates à l’Européen (3 avril, 3 mai, 3 juin 2017). Ce sera avec quelle formation et pourquoi cette salle ?

L’Européen est une salle qui a une grande histoire. Déjà il y a 15 ans c’est là que Vincent Delerm et Jeanne Cherhal ont beaucoup joué, j’y ai joué aussi. C’est vraiment un endroit où il s’est passé quelque chose de fort pour la chanson française. Avant ça s’appelait le Théâtre en Rond, et Jean Guidoni jouait là-bas. J’aimais beaucoup Jean Guidoni. C’est donc pour moi un endroit super. En plus au niveau de sa forme c’est un théâtre rond, comme un mini cirque et c’est parfait pour ce que je fais, pour le coté acoustique de notre concert. Je suis accompagné par Anne Gouverneur et Maëva Le Berre au violon et au violoncelle comme avant, sans micro, sans rien, elles jouent comme pour un concert classique. A elles deux, on a ajouté un vieil ami qui s’appelle François Lasserre qui joue de la guitare et des percussions, lui aussi sans sono.

Ça change complètement l’écosystème d’avoir une personne en plus, mais ça marche toujours d’avoir ce système de ne sonoriser que ce qui doit être sonorisé, à savoir ma voix pour qu’on comprenne mes paroles et mon clavier parce qu’il est électrique. Tout le reste est complètement acoustique. C’est-à-dire que quand François tape sur une percussion qu’il a fabriquée ça vient de lui, l’instrument vibre et nous arrive dans les oreilles, je trouve ça super. Tant qu’on peut faire ça, on le fait.

C’est transposable dans d’autres salles ?

Ça marche partout sauf en plein air parce qu’il faut des murs pour renvoyer le son, et sauf au-delà de 600 places, si c’est un théâtre à l’italienne avec trois balcons de 200 places. Plus les gens sont proches, plus on peut en mettre. Le théâtre des Champs-Elysées fait 2000 places et ils font des concerts classiques depuis 200 ans, sans aucune sono.

Merci !

Octave Noire – Un Nouveau Monde

Comme l’éclosion d’une chrysalide, une transfiguration Nietzschéenne, Oh Morice qu’on avait découvert en 2015 (et dont toute trace a été effacée) a laissé place à Octave Noire, un nouveau projet qui sublime le travail précédant.

Un Nouveau Monde, porte d’entrée de l’album Neon resserré à 9 titres, invente une véritable poésie sonore déclamée par des synthés 80s inspirés, crée un dialogue entre des violons au répertoire classique et une musique électronique « made in » maintenant, convoque au chant les plus belles références du répertoire français. Un must pour plonger dans cet univers fascinant.

Pour les parisiens, sachez qu’il sera à la Maroquinerie le jeudi 27/04/17 avec Aliocha lors d’une [PIAS] NITES qui s’annonce particulièrement alléchante. 

Lescop – Dérangé

Echo, le second album de Lescop sorti en octobre 2016 comporte de très beaux titres David Palmer, L, Echo, mais c’est le titre Dérangé dévoilé en amont, en mai, qui a totalement hanté mon année 2016. Une chanson qui résonne fort avec notre époque, aussi troublante que nos comportements, l’histoire finalement très quotidienne d’un « garçon dérangé », ou de nous-même quand au milieu d’inconnus, nous arpentons le monde en mode robot, le visage serré.

Sa voix chaude dépose délicatement le texte froid sur une musique de claviers et boite à rythmes pour en faire une oeuvre tout à fait singulière et envoutante. 

Yucca – Johnny pour la vie

Ils nous le prouvent une nouvelle fois, Yucca (ex : Les Yuccas, Yucca Velux) est un groupe à l’aise partout, dans tous les styles. C’est sur l’océan très populaire de la variété française qu’ils naviguent dans leur EP Johnny pour la vie sorti en octobre 2016. Six titres malicieux, gorgés de fraicheur et tellement d’amour qu’on semble y voir comme un hommage aux grands figures du genre tels que France Gall, Michel Berger et compagnie…

Allez, c’est encore les fêtes, on ressort la chemise en jean et on ne se prive pas de cette gourmandise délicieuse !

Notre entretien avec Radio Elvis

« On peut maintenant affirmer qu’on est un groupe de rock alors qu’avant on se cherchait beaucoup »

Créé en 2013, Radio Elvis, formé de Pierre Guénard (chant et guitare), de Manu Ralambo (guitare électrique et basse) et de Colin Russeil (batterie-claviers), n’a pas tardé à monter en haut de l’affiche. Après deux EPs, de nombreux prix glanés dans les radio-crochets nationaux, leur premier album Les Conquêtes (sorti en avril 2016) rencontre un vrai succès et leur musique rock, leurs textes magnétiques (en français) engrangent tous les jours de nouveaux conquis. 

C’est dans la boutique de vinyles éphémère de l’agence de communication We Are Addict, que nous avons rencontré autour d’un café chaud Pierre et Colin, et évoqué avec eux, leur rencontre, leur producteur, leurs concerts et beaucoup d’autres choses.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous vous formez en 2013, aujourd’hui vous avez un album salué par la critique, vous sortez d’un concert à la Cigale (08 novembre 2016), comment avez-vous fait pour en arriver là si vite ?

Colin : Les dieux nous ont vachement aidés. On a beaucoup, beaucoup prié pendant un an, on n’a pas du tout travaillé. C’est arrivé comme ça ! (rires)

Pierre : Quand tu dis « pour en arriver là » pour le moment on continue notre boulot. On travaille, on se remet en question tout le temps, on ne considère pas qu’on est arrivé. Par contre il nous arrive de belles choses, ça c’est chouette.

J’écrivais d’une certaine manière et quand j’ai rencontré Colin, quand on s’est mis à faire de la musique ensemble, Colin m’a fait changé d’écriture. J’écrivais des chansons qui n’étaient pas vraiment des chansons, c’était du spoken word, il y avait beaucoup moins de pop. C’est le fait de travailler avec Colin qui m’a drivé un peu plus. Je commençais déjà à m’ouvrir à ça quand on s’est rencontré et c’est pour cela que ça s’est bien passé. On était tous les deux ouverts, Colin était ouvert à ce que je faisais, et moi j’étais ouvert à ce qu’il pouvait apporter à mes chansons, dans la structure, dans l’approche de la musique.

Colin : On avait besoin de se rencontrer à ce moment là… Je crois vraiment que c’était un besoin et du coup, on a tout de suite cru au projet. On avait de l’ambition à fond… Quand on y croit et quand on bosse, ça avance.

Comment vous vous êtes dit que c’était la bonne personne avec qui monter un groupe ?

Colin : On ne se dit pas ça, on joue c’est tout. C’est dans les films qu’on raconte ça.

Pierre : Dans la réalité c’est un peu plus simple que ça. Quand on a du temps, on se voit, on joue, on essaie de faire des concerts. A partir du moment où on a joué ensemble, on a vite été approchés par des maisons de disques, des éditeurs, des gens du milieu. C’est là qu’on se dit qu’on s’est bien trouvé et que ça va peut-être marcher, qu’on va peut-être réussir à en vivre. Au début on espérait juste faire des concerts et en vivre. Et c’est ce qui se passe. Il ne se passe pas beaucoup plus. On n’a pas la sensation que quelque chose d’exceptionnel est en train de se passer. On fait juste de la musique.

Comment votre écriture a évolué pour passer du « spoken word » à la chanson ?

Pierre : J’ai toujours eu le même rapport à l’écriture, c’est juste le fait de jouer avec Colin et Manu qui m’a permis d’élaguer et de trouver une forme qui me convenait plus. Avant j’étais seul, je n’avais pas de contrainte, il y avait moins de trucs qui pouvaient me driver, me mener vers une forme particulière. Mais le rapport au mot est toujours le même c’est le son d’abord, le sens après.

Du coté de la musique, comment les textes inspirent la musique ?

Colin : C’est assez spontané. Pour les premières compos qu’on a eu c’était un mot appelle un son, un son appelle un mot, il y avait des échanges comme ça.

Parfois le texte était très abouti, fini alors que la musique ne l’était pas, il fallait s’inspirer de tout ça pour composer. Ca venait souvent très vite, il n’y a pas vraiment de méthode. C’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas et c’est justement ce qu’on aime. C’est un peu de l’impro, quand ça nous plait, on bloque dessus, on travaille le petit son, la petite ligne de basse, le riff de guitare, un accord… Ce n’est pas très simple à expliquer, mais ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est surtout de l’improvisation, un échange entre le texte et la musique. On n’intellectualise pas trop.

Pierre : On a l’impression que même les compos viennent, factuellement elles viennent en studio, mais en réalité, je crois qu’elles arrivent dans le camion lorsqu’on écoute de la musique ensemble. J’ai l’impression que c’est là que commencent à naitre nos futures chansons. On se rend compte des goûts qu’on a en commun et la fois d’après on met ces goûts là en commun et on les met en œuvre. On essaie d’appliquer ce qu’on a écouté. Ce sont des choses qui ne s’expliquent pas, ce sont des trucs qui se vivent.

Comment les nombreux concerts que vous avez faits vous ont aidé dans la création de ces chansons ?

Colin : Les concerts nous ont surtout aidé à aboutir les compos, à fignoler, à maîtriser. Des fois on jouait des morceaux qu’on avait composer une semaine avant. J’exagère un peu, mais c’est pas loin finalement. Le fait de les jouer en concert ça permettait de savoir si la structure était bonne, si ça plaisait aux gens de cette manière là, si les sons étaient les bons. Forcément quand tu fais une compo, le but c’est de la jouer devant des gens, donc c’est là que ça se passe.

Pierre : Pour le disque ça nous a aussi permis d’acquérir une certaine assurance. Quand on est arrivé en studio on avait fait plein de concerts, on avait la sensation de bien maîtriser les morceaux, de savoir pourquoi on les faisait. C’était assez fort en nous.

Colin : On s’est régalés aussi, on a appris à se connaître, on s’est révélés. On peut maintenant affirmer qu’on est un groupe de rock alors qu’avant on se cherchait beaucoup. Petit à petit plus on joue, plus on a des chances de le faire et plus on sait ce qu’on fait, on sait ce qu’on devient.

Vous avez enregistré cet album au studio ICP à Bruxelles, pourquoi ce studio ?

Colin : Pour les frites ! (rires) Parce qu’un CD sur deux a été enregistré là-bas, donc forcément ça fait rêver. Sur les CDs qu’on aime, vous voyez ICP derrière.

Pierre : Bashung a enregistré quasiment tous ses albums là-bas, Noir Désir a enregistré quasiment tous ses albums là-bas aussi.

Colin : Beaucoup de français ont fait leurs albums là-bas. Il faut dire aussi que PierreAS avait une porte d’entrée pour ce studio. On en a profité. On a fait un premier test où on a visité le studio, on y a fait notre deuxième EP qui s’appelle Les Moissons qui contient Où sont les pyramides et Elle partira comme elle est venue. On a fait ces deux titres là-bas, pour à la fois tester et aussi pour enregistrer des morceaux. Vu que ça nous a plus on s’est dit « on y retourne pour l’album ».

Qui a été votre producteur, comment s’est passée la collaboration avec lui ?

Pierre : C’est Antoine Gaillet, c’est un monsieur très gentil… En fait on nous a beaucoup parlé d’Antoine Gaillet dès le début du groupe. Quand on rencontrait des éditeurs, à l’époque, quand on envisageait l’album, on nous a vite parlé d’Antoine Gaillet. Nous, on pensait à beaucoup de personnes différentes, et le moment venu on s’est dit « on va contacter Antoine Gaillet pour au moins le rencontrer ». Il se trouve qu’on vient du même coin, qu’il est deux-sévrien comme nous. On s’est bien entendus. On l’a bien aimé parce qu’il avait une vrai intelligence artistique. On ne cherchait pas quelqu’un qui allait apporter sa patte, qui allait driver le projet vers autre chose. On cherchait quelqu’un qui pouvait prendre une photo du groupe tel qu’il était à ce moment là. On a senti qu’Antoine Gaillet était capable de faire ça avec nous. Il est aussi capable d’apporter sa patte, mais il est capable de rester un peu en retrait et de nous laisser faire. On voulait juste qu’il nous donne les moyens de réaliser nos envies. C’est exactement ce qu’il a fait. Il a essayé de nous comprendre, il est très à l’écoute, et très diplomate aussi. Il a une vraie intelligence artistique et une vraie intelligence humaine. Il sait vite analyser nos comportements pour savoir comment nous prendre chacun séparément. Notamment Manu, il a très bien et très rapidement cerné Manu qui a un rapport à la musique assez complexe. Il a vite cerné le personnage et a réussi à en tirer le meilleur.

Colin : C’est sûr que les réalisateurs c’est 50% de psychologie. On débarque dans un studio avec plein d’enthousiasme, mais on ne connaît pas la personne qui produit. On l’a rencontrée vite fait, quelques heures, et au final on se retrouve 24h/24 avec lui. Il faut que le courant passe. Les producteurs doués, évidemment ils ont de la technique, ils ont du talent artistique, ça s’est sûr, mais ils ont aussi beaucoup de psychologie. Ils sont capables de rebondir, d’être hyper ouverts à nos personnalités et à plein de sujets différents, parce qu’on ne parle pas que musique.

En plus Antoine est un mec qui bosse vite, qui capte très vite les personnalités comme disait Pierre… Je me rappelle le matin, on discutait cinéma, on ne parlait pas forcément de musique, et on se marrait bien. Il y avait un coté « pote » qui s’est installé très vite. Je pense que c’est compliqué de travailler avec un producteur si tu n’arrives pas à raconter des blagues avec lui. Nous, on s’est bien marrés.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez dit qu’une bonne chanson est une chanson vraie. C’est ce coté vrai que vous cherchez dans vos compositions, dans votre écriture ?

Pierre : Une bonne chanson c’est une chanson qu’on arrive à jouer plein de fois et qui à chaque fois révèle une nouvelle personnalité, où on arrive à trouver un nouveau sens, un nouveau truc dans l’arrangement qu’on n’ avait pas forcément vu quand on l’a composée. C’est une chanson qui se montre sous plein de jours différents. Une chanson qui reste figée, qui ne vit pas, ne se montre pas sous d’autres jours à mesure qu’on la joue, en général on arrête de la jouer sans même s’en rendre compte. Il nous est arrivé que dans des setlists on ne joue pas un titre et qu’on ne s’en rende même pas compte. Il faut les dégager celles-ci, ça veut dire qu’elles ne servent à rien. C’est la loi du plus fort.

Ce sont souvent des chansons qu’il faut dompter, qui sont dures à jouer, qui sont dures à composer même, mais qui par la suite se révèlent assez riches. Il y a aussi des chansons très simples, qui viennent très naturellement, où on a juste à se laisser aller… Il y a plein de titres comme ça où il y avait juste à tirer le fil.

Sur le premier album il y avait pas mal de chansons qui étaient déjà en nous. J’avais pas mal de textes, de guitare / voix qui étaient déjà plus ou moins finis, il y avait déjà une grosse base de travail. On va voir pour le deuxième album comme ça se passe parce que ça va être la première fois qu’on va devoir tout composer tous les trois vraiment, en partant de zéro.

Colin : C’est souvent assez simple de composer un premier disque. C’est tout ce que tu as accumulé avant.

Pierre : Après il faut faire un disque tous les deux, trois ans, donc avec deux, trois ans de vécu. Ce n’est pas la même chose, mais c’est compensé par le fait qu’on prend de l’assurance et qu’on se connaît mieux. On va peut-être fonctionner différemment dans la compo parce qu’on connaît le comportement de chacun, on va gagner du temps, en tout cas, gagner en confort, en bonne humeur aussi. Parce que la compo ce n’est pas tout le temps de la bonne humeur, c’est vite tendu aussi. Ce n’est pas évident d’avoir la même vision d’un truc, et on ne peut pas mettre des mots sur tout, c’est pour cela qu’on fait de la musique. Paradoxalement même moi je ne mets pas des mots sur tout.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez la volonté de toujours évoluer, vous savez vers quoi vous souhaitez évoluer ?

Pierre : Je crois que le but c’est d’avoir le plus de public possible. De continuer de jouer… Je crois que de toute façon on a un deuxième disque à faire…

Colin : On se laisse les portes ouvertes… Si on a envie de faire un disque en allemand, un disque électro, on le fera je pense.

Quel est votre crainte aujourd’hui ?

Pierre : C’est que le deuxième disque soit moins bien reçu que le premier. En fait, si on est sincère sur le deuxième comme sur le premier, si on a rien à regretter que ce soit bien pris ou mal pris, tant pis.

Colin : Ca s’inscrit dans le temps. Bashung a fait des grands bides qui sont maintenant des références.

Pierre : Le but c’est de ne pas avoir de regrets. Il faut être le plus sincère possible et ne pas se trahir. Si on ne s’est pas trahi, après c’est de l’art et ça reste comme ça. Le but c’est qu’ on continue en groupe, je pense que ce serait aussi chouette qu’on ait d’autres projets, qu’on aille faire nos expériences chacun de notre coté, tout en gardant le groupe. Avec le groupe faire aussi d’autres expériences de musique. Là on a fait une création avec la Maison de la Poésie, ce sont des trucs qui nous branchent bien, comme faire une musique de film… Il n’y a pas que la musique d’album qui compte. J’aimerais bien aussi écrire pour d’autres trucs, ou Colin va peut-être collaborer avec d’autres gens. En fait, à partir d’un groupe on peut faire plein de choses, c’est ce qui est cool.

N’avez-vous pas la crainte d’être catalogué « Chanteur intellectuel, cérébral » ?

Colin : On arrive à faire autant de concerts qu’on a envie, comme on en a envie. On arrive à faire la musique qu’on a envie, après les gens pensent ce qu’ils veulent. Tant qu’on est sincères avec nous même, qu’on sait ce qu’on fait, ça va.

Pierre : Les gens ne viendraient pas à nos concerts, ils ne taperaient pas dans les mains, ils ne danseraient pas si c’était vraiment cérébral. Dès lors qu’on chante en français, qu’on met un peu de soin dans les textes, on oublie qu’on met le même soin dans la musique et du coup ça devient vite cérébral. C’est complètement stupide. Nick Cave écrit en anglais, il met du soin dans ses textes et on fait surtout attention à sa musique. En France, vu qu’on chante dans notre langue maternelle, ça peut être pris pour quelque chose de pompeux…

Vos chansons ont un réel pouvoir magnétique, vous savez comment la magie opère ?

Pierre : Non, il ne faut surtout pas savoir… Je n’ai pas le recul et je n’ai pas trop envie d’avoir ce recul. Mes textes n’ont longtemps pas été compris. Dans le slam, les gens ne comprenaient jamais mes textes, je m’en foutais. Quand j’étais tout seul avant que le groupe se forme, les gens ne comprenaient pas mes textes non plus. Maintenant qu’on a un groupe, j’écris peut-être mieux, mais les gens peuvent plus s’identifier, tant mieux.

Vous dites que vous avez une approche assez « brut » des concerts, vous pouvez nous expliquer ?

Colin : C’est essayer au maximum d’être dans le présent, dans l’instant de ce qui se passe. C’est vivre des expériences, des sensations.

Pierre : On essaie de ne pas donner tout le temps les mêmes concerts. Il y a des groupes qui sont très forts pour faire ça, et ça leur va très bien de jouer au click, de lancer des boucles, d’être très carré. Nous on essaie d’être le plus carré possible, de produire les sons qui nous intéressent, par contre tout le temps le même concert ça ne nous intéresse pas tellement. Ca ne veut pas dire qu’on change les titres, mais c’est de trouver de nouvelles interprétations à chaque fois, ça passe aussi dans l’intention. Après ça passe par des instants d’impros qu’on peut se permettre, des silences qui ne sont jamais les mêmes. On essaie d’être dans le présent quand on monte sur scène, de ne pas se dire « c’est un concert de plus, c’est le même qu’hier ». Il y a des concerts qui sont moins biens que d’autres, peut-être pas pour le public, mais pour nous oui.

Vos plus beaux souvenirs de concerts ?

Pierre : Il y a la Cigale, mais avant ça c’était à Joinville-Le-Pont, il y a deux semaines. Et avant ça, l’une de nos meilleures dates c’était cet été à Québec, dans un bar où il y avait quinze personnes. Ca ne veut rien dire le nombre, c’est surtout ce qu’on donne à ce moment là et comment les gens le reçoivent. C’est le vieux cliché, mais il vaut mieux dix personnes à donf que mille qui en n’ont rien à foutre.

Colin : Les meilleurs concerts sont souvent quand on ne s’y attend pas du tout. On se dit « on y retourne pour un petit concert », on n’est pas dans l’état du meilleur concert de la vie, et finalement ce sont les gens qui vont nous surprendre et on va leur donner un truc qui n’était pas vraiment prévu. C’est ce qu’on kiffe.

Pierre : Du coup, on n’est pas dans la réflexion…

Merci !

Benjamin Biolay – Palermo Hollywood

Il faut toujours mettre les artistes dans des cases, c’est regrettable. 

Nous pourrions épiloguer longuement sur le problème, en chercher les causes, discuter les conséquences mais ce n’est pas le propos.

Le problème est que Benjamin Biolay est tombé beaucoup trop vite dans la grande caisse « foutoir » des chanteurs Bobos, « foutoir » parce qu’on ne sais pas ou les mettre surement… 

Et pour en sortir, il faudrait peut être qu’il commence à sortir de mauvais disques, écrire de mauvaises chansons ou encore qu’il arrête d’avoir bon goût dans ses choix musicaux, afin qu’on cesse de les lui reprocher.

Ce n’est pas avec Palermo Hollywood que cela vas changer…

Ce nouvel album est un disque voyageur, nomade et mondiale à l’image de la ville de Buenos Aires dont Palermo Hollywood est l’un des quartiers.

Entre les dissonances somptueuses du titre éponyme, la sublimissime surprise lyrique qu’est C 628 ou encore Horse Song, chanson aux paroles et aux expérimentations musicales désarmantes, Palermo Hollywood est profondément riche, riche comme le monde. 

Ce monde que Benjamin Biolay retranscrit si bien en musique. Qu’il se concentre sur l’Amérique du sud ou sur les problèmes sociaux plus Français dans Ressources Humaines » il est toujours profondément juste. 

Il a même l’audacieuse brillance d’intégrer a son concept des titres instrumentaux bienvenus, agrémentés de samples de commentaire de match de foot argentins ou de poème de Jorge Luis Borges (lu par l’auteur en personne), serait-il un bobo lui aussi ?

En fait, il s’en fout Biolay d’être taxé de bourgeois bohème. Il continue à donner du grain moudre à ses détracteurs en sortant des disques sincères, franchement réussis et surtout qui lui ressemblent. Des disques qui nous rappellent comme la chanson française peut être belle et intéressante, courageuse et touchante.

Un très beau documentaire sur la conception et le concept du disque

Des Etincelles – Vincha

« Du réalisme, une pointe de rigolade désabusée »  Quelle jolie formule d’Olivier Cachin pour décrire l’univers de Vincha qu’il trace malicieusement sur son second album Quit Dit Mieux entre rap et chanson.

A un peu plus de tente ans, Vincha repeint avec lucidité, souplesse, fluidité et humour (ne lui parlez pas de maturité !), tel un graffeur urbain, les sujets du quotidien : le couple, les relations, la mode, l’inspiration… Et pour cela il a aussi fait appel à de nombreux amis qui l’accompagnent aux voix (Emilie Gassin, Cléa Vincent, Alma, Volodia, Cheeko, Dajeerling Speech, Hippocampe Fou, Reza Stax…), aux scratchs (Son Of A Pitch), le tout produit par Tom Fire.

Parce que c’est encore Vincha qui en parle le mieux, on se matte le making of de l’album

Enfin, on s’écoute Des Etincelles, en attendant de le voir « bruler les planches » de ses prochaines scènes, à commencer par la release party dans quelques jours…

PS: merci pour cette petite pointe sur l’auto-tune, ça fait du bien pour les gens de ma génération plutôt hermétique à cette tendance artistique !

La Femme – Où va le monde

Cela a été très rapide, depuis leur premier titre Sur La Planche, La Femme n’est plus seulement un super groupe de pop française, mais une locomotive citée en référence par de nombreux artistes.

Leur deuxième album Mystère est une magnifique réussite, déjà un essentiel de 2016, où se succèdent les excellents morceaux tels que Où va le monde. Un titre  ENORME qui évoque sur une mélodie colorée infaillible le beau sujet de l’altérité et de ces déceptions. Une chanson qui parle à tous !

The Pirouettes – L’escalier

En couple dans la vie et dans The Pirouettes, Vicky et Léo, inspirés par la pop des années 80s, signent dans leur premier album Carrément Carrément, la chanson la plus instantanée et la plus entêtante de l’année (dans le sens positif). Un questionnement sur le sens de la vie très joliment mis en musique sur des accords synthétiques et effets qu’on croirait sortis directement d’un bon vieux Bontempi trouvé sous le sapin.

Un titre à la mélodie imparable qui atteint parfaitement sa cible, la plus haute marche du TOP50 ! Tout le monde est totalement fan autour de moi, et toi?

« Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte »

Après un été bien pourri par des politiques jouant au pompier-pyromane, annonçant des prochains mois à hauteur de caniveau qui vont être pénibles à supporter, et comme l’indique Audrey Azoulay – actuelle ministre de la culture – « Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte », nous vous proposons une courte sélection (que vous pouvez enrichir en mettant vos liens en commentaire) de quelques artistes lanceurs d’alerte. En espérant que ces messages soient entendus !

Renaud – Hexagone
Parce que cette chanson n’a pas pris une ride, qu’il est important de l’écouter encore aujourd’hui et qu’on préfère retenir cette époque de Renaud

« Je me souviens surtout de ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S’en allant voter par millions
Pour l’ordre et la sécurité »

Zoufris Maracas – Les cons
Parce que sur une petite musique à l’air innocente et gentille les messages visent terriblement juste et sont porteur d’espoir !

« Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire qu’y’a des gens biens
c’est certain, c’est certain…

Ils sont deux cent fois plus nombreux
Que la bande d’imbéciles heureux
qui nous emmène tous au carton
Avec les trompettes et les clairons »

Kery James – Racailles
Parce que ce titre est aussi direct, précis et puissant que la droite de Tony Yoka, parce qu’en 6 minutes Kery James fait un tour assez complet de la politique française sans oublier quelques mots acérés pour Skyrock

« Racailles !
Vous êtes élus pour un truc
Vous ne le faites pas plus
Vous faites l’inverse, en plus
Ca ne vous gêne pas
Racailles !
Et si le peuple a l’idée de se rebeller
Vous disposez d’une armée de flics bien dressés et zélés
Racailles !
Le dialogue social gît dans un cercueil
Les keufs tirent aux flashballs, tu peux y perdre un œil
Racailles !
Vous faites monter le sentiment anti-policier
Usez de la police comme d’une armée privatisée »