Blue Volvo – Loud Lary Ajust

LLADepuis quelques années, la scène musicale canadienne livre des artistes éclectiques d’une qualité assez impressionnante. Outre les Arcade Fire, le précoce Kaytranada ou le comique Mac DeMarco, les rappeurs canadiens s’affirment loin de l’image marginale du Roi Henok.

Loud Lary Ajust truste le haut du classement du rap francophone et témoigne d’un métissage musical avec le mariage à trois des punchlines du rap américain à la poésie du hip hop français et aux productions canadiennes. L’accent canadien donne un charme au tout et laisse rêveur face à cette agilité à jongler entre vocabulaire français et vocabulaire américain.

Avec Mort Lente, le niveau des productions est donné avec une intelligence de composition assez rare. Quelques samples bien trouvés et un riff de guitare, un beat efficace est né. Personne illustre parfaitement l’alternance et le paradoxe entre légèreté et dureté, deux ambiances omniprésentes sur l’album Blue Volvo.

Comme tous les rappeurs, les membres de Loud Lary Ajust sont attachés à un territoire, Montréal, auquel ils font régulièrement référence. Les paroles décrivent la vie et la jeunesse des Canadiens moyens, comme sur Tiens Mon Drink ou Hôtel Hell, mais qui ne figurent pas forcément dans notre imaginaire collectif pour décrire la jeunesse canadienne. En effet, notre vision est remplie de clichés et cette description rappée du quotidien de cette jeunesse fracasse nos stéréotypes.

Bien que tous les morceaux soient d’une qualité égale, c’est-à-dire élevée, Blue Volvo et XOXO se détachent. Le morceau éponyme symbolise idéalement le travail de composition des Loud Lary Ajust avec un beat efficace fondé sur une boîte à rythme basique et un sample mais aussi des paroles teintées de nostalgie, dressant un constat de la jeunesse montréalaise et alternant français et anglais. Au de-là de ce dualisme linguistique, la force des deux rappeurs repose sur le transposition du jeu d’assonance du rap américain sur le rap français et une maîtrise parfaite des langues que l’on apprécie pleinement sur XOXO.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Loud Lary Ajust
  • Album: Blue Volvo
  • Label: Les disques Audiogramme
  • Date de sortie: Octobre 2014

Piñata – Freddie Gibbs & Madlib

Freddie Gibbs MadlibPiñata n’est pas seulement une figure toute moche en papiers mâchés contenant des sucreries. C’est aussi l’un des meilleurs albums rap de 2014.

En l’espace de 17 titres, deux ténors du game rappellent pourquoi ils possèdent ce statut. Madlib, virtuose de la production jazzy hip hop, distille des instrus sur lesquelles Freddie Gibbs, l’un des derniers gangsters du rap, aligne son flow assassin.

La légèreté du beat de Thuggin’ combinée à la voix rauque de Gibbs ou encore la douceur du refrain de Shame chanté par BJ The Chicago Kid font face à la folie de High sur lequel le taré Danny Brown se vide les poumons à en mourir. Madlib fait croire au retour de Miles Davis sur Robes pendant que Domo Genesis et Earl Sweatshirt répondent à Gibbs.

Un album d’une sacré trempe. Celle des anciens.

Informations complémentaires

  • Artiste(s): Freddie Gibbs & Madlib
  • Album: Piñata
  • Label: Madlib Invazion
  • Date de sortie: Mars 2014

Amerigo Gazaway

Gazaway« Le mashup consiste en la création d’un titre à partir de deux ou plusieurs autres titres déjà existants. Généralement, les titres créés sont le mélange des parties vocales d’un premier titre avec la partie musicale d’un second. Le mashup se distingue du pot-pourri – « medley », en anglais. »

Cette pratique de DJ et de producteur s’avère d’une difficulté assez déconcertante à réaliser pour trouver les bons morceaux, faire les réaménagements nécessaires, caler les problèmes rythmiques et/ou harmoniques.

Bien que la transmission du talent n’a jamais été prouvée, être le fils d’un célèbre trompettiste de jazz aide forcément à ne pas être aux marges de la qualité quand on compose. Encore plus lorsque l’on est admirateur du hip hop.
Pour Amerigo Gazaway, le mash-up est en train de devenir addictif et détourne les limites de la création musicale jusqu’à les transformer. En 2011, il subjugue le monde de la production en faisant fusionner des morceaux de Fela Kuti et de De La Soul : Fela Soul est né. A noter le bon goût de choisir un trompettiste mythique et à un groupe légendaire, la facilité n’est pas de mise chez Amerigo.

Le projet est encensé par la presse et MTV, dans une illumination de bon sens, qualifie son travail de “virtuel hit” pour faire référence au mash-up. Et pour sur, Gazaway réalise une oeuvre de recomposition assez démentielle avec, par exemple, le génial morceau Feel Good Inc. Oui, le producteur américain s’est attaqué à un mash-up comprenant trois artistes avec De La SoulFela Kuti et Gorillaz. La voix de Damon Albarn trouve écho dans les cuivres de Fela Kuti, l’instru est partiellement modifiée et semble débarquée de la Louisiane pendant que De La Soul balance ses mots sur le couplet.

En 2013, son projet de mash-up entre A Tribe Called Quest et The Pharcyde, Bizarre Tribe, le dépasse tellement que The Pharcyde font appel à lui pour remixer certains de leurs morceaux. Amerigo Gazaway part ensuite faire des festivals en Amérique Latine.

En 2014, c’est l’apogée pour le fils de Gary Gazaway. Il dématérialise les instrus de Marvin Gaye pour les réadapter aux paroles fracassantes de Mos DefYasiin Bey de son vrai nom. Gazaway donne une nouvelle vie à ces classiques de la Motown et les sublime à tel point que ces morceaux sont difficilement dissociables de ce travail de recomposition avec Yasiin Gaye.

Contrairement aux mash-up précédents, l’écoute de l’album laisse plus croire à une authentique collaboration qu’à une dématérialisation qu’à une recomposition musicale. Sur Inner City Travellin’ Man, les voix des artistes se répondent dans des styles opposés alors que sur The Panties, elles s’unissent pour créer un bijou de sensualité.

The Source adoube Amerigo Gazaway en lui donnant le titre de “Mashup King” et les revues de presse s’exercent au concours du meilleur compliment. Le projet Yasiin Gaye et sa complexité musicale témoignent de l’influence non négligeable d’un père jazzman et de l’amour de la musique du producteur américain.

Des possibilités presque illimitées s’ouvrent quand on prend conscience que Gazaway “n’a fait que” des mash-up alliant artistes jazzy soul et artistes hip hop.

Louder – Pumpkin & Vin’S da Cuero

Parce qu’inévitablement on revient à cet album aux productions irréprochables, au flow « smooth » et aux featurings impeccables.

Informations complémentaires

  • Titre: Louder
  • Durée: 4min 14s
  • Artiste(s): Pumpkin & Vin’S da Cuero feat. Boog Brown & Rita J.
  • Album: Le Beau Temps
  • Label: Mentalow Music
  • Date de sortie: Mai 2014

Hip Hop, les retours réussis !

Informations complémentaires

  • Titre: Ruckus in B Minor
  • Durée: 5min 24s
  • Artiste(s): Wu-Tang Clan
  • Album: A Better Tomorrow
  • Label: Asylum/Warner Bros
  • Date de sortie: Novembre 2014

Informations complémentaires

  • Titre: Soldat
  • Durée: 4min 08s
  • Artiste(s): Busta Flex
  • Album: Soldat – EP
  • Label: TXTprod
  • Date de sortie: Novembre 2014

Informations complémentaires

  • Titre: Courtesy
  • Durée: 3min 30s
  • Artiste(s): PRhyme (DJ Premier & Royce Da 5’9”)
  • Album: PRhyme
  • Label: PRhyme
  • Date de sortie: Décembre 2014

Bûcheron – Zippo

ZippoOn est en 2013, je découvre le titre C’est les soldes de Zippo.  J’en prends plein les oreilles, le phrasé a quelque chose de magique et les mots choisis dénoncent avec un talent de conteur qui rappelle les plus grandes heures du rap français. Alors, je me mets à chercher davantage d’info sur Zippo et je découvre que son EP, sorti en 2012, est en téléchargement gratuit. Ça m’étonne.  J’y vois un essai. Un EP pas fini ou quelque chose dans le genre qui ferait dire à l’artiste, lui-même, que ça ne vaut pas le coup de payer pour l’effort fourni. Je trouve ça étrange. Alors, je télécharge, curieuse. Et là, je tombe des nues, la qualité sonore est incroyable, le phrasé du jeune homme vaut le détour et pallie avec brio la pauvreté du rap français actuel. D’un coup, dans mon top rap français, Zippo tient la première place. Et il y est resté sur des journées entières, des semaines, des mois, même. Son EP Bûcheron a tourné en boucle, et quand ce n’est pas dans sa totalité, il s’est dispersé dans mes playlists. Je l’ai écouté au casque, volume à fond, fascinée. Il a tourné dans la voiture en relief sonore aux paysages urbains qui défilaient derrière la vitre. Il est passé en mode home-cinéma 4 haut-parleurs dans mon salon. Bref, son EP à tourner en boucle, partout chez moi ! Ici, on dénonce mais de la plus belle des façons, avec une histoire. Une histoire qu’on découvre au fil des sept excellents titres que contient cet EP. Une triste histoire, en fait, celle de l’humanité. Ça commence gentiment avec l’idée que le système est merdique et qu’il serait bon de s’en éloigner et ça fini en apocalypse, en fin du monde.

Ici, on déglingue le monde dans lequel on vit, on le fusille du regard, on l’éloigne, à coup de hâche. On le conte avec une aversion viscérale. On l’imagine parti en fumée. On imagine des lierres recouvrir les buildings et des singes squattant la tour Eiffel. Oui, il est sombre cet EP. Il est dur. Il est viscéral. Cynique. Désabusé. Profondément pessimiste, aussi. Mais, dans la noirceur opaque de demain, Zippo éclaire. La lame tranchante, la rime acerbe, les mots cogneurs, Zippo débarque, hache sur l’épaule, sourire en coin et il nous dit : Dans un premier temps, nous verrons comment couper du bois. Ensuite, je vous apprendrai à allumer un feu.  Et quelque part, on le vit, ce désastre-là, avec lui. On perçoit la vérité dérangeante qui s’immisce, petit à petit, dans le casque audio. On comprend son message, cette volonté de dézoomer, de réaliser, de réfléchir. Puis, quand vient la fin, du monde et de l’EP, il y a une renaissance, une prise de conscience, du moins, quelque chose qui nous rend étrangement plus fort, plus sûr et moins hésitant. Et là, la touche replay du lecteur devient essentielle à notre survie…

Je propose à l’écoute, les excellents titres Maintenant j’ai une hache  et Des singes dans la tour Eiffel pour le choix des mots, le son, le phrasé et pour toutes les raisons qui me poussent à vous en parler.

Les titres tirés de son EP Bûcheron est à écouter juste après le break

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Wonder Where We Land – SBTRKT

SBTRKTL’annonce d’un second album avait suscité une attente gigantesque. Pourtant, Aaron Jerome a poursuivi son travail calmement sous la liquette SBTRKT pour offrir Wonder Where We Land. Le producteur anglais livre un album aussi abouti que le précédent mais plus diversifié. En effet, les amateurs de la première heure seront divisés à l’écoute de Wonder Where We Land alors que les néophytes seront plus facilement séduits.

Le projet SBTRKT permet à Aaron Jerome d’exploiter tous les recoins de son univers musical et notamment à l’aide d’autres artistes aux personnalités musicales puissantes. Comme sur son premier album, le producteur collabore avec un Sampha qui n’arrive pas à livrer d’aussi bonnes performances en solo. Temporary View nous redonnait goût à cette osmose musicale entre les deux artistes avant la sortie de Wonder Where We Land et cela se poursuit sur le titre éponyme avec la voix planante et le piano de Sampha se mélangeant aux beats teintés, paradoxalement, de sentiments électroniques de Aaron Jerome. Gon Stay et New Dorp New York groovent et swinguent avec une basse prononcée rappelant les meilleures lignes de Jaco Pastorius, quelques percussions et quelques accords de synthés colorant l’ensemble. Ezra Koening confirme la pertinence de ses nouvelles collaborations (Chromeo, Major Lazer) et régale avec sa voix fluette et joyeuse. La présence d’autres artistes que Sampha peut décevoir certains fans de SBTRKT car c’est la fin de l’omniprésence de ce dernier sur les projets d’Aaron Jerome, pour le moment. Pourtant, ces nouvelles présences donnent une nouvelle impulsion au projet SBTRKT qui alternait jusqu’alors des beats électroniques et instrumentaux ou des morceaux avec le piano/chant de Sampha. Les voix féminines comme sur Problem avec Jessie Ware modifient la tonalité de l’album et bousculent les codes établis par le premier album de SBTRKT. S’inscrivant dans cette mouvance de flow posés sur des beats électros, on retrouve le jeune rappeur Raury récemment adoubé par Kanye West, Outkast ou encore Kid Cudi, excusez du peu. Sur Higher, son phrasé répond aux percussions électroniques et est sublimé par les chœurs artificiels du producteur anglais. Le jeune rappeur d’Atlanta n’est pas le seul MC américain présent sur Wonder Where We Land avec la surprenante mais terriblement efficace participation d’Asap Ferg sur le jazzy Voices In My Head. Conforté dans sa trap music, le partenaire d’Asap Rocky détonne sur une instru éloignée de ses habituelles.

Wonder Where We Land révèle d’autres facettes de l’univers SBTRKT avec la réduction de l’omniprésence de la relation Sampha/Aaron Jerome. Les voix féminines se succèdent et donnent de l’émotion aux beats électroniques alors que Raury et Asap Ferg les percutent de leurs phrasés syncopés. Ce second album se montre marqué par la pluralité musicale et stylistique mais également par une diminution de la prépondérance électronique avec la présence de nombreux instruments traditionnels (basse, batterie voire violon) et non plus seulement numériques.

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Jeunesse influençable – Bigflo & Oli

Bigflo & OliAprès leurs titres Monsieur Tout le Monde et Gangsta, Bigflo & Oli – lauréats de la sélection Fair 2014 et filleuls de Chronique Musicale cette année – nous dévoilent avec Jeunesse Influençable, un troisième extrait de leur premier EP Le Trac, sorti en avril 2014.

Bigflo & Oli ont délaissé leur flow énergique et ultra dopé – qu’ils arborent notamment en freestyle – pour un débit plus posé, néanmoins, anti bling-bling, anticonformisme et authenticité, restent les maîtres-mots de ces deux jeunes rappeurs toulousains à la plume jusqu’ici talentueuse et impertinente.

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Redéfinition – La Canaille

La CanailleCoup de Coeur

Alors qu’en cette année 2014, la situation de  notre société ne s’est pas améliorée, La Canaille emmenée par Marc Nammour sort La Nausée et raisonne encore plus fort. Un album présentant la face la plus sombre du monde. Un voyage noir qui comme un ascenseur descend chanson après chanson dans les bas fonds de la mine. La précision et la maturité de l’écriture, la qualité des productions, les prestigieux invités (DJ Pone, Serge Teyssot-Gay, DJ Fab, Sir Jean) rendent cette descente terriblement réaliste et véritablement étouffante.

A l’étage -2 de La Nausée se trouve l’excellent Redefinition avec aux scratchs le magnifique DJ Fab. La musique magistrale, digne des grands péplums, les textes « aiguisés comme une lame« , écorchés, pousse le morceau très loin et bien au delà… Une pierre tellement grosse dans le paysage musicale et social présent qu’il sera bien impossible de l’ignorer.

A l’écoute après le break

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Gang Up – Chlorine Free

Chlorine FreeFermons les yeux un instant, nous voila parachuté au milieu des années 70s à bord d’un gros cabriolet américain arpentant les rues ensoleillées de New York. Chilling…

Gang Up raisonne de tout son groove, son funky style coloré. Au milieu des tours mythiques, ou sur le Brooklyn Bridge, les solos (parmi lesquels quelques scratchs bien sentis) s’enchainent, s’entremêlent, bondissent sur une ligne de basse bien ronde et joufflue.

Un vrai titre généreux où la convivialité et l’expression de chacun vivent à plein régime. Gang Up est tiré du riche et copieux second album Le Fish du septet parisien Chlorine Free, faisant une place de choix au jazz, au funk et au hip-hop

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