Sous le choc King Krule

King Krule… Ce mec-là, il  a déboulé par le plus grand des hasards dans mon casque audio et depuis, il ne le quitte plus. Il trône en maître absolu dans ma playlist. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas emballée à ce point sur un son. Là, j’ai l’impression d’être aux prémices d’une grande histoire d’amour… pour de vrai, en plus. Il a débarqué avec son titre easy easy, et moi, j’étais toute impressionnée par sa voix, cette façon un peu grunge, un peu punk de dire les choses sur un son qui ne l’est pas. Un son trip-hop dans ce qu’il a de plus beau. Parce que le mélange, là, il est surprenant, il est génial.

Chez King Krule, on y sent de tout. Un coup, on y sent une pointe de folk. Un coup ça pourrait ressembler à du rap. Un coup ça pourrait même s’apparenter à de la pop. J’y vois  même du rock psyché, des fois ! Voilà, ce mec-là, il est rien de tout ça et tout à la fois. Il  débarque et il te refait le monde avec du son. Elle n’existe pas ailleurs, sa musique à lui ; cette façon un peu nonchalante et envoûtante d’aligner les mots avec un son changeant, en vague. Un coup il semble cracher sa bile, un coup, il semble te balancer le truc, l’air de rien. King Krule est un génie pur souche. Un vrai de vrai ! Alors, il faut être préparé parce qu’à la toute première écoute, on est certes captivé mais un peu déstabilisé, quand même, parce que sa musique, elle ne va nulle part, parce que ça n’avance pas, ça ne décolle pas ; c’est lent, affranchi. Alors, il ne faut pas chercher, pas intellectualiser, il faut se laisser aller, se laisser surprendre et surtout lâcher prise. Oui, surtout ; lâcher prise. C’est cela que King Krule fait ; se débarrasser des codes et nous obliger à le faire. Peu importe bien où se situe sa musique et dans quel univers musical on pourrait le mettre. Peu importe bien où on va, où il nous emmène – le sait-il vraiment, lui ? – plus rien n’a d’importance. L’instant prime sur la totalité des choses. C’est un peu comme si on se baladait dans la ville sans but si ce n’est de se balader et d’être là. Juste ça, en fait ; se sentir là, vivant, présent. Il y a du Kerouac, chez King Krule ; cette façon particulière d’être et qu’on a nommé Beatnik, longtemps ; cette façon d’accepter la vie comme elle vient, de raconter sans se soucier des codes et de la lecture ; en étant complètement vrai, en ayant l’honnêteté de l’instant. Kerouac, il écrivait à l’instinct, ne se relisait pas, il avançait dans son histoire sans chercher à la définir. Il n’y a même pas de début, de milieu, de fin, même pas d’intrigue dans son bouquin  Sur la route.  Il écrivait comme on joue du Jazz, en improvisant avec le beat et King Krule le fait, aussi. Et c’est beau. C’est même profondément beau, en fait.

J’ai, donc, cherché des infos sur ce génie du son et de l’instant ; j’ai découvert qu’il a commencé sa carrière sous le pseudonyme de Zoo Kid en 2010 et qu’aucun des deux albums n’a été publié mais le son semble être à l’écoute gratuite sur son site, écrit-on sur la toile. Puis, en 2011, le pseudonyme King Krule nous sort trois albums sur les trois années qui suivent. Et enfin, en 2015, il débarque avec son vrai nom Archy Marshall pour nous sortir encore un opus. Moi, je le découvre avec le pseudonyme King Krule et son album magique Six feet beneath the moon sorti en août 2013, sous le label XLrecodings (à qui on doit de belles publications ;  Radiohead, Sigur Ròs, The Prodigy, Beck, pour ne citer qu’eux)  je ne connais rien d’autre de lui, pour l’heure, mais il est évident que je vais me plonger dans sa musique dès que j’aurai fini de taper ces quelques lignes parce que ce prodige anglais, à peine âgé de 23 ans, vient de me taper dans l’œil comme jamais… Je dois admettre la chose ; Le cœur a été atteint. Et de la plus belle des façons, je dois dire.

Je laisse à l’écoute le titre Neptune Estate parce qu’il frôle la perfection, qu’il tourne en boucle dans mon casque audio, depuis que je l’ai découvert et parce que je pense que c’est le titre le plus accessible pour une première écoute de King Krule. Et je laisse à l’écoute, un autre sublime titre de l’album Six feet beneath the moon ;  Easy easy pour le phrasé magique et cette sensation particulière de liberté absolue qu’il laisse, après coup.

Loyle Carner – Yesterday’s Gone

Et c’est encore d’Angleterre que nous vient cette nouvelle pépite hip-hop nommé Loyle Carner (de son vrai nom Benjamin Gerard Coyle-Larner). On découvre dans son premier album Yesterday’s Gone un rap posé, chaleureux, aux accents so british tout à fait fascinant.

Ici pas de voix autotuné, pas de refrain rnb, pas de concours de muscles artificiellement augmentés à la créatine, mais une émotion qui s’expose sans filtre, simplement, naturellement. Que ce soit sur un air jazzy dans Ain’t Nothing Changed, ou plus rock dans NO CD, Loyle Carner pose juste, et c’est un régal. Peut-être que ces études d’acteur n’y sont pas étrangères… 

Sianna – Diamant Noir

Parait que les filles ne savent pas rapper ? Chronique Musicale se mouille pour vous prouver le contraire… sans traverser la Manche ! Délaissons Lady Leshurr, Mz. Bratt, Amplify Dot and co. et la scène rap féminine UK hyper active pour une rappeuse prometteuse bien de chez nous : Sianna Dwayna.

Du haut de ses 22 printemps, Sianna – qui tire son pseudo du verlan « Anaïs » (son véritable prénom) – n’hésite pas à s’aventurer de plain-pied, la tête sur les épaules et le mic en main, sur le terrain sinueux du rap français. Elle y fait ses premières armes en 2012 au sein du groupe de rap beauvaisien Crack House et propose fin 2013 un premier clip solo Passe-moi la télécommande.

Depuis, la jeune artiste – à la fois danseuse, auteure et MC – qui se caractérise notamment par une plume aiguisée, un flow évident, des intrus modernes et des couplets assassins, est loin de chômer ! Après nous avoir fait tourner la tête sur le net avec son tour du monde en freestyle (Siannarabica, Siannalicante, Djingaling…), assuré les premières parties de la dernière tournée de Soprano et un EP éponyme (2015) plutôt réussi dont un featuring avec Mc Tyer (Appel manqué) ; Sianna a fait ses preuves et s’inscrit désormais comme l’une des étoiles montantes de la scène rap française.

C’est vous dire qu’on attend avec impatience son premier album Diamant Noir prévue ce 24 février – quelques extraits tels que Havre de paix, Bouteille à la mer ou Charbonner en collaboration avec S.Pri Noir sont d’ailleurs déjà disponibles – car Sianna est une jeune pousse à surveiller de près… très près.

On vous aura prévenu !

The Avalanches – Because I’m Me

Après un énorme succès en 2000 avec Since I Left You, les australiens The Avalanches sont de retour en 2016 avec un second album euphorisant Wildflower dans lequel ils passent du rap à la pop à l’électronique aussi habilement et facilement qu’un politicien retourne sa veste (surtout en ces temps de primaires…). 

Notons parmi les 22 titres proposés, deux tueries incontournables : l’enchantant Because I’m Me et le fou fou fou Frankie Sinatra.

 

Kate Tempest – Europe Is Lost

Poète, romancière, musicienne, à 30 ans à peine, Kate Tempest s’est déjà fait un joli nom outre Manche. C’est tout à fait mérité tant son talent est grand. Il suffit d’écouter quelques titres de son deuxième album Let Them Eat Chaos, dont le magnifique Europe Is Lost pour comprendre que c’est une fabuleuse conteuse d’histoires. Son spoken-word à fleur de peau, comme poussé par l’urgence, vous jette à la figure une réalité crue qui touche juste. Il n’est pas nécessaire d’être bilingue, de comprendre chaque mot pour apprécier, car ce sont ici les émotions, les tripes ouvertes qui parlent !

Extrait de Europe Is Lost

« Massacres massacres massacres/new shoes
Ghettoised children murdered in broad daylight by those employed to protect them.
Live porn streamed to your pre-teens bedrooms.
Glass ceiling, no headroom. Half a generation live beneath the breadline. »

2100 – Run The Jewels feat. Boots

En réaction à la récente élection de Donald Trump, le duo rap Run The Jewels poste un nouveau titre 2100, écrit il y a quelques mois et publié un peu précipitamment à la vue des évènements. On y retrouve tout ce qu’on aime, leur style « old school » qui cogne dur et n’hésite pas à mélanger les influences.

Leur nouvel album RTJ3 est annoncé dans les « mois à venir », sans plus de précision.

Ci-dessous le message qui accompagne la publication de ce morceau.

« For our friends. for our family. for everyone who is hurting or scared right now. here is a song we wrote months ago. we weren’t planning on releasing it yet but… well it feels right, now. its about fear and its about love and its about wanting more for all of us. its called 2100. we hope it finds you well.

Love,
Jaime and Mike »

Des Etincelles – Vincha

« Du réalisme, une pointe de rigolade désabusée »  Quelle jolie formule d’Olivier Cachin pour décrire l’univers de Vincha qu’il trace malicieusement sur son second album Quit Dit Mieux entre rap et chanson.

A un peu plus de tente ans, Vincha repeint avec lucidité, souplesse, fluidité et humour (ne lui parlez pas de maturité !), tel un graffeur urbain, les sujets du quotidien : le couple, les relations, la mode, l’inspiration… Et pour cela il a aussi fait appel à de nombreux amis qui l’accompagnent aux voix (Emilie Gassin, Cléa Vincent, Alma, Volodia, Cheeko, Dajeerling Speech, Hippocampe Fou, Reza Stax…), aux scratchs (Son Of A Pitch), le tout produit par Tom Fire.

Parce que c’est encore Vincha qui en parle le mieux, on se matte le making of de l’album

Enfin, on s’écoute Des Etincelles, en attendant de le voir « bruler les planches » de ses prochaines scènes, à commencer par la release party dans quelques jours…

PS: merci pour cette petite pointe sur l’auto-tune, ça fait du bien pour les gens de ma génération plutôt hermétique à cette tendance artistique !

« Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte »

Après un été bien pourri par des politiques jouant au pompier-pyromane, annonçant des prochains mois à hauteur de caniveau qui vont être pénibles à supporter, et comme l’indique Audrey Azoulay – actuelle ministre de la culture – « Les artistes ont un véritable rôle de lanceurs d’alerte », nous vous proposons une courte sélection (que vous pouvez enrichir en mettant vos liens en commentaire) de quelques artistes lanceurs d’alerte. En espérant que ces messages soient entendus !

Renaud – Hexagone
Parce que cette chanson n’a pas pris une ride, qu’il est important de l’écouter encore aujourd’hui et qu’on préfère retenir cette époque de Renaud

« Je me souviens surtout de ces moutons,
Effrayés par la Liberté,
S’en allant voter par millions
Pour l’ordre et la sécurité »

Zoufris Maracas – Les cons
Parce que sur une petite musique à l’air innocente et gentille les messages visent terriblement juste et sont porteur d’espoir !

« Moi si j’écris des ptites chansons
C’est pas pour vous rendre moins cons
Mais pour vous dire qu’y’a des gens biens
c’est certain, c’est certain…

Ils sont deux cent fois plus nombreux
Que la bande d’imbéciles heureux
qui nous emmène tous au carton
Avec les trompettes et les clairons »

Kery James – Racailles
Parce que ce titre est aussi direct, précis et puissant que la droite de Tony Yoka, parce qu’en 6 minutes Kery James fait un tour assez complet de la politique française sans oublier quelques mots acérés pour Skyrock

« Racailles !
Vous êtes élus pour un truc
Vous ne le faites pas plus
Vous faites l’inverse, en plus
Ca ne vous gêne pas
Racailles !
Et si le peuple a l’idée de se rebeller
Vous disposez d’une armée de flics bien dressés et zélés
Racailles !
Le dialogue social gît dans un cercueil
Les keufs tirent aux flashballs, tu peux y perdre un œil
Racailles !
Vous faites monter le sentiment anti-policier
Usez de la police comme d’une armée privatisée »

DJ Shadow – Suicide Pact

Il aura fallu attendre son cinquième album (en 20 ans), pour qu’enfin nous réparions le manque de chronique de DJ Shadow « figure emblématique du mouvement hip-hop expérimental » (source Wikipedia).

Il est vrai que sa musique faite de samples, de boites à rythmes, de torsions électronique s’apparente plus facilement à de la musique contemporaine, qui peut sembler sous de mauvaise circonstances difficile de dompter, qu’à de la variété.

Lorsqu’on écoute son album The Mountain Will Fall (2016) au moment opportun, avec la bonne oreille, il dévoile alors une multitudes de facettes, d’ambiances, de paysages, qu’on prend plaisir à découvrir à chaque nouvelle écoute. C’est un album dense qui pose à chaque morceau les premières pierres de nouveaux chemins à explorés. Sans aucun doute un album référence qui en inspirera plus d’un.

Suicide Pact à l’écoute (à partir de 45min 03), est un très beau blues planant à la sauce électro-hip hop et tellement unique ! Un pur régal.

Actin Crazy – Action Bronson

Délaissant ses cuisines pour un micro, Arian Asllani aka Action Bronson nous régale d’un second album de haute volée hip-hopesque mêlant vrais instruments, samples et featuring accrocheurs avec quelques incursions bien senties sur les côtes du blues. On s’écoute Actin Crazy pour se mettre en bonne forme !

Informations complémentaires

  • Titre: Actin Crazy
  • Durée: 3min 59s
  • Artiste(s): Action Bronson
  • Album: Mr Wonderful
  • Label: Vice Records/Atlantic
  • Date de sortie: Mars 2015

Moutons – D-BangerZ

 » la boite noire dans le salon, c’est la mort ! »

Parce qu’on est encore très énervé des résultats des élections, on se balance Moutons de D-BangerZ. Un electro-hip-hop énervé bien plus intéressant qu’une soirée à écouter les explications bancales des mêmes experts sur toutes les chaines.

Informations complémentaires

  • Titre: Moutons
  • Durée: 3min 46s
  • Artiste(s): D-BangerZ
  • Album: Hip-Hop centipède
  • Label: Underdog records
  • Date de sortie: Mars 2015

Blue Volvo – Loud Lary Ajust

LLADepuis quelques années, la scène musicale canadienne livre des artistes éclectiques d’une qualité assez impressionnante. Outre les Arcade Fire, le précoce Kaytranada ou le comique Mac DeMarco, les rappeurs canadiens s’affirment loin de l’image marginale du Roi Henok.

Loud Lary Ajust truste le haut du classement du rap francophone et témoigne d’un métissage musical avec le mariage à trois des punchlines du rap américain à la poésie du hip hop français et aux productions canadiennes. L’accent canadien donne un charme au tout et laisse rêveur face à cette agilité à jongler entre vocabulaire français et vocabulaire américain.

Avec Mort Lente, le niveau des productions est donné avec une intelligence de composition assez rare. Quelques samples bien trouvés et un riff de guitare, un beat efficace est né. Personne illustre parfaitement l’alternance et le paradoxe entre légèreté et dureté, deux ambiances omniprésentes sur l’album Blue Volvo.

Comme tous les rappeurs, les membres de Loud Lary Ajust sont attachés à un territoire, Montréal, auquel ils font régulièrement référence. Les paroles décrivent la vie et la jeunesse des Canadiens moyens, comme sur Tiens Mon Drink ou Hôtel Hell, mais qui ne figurent pas forcément dans notre imaginaire collectif pour décrire la jeunesse canadienne. En effet, notre vision est remplie de clichés et cette description rappée du quotidien de cette jeunesse fracasse nos stéréotypes.

Bien que tous les morceaux soient d’une qualité égale, c’est-à-dire élevée, Blue Volvo et XOXO se détachent. Le morceau éponyme symbolise idéalement le travail de composition des Loud Lary Ajust avec un beat efficace fondé sur une boîte à rythme basique et un sample mais aussi des paroles teintées de nostalgie, dressant un constat de la jeunesse montréalaise et alternant français et anglais. Au de-là de ce dualisme linguistique, la force des deux rappeurs repose sur le transposition du jeu d’assonance du rap américain sur le rap français et une maîtrise parfaite des langues que l’on apprécie pleinement sur XOXO.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Loud Lary Ajust
  • Album: Blue Volvo
  • Label: Les disques Audiogramme
  • Date de sortie: Octobre 2014