Notre entretien avec Albin de la Simone

« J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec »

Avec la sorti de son cinquième album L’un de nous, Albin de la Simone signe (de mon point de vu) son plus bel album et le plus touchant produit jusqu’à présent. Des poésies fragiles, sensibles se lovent dans le creux de mélodies douces et apaisées. 

Un beau jour du mois de mars, c’est dans les bureaux de son label Tôt ou Tard que nous nous sommes entretenus avec lui, et avons discuté entre autres piano, inspiration, Sophie Calle.

Pour les parisiens, il sera en concert à l’Européen les 3 avril, 3 mai, 3 juin 2017, puis au Café de la Danse en fin d’année.

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Des courtes vidéos présentent la préparation de l’album. La première est consacrée à la recherche du piano. Pourquoi avoir fait du piano un élément central de L’un de nous ?

Albin de la Simone : Je n’ai jamais été convaincu que le piano était l’instrument qui me permettrait de faire des chansons. Le piano est un instrument qui sert souvent à remplacer l’orchestre, c’est un instrument qui est très riche, très puissant et ma voix n’est pas très puissante. J’ai toujours trouvé que le piano me ridiculisait un petit peu, que ça ne marchait pas entre nous même si je suis pianiste et que j’adore le piano.

J’ai découvert par hasard, en mettant des couvertures dans un piano, entre les cordes et les marteaux, que le son étouffé du piano gardait vraiment de la richesse mais acquérait une modestie qui, du coup, laissait pas mal de place à ma voix. Je me suis dit « ok, il faut que je trouve le piano qui a ce son doux, étouffé, et en même temps riche et large, mais pas intimidant, pas ‘humiliant’, au contraire, qui est valorisant pour ma voix. » J’avais un son en tête, et là j’ai fait le tour de Paris, de mes copains, des studios pour essayer des pianos dans tous les sens, voir ce qui me branchait.

Dans ce film, je suis allé chez Pascal Lobry qui est un facteur de pianos et a des pianos très particuliers. Il est connu pour ça, pour fournir des pianos très typés. Il m’a fait une démonstration de tous ses pianos. Et on me voit dans le film comme un Louis de Funès insupportable qui essaie en disant « c’est super, mais ce n’est pas du tout ça ! » « ça c’est formidable mais ça n’a rien à voir ! »  « ça j’en veux pas… » Finalement j’ai bien fait, parce que j’ai fini par trouver le bon piano. J’ai fait mon disque et le son du piano me convient parfaitement. C’est vraiment rigolo d’aller rencontrer des gens et essayer des instruments, surtout quand on trouve à la fin.

Vous allez utiliser ce piano pour vos concerts ?

Non, parce que ça pèse une tonne et que je ne veux pas me trimbaler un piano, le faire accorder à chaque fois. Si j’en loue un, je repars à zéro à chaque fois. En plus on ne pense pas à la scène comme on pense un disque. Un disque c’est fait pour être écouté plein de fois, le concert ça s’entend une fois et je suis là, mes musiciens sont là. En plus on a une façon de faire les concerts quasiment en acoustique, sauf ma voix, il n’y a pas de sono. Donc le rapport est très différent et ça ne manque pas de richesses. C’était vraiment pour le disque que j’en avais besoin. Le son que j’utilise sur scène ce n’est pas un son de piano, mais c’est un son très modeste aussi, très doux.

Comment ont été écrites les chansons ?

Le travail de la forme du disque arrive après l’écriture. J’essaie vraiment de dissocier les deux. D’écrire le répertoire, d’écrire les chansons, de les essayer, d’essayer même de les jouer, de les modeler, d’être à peu près sûr de leur forme avant d’attaquer le disque. Si on attaque le disque quand on a trois chansons après on en fait six autres chansons mais elles ne vont plus avec le son du début… J’essaie de passer en production au moment où l’écriture est terminée comme ça la production est cohérente pour tout le disque. Comme ça j’en enregistre éventuellement plus et je resserre après en en enlevant. C’est vraiment écriture d’abord et enregistrement après.

L’écriture s’est étalée depuis 2013 ou vous vous l’avez concentrée sur quelques mois ?

Mon précédent disque est sorti en 2013, on a tourné deux ans. J’ai commencé à écrire sur la fin de la tournée, mais je n’y arrivais pas très bien. A la fin de la tournée, donc fin 2014, j’ai tout arrêté pour écrire et un an plus tard, en 2016 grosso modo j’ai commencé à enregistrer.

Mais il y a des chansons qui datent d’avant, même dans ce disque. La chanson L’un de nous par exemple elle était prévue pour le disque précédent mais elle ne rentrait pas dedans. Elle contredisait d’autres chansons, elle n’avait pas vraiment de légitimité. De même que là, il y a une treizième qui devait être dans le disque et au dernier moment je l’ai virée en me disant qu’elle me bloquait quelque chose dans le disque, je ne sais pas la placer dans l’ordre du disque, elle a un propos qui est trop différent. Elle deviendra peut-être la chanson la plus importante du disque prochain. Je n’en sais rien, mais c’est vraiment un jeu comme ça. Ce n’est pas un bloc défini.

Et sur les thèmes que vous abordez l’amour est très présent. J’ai noté dans une interview que vous avez faite en 2014 que « votre plus grande peur était de ne pas être aimé. » Est-ce que ce disque va puiser dans cette peur ?

Bien sûr ! Je n’ai pas écrit en pensant à ce que le disque allait dire, mais si je le regarde de l’extérieur il est vraiment question de l’amour long, de l’amour qui dure. Justement en opposition à la première chanson qui est Le grand amour, qui est une espèce de flamme incandescente qui s’éteint tout de suite après. Dans le reste du disque il est vraiment question de comment on fait durer l’amour, comment il reste beau longtemps et donc comment on est aimé longtemps, pour revenir à votre question.

Donc oui, je suis encore hanté par le fait de ne pas être aimé, mais je suis aussi hanté par le fait de ne pas réussir à aimer longtemps, ou à être aimé longtemps. Ce n’est pas les mêmes ressorts. On pourrait repartir à zéro tous les deux ans si on voulait avec quelqu’un d’autre. Mais si on n’a pas envie, si on a envie de durer ça demande d’accepter une certaine modification de l’état amoureux, qui me plait mais qui demande du travail et qui inspire des chansons.

Sur votre écriture, vous avez noté des évolutions par rapport à Un homme, votre précédent album ?

Je n’ai pas de sensation de grandes modifications… C’est compliqué… la musique je sens qu’elle bouge, l’écriture des textes je sens qu’elle correspond plus à l’état dans lequel moi je suis. La facture de mon écriture… avec un peu je chance je progresse, en tout cas je m’y emploie mais peut-être pas. Musicalement je sens que dans la production, dans le son il y a des choses qui changent, le disque n’est pas le même. Mais est-ce que mon style d’écriture change.. à vous de me le dire, je n’ai pas trop l’impression. Je n’ai pas une démarche en me disant « maintenant je ne vais parler qu’en javanais ou qu’avec des voyelles… »

(c) Albin de la Simone par Delphine Ghosarossian

Entre 2013 et aujourd’hui vous avez fait plein de choses, de la production, accompagner d’autres musiciens, un spectacle L’amour Ping-Pong, composer la musique d’un documentaire, incarner des personnages dans des livres-CD, etc. Vous avez besoin de ces projets comme d’une respiration ? comme d’une source d’inspiration ?

Tout est dit dans la question. C’est vrai, c’est une respiration et une nourriture. Je ne suis pas capable d’écrire plus de chansons que je n’en écris. D’ailleurs je n’en écris pas pour d’autres, je n’y arrive pas. Par contre j’ai besoin de plus d’expressions, j’ai besoin de vivre des choses, et il se trouve que le métier que je fais, pour élargir, le métier d’artiste, c’est aussi mon loisir. Donc quand le musée d’art moderne me propose de faire quelque chose, et bien je consacre un mois de mon temps à travailler pour ce projet-là, pour une représentation qui dure deux heures, pour deux cents personnes. C’est complètement ridicule vu comme ça, et en même temps je fais mon loisir. C’est un peu comme si j’allais faire du karaté… Je me passionne pour un artiste, je travaille sur le projet de cet artiste, et je vais faire une performance pour l’exposition de cet artiste devant du public. Pour moi c’est évident, c’est ma passion tout simplement.

Même si les histoires racontées dans l’album ne se terminent pas toujours bien, on sent dans l’album un très grand apaisement. Vous arrivez à une certaine sagesse dans votre vie ?

C’est marrant que vous disiez ça, il y a des gens qui me voit comme très inquiet ou très tourmenté, alors que je me sens plus comme vous dites. Je me sens plutôt tranquille, ne serait-ce parce que j’essaie vraiment de voir les choses en face, d’aborder les problèmes, et dans mes chansons de ne pas faire semblant de croire au père-noël. J’ai l’impression que quand on accepte le travail du temps dans l’amour ou dans la vie, on vit beaucoup mieux avec. Plus que l’accepter, c’est même écrire sur cette matière-là. Donc mes chansons elles parlent de choses difficiles et compliquées mais justement, grâce à ça c’est une manière d’avancer. J’ouvre les boites, je ne laisse pas les choses pourrir.

C’est Sophie Calle qui a fait l’artwork de l’album. Comment ça s’est passé et pourquoi ce choix ?

Quand j’ai décidé d’appeler l’album L’un de nous, j’ai tout de suite repensé à cette photo qui est chez elle. Une grande photo dans son salon dans laquelle on voit ces animaux qui paradent un petit peu avec chacun une guirlande, une couronne. Ils sont tous très différents, ils vivent tous dans la même pièce, dans le même espace mais ils essaient tous de faire les malins, de se faire remarquer. Déjà, j’aime cette photo, j’aime l’image et je trouvais chouette comme métaphore de L’un de nous, de parler de l’individu par rapport aux autres. Il se trouve qu’en plus, mais ça c’est vraiment dans le coté anecdotique, elle a nommé ces animaux du nom de ses amis et que le petit ours qui est milieu c’est moi. Donc c’est une manière de vivre entouré de ses amis. De temps en temps elle passe devant et elle dit « bonjour Albin ». Mais c’est surtout l’image et le sens symbolique qui me plaisaient. Du coup j’ai la chance d’avoir une pochette d’album de Sophie Calle qui est l’une de mes artistes préférées, c’est magnifique à tout point de vue. C’est une chance.

Vous avez dit que vous avez travaillé sur l’ordre des chansons, comment cela se passe ? Par exemple, pourquoi A Quoi est-elle en 11ème position ?

D’abord, ce n’est pas comme un podium, même si c’est vrai qu’on va moins souvent à la fin d’un disque qu’au début. Quand on fait l’ordre d’un disque il y a plein de choses différentes qui s’ajoutent pour définir l’ordre des chansons. Il faut qu’elles se répondent bien l’une à l’autre, c’est l’effet que fait une chanson à la suivante ou à la précédente. Quand on a décidé, j’étais sûr de vouloir que la première soit Le Grand Amour, et j’étais sûr aussi de vouloir que l’album se finisse par Ado, par cette voix de Vanessa Paradis et les cordes. Après la première, j’en essaie une seconde, ça marche ou ça ne marche pas. Après c’est un jeu de puzzle qu’on tente. Il y a le rythme de la chanson, sa dynamique, le son, le propos, la tonalité, est-ce que ça ne fait pas redondant. Il y a des chansons qui annulent d’autres chansons. Deux chansons très très lentes côte à côte, on a l’impression que c’est un tunnel d’ennuie. Il vaut mieux les intercaler avec d’autres. C’est tellement complexe que je ne peux pas expliquer pour quelles raisons celle-là arrive en onzième. Elle a dû se balader plusieurs fois et a atterri là. Ce dont je suis sûr c’est que la première Le grand amour je voulais qu’elle soit là pour parler de cet amour incandescent qui brule et qui disparait, du fait que le disque après abordait l’amour long, l’amour dans le temps. J’avais envie de commencer par quelque chose de beau et brulant et après de se dire « après ça qu’est-ce qui se passe. » C’est le seul truc que je peux expliquer vraiment.

Vous allez bientôt débuter une tournée, dont 3 dates à l’Européen (3 avril, 3 mai, 3 juin 2017). Ce sera avec quelle formation et pourquoi cette salle ?

L’Européen est une salle qui a une grande histoire. Déjà il y a 15 ans c’est là que Vincent Delerm et Jeanne Cherhal ont beaucoup joué, j’y ai joué aussi. C’est vraiment un endroit où il s’est passé quelque chose de fort pour la chanson française. Avant ça s’appelait le Théâtre en Rond, et Jean Guidoni jouait là-bas. J’aimais beaucoup Jean Guidoni. C’est donc pour moi un endroit super. En plus au niveau de sa forme c’est un théâtre rond, comme un mini cirque et c’est parfait pour ce que je fais, pour le coté acoustique de notre concert. Je suis accompagné par Anne Gouverneur et Maëva Le Berre au violon et au violoncelle comme avant, sans micro, sans rien, elles jouent comme pour un concert classique. A elles deux, on a ajouté un vieil ami qui s’appelle François Lasserre qui joue de la guitare et des percussions, lui aussi sans sono.

Ça change complètement l’écosystème d’avoir une personne en plus, mais ça marche toujours d’avoir ce système de ne sonoriser que ce qui doit être sonorisé, à savoir ma voix pour qu’on comprenne mes paroles et mon clavier parce qu’il est électrique. Tout le reste est complètement acoustique. C’est-à-dire que quand François tape sur une percussion qu’il a fabriquée ça vient de lui, l’instrument vibre et nous arrive dans les oreilles, je trouve ça super. Tant qu’on peut faire ça, on le fait.

C’est transposable dans d’autres salles ?

Ça marche partout sauf en plein air parce qu’il faut des murs pour renvoyer le son, et sauf au-delà de 600 places, si c’est un théâtre à l’italienne avec trois balcons de 200 places. Plus les gens sont proches, plus on peut en mettre. Le théâtre des Champs-Elysées fait 2000 places et ils font des concerts classiques depuis 200 ans, sans aucune sono.

Merci !

Notre entretien avec Frànçois & the Atlas Mountains

« Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde »

Véritable matière vivante faites d’émotions, d’influences éclectiques, parfois fluides, parfois rocailleuses, douces ou rock, les nouvelles chansons de Frànçois & The Atlas Mountains tirées de Solide Mirage laissent apparaitre, au fur et à mesure qu’elles se dévoilent, les possibles d’un autre monde, d’une autre route à emprunter.

C’est dans les locaux de son label Domino que nous avons rencontré François Marry, leader du groupe, pour évoquer avec lui son écriture, son point de vue sur le monde et ses prochains concerts qui feront halte notamment à La Maroquinerie (Paris) les 22, 23, 24 mars 2017. 

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Comment sort-on d’un succès tel que Piano Ombre ?

François : C’est un beau succès. C’est un succès qui s’est un peu diffusé dans toute l’équipe. On était cinq dans le groupe, il y avait tout le label, le tourneur, c’était une belle réussite. Toute cette réussite s’est diffusée, diluée par ce que chacun récupère et interprète. Ça m’a permis de me dire que ça valait le coup de continuer. Ça m’a remis le pied à l’étrier assez rapidement. On a sorti un EP africain dans la foulée (ndlr Un Homme Tranquille). Après, j’ai collaboré avec Rone et sur un spectacle de danse contemporaine, donc je n’ai pas eu vraiment l’impression de m’arrêter. Je ne pense pas avoir traverser ce grand désert qui peut se produire parfois après un succès.

Vous avez ressenti plus d’attentes, de pression pour l’écriture du nouvel album Solide Mirage ?

Non, c’est pour cela que je dis que le succès s’est peut-être dilué. C’est gentil de me dire que cela a été un succès, mais je le perçois plutôt comme un ouvrage à remettre tout le temps sur le métier. Je n’ai pas l’impression d’avoir atteint un summum, d’avoir explosé ou quoi que ce soit. J’ai l’impression que tout ça est à échelle humaine et relativement sain et sobre.

Pour les nouvelles chansons, dans quoi avez-vous puisé votre inspiration ?

Je pense que le principal élément qui détermine ce nouvel album c’est la convergence d’intérêts et de savoir-faire de chacun des membres du groupe, parce que je les associe beaucoup à l’arrangement des musiques. C’est eux qui donnent vraiment la forme définitive à mes inspirations premières. Et ça je n’ai aucun contrôle de ce vers quoi ils tendent quand ils le font. Je crois que c’est le fait de se réunir de faire ça ensemble qui qualifie principalement notre musique.

Après certes, il y a des morceaux qui font référence à des histoires d’amour que j’ai eues. Il y a des morceaux qui font références à des sentiments de frustrations que j’ai à vivre dans un monde qui ne fonctionne que sur le profit. Enfin, il y a une part des textes qui font référence au confort qu’on a quand on est artiste en Europe et qu’on observe le monde depuis sa tour d’ivoire de création.

On parle d’un album engagé…

Je ne sais pas…

Pas pour vous ?

Pour moi l’engagement c’est plutôt d’être dans l’action qui change le monde. Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde. Je pense que c’est vraiment l’action des gens qui travaillent dans des associations qui facilitent la vie des gens qui souffrent autour d’eux, que ce soit dans le médical, dans l’humanitaire en France, dans l’aide aux immigrés, dans l’aide aux réfugiés, dans l’aide aux sans-abris, ou des gens qui travaillent pour une agriculture plus saine, des gens qui travaillent pour une éducation plus ouverte, plus libre. Ça c’est le vrai engagement.

Vous n’avez pas l’impression que vos textes peuvent ouvrir les yeux sur certains sujets ?

J’aimerais, mais c’est plus un écho qu’une volonté d’ouvrir les yeux. Je n’ai pas la volonté de me présenter en modèle ou de chanter la vérité, car je ne la connais pas. Mais au contraire, j’avais envie d’être juste un écho vis-à-vis de toute une partie de la population qui, je crois, à des aspirations profondément humanistes. Et j’ai l’impression que le discours ambiant ne reflète pas souvent les aspirations de ces personnes-là. Je me disais que ce serait sympa de faire une musique qui propose ça dans le paysage musical. A fortiori si ça peut passer à la radio… enfin moi j’attendrais un réconfort comme ça d’un morceau qui passe à la radio, qu’un artiste dise qu’il aspire à autre chose que ce qu’on a là et qu’il reconnait les efforts de certains de ses concitoyens de tirer les choses vers le haut plutôt que de tout le temps se laisser écraser par le discours polémique ambiant et l’agressivité qu’on trouve dans la plupart des médias.

Vous avez publié sur Instagram un brouillon de paroles qui reflète votre travail, est-ce que vous allez en partager d’autres ?

Oui, je pense que je vais diffuser les autres petit à petit. On peut voir dans ce brouillon que je manipule ça comme une matière très dense. Je la manipule, je la retourne, je l’étire, je la chiffonne, je la gribouille, je la souligne, etc. C’est une recherche, je travaille avec le texte comme je travaille avec les sons.

Surtout sur la musicalité des mots ?

Beaucoup, oui.

Votre travail d’écriture est assez condensé sur une période courte ou peut s’étaler pendant des mois, des années ?

Ca se dilue sur un certain temps. Il y a des textes que je reprends, parfois il y a des couplets qui viennent et qui ne deviennent rien. Puis, finalement trois ans plus tard ils vont resurgir comme ça. Je vais alors tirer sur le fil pour voir ce qu’ils ont d’autres à révéler. C’est un peu comme une matière organique, comme une boisson qu’on laisse fermenter ou une culture qu’on met en jachère ou un arbre qui pousse. C’est assez vivant.

On voit que le texte a été écrit sur un agenda. Est-ce que la date indiquée 19/12/2015 correspond à la date d’écriture ?

Certaines fois oui, ça dépend.

Ca veut dire que vous écrivez partout ou vous devez être dans un endroit très précis pour écrire ?

Il y a des périodes pendant lesquelles je ne peux vraiment pas écrire parce que je ne me sens pas inspiré. Par exemple je ne peux pas écrire dans le van pendant une tournée. David du Colisée qui tourne avec moi y arrive. Je ne sais pas comment il fait, moi, je n’y arrive pas. En l’occurrence, je pense qu’il faut que je sois écarté de la stimulation des smartphones et des choses comme ça pour prendre un peu de recul. C’est pour ça que j’écris beaucoup la nuit depuis que j’habite à Bruxelles, c’est le seul moment où je suis un peu tranquille.

On voit aussi vos peintures sur votre site Watercolours Journal, c’est un travail différent ou assez similaire de l’écriture ?

Pour moi c’est plus une manière de me raccrocher à ce qui m’entoure. J’ai l’impression d’avoir une personnalité qui a du mal à rejoindre les autres, avec une forme de timidité, du coup peindre ça me permet une immersion dans le mouvement et le lieu.

(c) François Atlas – « a typical day in the life of F&AM on tour » – 22 mai 2014

On voit que vous pouvez peindre dans le van ?

Ca j’y arrive par contre.

Sur la réalisation de l’album, vous avez fait appel à Ash Workman, le même que pour Piano Ombre. Pourquoi ce choix ?

Sur cet album il y avait vraiment une volonté d’aller à l’évidence. On parlait pendant un temps d’aller à New-York. J’étais aussi allé visiter des studios à Los Angeles. Puis on s’est dit que le plus simple serait de faire ça à proximité, à Bruxelles, arrêter de penser qu’il y a mieux ailleurs. Pour moi, c’est presque aussi une attitude un peu politique, d’arrêter d’attendre des réponses d’ailleurs, du gouvernement, et essayer de trouver les solutions avec ce qu’on a à proximité. On avait de la proximité avec Ash parce qu’on avait déjà bossé avec lui. Il habite à un tunnel de chez nous, il habite en Angleterre. Pareil pour la composition et toute la production de l’album, c’était un album qui allait droit à l’essentiel avec ce qu’il y avait à disposition autour de nous.

Pour le choix du studio, vous aviez déjà enregistré là-bas ?

Non, je n’avais pas enregistré, mais c’était vraiment le plus près, le rapport qualité / prix le plus pertinent, le plus avantageux et ça nous permettait surtout d’être tous ensemble dans la même pièce. Il y a de l’espace, de la hauteur sous plafond, c’est très agréable.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Il y a Owen Pallett aux arrangements des cordes. Comment s’est faite la rencontre, pour le faire venir ?

On ne l’a pas fait venir. Encore une fois on a essayé de trouver les solutions les plus simples et les plus économiques. Il a fait ça de chez lui, à Los Angeles. Ca a été une mise en contact par le label Domino qui est aussi son label.

C’était agréable de travailler avec lui ?

Oui, c’était agréable. On a fonctionné avec ce qui lui arrivait dans sa vie, une rupture importante. Après avoir dit qu’il ferait les arrangements, il a pris un certain temps pour les faire. Finalement ce temps a été assez bénéfique parce que ça nous a permis de penser à autre chose et d’avoir les oreilles plus fraiches en retournant dessus.

Avec cet album, vous avez aussi développé une police de caractères spéciale. Qui a fait cette police, et pourquoi ?

C’est un ami qui fait ça de manière très professionnelle, c’est un designer (ndlr Jérémy Landes). Je pensais vraiment que Plaine Inondable, E Volo Love, Piano Ombre formaient une trilogie, j’avais utilisé la même police qui m’avait été conseillée par une autre amie, la police Bondoni pour ceux que ça intéresse, que j’avais un peu customisée. Là, je sentais qu’avec le déplacement vers le nord, à Bruxelles, je commençais un nouveau cycle. Je trouvais que ça valait le coup de marquer la différence en changeant l’écriture.

Elle est disponible gratuitement (en téléchargement). Ce n’est pas ça qui va changer le monde encore une fois, mais c’est pour exprimer cette attitude qui est très positive et dont on ne parle pas dans les médias. Il y a un discours ambiant de plaintes envers nos gouvernements, nos responsables. Je pense que nos gouvernements sont à l’image de nous-mêmes et quand on prend l’initiative de créer des choses nouvelles et de les partager entre nous, on trouve des solutions, on trouve de la créativité, on invente de nouveaux modèles. C’est ce qu’on a fait dans le modeste milieu du graphique-design avec le créateur de la police : Créer un nouvel album, une nouvelle musique, une nouvelle police, de rendre ça accessible de manière très ouverte.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Sur la scène, vous avez des premières dates à Paris, à la Maroquinerie. Comment s’est fait le choix de la salle où vous faites trois dates ?

La Maroquinerie est un choix qu’on a fait en partenariat avec notre tourneur. J’aime beaucoup la possibilité que j’ai maintenant de travailler en équipe que ce soit avec Domino, le label, mon manager et Asterios, le tourneur. Je pense qu’ils savent ce qu’ils font, je leur ai fait confiance. Au début j’étais un peu surpris de ce choix puis finalement je me suis dit que j’aimais bien cette salle, j’aimais bien y voir des concerts, j’avais des bons échos, et surtout ça nous permettait d’inviter trois artistes différents, des artistes belges qui sont Témé Tan, le Colisée, Samuel Spaniel et Marc Melià. Ca permet de faire des soirées un peu plus longues, avec le restaurant, de faire une after. C’est un lieu, une espèce de boite à outils, assez pratique et très conviviale. Ca convient bien à cette approche un peu plus locale et chaleureuse qu’on essaie d’avoir sur cet album. Un peu plus passionnée plutôt que d’être dans l’efficacité ultime.

Vous faites des shows très dansants, pourquoi cette volonté et comment est-ce que ça se travaille ?

Ca se prépare peu en fait. C’est juste le naturel du groupe. Je pense que les membres du groupe se rejoignent dans ce plaisir qu’on a à vivre la musique physiquement. Ca s’exprime comme ça vient, par la danse. Parfois on aiguillonne un peu en essayant de travailler quelques mouvements synchronisés mais c’est assez rare en fait.

Vous parliez de timidité, sur scène elle disparait complètement ?

Oui, parce que ma personne n’existe plus en fait. Malgré le fait que je chante des chansons, c’est plus une passerelle que j’ai pour aller vers les autres. Je n’ai pas l’impression de mettre mon cœur à livre ouvert. J’ai plutôt l’impression de trouver un terrain d’entente entre le groupe et le public.

Vous avez aussi des dates en Angleterre, c’est parce que vous avez vécu à Bristol ou grâce à Domino votre label ?

C’est les deux. J’ai vécu 7 ans à Bristol, j’ai donc eu le temps de développer quelque chose là-bas. J’ai appris à faire de la musique là-bas qui fait que peut-être les auditeurs anglo-saxons y trouvent ce qu’ils cherchent. C’est assez surprenant de voir qu’on vend plus de billets à Manchester qu’à Marseille par exemple. C’est bizarre.

Merci !

Notre entretien avec Bel Plaine

« On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, on est hyper contents »

Ils sont deux Morgan et Antoine et forment Bel Plaine. Ils sortent ce vendredi 24/02/2017 un premier album Aux Fleurs Sauvages nourri d’échanges, de voyages où souffle un vent du large venant d’horizons pop / rock très séduisants.

C’est quelques jours avant leur départ pour un tour de France un peu particulier à la rencontre du public, 24 concerts en 24 jours (on peut même aller jusqu’à 25 avec une dernière date qui s’est ajoutée) que nous les avons croisés pour évoquer avec eux la naissance de Bel Plaine, leur son et la préparation de ce marathon de concerts.

Pour les parisiens sachez qu’ils se produiront à la Maroquinerie le 14 mars 2017. 

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour débuter, pouvez-vous vous présenter ?

Morgan : Moi c’est Morgan, je suis du groupe Bel Plaine avec Antoine. Je suis guitariste, chanteur, autodidacte. Je viens d’Anger, c’est là que j’ai appris à jouer de la guitare, à chanter aussi comme tout adolescent dans ma chambre. J’ai eu mes premiers groupes là-bas. J’ai déménagé à Paris en 2009 à la base pour mes études, mais au bout d’une année j’ai rencontré Antoine. C’est là qu’on a commencé Bel Plaine.

Antoine : J’ai un parcours un peu plus classique. J’ai pris des cours de guitare depuis que je suis tout petit, je suis passé par le conservatoire quelques années. Comme Morgan j’ai eu quelques groupes en Bourgogne, à Nevers. Je suis venu à Paris pour mes études, on est arrivés à peu près en même temps, en 2009. J’ai rencontré Morgan un an après.

Il est noté dans votre communiqué de presse que c’était une « rencontre fortuite sur les quais du métro ». Comment peut-on se rencontrer sur les quais de métro ?

Antoine : En fait c’était la deuxième rencontre. La première rencontre était la veille, c’était un soir du jour de l’an, on s’est dit au revoir et on a commencé à discuter parce qu’il y avait une musique qui passait qu’on adorait tous les deux. Et comme à chaque fois on se dit qu’on se reverra, qu’on se recontactera et en fait tu ne le fais jamais. C’est un peu le destin, la force des choses qui ont fait que le lendemain on s’est revu sur le quai du métro. On s’est dit « on ne s’est pas vu hier ? » En fait on allait à la même soirée chez Morgan.

Morgan : Exactement, il y avait une soirée chez moi, il y allait et moi je n’étais pas au courant.

Antoine : Ce n’est que du hasard !

Entre cette rencontre en 2010 et aujourd’hui 2017, comment s’est construit le groupe, la musique de Bel Plaine ?

Morgan : A la suite de cette rencontre, on s’est vus très régulièrement. On a commencé à écrire des chansons à deux, dans une chambre avec deux guitares, deux voix, sans trop d’arrangements. Quand on a eu quelques chansons, on a décidé d’aller enregistrer un EP, qu’on a fait dans une ferme. Cet EP est sorti en 2013 et s’appelait Present. C’était notre premier EP autoproduit. On avait fait ça un peu avec les moyens du bord, à la ferme dans une ambiance un peu bucolique qui a surement d’éteint sur nous parce que notre univers est resté un peu autour de ça après. Cet EP sorti en 2013 a un peu amené les pros vers nous. On a notamment gagné des prix : Paris Jeunes Talents, le prix de la mairie de Paris, SFR Jeunes Talents aussi et fait quelques festivals de types Solidays, Francofolies grâce à ça, alors qu’on n’avait seulement cet EP modeste. On a alors rencontré plusieurs professionnels dont Wagram / Cinq 7 qu’on a décidé de rejoindre. Aujourd’hui on présente l’album qui a été préparé avec eux.

Vous avez tout de suite trouvé cette veine pop / folk ou vous avez essayé plusieurs directions avant ?

Antoine : Quand on s’est rencontrés on avait vraiment envie de ne faire que de la folk. Il n’y avait pas encore la dimension de jouer avec tout un groupe, d’avoir un son comme celui de l’album. C’est venu un peu avec le temps. C’est vrai que le son de Bel Plaine s’est un peu plus musclé avec les années. Il faut trouver les bonnes personnes avec qui tu as envie de travailler. En fait on a trouvé le son de Bel Plaine à l’enregistrement de l’album. C’est à ce moment-là qu’on a dit « on veut ça ! » On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Julien Delfaud. Avant de rentrer en studio on s’est posé avec lui autour d’une table pour discuter de comment on voyait le son.

Morgan : Au début c’était, comme dit Antoine, folk, des chansons et des harmonies vocales.

Antoine : Deux voix, deux guitares. Puis après il y a eu un bassiste après il y a eu un batteur… C’est vrai que la scène a aussi changé ça. Quand on a commencé à faire les premiers concerts on s’est dit « waouh, on est vraiment plus rock qu’on ne le pensait. » Du coup ça nous a fait penser à retravailler pas mal les arrangements et l’idée des chansons.

Bel Plaine
(c) Morgan de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour vous c’est quoi une chanson Bel Plaine ? Vous avez dit « Une chanson, pour nous, c’est une guitare et deux voix qui doivent pouvoir fonctionner telles quelles »

Antoine : C’est vrai, ça toujours était ça. Quand on compose tous les deux une chanson, on checke déjà si elle fonctionne. Ça part toujours de toute façon d’une guitare-voix. Après très rapidement tu as la deuxième voix, puis on commence à réfléchir aux harmonies, ce qui nous amuse pas mal. Avant de travailler avec tout le groupe et de réfléchir aux autres arrangements il faut que ce soit quelque chose qui se tienne de a à z avec deux voix et une guitare.

Morgan : Si on doit revenir sur nos influences folks, la folk c’est une voix, une guitare. Tu as des chansons magnifiques qui ont révolutionné la musique comme ça. On avait vraiment envie de faire des chansons. Une chanson c’est quelque chose qui marche avec très peu d’éléments. En général, quand ça marche, ça montre que la chanson a une âme, qu’elle a peut-être une petite étincelle qui va en faire quelque chose de bien.

(c) Antoine de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous avez une particularité, vous chantez en anglais, en français. Pourquoi l’anglais, pourquoi le français, pourquoi les deux dans la même chanson ?

Morgan : Il y a toutes les combinaisons dans l’album.

Antoine : Au début on ne s’est pas posés la question, on n’écoutait que des groupes qui chantaient en anglais, on s’est donc dit qu’on allait chanter en anglais. Le français est venu un peu plus tard, ca a été aussi le fait qu’il y avait de plus en plus de groupes qui chantaient en français qui nous plaisaient. J’ai commencé à me sentir touché par des groupes comme Radio Elvis, Lescop… Ca m’a donné envie de chanter en français.

Morgan : Quand on a commencé, on écoutait tous Phoenix qui chante en anglais, ou des groupes comme Arcade Fire, ils ne sont pas français, mais c’était un peu eux qui montraient la voie dans la pop / rock. Depuis il y a eu ce mouvement un peu plus francophone. C’est vrai que cette vague de pop française a fait du bien.

Aussi en vieillissant, c’est-à-dire que quand on est jeune on écoute beaucoup de musique en anglais, et là, on est un peu plus adulte, j’ai autour de 30 ans, Antoine un peu moins, on écoute d’autres trucs, on réfléchit à notre identité, je suis français.

Au final il s’est trouvé qu’on aimait bien écrire dans les deux langues, c’est juste qu’on ne voulait pas faire de français dans Bel Plaine, jusqu’au moment où on s’est dit qu’on aime bien le français, autant essayer d’en mettre. Au début ça a été mis par petites touches dans les morceaux et puis après on a fait un morceau en anglais / français. Au début tu ne prends pas de risque, tu dissémines une petite phrase comme ça. Par exemple, le morceau Morning c’était notre première tentative. Il y a juste une phrase qui revient deux fois. Et c’est là qu’on s’est dit « ah mais ça sonne ! »

Antoine : Je pense aussi qu’on n’était pas prêts au début. On avait déjà essayé il y a longtemps, même avant de signer chez Cinq 7, de mettre un peu de français dans les chansons, mais ça ne nous plaisait pas. On n’arrivait pas à trouver quelque chose de satisfaisant. On a peut-être évolué dans le bon sens et là quand on a réessayé, on s’est dit « c’est dingue, là ça nous plait ! » On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, donc on est hyper contents.

Surtout qu’avec les deux versions d’une même chanson, on se rend compte que ça sonne aussi très bien en français.

Morgan : C’est peut-être un peu plus singulier en plus.

Antoine : C’était un peu le pari. On s’est dit il faut qu’on arrive à garder cette identité Bel Plaine, garder des parties chants toujours hyper chantantes, on ne voulait pas changer.

Les deux textes français, anglais ne sont donc pas une traduction littérale ?

Morgan : C’est une adaptation. On reste sur le même thème mais ce n’est pas une traduction. Il faut trouver des mots différents, des sonorités mais où il en émane un peu la même chose. On est content du résultat.

L’album s’appelle Aux Fleurs Sauvages, titre aussi d’une chanson, qui sont ces fleurs ?

Antoine : C’est un peu tout le monde en fait.

Morgan : C’est plein de monde qu’on rencontre. Les Fleurs Sauvages, l’album si on regarde un peu les textes, ce qui nous a inspiré, il y a beaucoup de rencontres de gens qui sont souvent des anonymes. Des gens qu’on a rencontrés dans notre vie de tous les jours, ou dans des voyages et qui sont des gens qui nous inspirent juste dans leur façon de nous parler. Quand ils nous racontent leur vie, il y a toujours un truc, une flamme en plus qu’on remarque et qui nous touche. Ces personnes sont rares, on en rencontre pas tout le temps, c’est peut-être ça les Fleurs Sauvages, les gens différents mais qui nous touchent.

Antoine : Il y a aussi l’image de la liberté d’une fleur sauvage. Il y a un peu ce côté : on se sent libre de faire ce qu’on a envie de faire. Quand il parle de rencontre c’est aussi ça qui nous touche c’est que souvent ce sont des gens entiers, comme ces deux filles qu’on avait rencontrées au nord du Sri Lanka, ce sont des gens qui ont décidé de faire quelque chose et qui le font.

Morgan : Dans l’album il y a une chanson qui s’appelle Ahava, c’est de l’hébreu, ça veut dire amour, et c’est directement issu de la rencontre de ces deux filles. Elles nous ont frappés tout de suite dans leur façon de nous raconter des choses sur elles. Sans se concerter, on est parti de cette ile sur un petit bateau, une barque de pécheur et sur le bateau on s’est dit « ouah ces filles sont incroyables, il faut qu’on écrive une chanson dessus. » On y avait pensé tous les deux de notre côté. Dans ce cas-là c’est qu’il faut le faire.

Ce sont les voyages et les rencontres qui vous ont inspirés ?

Morgan : A la fois les voyages, le dépaysement et les rencontres. Il y a le Sri Lanka, le Costa Rica, il y a les pays nordiques. Le morceau North parle de ça, de s’évader en filant tout droit vers le nord.

La sortie de l’album est pour dans quelques jours, d’ici là vous avez un marathon de concerts, en enchainant 25 concerts du 1er au 25 février. Comment on se prépare ?

Morgan : Oui, un footing tous les soirs (rires)… Non, comment on se prépare ?… La démarche de ça, on en revient à ce qu’on racontait pour les chansons, à un moment on s’est dit qu’on avait envie pour cet album d’aller rencontrer le public et de créer une soirée qui serait une rencontre avec les gens, donc forcément gratuite. En tant que public on a tous en mémoire des concerts dans des petits lieux où on a vraiment pu approcher les artistes, voir toutes leurs réactions de près, de pouvoir leur parler après, en général ils sont toujours aussi un peu moins coincés. Il a toujours un autre truc qui se crée.

On voulait faire ça, jouer dans toute la France, devant ces gens, dans un tout petit lieu. Au préalable en leur ayant demandé, car c’est eux qui ont choisi où est-ce qu’on jouait. C’est ça qui est sympa. On a fait un post sur les réseaux sociaux disant « dites-nous où vous voulez qu’on joue et nous on se débrouille pour organiser la tournée. »

Comment on se prépare ? Déjà on passe beaucoup de coups de fils, il y a beaucoup de préparation logistique. Ça ne s’improvise pas une tournée.

Antoine : On a fait vraiment ça tous les deux. On a un tourneur, mais on a décidé de prendre en charge cette tournée-là.

Morgan : Donc on n’a pas le temps de se préparer, juste tout faire pour que ça colle.

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous allez aussi conduire le van ?

Antoine : On a des amis, on part à quatre finalement. On a des potes qui vont nous relayer. On a envie de faire plein d’images, donc on a un pote photographe qui va venir. Et comme on s’est dit qu’il fallait faire des concerts avec du bon son, on a aussi un pote ingénieur du son qui va venir et qui va faire en sorte que le concert soit audible.

Morgan : Il y aura plein de choses à suivre au jour le jour sur les réseaux sociaux.

Antoine : On prépare plein de petites surprises sur quelques dates. Il y a notamment la date parisienne le 23 février au Pavillon Puebla, où on fêtera la sortie de l’album le 24.

Merci Morgan, Antoine !

Notre entretien avec Rover

« Démanteler un disque et vendre la musique en dichotomisant tout sur internet enlève une grande part d’imaginaire »

Alors qu’il enchaine les dates de sa tournée relative à Let It Glow son deuxième album, Rover s’est arrêté quelques instants pour nous parler de ces moments particuliers devant le public, de son amour de l’analogique, du format album et de son année 2017.

Pour les parisiens, sachez qu’il se produira le lundi 27/02/2017 dans la magnifique salle Pleyel, inutile de vous dire qu’on y sera !

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes au milieu de votre tournée, comment ça se passe jusqu’à présent ?

Rover : Super ! J’ai du m’arrêter pendant deux trois mois à cause d’une blessure, je me suis cassé le genou, mais la tournée est encore plus jouissive que celle du premier disque. J’ai appris à savourer encore plus l’instant présent. Il y a des choses qui ont tendance à nous passer devant lors d’une première tournée, à nous échapper et on se rend compte avec le recul et le temps qui passe que peut-être on aurait du les savourer plus parce que ça donne de l’énergie pour assumer et affronter des moments plus durs. Là, c’est moins le cas, j’ai un plaisir réel et à 100% d’aller sur scène malgré cette blessure, mais c’est anecdotique parce que j’ai repris la tournée. Je me rends compte que c’est tous ces petits moments ajoutés qui font qu’à la fois le métier de musicien en live se passe bien et est agréable. Ca récompense aussi les moments de travail solitaire. Il y a un effet saisonnier en fait, il y a l’hiver où on écrit, le printemps où on va en studio et l’été où on joue. Il y a un truc très logique et j’en avais pas forcément conscience sur le premier disque. Mais là la tournée me le rend au centuple.

Sur votre site internet il est indiqué que vous avez déjà fait plus de 200 concerts…

C’est vrai. Ce n’est pas pour lui faire sa publicité mais c’est important d’en parler parce que ce sont des gens qui travaillent dans l’ombre, j’ai surtout un tourneur qui est très compétent, qui est très efficace et très sympathique d’ailleurs. C’est W Spectacle aussi chez Wagram. C’est un travail vraiment en collaboration avec lui, cibler les bonnes salles, cibler le public, les régions de France et à l’étranger, il peut aussi trouver plein de dates si le spectacle se passe bien. Tout ça se passe très bien, je travaille avec lui depuis le début et ça porte ses fruits. Ce qui fait des tournées très denses. Pour moi, plus il y a de concerts, plus je suis heureux. Il n’y a pas plus belle récompense que d’aller jouer dans des lieux différents tous les soirs et d’arriver tous les matins dans un lieu différent, d’installer ses instruments, rencontrer un public qui réagit différemment en fonction des morceaux, en fonction du lieu où on joue, parfois en plein air, dans des arènes…

Est-ce qu’il y a des lieux que vous retenez particulièrement ?

Il y en a beaucoup. C’est souvent les lieux auxquels on ne s’attend pas, et qui sont un peu hors schéma. On a eu la chance, je dis « on » pour inclure l’équipe technique, de jouer dans des lieux un peu atypiques comme des églises, ou des festivals en plein air, des bars en sous-sol. Ce n’est pas forcément des lieux propices aux concerts mais on s’adapte.

Sur les deux albums, il y a eu une vraie brochette d’endroits atypiques qui me laissent de très beaux souvenirs. C’est une réelle formation pour apprendre. Où ayant rouler sa bosse dans des lieux où il a fallu s’adapter au son, au public, on arrive, quand il y a un problème technique, ou une surprise durant le spectacle, à retrouver ses marques et à retomber sur ses pieds, sur son pied (rires).

Vous allez être à la Salle Pleyel le 27 février 2017, est-ce une date particulière ?

Oui, c’est très symbolique, c’est une scène un peu rêvée pour moi. J’ai eu la chance de la découvrir en faisant la première partie de Aaron il y a quelques années. C’est un de mes plus beaux souvenirs. J’ai joué seul à la guitare en première partie, c’est un des souvenirs les plus intimidants, mais dans le bon sens. C’était avant qu’elle soit refaite. Je sais que le catalogue s’est ouvert, avec une palette de musique qui s’est élargie. Je suis très ému d’y jouer, parce que j’ai de bons souvenirs de cette salle et je trouve qu’elle a une élégance qui impose le respect. Pour moi c’est très important quand je vais faire de la musique de respecter la musique, le lieu et les gens et avoir une part d’arrogance par moments. Le rock’n roll c’est une arrogance élégante. Et ce lieu va s’y prêter. Je sais qu’il y a des concerts qui peuvent m’angoisser, que j’appréhende, là, je sais que j’ai vraiment hâte d’y être.

Vous êtes en pleine tournée, est-ce que ça vous laisse le temps de travailler sur le prochain album ?

C’est assez compliqué pour moi d’écrire sur la route. J’emmagasine plein d’idées, des morceaux de musique, des bribes, des suites d’accords, des paroles, c’est très fouillis. Je note ça dans des calepins, j’enregistre sur un dictaphone. Il n’y a pas de chanson entière qui sorte, il m’est impossible de m’abandonner complètement à l’écriture en tournée. Je suis toujours à l’affut, dans une autre phase de travail qui est l’expression scénique.

Pour moi l’écriture d’un disque demande de la solitude dans un lieu dans lequel j’ai mes repaires, avec des objets fétiches ou non, où j’ai presque inconsciemment des horaires de bureau. Ca ne veut pas dire que je m’arrête à 22h00, mais j’aime travailler très très tôt le matin et très tard le soir, faire de grosses coupures dans la journée. J’écoute mon corps, son cycle naturel. Donc sur la route c’est très compliqué pour moi.

C’est une véritable retraite dont vous avez besoin pour écrire ?

C’est maladif. Je suis un vrai ours solitaire quand j’écris mes disques. Je parle très peu, j’écoute souvent les mêmes disques, et je relis des livres que j’aime. Il y a quelque chose de très confortable, je me love dans un environnement assez rassurant, même si ça peut être dans une ville étrangère. Mais le lieu au sens propre, les 5m2 ou les 20m2 autour de moi sont précieux pour écrire une chanson.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes un homme de voyage, à travers vos concerts, mais aussi parce que vous avez vécu à New-York, Beyrouth, Berlin. Comment ces voyages influencent ou ont influencé votre musique ?

Avec le recul, j’en parle mieux aujourd’hui. C’est indéniable que le voyage déforme la jeunesse, plutôt que forme la jeunesse. Déforme la manière de voire les choses, mais dans le bon sens. Ca a une énorme influence sur la manière d’écrire les morceaux, d’entreprendre son projet artistique, d’aimer son propre pays. Je n’ai jamais tant aimé la France que quand je l’ai quittée. Ca ne veut pas dire que j’étais malheureux à Beyrouth ou aux Etats-Unis, mais ça reste mon pays natal, ça reste un pays que j’aime particulièrement, qui est très important dans mon équilibre, surtout la région de la Bretagne. Un pays dont je suis fier.

Et tous ces voyages sont digérés d’une certaine façon, ils transpirent dans les morceaux. Comment ? Ca je l’ignore. Je pense qu’il y a une certaine forme d’audace. Aller voyager c’est aussi se frotter à une autre culture, c’est apprendre à être silencieux, à observer les gens vivre, se fondre dans un groupe dans un mécanisme de vie en société. C’est ma manière de voyager, il faut faire « low profile », on se fait discret, on observe et c’est fascinant de sentir que tout à coup on a des réflexes qui sont liés à la vie locale. C’est ce qui me plait. Et revenir chez soi, dans son pays avec cet apprentissage sur le terrain, après avoir été dérouté complètement de ses réflexes, de ses habitudes, d’une certaine forme de confort, c’est une richesse incroyable. Je souhaite que beaucoup de jeunes et de moins jeunes puissent voyager. C’est un luxe, j’en suis conscient, j’avais un papa qui voyageait beaucoup parce qu’il travaillait chez Air France et il nous a emmené dans ses bagages. J’ai donc pris goût au voyage très vite, très jeune et ça ne me quitte plus.

Vous êtes assez attaché au format album, avec la digitalisation, je ne sais pas s’il va perdurer encore longtemps…

Je me battrais ! C’est comme dire à un peintre « vous êtes attaché au format toile plutôt que de peindre sur un programme Apple. » J’avais dit ça dans une interview « ce n’est pas parce qu’il y a des Mac Do, qu’on ne peut plus aller dans un bon restaurant. » Pour moi un album c’est l’œuvre, j’y suis très attaché. Je consomme la musique en album, j’aime l’objet, j’aime la corrélation entre les titres, l’effet levier qu’il y a eu dans le choix artistique de mettre ce titre avant celui-ci, la cohérence. Démanteler un disque et vendre la musique en dichotomisant tout sur internet enlève une grande part d’imaginaire. Je ne suis pas un vieux réac’ pour autant, chacun fait vraiment comme il veut. La musique a besoin du support album. Si ça disparaît, je garderais mes disques.

Vous êtes aussi attaché à l’analogique.

Oui, je suis mal barré dans les années à venir (rires) ! Oui, je suis très attaché à l’analogique. Je ne parle pas au nom des autres parce que l’ordinateur est un outil vraiment extraordinaire qui me fascine aussi, je ne m’interdis pas un jour de faire un album numérique, mais en tout cas pour ces chansons je ne voyais pas l’enregistrement autrement. C’était une manière de chanter, une manière d’interpréter, des vraies photographies d’un instant « t » avec les défauts. C’est s’assumer, assumer les moments de faiblesse dans une prise compenser par un autre instrument et ça crée une musique très vivante, pleine de défaut et tellement charmante.

Vous trouvez encore des studios analogiques ?

Oui, il y a encore quelques fadas qui entretiennent ces vieux studios. Notamment où j’ai enregistré qui est le studio Kerwax en Bretagne. C’est un illuminé qui a un studio. On remonte très loin dans le temps en rentrant dans ces lieux. C’est une bénédiction d’avoir encore des lieux comme ça pour faire des disques parce que ça va peut-être disparaître. Mais bon, j’ai espoir qu’il y ait d’autres fadas qui prennent le relais.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez aussi signé une BO pour le film Tonnerre, c’est un travail différent d’écrire une musique de film ?

On est au service d’un réalisateur avant tout. On n’est pas en train de se placer, on ne fait pas un clip, on n’est pas en train d’illustrer de l’image. Il y a un juste milieu, une fenêtre de tir à trouver pour que la musique ne soit pas trop présente à l’image et que cela devienne un clip ou trop timide et que ça n’ait aucun sens d’avoir de la musique. Le spectateur devant le film ne doit pas forcément aller chercher la musique, elle doit être juste très naturelle ou non, mais c’est le réalisateur qui décide, on se met à son service artistiquement. C’est assez fascinant à faire pour son égo, pas le mauvais égo, mais l’égo d’artiste, de compositeur, où on fait un disque à son image, où on maitrise tout. Là, il faut écouter quelqu’un qui avec son jargon de non musicien nous explique « je vois cette couleur, je vois de l’orange. » Il faut alors proposer beaucoup de choses. Il faut être très prolifique. Le résultat final est assez jouissif parce qu’on oublie que c’est sa musique et on regarde le film. Si c’est réussi on est porté. En l’occurrence, Tonnerre c’était un film assez minimaliste dans la musique. Elle intervenait à des endroits très précis. C’était un choix qu’on avait fait avec Guillaume Brac le réalisateur. Je suis assez fier, parce que c’est pas facile un film avec très peu de musique, mais quand elle vient on l’entend tout de suite. On se dit « tient il n’y a pas eu de musique pendant un quart d’heure ». Il faut qu’elle vienne avec sa plus belle lumière. Je ne sais pas si j’y suis parvenu, mais ça m’a plu.

Vous avez été nommé deux fois aux Victoires de la musique, vous êtes sensibles aux récompenses ?

Si je les avais eu ça aurait été bien (rires) Mais je ne les ai pas eu… J’y suis sensible ?… secrètement oui je pense. Je n’aimerais pas mentir là-dessus et dire « on s’en fiche, on ne fait pas ça pour ça. » Evidemment qu’on ne fait pas ça pour ça, mais il n’empêche qu’il y a une forme de fierté quelque part qui n’est pas que personnelle, mais qui récompense une équipe, tous les gens qui travaillent autour d’un disque. Alors bien sûr on est le porte parole, on va recevoir un prix, ce qui n’a pas été mon cas. Mais j’ai été nommé, moi qui sors un peu de nul part. J’ai mes chansons, un label a cru en moi, j’ai pas de pied dans le milieu et je ne fais pas forcément une musique qui été prédestinée à une exposition très médiatique qui est la télévision. En tout cas, je n’avais pas ça en tête au moment d’écrire les chansons. Je fonctionne toujours au plaisir, c’est très égoïste, et ça peut paraître un peu bizarre, mais c’est la seule façon que j’ai trouvée pour ne pas me lasser des chansons.

J’ai pris ces nominations avec beaucoup de joies, je me suis surpris à être heureux de faire partie d’une sorte de famille musicale, d’être reconnu par se pairs, et puis d’être médiatisé. Ce serait encore une fois hypocrite de dire « tout ça on s’en fout. » Non, passer à la télévision, c’est malgré tout une vraie chance pour un projet indépendant comme ça. Ca ouvre des portes dans d’autres salles, ça touche un autre public. L’air de rien, il y a un pouvoir de la télévision et cette cérémonie l’a permis. Il ne s’agit pas de courir après ça, mais quand ça vient il ne faut certainement pas cracher dessus parce que c’est une chance. En toute simplicité, je suis venu, on m’a demandé de jouer un titre, et j’en garde un super souvenir.

Je sais qu’il y a d’autres artistes qui n’aiment pas du tout ces cérémonies, à chaque fois on en discute et on ne tombe pas d’accord. Je leur dis que c’est plus simple que ça je pense. On vient, on chante notre chanson, que tu gagnes ou tu perdes c’est une chance.

Que peut-on vous souhaiter pour 2017 ?

Euh, que peut-on me souhaiter pour 2017 ?… Que je puisse prendre autant de plaisir dans mon métier… Moins de pépins physique, ce serait bien aussi… 2017 va être une belle année, elle va être longue, dans le bon sens du terme, musicalement. Je me connais je ne vais pas prendre de vacances après la fin de la tournée qui arrive cet été. Je vais tout de suite embrayer sur l’écriture, ça me démange. C’est donc une année pivot où je vais finir la tournée et commencer l’écriture d’un nouveau disque. Ca va être une grande balance, intéressante. J’aime bien ces années pivots.

Merci beaucoup

Notre entretien avec Julien & Guillaume fondateurs de GUESTME

« Avec GUESTME on achète une pochette surprise avec une sélection de beaux concerts, on ne sait précisément à l’avance ce qu’il y a dedans mais on a la couleur musicale »

Mais quelle bonne idée ont eu Julien et Guillaume en créant GUESTME ! Il est dorénavant possible (à Paris pour le moment), pour 33 euros par mois (ou 60 euros par mois en duo), d’assister à des concerts, à des soirées sans compter !

Faisant le choix d’une ligne éditoriale misant sur la qualité, la découverte mais aussi sur des artistes de notoriété, GUESTME est une réponse formidable aux nouveaux usages par abonnement et aux problématiques de « last minute » du spectacle vivant.

Nous avons rencontré Guillaume et Julien pour évoquer avec eux leur parcours, la création de la start-up en un temps record, leurs challenges et le future de cette belle aventure…

POUVEZ-VOUS VOUS PRÉSENTER, JULIEN, GUILLAUME, CRÉATEURS DE GUESTME?

Julien : J’ai commencé à travailler fin des années 90s, début 2000 chez des fournisseurs d’accès Internet en tant qu’ingénieur système puis je suis arrivé au développement web. J’ai créé le site Parisbouge.com en 2001, ça fait donc un peu plus de 15 ans, j’y ai fait toute la programmation. J’ai appris à gérer une société, à la développer, à suivre les tendances, à avoir ce petit coté entrepreneur. Ca m’a amené aussi à la production d’évènements pendant pas mal d’années, liés à Parisbouge.com et à sa base d’utilisateurs. J’ai organisé pas mal de soirées. Et puis ensuite GUESTME, on a parlé du projet il y a pratiquement un an et ça fait 8 mois qu’on bosse dessus et 3 mois que l’offre est lancée.

Guillaume : Avec Julien, on est cousins, on se connaît depuis toujours, on a même eu un groupe de rock, on faisait des reprises de Placebo et de Stone Temple Pilots, on était bien contents, par contre les artistes qu’on reprenait peut-être pas (rires). J’ai toujours voulu bosser dans la musique. J’ai commencé chez Universal Music où j’ai bossé pendant 7 ans. L’industrie musicale a commencé à tanguer un peu avec l’arrivée du digital et je trouvais que les réponses apportées n’étaient pas tout à fait satisfaisantes. Ca m’a intrigué, j’ai voulu expérimenter le digital, je suis parti vivre au Canada. Là, j’ai eu la possibilité de basculer plus facilement dans le digital, un secteur assez différent. Je me suis retrouvé sur des problématiques Social Media pour un gros portail web. Quand je suis revenu en France en 2009, c’était des compétences assez recherchées, notamment en agence. J’ai passé 5 ans chez We Are Social qui est une agence de conseil en social media et digital, où j’étais directeur général adjoint. C’était une super aventure, car quand j’ai commencé on était 10, quand je suis reparti on était 100, c’était une croissance super chouette à vivre, sur un poste très transverse. Et il y a eu l’idée de GUESTME, je suis allé voir Julien parce que je pense qu’on a des compétences assez complémentaires, il avait le réseau « soirée » et moi plus le réseau « disque » et plus traditionnel. Julien c’est aussi une denrée rare quand on est une start-up, c’est un CTO qui est mobilisé et super investi d’emblée. C’est très volatil aujourd’hui comme expertise à garder, ce sont des profils qui sont super recherchés, il y a toujours des start-ups qui lèvent plus vites qui sont plus attractives. C’est clair que le fait d’avoir quelqu’un qui soit un gros bosseur et hyper mobilisé, investi dans le projet ça fait une sécurité tech avec moi, plus la brique marketing com’, on était assez complémentaires. Tout s’imbrique très très bien, et l’idée lui a plu.

COMMENT A GERMÉ L’IDÉE ?

Guillaume : L’idée, c’est un mélange de chose. On arpentait beaucoup les concerts, et d’un coté on ne comprenait pas pourquoi certains artistes, pas des nouveaux venus, n’arrivaient pas à remplir des salles, et de l’autre, il y a des gens qui ont envi d’aller plus en concert, le temps est un frein, mais le frein principal et quand même l’argent. Chaque soir il y a 40% des salles qui ne sont pas remplies, c’est qu’il y a quelque part un problème. On s’est demandé comment on pouvait résoudre ça. En regardant de plus près on a vu que les usages sur la réservation de billets étaient beaucoup en train d’évoluer et se concentrer sur deux moments clés qui étaient soit très en amont sur des artistes à fan base vraiment très investie où les billets sont vendus deux minutes seulement après leur mise en vente, et puis tout le reste où ça peut devenir compliqué jusqu’à la date pour arriver à vendre tous les billets, avec une accélération ou pas dans les tous derniers jours. C’est là où ça devient le nerf de la guerre, c’est un moment hyper important. On s’est dit comment on peut intervenir plus spécifiquement sur ce moment là et se poser comme une alternative et résoudre un double problème : d’un coté l’utilisateur qui a envi de découvrir des choses et qui ne le fait peut-être pas parce qu’il doit choisir et de l’autre coté des gens qui vivent dans l’industrie musicale qui souffrent parce que les salles ne sont pas suffisamment remplies sur une partie importante de l’offre.

Il y a 40 artistes qui représentent plus de 50% de la billetterie, c’est hyper concentré. Alors qu’une offre pléthorique existe et que les artistes jouent dans des salles partiellement remplies. On voudrait contribuer à résoudre ce problème.

QUELLES ONT ÉTÉ LES DIFFICULTÉS DANS LA MISE EN OEUVRE DE VOTRE PROJET ?

Julien : Je pense que ce qui est le plus compliqué aujourd’hui c’est le coté très éclaté du marché. Il y a énormément de producteurs, c’est donc beaucoup de contacts, beaucoup de gens à rencontrer. Ca nous a pris beaucoup de temps au début, plusieurs mois à ne faire que des rendez-vous avec les prods, à leur expliquer le projet et les convaincre. La vente de billets c’était le seul moyen d’aller à un événement et là on arrive sur un nouveau modèle.

Je pense que les gens de la production de live ont vu ce qu’il s’était passé il y a quinze ans avec le changement de l’achat du disque au streaming sous formule d’abonnement. Ils savent que ça ne s’est pas forcément bien passé avec le disque. De nombreux partenaires nous ont dit oui directement.Ils ont adhéré au projet. Ils ont tout de suite vu un intérêt, parce que ça colle vraiment à leur public aussi, un public souvent jeune habitué, à ce genre de formule.

Guillaume : Ils font le même constat que nous sur l’évolution des usages. Je pense qu’ils comprennent qu’il y a quelque chose qui se passe maintenant et qu’il faut que quelque chose change aujourd’hui. Je rejoins Julien, je pense que l’évangélisation est le gros de notre sujet. Je pense qu’on est rassurant de part notre background et notre sérieux. On a quand même monté GUESTME en à peine 6 mois : l’offre a été montée, on a proposé plus d’une centaine d’événements en un peu plus de deux mois.

QUI SONT VOS PARTENAIRES, LES SALLES, LES TOURNEURS, LES LABELS ?

Julien : A Paris, la plupart des salles ne produisent pas leurs concerts, ou en produisent une petite partie. C’est beaucoup de producteurs qui louent des salles ou éventuellement des co-productions. Nos premiers partenaires ça a été les salles. C’est aujourd’hui beaucoup les producteurs.

Guillaume : 80% sont des prods aujourd’hui, 10% des salles et 10% des labels.

Julien : Cela nous a permis, en trois mois, d’annoncer des concerts dans près de 40 salles.

Guillaume : On a fait des toutes petites salles jusqu’à l’Accor Hotel Arena. On a un spectre assez large. Après, notre vrai cœur ce sont des salles de type La Cigale, Elysée Montmartre, La Maroquinerie, etc. Entre 500 et 1500 personnes.

DANS LES ARTISTES QUE VOUS PROPOSEZ IL Y A UN CHOIX ÉDITORIAL ?

Guillaume : C’est ça. C’est super important pour nous, pour nos utilisateurs et pour nos partenaires de ne pas devenir un aspirateur de tout ce qui ne remplit pas. Notre idée c’est de proposer des concerts qui soient complets aussi. Ce qui est intéressant avec GUESTME c’est que si les concerts sont complets, nous on remet dans le circuit, à J-3, des places pour ces évènements. Ca a une valeur perçue hyper importante.

COMMENT FAITES-VOUS ?

Guillaume : C’est parce qu’on a discuté très tôt avec nos partenaires et qu’on s’est mis d’accord sur des places.

On est vraiment dans cette logique où on identifie. On est déjà aujourd’hui à regarder les concerts de Juillet, on planifie, on définit les artistes qu’on aimerait avoir, ensuite on rentre en discussion avec nos partenaires et on sécurise le plus tôt possible des places pour ces concerts là. On ne veut pas tomber dans le coté, on aspire tout et devenir comme un déstockeur en ligne, la valeur perçue ne serait pas bonne. Les gens paient un abonnement, il y a un certain niveau d’exigence légitime. C’est aussi important par rapport aux artistes, qu’ils se retrouvent au milieu d’un catalogue élégant selon notre jugement subjectif, en tout cas avec une couleur musicale qui est clairement identifiée.

QUELLE EST CETTE COULEUR MUSICALE ?

Guillaume : Sur la partie concert c’est pop-rock indé, c’est du Les Inrocks, Magic et autres… En musique électronique c’est plutôt de gros noms de club, pas forcément ceux qui trustent le haut des charts, mais des artistes plutôt branchés de musique électronique. L’idée c’est que quelqu’un qui prend le catalogue GUESTME, trouve des artistes qui ont soit une notoriété, soit une crédibilité ou un statut intéressant d’artiste en devenir, mais de qualité, selon notre appréciation subjective.

AUJOURD’HUI VOTRE OFFRE S’ÉTEND À PARIS ? RÉGION PARISIENNE ?

Julien : Pour le moment on travaille exclusivement sur Paris…

IL Y A UNE VOLONTÉ D’ÉTENDRE LE MODÈLE À D’AUTRES VILLES, À D’AUTRES PAYS ?

Julien : L’idée c’est de l’étendre à d’autres villes, à d’autres pays aussi. En fait, pour proposer une offre avec un volume intéressant, quand on est sur un abonnement, il faut qu’il y ait beaucoup d’évènements et de façon assez régulière pour ne pas avoir des trous dans l’agenda. Donc forcément on réfléchit à d’autres grandes villes.

Et d’autres univers musicaux aussi, on va tester aussi une offre pop, avec des artistes un peu plus grand public.

L’idée c’est d’autres villes et d’autres catégories musicales. On nous a déjà demandé des infos sur des offres métal, par exemple.

Guillaume : On ne s’interdit rien, on pourrait avoir une offre classique, une offre jazz, une offre musiques urbaines… Aujourd’hui on a un laboratoire qui est Paris, qui est regardé, avec une offre assez conséquente. Ca nous permet de travailler et de comprendre les usages et valider ce qu’on imagine. Puis de l’étendre horizontalement et verticalement. On trouve la bonne recette et après on la déploie.

Julien : Aujourd’hui on est une start-up, une start-up c’est une société qui essaie plein de choses, qui change tout le temps, pour trouver la bonne façon de faire. Là on s’y approche, on a fait des petits changements depuis le début, mais on est en train de peaufiner.

Guillaume : On est très à l’écoute de ce que le marché nous renvoie, ce que nos utilisateurs nous renvoient, ce que nos partenaires attendent. On va essayer d’ajuster le modèle le plus juste possible. Entre l’idée qu’on a de sa start-up qu’on fantasme un peu et se confronter à une réalité qui est totalement différente, il faut être hyper flexible pour pouvoir s’adapter.

QUELLES GENRES D’ADAPTATIONS VOUS AVEZ FAITS ?

Guillaume : Des trucs tout bêtes, beaucoup dans l’ergonomie du site par exemple. Le modèle était au départ de proposer à J-2 les concerts, on s’est rendu compte que J-2 c’était trop court pour faire savoir qu’on a des places, et c’est trop court pour notre partenaire parce qu’ils ont les noms des gens trop tard, pour la gestion des billets c’est compliqué. On a ajusté ça à J-3.

On était aussi parti la fleur au fusil en se disant on va faire comme Netflix qui est un benchmark hyper évident et une best practice incontestable. Aujourd’hui quand on a une marque qui sort de terre, que personne ne connaît, on ne peut pas le faire. Les gens ont besoin de savoir où ils mettent les pieds. Plus le temps avance, plus on est capable de leur raconter ce qu’on a proposé comme artistes, ça rassure. Comme on ne peut pas donner de visibilité très lointaine, avec notre logique de last minute, tout notre boulot c’est de rassurer sur ce qui a eu, pour montrer qu’il y a un choix, de la qualité.. Et on écoute beaucoup les retours utilisateurs : quand ça fait 3, 4, 5, 6 fois, 10 fois qu’on vous pose la même question, ça veut dire qu’il y a un nœud quelque part qu’il faut qu’on défasse. La chance qu’on a c’est que Julien est aussi CTO de la boite et a donc le pouvoir de réajuster le site, en une nuit c’était fait. Et on mesure tout de suite les effets.

QUE PEUT-ON VOUS SOUHAITER POUR 2017 ?

Julien : Que ça continue comme ça a démarré, qu’on puisse continuer à avoir de nouveaux partenaires. On n’a pas encore rencontré tout le monde, ça prend du temps, il y a encore des gens qu’on a envie de voir qui ont de beaux artistes, on a hâte de pouvoir les rencontrer.

Guillaume : L’idée est de devenir un réflexe, à la fois pour les utilisateurs et pour nos partenaires. On est en train de construire une audience qui est très ciblée de passionnés de musique qui a une valeur. Etre capable aussi que cette valeur soit perçue par nos partenaires. Notre promesse c’est de faire venir des gens qui aiment la musique, qui sont investis par le propos. Ce ne sont pas des gens qui ont gagné un concours et ne savent pas ce qu’ils font là Nous, on a la promesse, pas tant de faire du remplissage, mais plutôt de faire venir la bonne personne devant le bon artiste. L’idée c’est d’arriver à inculquer ça à nos partenaires.

Après on a une roadmap, sur laquelle on a plein de partenariats stratégiques qu’on va développer.

IL Y A DES OBJECTIFS D’ABONNEMENTS, DE PARTENARIATS ?

Guillaume : Pour les abonnés, on a un objectif de plusieurs centaines d’abonnés avant la fin de l’année. On travaille dessus, sur nos stats pour arriver là, en se donnant les moyens. Continuer à avancer, avoir des partenaires financiers qui viennent nous accompagner dans le développement de ce projet.

On est là pour accompagner des usages. On est convaincu qu’on ne peut pas aller contre ces usages. Dire que demain ils seront majoritaires et vont représenter le gros de la consommation des spectacles c’est encore incertain, mais c’est une tendance qui est importante. Il y a quelque chose à faire à cet instant là, sur le last minute. Il faut le prendre en compte et monter une offre qui soit optimale, qui satisfasse les gens qui produisent, qui ont besoin de gagner de l’argent avec leurs spectacles, et les boites comme nous qui répondent à des usages de gens passionnés de musique qui vivent un peu différemment aujourd’hui. Pour quelqu’un de 25 ans aujourd’hui, se projeter jusqu’à samedi prochain c’est un peu angoissant, par contre ce soir il se dit qu’il sortirait bien et trouverait bien un petit concert. On lui en recommande un via GUESTME, il sera content de s’y rendre.

GUESTME EST PLUTÔT UN OUTIL DE DÉCOUVERTE OU DE CONFIRMATION ?

Guillaume : Il y a les deux. Le cœur de notre offre c’est aussi de proposer des artistes installés, qui affichent complet, et qui donnent de la valeur à l’offre et de l’intérêt à l’abonnement.

Julien : Avec GUESTME on achète une pochette surprise avec une sélection de beaux concerts, on ne sait précisément à l’avance ce qu’il y a dedans mais on a la couleur musicale. Aujourd’hui les gens y vont 4, 5, 6 fois par mois ce qui est déjà très bien et rentabilise largement leur abonnement. Certains nous ont dit « avant je choisissais mes concerts, maintenant que je suis abonné, je choisis un peu moins, je vois d’autres choses que je n’avais pas forcément prévues, mais je suis content, ça me va très bien. Je choisis moins, mais j’y vais et ça me plait ».

Guillaume : C’est un peu la logique de Netflix, pour revenir à ce cas là, offrir un catalogue qui n’est pas exhaustif, par exemple si on veut voir Game Of Thrones, ce n’est pas sur Netflix, par contre il y a d’autres séries qui sont phares et d’autres séries qui sont des découvertes. On est un peu dans cette logique là.

Julien : L’algorithme de recommandation va être surtout utile sur les artistes à découvrir. Chose importante, le choix est laissé à l’abonné de connecter ses plateformes de streaming ou sociales. Il peut tout à fait décider de ne pas le faire.

SI VOUS AVEZ AIMÉ TELS ARTISTES, ON VOUS RECOMMANDE CELUI-LÀ…

Julien : Oui, et même sur la logique du push. Par exemple, on sait que vous ne sortez pas la semaine, on va plus vous solliciter à aller voir des événements le week-end. Vous ne sortez jamais le week-end, vous faites plutôt des concerts en début de semaineOn pourra utiliser la géolocalisation : il y a un artiste qui passe pas loin de chez vous, pas loin de votre bureau, on vous le recommandera. Toute la partie algorithmique c’est quelque chose qui se fait sur la durée et du volume. Aujourd’hui on est trop « jeunes », et on n’a pas le volume suffisant pour pouvoir traiter pleinement le potentiel de la data.

Guillaume : L’idée c’est d’être hyper ciblé parce que ça a une valeur pour l’utilisateur et une valeur pour l’artiste qui va être en face de lui. Si vous êtes arrivés jusqu’à lui à ce moment là ce n’est pas par hasard. Vous êtes allés sur GUESTME, cet artiste ressemble à des choses que vous aimez, vous aurez peut-être envie d’acheter le disque en sortant, de prendre des billets la prochaine fois qui joue dans une plus grosse salle pour être sûr d’aller le revoir… C’est de la dentelle qu’on est en train de mettre en place. On va être hyper précis pour qu’il y ait une vraie valeur ajoutée.

Julien : Ca nous permet aussi de connaître les usages de nos abonnés et en connaissant leurs usages, on est capable de construire une offre la plus adaptée à ce qu’attendent nos utilisateurs. Aujourd’hui les producteurs programment des artistes sans forcément savoir s’ils vont remplir ou pas. Ce sont des paris. Nous, avec notre plateforme et la techno on va essayer de rendre ces paris les moins risqués possibles pour eux.

MERCI !

Notre entretien avec Radio Elvis

« On peut maintenant affirmer qu’on est un groupe de rock alors qu’avant on se cherchait beaucoup »

Créé en 2013, Radio Elvis, formé de Pierre Guénard (chant et guitare), de Manu Ralambo (guitare électrique et basse) et de Colin Russeil (batterie-claviers), n’a pas tardé à monter en haut de l’affiche. Après deux EPs, de nombreux prix glanés dans les radio-crochets nationaux, leur premier album Les Conquêtes (sorti en avril 2016) rencontre un vrai succès et leur musique rock, leurs textes magnétiques (en français) engrangent tous les jours de nouveaux conquis. 

C’est dans la boutique de vinyles éphémère de l’agence de communication We Are Addict, que nous avons rencontré autour d’un café chaud Pierre et Colin, et évoqué avec eux, leur rencontre, leur producteur, leurs concerts et beaucoup d’autres choses.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous vous formez en 2013, aujourd’hui vous avez un album salué par la critique, vous sortez d’un concert à la Cigale (08 novembre 2016), comment avez-vous fait pour en arriver là si vite ?

Colin : Les dieux nous ont vachement aidés. On a beaucoup, beaucoup prié pendant un an, on n’a pas du tout travaillé. C’est arrivé comme ça ! (rires)

Pierre : Quand tu dis « pour en arriver là » pour le moment on continue notre boulot. On travaille, on se remet en question tout le temps, on ne considère pas qu’on est arrivé. Par contre il nous arrive de belles choses, ça c’est chouette.

J’écrivais d’une certaine manière et quand j’ai rencontré Colin, quand on s’est mis à faire de la musique ensemble, Colin m’a fait changé d’écriture. J’écrivais des chansons qui n’étaient pas vraiment des chansons, c’était du spoken word, il y avait beaucoup moins de pop. C’est le fait de travailler avec Colin qui m’a drivé un peu plus. Je commençais déjà à m’ouvrir à ça quand on s’est rencontré et c’est pour cela que ça s’est bien passé. On était tous les deux ouverts, Colin était ouvert à ce que je faisais, et moi j’étais ouvert à ce qu’il pouvait apporter à mes chansons, dans la structure, dans l’approche de la musique.

Colin : On avait besoin de se rencontrer à ce moment là… Je crois vraiment que c’était un besoin et du coup, on a tout de suite cru au projet. On avait de l’ambition à fond… Quand on y croit et quand on bosse, ça avance.

Comment vous vous êtes dit que c’était la bonne personne avec qui monter un groupe ?

Colin : On ne se dit pas ça, on joue c’est tout. C’est dans les films qu’on raconte ça.

Pierre : Dans la réalité c’est un peu plus simple que ça. Quand on a du temps, on se voit, on joue, on essaie de faire des concerts. A partir du moment où on a joué ensemble, on a vite été approchés par des maisons de disques, des éditeurs, des gens du milieu. C’est là qu’on se dit qu’on s’est bien trouvé et que ça va peut-être marcher, qu’on va peut-être réussir à en vivre. Au début on espérait juste faire des concerts et en vivre. Et c’est ce qui se passe. Il ne se passe pas beaucoup plus. On n’a pas la sensation que quelque chose d’exceptionnel est en train de se passer. On fait juste de la musique.

Comment votre écriture a évolué pour passer du « spoken word » à la chanson ?

Pierre : J’ai toujours eu le même rapport à l’écriture, c’est juste le fait de jouer avec Colin et Manu qui m’a permis d’élaguer et de trouver une forme qui me convenait plus. Avant j’étais seul, je n’avais pas de contrainte, il y avait moins de trucs qui pouvaient me driver, me mener vers une forme particulière. Mais le rapport au mot est toujours le même c’est le son d’abord, le sens après.

Du coté de la musique, comment les textes inspirent la musique ?

Colin : C’est assez spontané. Pour les premières compos qu’on a eu c’était un mot appelle un son, un son appelle un mot, il y avait des échanges comme ça.

Parfois le texte était très abouti, fini alors que la musique ne l’était pas, il fallait s’inspirer de tout ça pour composer. Ca venait souvent très vite, il n’y a pas vraiment de méthode. C’est quelque chose qu’on ne maîtrise pas et c’est justement ce qu’on aime. C’est un peu de l’impro, quand ça nous plait, on bloque dessus, on travaille le petit son, la petite ligne de basse, le riff de guitare, un accord… Ce n’est pas très simple à expliquer, mais ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est surtout de l’improvisation, un échange entre le texte et la musique. On n’intellectualise pas trop.

Pierre : On a l’impression que même les compos viennent, factuellement elles viennent en studio, mais en réalité, je crois qu’elles arrivent dans le camion lorsqu’on écoute de la musique ensemble. J’ai l’impression que c’est là que commencent à naitre nos futures chansons. On se rend compte des goûts qu’on a en commun et la fois d’après on met ces goûts là en commun et on les met en œuvre. On essaie d’appliquer ce qu’on a écouté. Ce sont des choses qui ne s’expliquent pas, ce sont des trucs qui se vivent.

Comment les nombreux concerts que vous avez faits vous ont aidé dans la création de ces chansons ?

Colin : Les concerts nous ont surtout aidé à aboutir les compos, à fignoler, à maîtriser. Des fois on jouait des morceaux qu’on avait composer une semaine avant. J’exagère un peu, mais c’est pas loin finalement. Le fait de les jouer en concert ça permettait de savoir si la structure était bonne, si ça plaisait aux gens de cette manière là, si les sons étaient les bons. Forcément quand tu fais une compo, le but c’est de la jouer devant des gens, donc c’est là que ça se passe.

Pierre : Pour le disque ça nous a aussi permis d’acquérir une certaine assurance. Quand on est arrivé en studio on avait fait plein de concerts, on avait la sensation de bien maîtriser les morceaux, de savoir pourquoi on les faisait. C’était assez fort en nous.

Colin : On s’est régalés aussi, on a appris à se connaître, on s’est révélés. On peut maintenant affirmer qu’on est un groupe de rock alors qu’avant on se cherchait beaucoup. Petit à petit plus on joue, plus on a des chances de le faire et plus on sait ce qu’on fait, on sait ce qu’on devient.

Vous avez enregistré cet album au studio ICP à Bruxelles, pourquoi ce studio ?

Colin : Pour les frites ! (rires) Parce qu’un CD sur deux a été enregistré là-bas, donc forcément ça fait rêver. Sur les CDs qu’on aime, vous voyez ICP derrière.

Pierre : Bashung a enregistré quasiment tous ses albums là-bas, Noir Désir a enregistré quasiment tous ses albums là-bas aussi.

Colin : Beaucoup de français ont fait leurs albums là-bas. Il faut dire aussi que PierreAS avait une porte d’entrée pour ce studio. On en a profité. On a fait un premier test où on a visité le studio, on y a fait notre deuxième EP qui s’appelle Les Moissons qui contient Où sont les pyramides et Elle partira comme elle est venue. On a fait ces deux titres là-bas, pour à la fois tester et aussi pour enregistrer des morceaux. Vu que ça nous a plus on s’est dit « on y retourne pour l’album ».

Qui a été votre producteur, comment s’est passée la collaboration avec lui ?

Pierre : C’est Antoine Gaillet, c’est un monsieur très gentil… En fait on nous a beaucoup parlé d’Antoine Gaillet dès le début du groupe. Quand on rencontrait des éditeurs, à l’époque, quand on envisageait l’album, on nous a vite parlé d’Antoine Gaillet. Nous, on pensait à beaucoup de personnes différentes, et le moment venu on s’est dit « on va contacter Antoine Gaillet pour au moins le rencontrer ». Il se trouve qu’on vient du même coin, qu’il est deux-sévrien comme nous. On s’est bien entendus. On l’a bien aimé parce qu’il avait une vrai intelligence artistique. On ne cherchait pas quelqu’un qui allait apporter sa patte, qui allait driver le projet vers autre chose. On cherchait quelqu’un qui pouvait prendre une photo du groupe tel qu’il était à ce moment là. On a senti qu’Antoine Gaillet était capable de faire ça avec nous. Il est aussi capable d’apporter sa patte, mais il est capable de rester un peu en retrait et de nous laisser faire. On voulait juste qu’il nous donne les moyens de réaliser nos envies. C’est exactement ce qu’il a fait. Il a essayé de nous comprendre, il est très à l’écoute, et très diplomate aussi. Il a une vraie intelligence artistique et une vraie intelligence humaine. Il sait vite analyser nos comportements pour savoir comment nous prendre chacun séparément. Notamment Manu, il a très bien et très rapidement cerné Manu qui a un rapport à la musique assez complexe. Il a vite cerné le personnage et a réussi à en tirer le meilleur.

Colin : C’est sûr que les réalisateurs c’est 50% de psychologie. On débarque dans un studio avec plein d’enthousiasme, mais on ne connaît pas la personne qui produit. On l’a rencontrée vite fait, quelques heures, et au final on se retrouve 24h/24 avec lui. Il faut que le courant passe. Les producteurs doués, évidemment ils ont de la technique, ils ont du talent artistique, ça s’est sûr, mais ils ont aussi beaucoup de psychologie. Ils sont capables de rebondir, d’être hyper ouverts à nos personnalités et à plein de sujets différents, parce qu’on ne parle pas que musique.

En plus Antoine est un mec qui bosse vite, qui capte très vite les personnalités comme disait Pierre… Je me rappelle le matin, on discutait cinéma, on ne parlait pas forcément de musique, et on se marrait bien. Il y avait un coté « pote » qui s’est installé très vite. Je pense que c’est compliqué de travailler avec un producteur si tu n’arrives pas à raconter des blagues avec lui. Nous, on s’est bien marrés.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez dit qu’une bonne chanson est une chanson vraie. C’est ce coté vrai que vous cherchez dans vos compositions, dans votre écriture ?

Pierre : Une bonne chanson c’est une chanson qu’on arrive à jouer plein de fois et qui à chaque fois révèle une nouvelle personnalité, où on arrive à trouver un nouveau sens, un nouveau truc dans l’arrangement qu’on n’ avait pas forcément vu quand on l’a composée. C’est une chanson qui se montre sous plein de jours différents. Une chanson qui reste figée, qui ne vit pas, ne se montre pas sous d’autres jours à mesure qu’on la joue, en général on arrête de la jouer sans même s’en rendre compte. Il nous est arrivé que dans des setlists on ne joue pas un titre et qu’on ne s’en rende même pas compte. Il faut les dégager celles-ci, ça veut dire qu’elles ne servent à rien. C’est la loi du plus fort.

Ce sont souvent des chansons qu’il faut dompter, qui sont dures à jouer, qui sont dures à composer même, mais qui par la suite se révèlent assez riches. Il y a aussi des chansons très simples, qui viennent très naturellement, où on a juste à se laisser aller… Il y a plein de titres comme ça où il y avait juste à tirer le fil.

Sur le premier album il y avait pas mal de chansons qui étaient déjà en nous. J’avais pas mal de textes, de guitare / voix qui étaient déjà plus ou moins finis, il y avait déjà une grosse base de travail. On va voir pour le deuxième album comme ça se passe parce que ça va être la première fois qu’on va devoir tout composer tous les trois vraiment, en partant de zéro.

Colin : C’est souvent assez simple de composer un premier disque. C’est tout ce que tu as accumulé avant.

Pierre : Après il faut faire un disque tous les deux, trois ans, donc avec deux, trois ans de vécu. Ce n’est pas la même chose, mais c’est compensé par le fait qu’on prend de l’assurance et qu’on se connaît mieux. On va peut-être fonctionner différemment dans la compo parce qu’on connaît le comportement de chacun, on va gagner du temps, en tout cas, gagner en confort, en bonne humeur aussi. Parce que la compo ce n’est pas tout le temps de la bonne humeur, c’est vite tendu aussi. Ce n’est pas évident d’avoir la même vision d’un truc, et on ne peut pas mettre des mots sur tout, c’est pour cela qu’on fait de la musique. Paradoxalement même moi je ne mets pas des mots sur tout.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez la volonté de toujours évoluer, vous savez vers quoi vous souhaitez évoluer ?

Pierre : Je crois que le but c’est d’avoir le plus de public possible. De continuer de jouer… Je crois que de toute façon on a un deuxième disque à faire…

Colin : On se laisse les portes ouvertes… Si on a envie de faire un disque en allemand, un disque électro, on le fera je pense.

Quel est votre crainte aujourd’hui ?

Pierre : C’est que le deuxième disque soit moins bien reçu que le premier. En fait, si on est sincère sur le deuxième comme sur le premier, si on a rien à regretter que ce soit bien pris ou mal pris, tant pis.

Colin : Ca s’inscrit dans le temps. Bashung a fait des grands bides qui sont maintenant des références.

Pierre : Le but c’est de ne pas avoir de regrets. Il faut être le plus sincère possible et ne pas se trahir. Si on ne s’est pas trahi, après c’est de l’art et ça reste comme ça. Le but c’est qu’ on continue en groupe, je pense que ce serait aussi chouette qu’on ait d’autres projets, qu’on aille faire nos expériences chacun de notre coté, tout en gardant le groupe. Avec le groupe faire aussi d’autres expériences de musique. Là on a fait une création avec la Maison de la Poésie, ce sont des trucs qui nous branchent bien, comme faire une musique de film… Il n’y a pas que la musique d’album qui compte. J’aimerais bien aussi écrire pour d’autres trucs, ou Colin va peut-être collaborer avec d’autres gens. En fait, à partir d’un groupe on peut faire plein de choses, c’est ce qui est cool.

N’avez-vous pas la crainte d’être catalogué « Chanteur intellectuel, cérébral » ?

Colin : On arrive à faire autant de concerts qu’on a envie, comme on en a envie. On arrive à faire la musique qu’on a envie, après les gens pensent ce qu’ils veulent. Tant qu’on est sincères avec nous même, qu’on sait ce qu’on fait, ça va.

Pierre : Les gens ne viendraient pas à nos concerts, ils ne taperaient pas dans les mains, ils ne danseraient pas si c’était vraiment cérébral. Dès lors qu’on chante en français, qu’on met un peu de soin dans les textes, on oublie qu’on met le même soin dans la musique et du coup ça devient vite cérébral. C’est complètement stupide. Nick Cave écrit en anglais, il met du soin dans ses textes et on fait surtout attention à sa musique. En France, vu qu’on chante dans notre langue maternelle, ça peut être pris pour quelque chose de pompeux…

Vos chansons ont un réel pouvoir magnétique, vous savez comment la magie opère ?

Pierre : Non, il ne faut surtout pas savoir… Je n’ai pas le recul et je n’ai pas trop envie d’avoir ce recul. Mes textes n’ont longtemps pas été compris. Dans le slam, les gens ne comprenaient jamais mes textes, je m’en foutais. Quand j’étais tout seul avant que le groupe se forme, les gens ne comprenaient pas mes textes non plus. Maintenant qu’on a un groupe, j’écris peut-être mieux, mais les gens peuvent plus s’identifier, tant mieux.

Vous dites que vous avez une approche assez « brut » des concerts, vous pouvez nous expliquer ?

Colin : C’est essayer au maximum d’être dans le présent, dans l’instant de ce qui se passe. C’est vivre des expériences, des sensations.

Pierre : On essaie de ne pas donner tout le temps les mêmes concerts. Il y a des groupes qui sont très forts pour faire ça, et ça leur va très bien de jouer au click, de lancer des boucles, d’être très carré. Nous on essaie d’être le plus carré possible, de produire les sons qui nous intéressent, par contre tout le temps le même concert ça ne nous intéresse pas tellement. Ca ne veut pas dire qu’on change les titres, mais c’est de trouver de nouvelles interprétations à chaque fois, ça passe aussi dans l’intention. Après ça passe par des instants d’impros qu’on peut se permettre, des silences qui ne sont jamais les mêmes. On essaie d’être dans le présent quand on monte sur scène, de ne pas se dire « c’est un concert de plus, c’est le même qu’hier ». Il y a des concerts qui sont moins biens que d’autres, peut-être pas pour le public, mais pour nous oui.

Vos plus beaux souvenirs de concerts ?

Pierre : Il y a la Cigale, mais avant ça c’était à Joinville-Le-Pont, il y a deux semaines. Et avant ça, l’une de nos meilleures dates c’était cet été à Québec, dans un bar où il y avait quinze personnes. Ca ne veut rien dire le nombre, c’est surtout ce qu’on donne à ce moment là et comment les gens le reçoivent. C’est le vieux cliché, mais il vaut mieux dix personnes à donf que mille qui en n’ont rien à foutre.

Colin : Les meilleurs concerts sont souvent quand on ne s’y attend pas du tout. On se dit « on y retourne pour un petit concert », on n’est pas dans l’état du meilleur concert de la vie, et finalement ce sont les gens qui vont nous surprendre et on va leur donner un truc qui n’était pas vraiment prévu. C’est ce qu’on kiffe.

Pierre : Du coup, on n’est pas dans la réflexion…

Merci !

Notre entretien avec Thos Henley

« J’aime le coté live de cet album. La perfection n’était pas l’objectif »

Infatigable voyageur, nous avions rencontré Thos Henley en 2011 juste avant son départ de Paris pour la Grèce. Cinq ans après, installé à Stockohlm et de passage à la capitale, il nous présente son nouvel album Blonde on Basically Ginger réalisé avec Mathieu Cesarsky (aussi connu comme artiste sous le nom de Judah Warsky). Cet album délaisse les sonorités folks auxquelles il nous avait habitué pour s’aventurer dans l’univers savoureux des « piano-songs » inspiré par les grandes heures des années 70s. Que ce soit dans une ambiance intimiste, pop, ou joyeuse, ces dix chansons sont traversées par un vent de liberté, une fraternité chaleureuse qu’on ne boude pas notre plaisir de l’écouter.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés c’était en 2011, juste avant que vous ne partiez en Grèce. Que s’est-il passé depuis ?

Thos Henley : Oh, ça fait longtemps ! Je suis allé en Grèce, puis en Allemagne, à Paris de nouveau et en Suède.

Vous avez besoin de voyager pour avoir de l’inspiration ?

J’en avais besoin. Maintenant je sens que je peux me reposer. Je trouve que Stockholm est la bonne ville pour se poser. Je sens que j’en ai fini de cette vie de voyage.

Qu’est-ce qui vous plait ? Pourquoi Stockholm et pas une autre ville ?

C’est une bonne question… J’aime beaucoup la façon de vivre en Suède. Vous payez beaucoup d’impôts, mais en retour vous avez plein de bonnes choses. Tu t’en aperçois dès ton arrivée en Suède… C’est une super ville, les gens sont aussi très sympas.

Comment les voyages vous ont inspiré, ont eu un impact sur vos chansons ?

Je voyage seul la plus part du temps. Quand tu es seul, tu as beaucoup de temps pour réfléchir, par exemple quand tu es assis dans un train en Allemagne pendant 7 heures. Mes chansons ne sont pas sur les endroits que j’ai visités, ce sont des chansons qui parlent d’amour, de désamour. Les voyages aident dans le sens où tu as ces moments de solitude. Tu dois faire avec ces moments de solitude dont tu te sers pour faire des chansons.

J’y pensais récemment lors de l’écriture de nouvelles chansons pour le prochain album, mes chansons préférées sont plutôt mélancoliques, j’essaie d’écrire des chansons tristes mais comme je suis heureux en ce moment, je n’y arrive pas, Quand tu voyages c’est le meilleur moment pour écrire des chansons.

Entre 2011, et 2016, et avec tous ces voyages vous pensez que vous avez évolué sur la définition de ce qu’est une bonne chanson ?

Non, je ne pense pas, par contre je pense que mes goûts ont changé.

Auparavant j’aimais beaucoup les Beatles, mais je ne voulais pas faire des chansons à la Beatles, j’écrivais des chansons folks. Aujourd’hui j’ai dépassé cela, je veux juste de faire des chansons à la Paul Mc McCartney. A chaque chanson que j’écris, j’essaie d’être Paul McCartney. Ce qui n’est pas une tâche facile.

Pour cet album, qui a eu l’idée de faire des chansons au piano ?

Ce mec dans le coin (ndlr désignant Mathieu Cesarsky aka Judah Warsky). On était dans ce studio, j’avais ma guitare acoustique, je lui jouais quelques morceaux, j’avais dans le coin de ma tête que j’écoutais beaucoup de piano-songs et je me disais « j’aimerais bien faire un album piano ». Je le gardais pour moi, car je ne pensais pas qu’en 2014 – 2015 ce serait cool de le faire.

Un soir, on était chez moi, on écoutait du Paul Williams et Mathieu m’a dit « c’est ce à quoi devrait ressembler tes chansons ». Et on a réalisé que les quelques chansons que j’avais sonnaient parfaitement au piano.

Les chansons ont été composées à la guitare ?

Thos Henley : Oui, presque toutes, seule 1994 a été écrite au piano, mais les autres ont été écrites à la guitare, je suis guitariste. Sur le disque ce n’est pas moi qui joue du piano, c’est un autre Mathieu (ndlr Mathieu Geghre), il est incroyable.

Je me souviens la première chose que Mathieu (ndlr Cesarsky) m’a montré c’est Pierre de Carole King. C’est tiré d’un album pour enfants, mais c’est exceptionnel.

Mathieu Cesarsky : Et c’est la même structure : piano, basse, batterie.

Thos Henley : Oui c’est pour cela qu’on l’a écouté… On était aussi tous d’accord pour dire que Paul Williams est le roi du genre. Et deux jours plus tard, ou peut-être même le lendemain par une incroyable coïncidence je le rencontre. Je travaillais dans une librairie où il est venu. Je me suis dit que c’était une coïncidence particulièrement bizarre car on venait juste de parler de lui. Je ne crois pas aux coïncidences ni aux religions, mais après ça j’étais certain qu’il fallait faire cet album de piano-songs.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Est-ce la même chose d’écrire pour des chansons faites pour des guitares ou pour un piano ?

Mathieu Cesarsky : Je ne sais pas si tu te souviens, mais tu jouais les morceaux à la guitare et je les jouais au piano, tu chantais, mais la guitare n’était pas enregistrée. Quand nous réécoutions le morceau il n’y avait plus de guitare. On s’est aperçu que ça fonctionnait bien.

Thos Henley : Depuis que cet album est devenu un album autour du piano, je me suis mis au piano, j’en ai acheté un. A Stockholm tu peux acheter un piano en payant juste le déménagement, car beaucoup veulent s’en débarrasser.

Je ne joue pas très bien du piano, mais après cet album, pour le prochain, les chansons seront écrites au piano.

Vous dites que vous avez été inspirés par les années 70 ?

De 1965 à 1975 sont les dix plus belles années. 1973 est pour moi la plus belle année musicale. C’est l’âge d’or des albums de piano. Randy Newman, Elton John, Billy Joel, Queen… Même en 1974 ce n’était déjà plus aussi bon. Cette année là était incroyable, j’aurais aimé être né à cette époque.

On trouve dans votre album des chansons mélancoliques, des chansons intimistes, mais aussi une chanson un peu à part, 1994. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

1994 est sur un vieil ami que je n’ai pas vu depuis longtemps. On a pris des chemins différents, il se droguait beaucoup. J’ai écrit cette chanson en Allemagne il y a un petit moment, c’est la seule chanson que j’ai écrite au piano. C’est sûrement la chanson à la mélodie la plus joyeuse, mais peut-être au texte le plus déprimant.

Comment avez-vous travaillé avec Mathieu Cesarsky sur cet album ?

Nous avons travaillé de manière très rapprochée, c’est pour ça que ça fait un peu bizarre de répondre parfois seul aux interviews, car cet album s’est vraiment fait à deux. J’ai écrit les chansons, mais il a apporté beaucoup de choses, au delà de la production. A commencer par l’idée de le faire au piano.

Mathieu (ndlr Cesarsky) a été d’une très grande aide, même sur les choses les plus pratiques, comme trouver un endroit pour répéter, ou trouver des musiciens. J’ai fait venir Ben (ndlr Tickner) à la batterie, avec qui j’avais déjà travaillé, mais Mathieu (ndlr Cesarsky) à trouver l’autre Mathieu (ndlr Geghre) qui est au piano et qui est un génie, il joue pour O.

Mathieu (ndlr Cesarsky) m’a aidé pour beaucoup de choses, sans lui l’album n’existerait pas.

Est-ce vrai que vous avez enregistré l’album en une semaine dans les conditions du live, avec les instruments dans la même pièce ?

Thos Henley : La batterie était dans une petite salle à coté, et ce n’était pas en une semaine, mais en 48 heures. Nous avions réservé le studio pour le week-end, samedi et dimanche.

Mathieu Cesarsky : C’était le week-end de la fête de la musique. Lorsqu’on voulait faire une pause, on sortait pour avoir un peu de silence et il y avait de la musique de partout !

Thos Henley : Nous étions dans un studio sombre pendant près de 8 heures, on se disait « allez, on fait une pause ». En sortant la musique nous arrivait de partout. « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ! » C’était un peu fou.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Les chansons étaient déjà donc très abouties avant d’entrer en studio ?

Thos Henley : L’écriture des chansons était finalisée, mais nous n’avions répété avec les deux Mathieu et moi que cinq ou six fois et avec Ben, seulement deux fois, en incluant une répétition le matin juste avant d’entrer en studio. Ca s’est fait vraiment à la dernière minute, mais c’est ce qui donne le coté spontané. Nous voulions faire un album qui avait la couleur des années 70s, pas un hommage, pas un album qui sonnait comme dans les années 70s, mais nous voulions utiliser nos influences des années 70s. A cette époque, ils avaient l’habitude d’enregistrer en sessions. Maintenant que les bootlegs commencent à sortir, on voit qu’ils ont fait beaucoup de prises. Nous n’avions pas ce luxe, mais j’aime comme cela s’est fait.

Pour un album précédent j’avais passé près de deux mois à écrire une chanson, je n’aime pas beaucoup ça. J’aime le sentiment d’urgence, l’idée de n’avoir que 48 heures. A la fin du week-end, nous avions enregistré neuf chansons, je sentais qu’il en fallait une dixième, c’est un chiffre plus rond, Frida, la dernière, nous l’avons enregistré en deux prises.

Mathieu Cesarsky : Il a écrit Frida dans le métro en allant au studio. Il nous l’a montrée une fois et c’était bon.

Thos Henley : Oui, tout le monde a dit « ok, j’ai compris ». Au final, c’est peut-être ma chanson préférée de l’album.

C’est pour cela que j’aime Blonde on Basically Ginger, parce qu’il ne ressemble à aucun autre album. C’est un album très live. A quelques endroits je ne suis pas très juste, quand j’entends ma voix et je me dis « ouch ». J’aime le coté live de cet album. La perfection n’était pas l’objectif.

Mathieu Cesarsky : Le producteur était mauvais, il n’a pas corrigé ces petites erreurs ! (rires)

Vous avez rencontré votre label Pan European Recording grâce à Mathieu ?

Mathieu Cesarsky : Quand on a débuté le travail sur cet album, on n’avait rien en tête. Lors de la première répétition à trois, avec Mathieu au piano, Arthur, le boss du label, est passé par là avec Nicolas Ker, il s’est assis, à écouter et m’a dit « je veux sortir cet album ! » Nicolas m’a d’ailleurs donné l’idée de changer la structure pour Ouija. Il nous avait dit « vous devriez démarrer par le chorus ». C’était son idée, nous aurions du le remercier.

Thos Henley : Deux mois plus tard, nous nous demandions si ce jour là il était sérieux, parce que Pan European n’avait jamais sorti un album comme ça. Ils sont plus électro.

Pour votre date en janvier pour célébrer les 10 ans du label, vous avez un peu de temps pour vous préparer ?

C’est un peu compliqué parce que je vis à Stockholm. C’est un bon point d’avoir les trois musiciens en France, ils peuvent répéter ici ensemble… de mon coté je connais les paroles.

Grâce à internet, je peux leur envoyer des démos. Comme par exemple je leur ai envoyé la démo d’une nouvelle chanson, pour le prochain album. On a cette idée, que le prochain album soit « Supertrampy ». J’avais fais une ballade au piano, que Mathieu a changé en mode Supertramp et que je trouve super. Je pense que mon prochain album sera « Super Super Supertrampy » En ce moment j’écoute tous les jours leur album Crime Of The Century.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Blonde on Basically Ginger sortira en Suède ?

C’est un peu bizarre en Suède. Ce que j’ai réalisé c’est que si tu n’es pas suédois, ils ne font pas attention à toi. J’ai du mal à appréhender ce marché. Je n’ai pas de vision de ce qu’ils attendent. Il y a peu d’artistes non suédois qui marchent. Paris est une ville très internationale, Stockholm est très suédois.

Je n’ai pas de bonne réponse à cette question, j’espère que mon album sortira en Suède, mais je ne sais pas, on verra…

Merci !

 

Notre entretien avec Rocky

« Tu ne sais pas si tu vas arriver à faire danser, c’est un pari que tu prends »

Après un premier EP en 2014, salué par la critique et le public, Rocky sort un premier album intitulé Soft Machines, dans lequel leur pop-électro « positive » et dansante s’enrichit magnifiquement de leurs influences.

Groupe partagé entre Lille et Paris, c’est avec la très accueillante et chaleureuse Inès Kokou, la chanteuse du groupe, que nous avons discuté du travail de Rocky sur scène, dans la création des morceaux et de leur forte identité visuelle.

Ines Kokou de Rocky
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Nous allons commencer avec une question à laquelle vous avez déjà répondu 1000 fois, mais en limitant les choix. Pourquoi Rocky ?

Choix 1 : Parce que vous êtes un groupe combatif
Choix 2 : Parce que vous voulez atteindre des sommets
Choix 3 : Parce que vous (et vous faites) transpirez beaucoup

Inès Kokou : Ca pourrait être un petit peu des trois. En réalité c’est Rocky, mais cela aurait pu être Madonna, Michael Jackson ou Prince. L’idée c’était de détourner un nom, une icône de la pop culture. On voulait un nom court qui soit compréhensible dans toutes les langues. Si c’était à refaire, aujourd’hui, peut-être qu’on ne se serait pas appelé Rocky, parce qu’en terme de référencement (ndlr sur internet) ce n’était peut-être pas la chose la plus maline à faire. C’était un peu une « private joke » entre nous et une réappropriation.

Mais oui, on est combatif, oui on sue sur scène et on aime voir les gens danser et suer avec nous, et oui, soyons ambitieux, soyons fous !

Comment s’est fait la genèse de votre univers sonore ? Au départ, il y avait Olivier, Laurent et Tom qui se connaissaient, qui avaient déjà monté des projets, tu es arrivée avec tes influences. Comment tout cela s’est mélangé pour arriver à Rocky ?

A la genèse, c’est vrai que les garçons sortaient d’un projet plus pop-rock, et qu’ils commençaient à s’acheter beaucoup de machines et à se diriger vers un son beaucoup plus électronique. Je suis arrivée avec ma voix de noire, mes influences qui sont noires aussi, et ça s’est fait très naturellement, sans qu’on ait de plan d’attaque. Tout est parti d’un premier morceau qui s’appelait Just Away qui était super house. On s’est tout de suite dit qu’on voulait faire des chansons, les structures sont donc relativement classiques et pop. On ne s’est pas mis de barrière, ce son qui est très mélangé, il va piocher un peu partout, en tout cas dans tout ce qu’on aime. On ne s’est pas dit « il faut qu’on fasse un truc ultra identifiable, qu’on applique une recette ». Parfois tu écoutes un disque, et tout se ressemble un peu. On n’a pas voulu tomber dans ce travers là, et, en même temps il fallait trouver de l’unité. On s’est dit que l’unité allait venir de la voix, et grâce à des gens comme Guillaume Brière (ndlr, co-producteur de Soft Machines, et l’un des deux membres de The Shoes) à la production, du mixeur Eric Broucek. La crainte qu’on avait un peu, c’était que les gens se disent « oh la la, il y a à boire et à manger, un morceau un peu rnb, un morceau un peu house, un morceau club… » mais les retours qu’on a en ce moment, on nous dit que les gens trouvent ça assez cohérent. Ca veut dire qu’on a réussi, je ne saurais pas te dire exactement comment. Parce que ça s’est fait un peu naturellement, un peu spontanément.

Vous avez sorti un EP – Rocky en 2014 qui a eu un beau succès, ça vous a ouvert des scènes ?

Il y avait quatre morceaux sur cet EP, qui pour moi, préfigurait déjà l’album parce que les quatre morceaux c’était déjà « quatre salles, quatre ambiances ». On a réussi à tourner deux ans sur cet EP. Ca nous a donné le goût de la scène, le goût aussi de revisiter son propre morceau pour la scène. Tu dois étendre des parties, faire monter un peu la sauce, plus bosser ta fin, ton break, etc.

La scène nous a permis aussi de faire quelques tests non pas pour le disque, mais pour le live tel qu’il est aujourd’hui. On a eu la chance de refaire une petite tournée d’une dizaine de dates en avril dernier avec Ricard Music Live. L’album n’était pas sorti, donc les morceaux qu’on faisait, il n’y avait que nous qui les connaissions, on a pu voir les différentes réactions des gens. On a pu se dire « on va intensifier ça, ou pas… ».

Les deux ans de tournée sur l’EP nous ont aussi permis de garder en tête, même dans l’écriture, la dimension live. Ce n’est pas de la véritable ré-adaptation, on ne casse pas tout pour remonter, mais on s’est dit « il faudra les jouer sur scène, on aime ça, il faudra le faire bien ».

Comment se travaille la préparation d’un live ?

Ca se travaille sur un temps long. Tu fais une résidence, il y a une première version qui te satisfait, tu la testes devant le public, tu remarques sur certaines parties que ça ne se passe pas comme tu l’avais imaginé, tu repères des manques, donc tu re-fais une nouvelle version, que tu re-bosses en résidence… C’est un boulot qu’on adore faire. J’aime bien me dire qu’on remet tout à plat, qu’on va plus loin à chaque fois.

Vous avez un metteur en scène qui vous aide ?

Non, pour le moment on se débrouille. On est en train de réfléchir pour 2017 à une créa vidéo, pas sur tous les morceaux. On se dit que comme il y a une image très forte et un véritable univers visuel, on pourrait capitaliser là dessus et l’étendre aussi à la scène, pas se limiter à l’artwork de la pochette, pour avoir une expérience plus globale. Pour le moment on fait tout à l’énergie, à la sueur. C’est très difficile car quand tu es sur scène, tu es sur scène, tu n’as pas le temps de sortir de toi et de te regarder. Je pense que c’est un travail qu’il faudra faire très bientôt. Pour le moment, la mise en scène on la fait.

Vous avez intégré dans votre live des chœurs gospels, qu’on a pu voir lors de votre live dans l’émission Quotidien

On avait écrit Big South il y a un petit moment, et j’avais bidouillé un chœur gospel. Pour le coup, je ne viens pas du gospel et j’étais incapable de faire ces arrangements là, je le savais, car je suis autodidacte, quand je fais des harmonies c’est un petit peu au doigt mouillé. On a contacté Rouge Mary, qui est chanteur dans Hercules And Love Affair, et vient du gospel et du théâtre aussi je crois. Il a écouté ma conduite, il l’a enrichie avec des supers gimmicks, il a appelé tous ces copains du gospel, il nous a monté une équipe pour la session studio. On essaie de les rappeler le plus souvent possible. Ce n’est pas toujours évident en fonction de la taille des plateaux, pour l’émission Quotidien c’était évident qu’il fallait qu’ils soient là. C’est un plaisir de chanter avec des gens… Parce que j’aime bien chanter, mais avec des gens c’est mieux. En plus, ils sont toujours hyper cools, hyper doués, ça va vite, et pour moi ça apporte un petit frisson en plus. Ca s’est fait comme ça, grâce à Rouge Mary.

Sur la composition de l’album, comment vous vous répartissez le travail ?

On a une division très claire du travail. Les garçons composent et moi je m’occupe de la partie chant. Parfois c’est l’un ou l’autre qui va commencer un petit truc, soit dans notre studio, soit dans son lit, soit dans son canapé… qu’il partage avec les deux autres. Ensuite ils le font évoluer à six mains, quand ils arrivent à quelque chose qu’ils aiment bien ils me l’envoient. Je suis à Paris et eux sont à Lille, on est obligé de travailler à distance. Finalement on travaille un peu comme en hip-hop, où tu t’envoies des prods. Donc, j’écoute, quand je suis inspirée, que j’entends un petit truc dans ma tête, j’enregistre très rapidement une première démo avec mon ordi. Je leur renvoie, ils me disent ce qu’ils en pensent. Ensuite je me débrouille pour monter à Lille et enregistrer au propre ensemble. Là, commence toute une série d’allers – retours avec de nouvelles idées. On fait une espèce de ping-pong jusqu’à ce qu’on soit tous contents.

Dans l’album vous avez ré-intégrer Band Against The Wall du premier EP, que vous avez ré-enregistré ?

On l’aime beaucoup… On n’a refait que les voix et on l’a remixée. La première version qui est sur l’EP avait été mixée par Alf Briat. Comme j’avais pas mal bossé le chant entre temps, on s’était dit que ça pouvait être intéressant de la rechanter et de la faire mixer par Eric Broucek pour qu’elle s’intègre bien dans l’album. C’est l’un de nos tout premiers morceaux qui parle de musique, qui parle d’un jeune homme qui a des rêves de devenir une star. C’est aussi un petit clin d’œil sur la crainte que peuvent avoir les parents « oh là là, tu vas faire de la musique, mais ce n’est pas un métier… » C’est un petit clin d’œil qu’on était contents de remettre sur le disque.

Il y a un autre petit clin d’œil sur le morceau Edzinefa Nawo ?

Oui, un autre petit clin d’œil, cette fois-ci à mes origines. On écoute pas mal de musique africaine et j’avais dit aux garçons « ça pourrait être cool qu’on fasse un morceau en mina ». Un jour ils m’envoient l’instru d’Edzinefa Nawo et naturellement je me suis dit que ça allait être sur celle là. Elle s’y prête, et j’ai entendu le refrain en mina. Ca sort comme ça sort… On est très fiers aussi de celle-ci, et ma maman, elle est très très fière (rires)… C’est directement ma seconde culture qui rentre dans notre univers pop.

Ines Kokou de Rocky
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Il y a sur l’album deux chansons qui font plus de 6 minutes Big South et celle-là. Elles avaient besoin de plus de temps ?

Oui, pour Big South, c’était important pour nous que toute cette fin gospel se déploie vraiment. On a fait un édit plus court pour le clip, mais on ne voulait pas la tronquer. Edzinefa Nawo, c’est plus le coté transe, la montée. Pour nous c’était aussi évident que ce n’était pas un format 3min30. On se fait plaisir, c’est notre disque ! On fait des versions longues, des belles montées, des belles fins, on ne se refuse rien. Ce sont des petits voyages.

En live aussi, elles sont très longues. La fin de Edzinefa Nawo qu’on fait en dernier c’est vraiment le voyage un peu transe… et après bisous ! (rires)

Vous avez des liens particuliers avec Guillaume Brière qui vous suit depuis le début, peut-on dire que c’est le 5ème ou 6ème Rocky ?

Oui, c’est un sixième Rocky ! Parce qu’on a un cinquième Rocky qui est DDDXIE, Oliver Durteste, qui est avec nous en live à la batterie et avant aux percus électroniques. Guillaume a un petit coté grand frère, il nous a tout de suite soutenu, dès notre premier concert où on faisait sa première partie. Quand on a fait le remixe de Cover Your Eyes il a adoré. Il avait produit le premier EP, il a co-produit cet album là. C’est quelqu’un avec qui il est facile pour nous de bosser parce qu’on a les mêmes référents, et on est potes aussi. Bon parfois ce n’est pas toujours pratique de bosser avec des potes, mais pour le coup, ça se passe plutôt bien. Il est hyper fort, quand il commence à travailler il va très vite (rires), c’est le temps avant qui est parfois un peu long, parce qu’en plus il est très sollicité. On est hyper contents d’avoir pu faire cet album avec lui parce qu’il a tout de suite compris où est-ce qu’on voulait aller. Avec le temps, les garçons, en termes de production, je parle vraiment technique, on prit un cran, un gros cran. Il y a des trucs, quand il écoutait, il disait « non, mais là, c’est très bien comme ça, je n’ai rien à faire dessus ». Il y en a d’autres qu’il a un petit peu plus éclaté, disséqué, où on sent plus sa patte. GUM c’est un petit label finalement qui fonctionne un peu comme une petite famille, du coup quand on a discuté avec Pierre Le Ny sur qui allait produire l’album, ça n’a pas fait un pli, c’était Guigui…

Vous avez fait le choix sur cet album d’une batterie acoustique, pourquoi ?

Le premier EP est complètement électronique. Là, il y a des instruments en plus de l’ordinateur… On avait une envie d’analogique, de rajouter des choses qui bougent et la batterie c’était très important. Je pense que l’unité elle vient aussi de ça, de toutes ces batteries faites par Olivier Durteste, DDDXIE. On ne voulait pas faire un album de producteur, qui aurait pu être très bien, mais on voulait du vivant, tout simplement. Ca passe certes par la voix, mais ça passe aussi par la batterie. On voulait qu’on ressente que cet album était joué, parce qu’en live on joue aussi. Aujourd’hui, on a encore un peu de bandes, mais très peu, on essaie de jouer un maximum de choses. C’est de l’humain, donc certaines choses pourraient être plus au cordeau si tout était sur bandes, mais ça ne nous intéresse pas, on aime et on chérie cette sensibilité que tu as en analogique. On voulait qu’on la ressente aussi dans le disque.

Ines Kokou de Rocky
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous faites de la musique pour faire danser, comment savez-vous qu’une chanson atteint son but ?

Ca tu ne le sais jamais vraiment. On aime aussi la musique triste, la musique de rupture, mais c’est vrai que nous, on est toujours les premiers sur le dancefloor, chacun avec ces pas, on se débrouille comme on peut (rires), en tout cas, on essaie de faire de la musique positive. Tu ne sais pas si tu vas arriver à faire danser, c’est un pari que tu prends. Quand tu es face au public, que tu vois les gens se dandiner, passer un bon moment, tu te dis « ça y est, c’est gagné ! »

Vous parliez de votre identité visuelle, comment s’est-elle construite, et comment vous représente t-elle ?

Elle s’est construite avec René Abermarcher et Antoine Asseraf qui forment un duo de créatifs qui s’appelle The Stimuleye qui travaille énormément dans la mode. C’est Pierre Le Ny, le DA du label, qui les avait contactés. Le courant est tout de suite passé, sans pour autant qu’il y ait de brief ultra défini. Tout ça s’est un petit peu fait à l’instinct, comme tout dans Rocky finalement. Ils ont des idées à la pelle. Pour le premier EP, c’est tout simplement qu’ils revenaient de Thaïlande, ils étaient sur une plage, à un moment ils voient débarquer des touristes chinois avec des facekinis, en combi intégrale. Ils avaient trouvé ça hyper fort, et ont eu l’idée de reprendre ça, de détourner ça pour notre premier clip pour Chase The Cool.

Ca matchait hyper bien, parce que c’est une chanson qui parle de conformisme, de faux cool, donc cette espèce d’uniforme marchait bien. On s’est dit quand on a fait le shoot de la pochette qu’on allait le refaire. On avait plein de photos, ensemble, pas ensemble, à la fin on se retrouve devant ce truc hyper bizarre mais tellement fort que tu ne sais pas par quel bout le prendre, il y a un coté très acid, un coté un peu hors du temps, un coté très sophistiqué et très retouché aussi, un peu fashion. On s’est dit « ça c’est parfait », parce que c’est un objet qui est suffisamment déstabilisant pour que chacun puisse y projeter ce qu’il a envie et qui en même temps dénote, à l’époque je trouve, par rapport aux autres artworks, ou identités de groupes sur le créneau pop-électro.

Rocky

Donc, quand on a fini Soft Machines, on avait encore envie de bosser avec eux et ils avaient encore des supers idées. Ils arrivent bien à saisir la richesse, la diversité de nos influences et à trouver un langage iconique pour les retranscrire. Quand ils ont écouté le disque, ils se sont dits « c’est un peu un ovni votre truc, il y a beaucoup d’influences, beaucoup d’informations, c’est presque insaisissable… » Ils ont donc eu cette idée de cette créature un peu chimérique. On a réfléchi ensemble, et ça a donné cette pochette où je suis mi-femme, mi-animal, on y trouve un petit coté glam, un petit peu mode aussi. Je trouve qu’elle ne ressemble à aucune autre en ce moment. C’est important pour nous d’avoir une image identifiable, forte et originale. On a de la chance d’être bien entourés pour faire ça.

Rocky

 

Notre entretien avec Minou

« Je crois qu’on fait la musique qu’on a envie d’entendre »

Elle, Sabine Stenkors, lui, Pierre Simon, se sont rencontrés au lycée, et, après de nombreuses expériences musicales, décident de faire un projet bien à eux, un projet qui leur ressemble. Minou est né il y a trois ans, leur musique à base d’electro-pop et de textes en français, met en avant des mélodies imparables où leurs mots délicieux plongent dans ce bain de rythmes et nous emmènent dans leur univers pop-poétique.

C’est dans un petit bar de Ménilmontant (The Hood) que nous les avons recontrés et avons évoqué leur début, comment leur « son », leur « plume » se sont affinés et le coup de projecteur que leur a donné la victoire en 2015 du radio-crochet La Relève de France Inter.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Pourriez-vous nous présenter votre parcours musical ?

Pierre Simon (Pierre): En fait ça fait douze ans qu’on fait de la musique ensemble. Mais Minou ça a trois ans aujourd’hui. On a fait pas mal de choses, on a joué ensemble dans des petits groupes, on a accompagné des artistes. Et un jour on a eu envie de faire notre truc à nous. Minou, c’est notre première initiative vraiment à nous. C’est presque un disque solo, même si on est deux.

Sabine Stenkors (Sabine): Il y avait une salle de musique dans notre lycée, c’est là qu’on s’est rencontrés. On s’échangeait des CDs. Ca a tout de suite collé. J’ai pris une basse, il y a pris sa guitare et on a commencé à faire deux trois accords.

Votre précédent groupe était plus rock, vous chantiez en anglais…

Pierre : Et c’était un groupe à quatre. Donc c’était des compos à quatre, on se retrouvait dans une salle de répet, chacun amenait ses idées. C’était une autre manière de fonctionner. C’était notre première expérience de musique, de concert, de tournée. C’était extrêmement formateur. Mais oui, c’était plus énervé, ça correspondait plus à notre état d’esprit quand on avait 19 piges.

Et pourquoi le passage des textes en français, alors que vous chantiez en anglais ?

Pierre : C’était du yaourt anglais. (rires)

Sabine : A la fin du groupe ça s’est un peu essoufflé. On a eu l’envie de continuer quelque chose à deux et de faire un truc différent. Nos influences ont changé au fur et à mesure. On avait envie de trouver notre propre pop à nous, en faisant sonner les mots français comme un nouvel instrument. C’était une prise de risque pour nous qui était intéressante.

Vous évoquez votre changement d’influences, avec surtout de la pop française des années 80 ?

Sabine : Plus l’électro, je dirais.

Pierre : La pop française des années 80 ce n’est pas quelque chose qu’on avait en ligne de mire, c’est quelque chose qui a été digéré de manière assez naturelle. On s’est rendu compte en commençant Minou que c’était quelque chose qui ressortait dans nos compos, dans nos manières de faire. Ca faisait parti de notre inconscient culturel mais ça n’a pas été un objectif. On ne sait pas dit « On va faire de la pop française, avec des synthés… » Ca a été très naturel.

Sabine : C’était un mélange d’influences de rock et d’électro, avec de la langue française, mais sans être influencé par la pop française.

Pierre : On est nés en 88, donc tout ce qui s’est passé dans les années 80s on l’a pris en pleine face quand on a grandi dans les années 90s. On a grandi avec ces chansons, avec ce format très court, pop, avec des mélodies, des refrains. Ca fait parti des choses qu’on écoute et qu’on aime faire. C’est quelque chose qu’on a retranscrit, forcément.

Vous dites que vous n’êtes pas allés consciemment vers ce type de musique, mais que c’était assez naturel. Comment finalement vous avez trouvé votre « son » ?

Pierre : On a mis du temps à trouver notre « son ». Je crois qu’on l’a trouvé avec cet album. On l’a aussi trouvé en travaillant avec Julien Delfaud, le réalisateur de ce disque. Jusque là on avait essayé plein de trucs, ça partait un peu dans tous les sens. Ca allait d’une simple guitare voix à des chansons qui étaient complètement disco-funk. Et au milieu de tout ça on essayait de naviguer. Notre son il s’est aussi façonné avec la scène. Avec Minou on a eu la chance de faire beaucoup de concerts dès le début. Ca nous a vraiment aidé à digérer nos compos et à construire quelque chose. Il y a eu un EP de trois titres, ensuite il y a eu un EP de 6 titres, après il y a eu un premier EP d’album, et là il y a l’album. Il a fallu ces trois années pour qu’on puisse proposer le son qu’on avait envie au départ. Ca s’est sûr.

Et puis tu sais, tu as ce truc où techniquement tu t’équipes avec des synthés, tu apprends à bosser à la maison avec du home-studio, avec des boites à rythmes. C’est aussi une nouvelle manière de travailler que beaucoup de gens utilisent aujourd’hui. Ce sont des supers outils qu’on a. Et tout ça, ça façonne aussi la manière de travailler. Nous, on est complètement là dedans. On est une génération qui travaille à l’ordinateur, qui travaille avec des samples, qui travaille avec des synthés. Ca, plus la formation guitare, basse, batterie, notre fibre rock de départ, tout ça se mélange et façonne un son.

Au delà du son, il y a aussi les paroles. Là aussi, vous avez trouver votre voix, votre manière d’écrire ?

Pierre : Pareil, on ne savait pas si on savait le faire (rires), mais il a fallu le faire pour le savoir. Le premier titre qu’on a écrit pour Minou, c’est Montréal, titre qui se trouve sur l’album. C’est la plus vieille chanson. Au départ elle était en anglais, on ne savait pas si Minou ça allait être en français ou en anglais, on faisait juste de la musique. Et lors du premier essai de Montréal en français, c’était comme une révélation. On a réussi à faire ce qu’on voulait faire en français, on a réussi à chanter tous les deux, c’est un truc qui nous plaisait beaucoup, et on a pris beaucoup de plaisir à écrire et chanter ces paroles là. Du coup on s’est dit « On travaille dans ce sens, ça nous fait kiffer ! »

C’était un nouvel exercice pour nous, on ne savait pas si on savait le faire, et puis au final si, ça le fait.

C’est assez facile d’écrire en français ?

Pierre : Tu sais, on écrit rarement le texte avant. Comme le dit Sabine, on essaie de faire un texte qui va rebondir sur de la rythmique, sur des sonorités. Il y a déjà presque une trame avec des mots, au moment où on va écrire. Il y a la musique qui est là, qui va porter le texte. C’est quand même un exercice compliqué, d’écrire une fois que la musique est finie. On a mis un paquet de textes à la poubelle. C’est quelque chose qu’on a appris à faire.

Vous sentez que vous avez une singularité avec des textes plutôt abstraits ?

Pierre : Exactement. On nous dit souvent qu’il y a un coté dadaïste dans le texte. Je crois que c’est vrai, parce que c’est notre manière de voir la pop. La pop doit sonner comme ça pour nous. En tout cas, la musique qu’on fait doit sonner comme ça. Je pense qu’on ne pourrait pas écrire des choses plus réalistes. Ca ne marcherait pas, ce serait différent. Et puis pareil, on ne va pas être engagés concrètement et explicitement dans un texte. On préfère un peu détourner le truc, un peu noyer le poisson et que chacun trouve son chemin au milieu du texte, que chacun se fasse sa propre idée.

Sabine : C’est la musicalité des mots qui compte. On est plus des compositeurs que des auteurs. On aime bien faire rythmer les mots et que ce soit très imagé, faire aussi en sorte que les gens s’imaginent leur propre histoire.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous aimez aussi les mots ? Rien que le titre de l’album Vespéral, n’est pas un mot qu’on emploie au quotidien…

Pierre : A la maison on a des outils pour s’aider à écrire, un dictionnaire des rimes, des choses comme ça. Quand parfois on cherche des mots pour finir une phrase, c’est le même bidouillage technique qu’on prend à chercher des sons de synthé ou des sons de boite à rythmes. On cherche nos textes de la même manière qu’on cherche notre musique.

Sabine : Et dans la vie de tous les jours, si on entend un mot qui nous plait, ou quand je lis un livre, même le fait de voir le mot, si je le trouve beau, s’il a un rythme, je vais le noter dans un coin. Il va peut-être servir à un futur texte.

Vous avez évoqué Julien Delfaud, comment vous l’avez rencontré ? Et que vous a t-il apporté pour la création de cet album ?

Sabine : On l’a rencontré via notre label qui nous l’a présenté.

Pierre : C’était une idée de notre directeur artistique de travailler avec lui. Et c’était une fabuleuse idée puisque ça a matché tout de suite.

Sabine : Ce qu’il a apporté, c’est un résultat homogène au niveau de tous nos titres. Il a réussi à apporter une cohérence entre tous nos titres.

Pierre : On est arrivé avec des démos en studio qui étaient plus ou moins abouties. Il y en a où il manquait quelques éléments, et d’autres qui avaient déjà une forme qui ressemble à ce qu’il y a sur l’album. Mais quoi qu’il arrive, il a pris toutes les chansons et les a fait grimper d’une étape. Il les a fait grimper dans le sens où nous on voulait les faire grimper. C’est une espèce d’alchimie qui s’est passée tout de suite. Il a compris là où on voulait aller. C’était presque magique. A chaque fois on le voyait travailler, on était là « ouahh » En un quart d’heure de temps il avait transformé une batterie, il avait transformé un truc. On était là « c’est super ! »

Donc il a vraiment fait gagner une étape supplémentaire aux chansons. C’était quelque chose qu’on voulait faire, mais qu’à nous deux, on ne pouvait pas faire. Il nous fallait un réalisateur comme Julien pour emmener les chansons jusqu’ici. On a bossé près de trois mois avec lui sur ce disque, c’était une super expérience. C’était vraiment top. Et puis c’est un grand monsieur.

Sabine : En plus il est super sympa. On serait bien resté encore plus longtemps en studio.

Vous avez gagné le premier prix du radio-crochet La Relève de France Inter. Ca a été un coup de booster pour vous ?

Sabine : Ca a été une chance énorme pour nous. Ca a été une reconnaissance de gagner ce radio-crochet. On ne s’y attendait pas.

Pierre : C’était notre première exposition médiatique nationale. Avant ça on faisait notre truc dans notre coin, et tout d’un coup on s’est retrouvé à venir jouer une fois par semaine nos chansons à une heure de grande écoute sur France Inter. Sans penser à la victoire, on prenait un plaisir énorme à revenir chaque semaine, à se faire solliciter que ce soit par le public ou par le jury. Et puis tu vois, au final, un mois et demi après notre inscription on se retrouve à gagner ce concours, à signer dans un label, à parler d’un projet d’album. C’était des choses dont on avait envie mais qu’on n’avait jamais évoquées concrètement. Ca a été un vrai coup de boost. J’ai en plus un très bon souvenir de ce concours. C’était super.

Sabine : On avait un petit peu peur quand même…

Pierre : Oui, bien sûr, parce qu’à un moment tu te prends au jeu. C’est ingrat comme exercice.

Il y a des commentaires du jury que vous avez retenus ?

Pierre : Il y a parfois des phrases qui nous reviennent. Il y a toujours eu ce coté bienveillant, de manière générale. Pas seulement envers nous, mais envers tous les groupes. On était là pour faire de la musique. Le concours, tout le monde l’avait en tête, mais au final c’était plus le plaisir de réussir sa prestation et d’être avec d’autres groupes qui était intéressant.

On a eu des critiques très positives, notamment sur la manière dont on faisait nos chansons, dont on arrivait à créer nos mélodies. Tout ça, ça nous a conforté et ça nous a vraiment rassuré, en se disant « c’est chouette, il y a de l’écho à ce qu’on fait ». Après il y a eu des remarques sur les textes, parfois on nous titillait un peu du genre « c’est trop abstrait, on ne comprend pas… » Le jury entre eux n’était pas d’accord.

Tout ça c’était très constructif, parce que toutes les critiques, quelles soient positives ou négatives, il faut les prendre, il faut faire avec. C’est ça qui te fait grandir.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez gardé des liens avec France Inter ?

Sabine : Oui, nos titres son playlistés

Pierre : Ils nous soutiennent sur la sortie de l’album, ils sont partenaires de la sortie du disque.

Sabine : On fait régulièrement des émissions.

Pierre : C’est un vrai partenaire. Didier Varrod a été un vrai parrain dans notre développement. C’est très très cool.

Vous avez évoqué que les concerts vous ont aidé dans la construction de votre musique ?

Pierre : Bien sûr. Parce qu’en plus la formule du live a vachement évolué à travers le temps. On est passé par plusieurs choses. On a commencé à trois avec juste un batteur, ensuite on a fait à trois, avec ce même batteur mais qui était sur des batteries électroniques, ensuite on est passé à deux pour pouvoir être plus léger et faire des premières parties, puis là on revient à trois, mais ce n’est pas un batteur c’est un guitariste clavier qui est avec nous… C’est le bordel ! (rires) C’est ça qui est intéressant aussi, parce qu’il y a toujours ce truc excitant de remonter un nouveau concert et de pouvoir proposer, quasiment tous les six mois, un nouveau truc. Là, je trouve qu’on a trouvé un bon équilibre, on est assez fier de ce qu’on va présenter au Point Ephémère à la fin du mois (ndlr, le 22 novembre 2016). Les concerts c’est super important, bien sûr.

On a fait pas mal de premières parties. Ce sont des exercices difficiles. Ca peut-être ingrat, puis au final, c’est toujours formateur.

Sabine : Le public est toujours bienveillant. On a souvent peur que ça ne passe pas, mais au final ils sont toujours super gentils…

Vous avez pu tester vos chansons sur scène ?

Sabine : Exactement, en première partie on peut jouer 20 minutes. On mettait alors les titres les plus forts, les plus dynamiques, et parfois ça nous permettait de voir qu’un titre ne passait pas alors qu’on pensait vraiment qu’il allait être plus vivant en live. Du coup on se disait « tient celui là n’a pas marché, on peut revoir telle rythmique, telle façon de chanter… »

Quand on est sur scène, on peut lire la réaction du public ?

Pierre : Bien sûr, surtout quand tu es en première partie, où les gens n’ont pas acheté leur place vous venir te voir. Tu es vraiment en découverte. Si petit à petit, les épaules commencent à bouger, que les gens commencent à danser, c’est gagné. Là où tu as raison, c’est qu’on essayait, on avait le temps de faire six ou sept titres, des titres très dansants, très immédiats. Au final, il s’avère que les coups de cœur des gens ne sont pas forcément les trucs les plus dynamiques, mais ce sont ceux qui font un peu respirer au milieu. On a aussi appris à construire un set avec cet exercice de set très court. C’est très formateur.

Vous avez dans vos chansons, des mélodies très accrocheuses, comment vous les construisez ?

Sabine : Je crois que ça vient du fait qu’on a écouté beaucoup de groupes, qu’on adore la mélodie. On aime autant des groupes très mainstream que des groupes indés donc, il y a ce mélange qui se retrouve.

Pierre : Je crois qu’on fait la musique qu’on a envie d’entendre. C’était ça le défi de départ de Minou. Ce dire qu’en France, aujourd’hui, qu’est-ce qu’on aime écouter. Soit on regarde dans le retro et on s’écoute des vieux trucs, soit on écoute des trucs d’aujourd’hui, mais on se dit « ça c’est sympa pas, mais… ». On s’est dit « on va essayer, nous, de faire un truc qui nous satisfait, la musique qu’on aimerait entendre ». On s’est dit qu’on allait faire des pop songs avec des refrains parce qu’on adore ça, et on va l’orchestrer de manière un peu plus indé parce qu’on aime aussi l’orchestration et le travail qu’il y a sur des arrangements indés, et on va chanter en français.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Dernière question sur votre label Cinq7. C’est un beau label ?

Sabine : Carrément. Dans ce label, on a la liberté de faire plein de choses. On est vachement soutenu. On a eu le choix de faire la pochette de notre album, de a à z. On a eu le droit de mettre les titres qu’on voulait sur l’album. On était souvent d’accord sur la façon dont on orchestrait les chansons. On a eu une grande liberté.

Vous avez croisé d’autres artistes du label ?

Sabine : Oui, des beaux artistes en plus… Lilly Wood & the Prick, Dominque A

Pierre : Petit à petit on devient copain avec les artistes du label. Ca se passe de manière très naturelle. C’est une grande famille. Avant tout ça on a fait pas mal de rendez-vous en maison de disque, quand on avait sorti nos EP en autoprod, et on n’a jamais été satisfaits, on n’est jamais sortis contents de tous ces rendez-vous. Et dans nos têtes on se disait qu’il nous fallait un label comme ça. On est très contents.

merci

Notre entretien avec Aliocha

« Une chanson c’est tellement fragile, il y a une essence à ne pas perdre »

C’est la veille de son concert au MaMA festival de Paris, que nous avons rencontré Aliocha. Né à Paris, grandi au Québec, Aliocha a sorti son premier EP Sorry Eyes qui pose en 5 chansons son univers folk bercé aux références américaines et sa voix si intense.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez démarré sur les planches de théâtre dès 14 ans ?

Aliocha : 12 ans, même !

Comment on fait du théâtre si jeune ?

Mon père me donnait des cours de théâtre quand j’étais petit. A travers des amis, de la famille, j’ai commencé à faire du doublage puis j’ai rencontré un agent. Mon premier casting a été au théâtre pour une adaptation de la Promesse de l’Aube de Romain Gary et puis cela a continué comme ça.

Vous avez depuis enchainé les films, les séries TV…

Exactement

Vous êtes dans une famille d’acteurs ?

Oui, l’ainé Vadim était comédien, il chantait aussi. Il m’a donné envie de faire comme lui au départ. C’est pour ça que j’ai commencé le théâtre et la musique en même temps. Mon premier rêve c’était de chanter. Vers 10 ans j’ai commencé les cours de chant, et parallèlement je jouais aussi.

Qu’est-ce qui vous a donné le déclic à 10 ans de vouloir devenir chanteur?

Ce qui est assez drôle c’est que j’étais fan de Robbie Williams. Quand j’avais 10 ans, je regardais ses concerts. C’est vraiment ça qui m’a donné envie de chanter. C’est drôle, parce qu’aujourd’hui ma musique ne ressemble pas du tout à ça.

Ca et faire comme mon grand frère qui chantait extrêmement bien, c’est ça qui m’a donné envie.

Plus tard, quand j’ai découvert Dylan j’ai commencé à jouer de la guitare et à composer un peu plus tard, vers 16 ans.

Que représente la musique pour vous ?

J’ai vécu dans une famille où dès l’enfance on écoutait de la musique, Cat Stevens par exemple c’est mes 5 ans, ou les Beatles. Ca fait parti de ce que je suis parce que je les connais, parce que je les entends depuis que je suis tout petit.

Après d’en faire, c’est difficile de dire ce que ça représente parce que ça évolue, ça prend de l’importance au fil du temps. Quand j’avais 10 ans je rêvais d’être chanteur, mais c’est vraiment en écrivant des chansons que ça a pris plus d’importance, et que ça a un sens plus profond pour moi.

Les thématiques abordées dans l’EP sont autour des relations qui ne se passent pas toujours très bien…

Ce sont des relations, mais pas forcément des relations amoureuses.

Il y a des chansons très orchestrées comme Sorry Eyes et d’autres beaucoup plus dépouillées, comment se sont faits ces choix ?

Je pense que sur certaines chansons on sentait qu’elles n’avaient besoin de rien. Et c’était important de tout façon que même sur celles qui sont orchestrées de garder une simplicité, de garder quelque chose d’épuré, parce que j’ai joué tellement longtemps seul. Comme je disais tout à l’heure, quand j’écris des chansons, il faut que ça se tienne avec simplement guitare / voix. Mais en même temps je voulais donner une couleur à l’album, je voulais m’amuser avec les arrangements mais même quand c’est arrangé, cela doit garder une simplicité.

Est-ce que le fait d’être français vivant au Canada, vous avez puisé dans les deux cultures ?

Peut-être inconsciemment. Ce sera difficile pour moi d’en parler, par ce que toutes mes influences, je ne les mets pas consciemment dans ce que je fais. Jamais je ne me dis « tiens je vais composer une chanson plus british… » C’est plus par rapport à ce que j’écoute. C’est que je me tiens au courant de ce qui se passe en France. Comme j’écoute ça et de la musique américaine, probablement que ça se traduit dans ce que je fais, mais inconsciemment.

Comment vous écrivez vos chansons ?

Comment j’écris… Je ne serais pas capable de dire par exemple « allez, pendant un mois j’écris des chansons ». C’est quelque chose que je fais tout le temps. Je joue de la guitare et parfois il y a quelque chose qui sort. Je ne me dis pas « tiens je compose un album, j’écris des chansons comme ça ». Parfois pendant 3 mois il n’y a rien qui sort ou pendant une semaine il y a deux chansons qui sortent. Selon ce que je vis il se trouve que je n’ai rien à dire et il n’y a rien qui sort, et parfois, tout d’un coup je déballe quelque chose.

A partir d’un moment j’avais vraiment beaucoup de chansons, je me suis dit « tiens, je crois qu’il y a un album là dedans ».

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Quels sont les ingrédients d’une bonne chanson ?

J’ai l’impression que c’est par erreur que je trouve une bonne chanson. Il y a un mot en anglais « serendipity » qui représente bien ça. C’est quelque chose qui est arrivé par erreur mais qui crée quelque chose de beau au final. J’ai l’impression qu’il faut ça pour chaque chanson. Je ne serais pas capable de me dire « là en 10 minutes, tu fais ça plus ça plus ça et ça fait une chanson ».

Il faut aussi que la chanson existe en guitare-voix ou piano-voix. Il faut que complètement dénudée elle ait un intérêt. Après, on peut mettre des arrangements, améliorer la chanson, mais il faut qu’elle ait une base solide.

Au niveau du texte, ce n’est pas forcément sur papier. Pour moi, ce n’est pas forcément de la poésie, mais il ne faut qu’il y ait un mot qui soit laissé au hasard. Il faut que tout ait un sens. Même si ça ne change pas les esprits, peu importe, je pense qu’il faut qu’il y ait une intention derrière tout ce qu’on dit.

C’était plus naturel d’écrire en anglais ?

Oui, parce que toutes mes influences sont anglophones. Quand j’ai commencé à chanter, j’ai commencé à apprendre des chansons en anglais, c’était Dylan, Cat Stevens, Simon & Garfunkel… Alors quand j’ai commencé à écrire mes propres chansons c’est forcément comme ça que c’est sorti. Et on ne chante pas de la même façon en français et en anglais. Il aurait presque fallu que je réapprenne à chanter en français.

A 16, 17 ans vous rencontrer Jean Leloup (auteur compositeur interprète du notamment ultra tube 1990), que vous a t-il apporté ?

Il m’a apporté tellement de choses… Au moment où je l’ai rencontré j’avais une dizaine de chansons, avec toujours ce rêve d’être chanteur. Mais ça me paraissait loin, inaccessible. Autour de moi, ma famille, mes amis me disaient que c’était bien, mais je ne pouvais pas imaginer que Jean Leloup aimerait ma musique.

Je l’ai croisé dans un café, je suis allé le voir, j’avais surtout envie de lui parler. Ce que j’ai trouvé à lui dire c’est que j’avais des chansons et que je ne savais pas quoi en faire. Et d’une spontanéité incroyable, il m’a dit « viens au studio ce soir ». Il travaillait avec un groupe à ce moment là qui s’appelait The Last Assassins et ils étaient tout le temps en studio. J’arrive et il me fait jouer deux trois chansons. Il m’a dit « c’est top ! » Il a demandé à ses musiciens de m’accompagner et on a enregistré deux trois maquettes ce soir là. Il m’a fait revenir le lendemain. C’est lui qui m’offrait le studio, il a été d’une générosité folle. Qu’une idole comme ça me donne une légitimité, ça m’a donné confiance. Il m’a dit « il faut que tu fasses un disque ». C’est comme ça que ça a commencé…

Vous arrivez quelques années après avec un EP ?

C’est quand même 5 ans après… Car après avec ces maquettes je suis allé voir Michel Bélanger qui est le patron d’Audiogram, mon label au Québec, qui est le plus grand label indépendant au Québec. J’étais venu lui demander conseil pour le produire moi-même. Je ne pensais pas qu’une maison de disques voudrait le faire. Et lui m’a fait confiance à ce moment là alors que vraiment je n’avais pas grand chose.

Michel Bélanger m’a aidé dans mon développement, il m’a fait travailler avec plusieurs personnes, il m’a même envoyé même à Los Angeles travailler avec un arrangeur. Il se trouve que ça n’a pas fonctionné mais j’ai travaillé avec plusieurs personnes, j’ai continué à me développer, à écrire plusieurs chansons. C’est vraiment cinq ans après, avec la rencontre de Samy Osta que là je me sens prêt à sortir.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Comment s’est faite la rencontre avec Samy Osta ?

A travers un contact qui est dans le milieu de la musique, qui s’appelle Jean-Valère Albertini a qui j’ai dit « il me faut un arrangeur ». Du coup, on a fait un rendez-vous, on a écouté plusieurs disques français sans me dire qui étaient les arrangeurs. J’ai écouté les différents disques et je crois que c’est sur le premier EP de Feu! Chatterton que j’ai dit « c’est avec le mec qui a fait ça avec qui j’ai envie de travailler ». On est allé le rencontrer, et dès la première rencontre, je me suis dit « c’est avec lui que ça va marcher ».

Le travail a été tellement saint avec lui, il est vraiment dans l’écoute. Une chanson c’est tellement fragile, il y a une essence à ne pas perdre et avec lui c’était un travail de chirurgien pour ne pas perdre ça.

Et pourquoi allez en Suède pour faire l’enregistrement ?

Je ne sais pas exactement (rires). Samy venait de finir l’album de Feu! Chatterton là bas, et il m’a dit « le studio est top, on va enregistrer en Suède ». J’ai dit « Amen ! » (rires).

Au Canada, vous êtes surtout connu en tant qu’acteur, comment est-ce perçu d’être acteur-chanteur ? Car en France c’est très difficile…

Je pense que les gens sentent que ce n’est pas cette démarche qu’on pourrait imaginer de l’acteur qui profite de sa notoriété pour tout d’un coup se lancer dans la musique. Comme je vous l’ai dit, j’ai démarré les deux en même temps, et cela fait 5 ans que je travaille dessus.

Mais c’est vrai que c’était une peur, je me demandais comment les gens allaient le percevoir. Finalement les gens sentent bien que c’est honnête.

En France on vous connaît moins en tant qu’acteur, vous arrivez directement en tant que chanteur…

Absolument. Encore, au Québec on me connaît comme acteur, mais je ne suis pas une star, il y a plein de gens qui vont me découvrir à travers la musique, enfin s’il me découvre avec la musique. (rires)

Comment s’est faite la rencontre avec votre label pour l’Europe, Pias ?

En fait c’est la même personne qui m’a présenté Samy Osta, qui est allé voir le label Pias. Moi j’étais déjà chez Audiogram. J’ai senti un enthousiasme chez eux qui m’a vraiment donné envie de travailler avec eux. Et depuis que je suis là ça se passe vraiment bien. J’ai rencontré Guillaume (ndlr Depagne), le patron de Pias France à Montréal. Il a fait le voyage pour me rencontrer.

Vous êtes programmé au MaMA festival, c’est un beau festival, sous quelle formation jouerez-vous ?

Je serai avec mon frère Volodia Schneider qui est batteur. C’est vraiment cool de jouer avec lui sur scène, on partage de bons moments. J’ai un bassiste qui s’appelle Tom Tartarin, et Christian Sean qui lui fait clavier, guitare électrique et back vocals, et moi, je suis au clavier et à la guitare. Ca va être intime, et je pense que cette intimité marche avec ce que je fais.

Il y aura d’autres dates en France ?

Il y a certaines dates qui arrivent tranquillement. Mais comme ça vient de tomber, je ne sais même pas à quel point c’est annoncé. De bonnes nouvelles…

Merci

Notre entretien avec An Pierlé

« Je deviens gourmande pour faire de la musique »

An Pierlé est véritablement une artiste aux multiples talents ! Elle a réussi en quelques années à être à la fois compositrice officielle de la ville de Gand (où elle réside), à composer la BO du film Le Tout Nouveau Testament pour laquelle elle recevra le prix Magritte du Cinéma 2016 dans la catégorie meilleure musique originale, à écrire et jouer un spectacle pour enfants dans plusieurs langues qui fut lui aussi primé et enfin sortir Arches, un album composé autour de l’orgue de l’église St Jacques de Gand.

C’est avec beaucoup de plaisir que nous lui avons poser quelques questions pour faire le tour de tout ça !

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Depuis votre album diptyque Strange Days / Strange Ways, sorti en 2013, vous avez fait la BO du film Le Tout Nouveau Testament, que vous a apporté musicalement de faire ce projet ?

An Pierlé : Beaucoup. C’était quelque chose que je n’avais jamais fait, mettre de la musique sur des scènes, partir d’un scénario et simplement ouvrir les portes et recevoir de l’inspiration. J’ai aussi écrit pour un orchestre, ce que je n’avais jamais fait. Je me suis dit à moi même, tu dois faire semblant que tu sais faire ça pour éliminer le doute qui serait tuant. Pour le reste c’était un jardin de jeux parce que dans le même film il y a des musiques romantiques, mais il y aussi des trucs comme une chanson des années 70s disco très ringarde, un morceau trip-hop, un morceau house. Il y a plein de genres différents, et ça c’était gai.

Ca m’a aussi amené beaucoup d’inspirations, de libertés et de l’entrainement musical pour apprendre encore plus de choses et aller dans différentes directions. Je deviens gourmande pour faire de la musique.

Du coup, ce n’est pas trop difficile de revenir au format album, où on doit avoir une certaine cohérence ?

Non, c’est gai de faire des albums, tu fais un cercle de chansons.

« Il faut oser se laisser des espaces libres pour faire venir de nouvelles choses »

Suite au prix Magritte qu’a reçu cette BO, vous avez été beaucoup sollicitée pour de nouvelles BO ?

Non, pas encore. Je ne suis pas en train de chercher non plus. Je n’ai pas un besoin de devenir compositrice de bandes originales de films. Il y a des gens qui font ce métier qui peut aussi comporter beaucoup de frustrations, je pense. J’entendais des histoires où le film est fait, on te demande alors de faire la musique dessus. J’ai eu de la chance d’avoir un metteur en scène qui pensait à la musique dès le début, qui avait vraiment une opinion.

Il faut oser se laisser des espaces libres pour faire venir de nouvelles choses et ne pas, par peur de ne pas avoir du boulot, accepter des choses que tu ne ressens pas vraiment.

En 2012, après avoir été nommée compositrice officielle de la ville de Gand, tu évoquais déjà dans une interview un projet avec un orgue. Le disque arrive en 2016, pourquoi autant de temps ?

Par période, j’ai continué à bosser le projet de l’orgue, et entre temps j’ai fait la BO du film qui m’a pris une année entière, j’ai fait un spectacle musical pour enfants (ndlr Slumberland) pour lequel on a enregistré un album, on l’a beaucoup joué. Au début ce n’était pas le but, on devait l’écrire et des remplaçants devaient le jouer, mais c’était devenu tellement chouette qu’on l’a joué dans quatre langues différentes.

J’ai passé beaucoup de temps à chercher comment traduire dans les autres langues avec l’aide de « native speakers », chercher les mêmes sonorités émotionnelles dans les autres langues.

Comment on se retrouve à enregistrer le disque à l’église St Jacques de Gand ?

Comme je faisais le projet depuis quelques années, j’avais même la clé de l’église. Je suis sage… Ils ont dit « oui ». On a pu entrer. Ca fait vivre aussi les églises qui sont ces temps-ci souvent très vides. De plus en plus ils ouvrent leurs portes pour de la musique. Ce qui est, je pense, une super bonne façon d’utiliser ces lieux qui ont beaucoup d’histoires, beaucoup d’ambiances, beaucoup de spiritualités aussi. La musique y a vraiment une place, c’est bien, on s’aide mutuellement.

Cela n’a pas été trop compliqué d’un point de vu technique d’enregistrer dans un tel lieu ?

Oui, c’était très compliqué. On n’a enregistré là bas que l’orgue, et la nuit, pour ne pas avoir trop de bruits de la ville. Mon copain, producteur, Koen Gisen a vraiment étudié comment faire, parce qu’un orgue a une énorme dynamique et pour marier ça avec des instruments et des voix c’était compliqué, mais il est doué (rires). Le reste s’est fait dans le studio à la maison où on a tout ce qu’il faut.

Donc vous avez enregistré l’orgue puis vous avez placé les autres instruments et chants chez vous ?

Oui. Il y avait déjà des maquettes et des démos, on a joué l’orgue sur les maquettes. Puis lorsqu’on a eu l’orgue on pouvait tout virer et reconstruire à partir du vrai son de l’orgue, et surtout éliminer les arrangements.

Vous pouviez utiliser l’église le temps nécessaire pour capter le son de l’orgue ?

On avait vraiment une liberté totale. Mais on a un bon organiste, on a tout enregistré en quatre nuits, ça va…

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Dans des interviews, vous parlez de votre album en disant qu’il est sensuel ?

Tu ne trouves pas ? (rires) Il faut l’essayer alors… (rires) A cause de la boite à rythmes, à cause des dynamiques, à cause des rythmes, à cause des basses aussi, je pense que cela a instigué quelque chose d’un peu groovy que tu ne maries pas immédiatement avec un truc comme un orgue, mais finalement cela a amené à ça.

Le disque est sorti début septembre en France, mais bien avant en Belgique. Pourquoi ?

C’est pour la maison de disque en France. C’est un plus grand pays, ils ont besoin de plus de temps pour préparer les choses. Pour eux le timing était mieux ainsi. C’est déjà assez difficile ces temps-ci, il faut se donner tous les moyens possibles. C’est bien comme ça on a tout préparer, les clips ne seront pas finis à la dernière minute, mais bien à temps, c’est très agréable. Pouvoir faire des interviews à l’aise, j’ai déjà réfléchi aux réponses. Et j’ai déjà eu quelques retours, donc je suis moins stressée.

Quels ont été ces premiers retours ?

Très bons ! (rires) Ca fait vraiment plaisir. Le voyage d’un album c’est toujours grâce aux résonnances qu’il fait auprès des gens. Si les gens rayonnent bien, on ne sait jamais… Bon, ce n’est peut-être pas pour tout le monde ce genre d’album, il y a des gens qui détestent, mais ça c’est bien aussi. Ca veut dire que c’est quelque chose de spécifique qui touche une corde particulière.

C’est à cause de l’orgue ?

Oui, je pense qu’il y a des gens qui trouvent ça trop perçant comme sonorité. Pourtant je trouve que c’est un album assez doux finalement.

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Un second album, une deuxième partie est déjà annoncée, pourquoi deux parties ?

Parce qu’il y avait trop de chansons et de genres un peu trop larges pour tout mettre dans un album. Après, je ne pense pas que je vais refaire un album autour de l’orgue tout de suite. C’est comme les piano-voix il faut beaucoup de temps entre deux albums sinon tu fais toujours la même chose. J’ai envie d’essayer d’autres choses.

Il est déjà enregistré le second opus ?

Déjà cinq morceaux. Ce sera un EP, donc ça va dépendre du temps que j’aurai pour m’y mettre. Ca donne envie d’explorer encore.

Une date de concert à Paris est annoncée dans l’église St Eustache, le 5 octobre 2016, vous allez utiliser l’orgue de St Eustache ?

Oui, on a le droit. On a du prouver que c’est vraiment un bon organiste, qu’il n’allait pas le casser. Normalement ils ne font pas ça, donc c’est très chouette de leur part d’avoir accepter de nous accueillir sur leur orgue, je suis contente. C’est beaucoup d’efforts pour faire les réglages dans de tels lieux, ça demande beaucoup de boulots de toutes les personnes concernées, mais ça va poser l’album dans les meilleures conditions. Ca prend vraiment de l’ampleur quand tu es dans une grande église. Le son t’enveloppe. On en a fait quelques unes et c’est super, donc je suis très contente.

C’est l’endroit idéal ?

Oui, ou un club très dark. Je m’imagine aussi dans un festival tard le soir. Bon pour ça il faut être plus connue, donc je vais dans les églises… et l’année prochaine dans les festivals tard le soir. (rires)

Vous avez essayé l’orgue de St Eustache ?

Non, pas encore. Mais c’est un grand orgue, il a toutes les possibilités pour bien représenter l’album. Ca c’est important, parce que les petits orgues, c’est assez insatisfaisant. (rires) Ca n’a pas de basse, ça n’a pas de fond. Ca peut être très beau, ça peut donner des versions intimistes, sensibles de certaines chansons, mais pour tout l’album il nous faut de grands orgues.

Du coup les balances vont être compliquées à St Eustache ?

On les a averti qu’on avait besoin de temps pour les balances. Mais on a quand déjà bien techniquement préparé les choses. J’ai des bons techniciens.

Il y a beaucoup de reverbs…

Oui, il va falloir faire avec. Il faut qu’il y ait beaucoup de monde pour un peu les absorber.

Il y aura aussi des concerts dans des salles de concert ?

Oui.

Comment vous aller faire pour l’orgue ?

J’ai une très bonne émulation d’orgue. Ca marche très très bien. Ca marche mieux parfois qu’un orgue d’église qui a un son baroque. Ca donne une ambiance plus rock, plus trip-hop…

Vous aviez pensé à tout cela au début du projet ?

Au début, l’idée c’était de faire un projet unique pour essayer l’orgue. Et puis ça a grandi… J’aime bien cette façon de travailler. Parce que si tu commences quelque chose et tu es surpris « ah c’est quand même très chouette, on va continuer » et tu fais un concert, et les gens disent «  c’était magnifique… » alors tu te dis « il faut vraiment faire quelque chose avec ça ». Ca donne envie, ca donne de l’énergie. Le fait que ça a pu prendre du temps, ça fait murir le truc, tu écris différentes chansons parce que tu ne vas pas toujours faire la même chose.

Je pense que dans la musique pop il n’y a pas toujours les moyens de prendre beaucoup de temps, laisser murir de nouveaux projets. Et chaque chose que tu entames ça prend 5 ans avant d’être complètement à l’aise. C’est un luxe.

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous êtes sur Instagram, Facebook, Twitter, c’est vous qui êtes derrière les comptes ?

Oui, c’est moi, je fais de mon mieux.

Qu’est-ce que ça vous apporte d’être sur les réseaux sociaux ?

C’est vrai que chez Pias ils m’ont dit « il faudrait que tu sois sur Instagram… » Mais maintenant je trouve ça chouette. Je remarque que ça me fait regarder les choses un peu différemment, les petits détails m’intéressent… Je n’ai pas envie de faire ça (ndlr mimant un selfie). Ca ne m’intéresse pas du tout ! Pourtant ironiquement c’est ça qui se fait le plus. Ca et les photos des repas. Il faudrait faire un truc super bon à manger et dire « et j’ai un album aussi… » (rires) Je vais devenir la reine d’Instagram ! (rires)

Un dernier mot ?

Je me suis vraiment bien amusée. S’amuser ça veut dire aussi souffrir. Bien sûr je veux que les gens aiment, mais je ne veux pas faire de la musique pour plaire aux gens. Je veux faire de la musique qui touche. Ca c’est plus chouette, parce que ça dure plus longtemps. Ca ne me mènera peut-être pas vers le statut « madonaesque », mais c’est pas grave, je fais mon métier.

De plus en plus je dis avec fierté « c’est mon métier ». Après 20 ans je suis très contente de pouvoir encore le faire et de retrouver de temps en temps, le plaisir de redécouvrir des nouvelles choses, de voir que l’inspiration ne s’assèche pas, c’est luxueux.

Merci

Portrait de la chanteuse belge An Pierlé(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Notre entretien avec Camille Bertault

« J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre »

Après avoir fait le « buzz » avec ses vidéos postées sur Youtube dans lesquelles elle reprend vocalement des célèbres solos dont le Giant Steps de Coltrane, Camille Bertault a sorti un première album en quartet magnifiquement pétillant en mai dernier.

C’est installée à une terrasse ensoleillée, qu’elle est revenue, très gentiment, sur son parcours, ses vidéos, son album, son futur…

Camille Bertault

Comment êtes vous arrivée au jazz après avoir commencé par jouer du classique au piano ?

Camille Bertault : Mon père est pianiste de jazz amateur, c’est un très bon pianiste, c’est lui qui m’a appris le piano très très jeune, dès 4 ans. Comme en général le parcours classique, c’est le cas de le dire, c’est de commencer par le classique pour aller vers le jazz, il m’a inscrite au conservatoire à 7-8 ans à peu près. J’ai fait toute ma scolarité en piano classique. Je suis entrée dans un système de type « sport-étude » avec le matin école et l’après-midi conservatoire. C’est ce qui a fait que j’ai beaucoup étudié le classique pendant un certain temps. Je l’ai tellement étudié que je me suis fait une tendinite pour un examen, j’en ai eu marre. J’ai des mains très petites avec le petit doigt tordu, je n’ai pas vraiment des mains de pianiste. J’ai arrêté.

J’avais de la chance car mes parents sont de gros artistes, ma mère dessine, j’ai toujours fait à coté pas mal de choses, j’ai fait du théâtre, j’ai fait du chant lyrique, et à vingt ans, je me suis plutôt dirigée vers le théâtre. J’ai écrit des pièces pour enfants que j’ai montées à Paris. Petit à petit dans ces pièces j’intégrais de la musique, je revenais progressivement vers la musique. Il faut aussi dire que le jazz a toujours fait partie de moi car comme mon père en jouait, j’en écoutais énormément.

Je suis finalement revenue au conservatoire vers 25 ans. A 25 ans, j’ai vraiment étudié sérieusement le jazz, l’harmonie, la composition, l’improvisation…

Au piano ou au chant ?

Au piano, au saxophone et au chant. Le piano je m’en suis plus servi pour composer.

Camille Bertault

Votre album est issu d’un travail du conservatoire ?

Ce n’est pas vraiment un travail du conservatoire, c’est un projet que j’ai monté en trois ans, des textes que j’ai écrits, des compositions. Comme à la fin du conservatoire il fallait présenter un projet personnel, j’ai utilisé ce projet là. Mais j’ai voulu me faire un petit challenge, je l’ai adapté pour un chœur avec une rythmique, piano basse batterie. C’était assez ambitieux, j’ai passé beaucoup de temps, mais je n’ai pas eu cet examen et j’étais un peu énervée. C’est venu de là cette histoire de la vidéo de Coltrane. Je le raconte parce que c’est drôle comme anecdote et finalement les compositions sont devenues un album qui existe maintenant réellement. Je trouve ça intéressant. Il y a les examens, les jurys, il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui ne se fait pas et puis il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui se fait. Et c’est la même chose. C’est marrant.

Comment avez vous composé cet album ?

Ca s’est fait assez progressivement. Ce que je voulais c’était écrire en français. C’est important pour moi, c’est ma manière d’un peu me démarquer. J’adore écrire, j’écris depuis assez longtemps. Il fallait donc que les textes soient en français. Mes compositions se sont faites sur deux ans. En générale je les fais en étant au piano puis dès qu’il y a un motif qui me plait je l’enregistre, ou même je peux chanter dans le métro, dès qu’il y a un motif qui m’intéresse je l’enregistre. Le lendemain ou quelques semaines plus tard, je relie le tout. Ca peut donc être un assemblage de plein de moments différents. J’aime bien composer de cette façon. Mais il n’y pas forcément de règle. Je sais que pour cet album j’ai fait comme ça.

C’est un album très écrit ou il y a une part d’improvisation en studio ?

Il y a toujours beaucoup d’improvisations, mais le principe est toujours un peu le même. Il y a le thème, la mélodie, et les improvisations que font chaque musicien, le pianiste, moi. C’est la forme classique du jazz : un thème proposé, et chacun improvise autour des harmonies.

Vous pouvez nous présenter les musiciens qui vous accompagnent sur cet album ?

Olivier Hutman au piano…

Comment s’est faite la rencontre avec Olivier ?

J’avais déjà monté ce projet avec plusieurs musiciens. C’est très difficile de trouver quelqu’un de vraiment investi, sincèrement. Je n’avais pas forcément trouvé la bonne personne. A cette époque je prenais des cours avec Sarah Lazarus, qui est une super chanteuse et qui m’a dit « tu devrais rencontrer Olivier Hutman, il aime beaucoup accompagner les chanteuses. » Ce n’est pas forcément un argument qui marche chez moi parce que je n’aime pas les généralités, je n’aime pas me mettre dans le sac des chanteuses ou pas. Mais, je me suis dit que j’allais le rencontrer. On a joué mes morceaux, il a beaucoup aimé et j’ai senti que c’était une bonne personne humainement et artistiquement pour collaborer. Il m’a présenté ensuite Gildas Boclé et Antoine Paganotti à la batterie. Et ça a bien collé.

Le piano à une grande importance dans l’album…

Oui, c’est central. En général dans un quartet, le piano est un peu le noyau. D’abord le chant si c’est un album autour d’une chanteuse, puis le piano. Le plus important c’est le rapport entre le chant et le piano dans ce genre d’album.

Vous avez un type de chant avec qui fait la part belle au scat, pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas forcément un choix, peut-être que dans la mesure où j’ai fait beaucoup de piano, j’ai pas mal l’harmonie en tête, ça m’a donné cette possibilité de me balader plus facilement que si je n’avais pas fait autant de musique avant. Je trouve ça assez intéressant le contraste entre : On expose le thème, qui est écrit, puis à partir de ça on part vraiment où on veut. C’est comme une boite qui s’ouvre, et là on prend un envol.

J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre, c’est le piège. L’improvisateur peut se laisser aller dans le gout de l’improvisation et oublier l’auditeur. Ca peut être un petit peu barbant d’entendre une improvisation trop longtemps, il faut doser. Moi je me régale à associer la voix comme un instrument. Raconter une histoire avec le texte puis me défaire de ça et devenir une flute ou un saxophone.

Vous avez l’image d’une chanteuse pétillante, virevoltante, mais il y a aussi sur l’album des chansons un petit peu plus mélancoliques. Comment s’est fait ce choix ?

Tout cela, une fois que c’est fait on peut y penser et l’intellectualiser, sur le moment j’intellectualise pas forcément, ça fait juste partie de moi. Je suis quelqu’un qui est pas mal dans la joie de vivre, dans la gaité, mais il y aussi chez moi une part très sombre et très grave. Je pense que c’est important dans la musique que je fais qu’on ressente au maximum la personne que je suis. De toute façon, je n’y pense même pas, je sais que la chose se fera naturellement. Si je n’essaie pas d’être quelqu’un d’autre que moi, on arrivera à percevoir tous les éléments qui font ce que je suis.

Vous rendez hommage à Eric Satie, c’est un personnage, un musicien qui vous inspire ?

Il y a plusieurs messages là dedans. Déjà il y a mon parcours classique, Eric Satie fait parti du parcours obligé. C’est un compositeur très agréable à jouer quand on débute le piano, c’est de la grande musique, c’est très beau, c’est très sensible, c’est très fin, et c’est accessible techniquement. J’ai eu pas mal d’élèves pendant des années, et ça marche toujours Eric Satie.

Et puis c’était aussi un personnage, un personnage absurde. Ce type de personnalité m’attire. C’était quelqu’un qui n’était pas forcément pris au sérieux, parce que ce n’était pas un compositeur qui a une œuvre de la dimension de Ravel ou Debussy mais c’est quelqu’un qui avait une vraie personnalité. Justement dans le texte que j’écris, je fais référence aux petites phrases qu’il met dans ses morceaux, les nuances. Il met toujours des trucs un petit peu bizarre et je trouve que pour l’époque c’est courageux finalement, avec beaucoup d’humour. C’est pour cela que j’ai choisi ce personnage qui est assez modeste parmi tous ses autres contemporains.

Vous citez Brel « le talent c’est avoir envie de faire quelque chose » pour le titre de l’album, vous pouvez nous expliquez ?

Brel aussi est un personnage qui est important dans mon parcours parce que le texte, parce que l’expression, parce qu’être entier est pour moi, avant tout autre chose, la chose la plus importante chez un artiste. Peut-être que je vais dire des énormités, mais plus que la technique, plus que la justesse de la voix, l’important c’est l’intention, c’est d’être entier face à un public, donner absolument tout, réellement, sincèrement. Je trouve que Brel donnait vraiment tout de lui-même sur scène. Il y a aussi les textes et du coup cette phrase qui est toute simple, que je trouve belle et efficace. Il parle de l’envie et je trouve ça beau. J’ai voulu me servir de ça, en faire référence dans le titre.

Vous avez parlé de la vidéo sur Youtube qui a été un déclencheur pour l’album, vous continuez à faire des vidéos ?

Je continue un peu, j’en ai faite une il y a quelques semaines, où je fais un peu le clown… Le problème c’est que j’ai commencé à mettre des vidéos, j’en ai mis une dizaine, une quinzaine, et c’est apparu au final comme une performance : « voilà, regardez comme je peux chanter vite » C’est tellement pas mon but. Je me suis un peu calmée, parce que ça prend du temps d’apprendre que j’ai de plus en plus de travail, et que je veux surtout que ce travail soit bien compris. Pour moi c’est le plaisir d’avoir la sensation de chanter en même temps qu’un musicien que j’admire.

Ca a pris une ampleur incroyable, je suis très heureuse de ça, peut-être un petit peu trop grande pour ce que c’est… C’est un vrai débat ces histoires de performances. Apprendre des solos par cœur c’est quelque chose que tous les musiciens de jazz font dans leur apprentissage. C’est sûr que c’est beaucoup moins courant chez les chanteurs, c’est peut-être pour ça que ça a pris et que ça a fait le tour du monde. Je ne veux pas cristalliser le truc. Ca fait maintenant un an que j’en fais, j’ai envie de continuer les vidéos, mais de poster des choses très différentes, de mettre de l’humour, l’humour c’est très important, pas juste froidement chanter les solos parce qu’au final ça ne me correspond pas trop.

Vous parliez de préparation de ces vidéos, combien de temps il faut pour apprendre un solo ?

Ca prend entre une à deux semaines, où j’écoute le morceau pendant une heure par jour. J’en profite, dès que j’ai quelque chose à faire j’ai toujours mon casque sur les oreilles. Je peux aller faire des courses de 5 minutes, j’ai le casque sur les oreilles et c’est comme ça que j’apprends par cœur. J’aime apprendre les choses que j’aime pour pouvoir les incorporer.

Quelles seraient vos recommandations musicales du moment ?

J’écoute Elis Regina en boucle, la musique brésilienne énormément, Djavan, Nana Caymmi, Elza Soares, ce sont des voix que j’aime beaucoup. Dans la musique cubaine j’adore Chucho Valdés. Il y a un groupe que j’ai découvert récemment Hiatus Kaiyote qui est très chouette, j’adore les musiques un peu inclassables. Il y a un peu de jazz, mais ce n’est pas du tout que jazz, je trouve ça super intéressant. J’écoute pas mal Charlie Haden en ce moment. J’écoute beaucoup de choses différentes. J’adore aussi la musique bulgare, c’est super beau les chants bulgares… J’ai découvert Andy Bey il n’y a pas très longtemps, pianiste chanteur. J’adore Charlie Mingus. J’étais à New-York il y a trois semaines j’écoutais en boucle son album. Qu’est-ce que j’ai d’autres ? Nougaro, Léo Ferré…

Depuis un an c’est allé très vite, vous avez des articles dans Télérama, vous passez en radio sur Fip, TSF Jazz, comment vous le vivez ?

C’est une immense satisfaction ! Cet album je l’ai vraiment fait toute seule, je n’ai pas eu d’aide. J’ai écrit, composé, mis en place l’équipe, arrangé une date de studio, organisé un KissKissBankBank pour pouvoir le financer. C’était en amont de ce succès, avant que je mette les vidéos, j’avais tout monté toute seule avec des doutes. Evidemment en un an j’ai pris beaucoup d’assurance dans le bon sens du terme. Avec l’assurance on se rend compte aussi de ce qui reste à faire, c’est une infinité. Il y a une marge de progression, on n’est jamais arrivé au bout. C’est ça qui est génial aussi !

C’est une grande satisfaction que ma musique, mes textes soient compris, ça me donne envie de continuer. Cet album est peut-être, d’après moi, je peux me tromper, encore un peu timide par rapport à ce que je peux encore exprimer. Mais ça correspond à l’époque où il a été fait, je voulais montrer ce que je faisais. Maintenant je pense aller dans des directions encore plus affirmées.

Dans quels sens ?

Dans le sens, théâtral. J’ai envie de me détacher de la forme classique, on chante le thème, on improvise, ensuite on redit le thème. J’aimerai bien me séparer de la forme, aller plus vers l’histoire, aller vers quelque chose de plus théâtral, plus culotté, moins propre, moins poli.

Il y a un deuxième album en préparation ?

Là j’ai la chance d’avoir été contactée par des majors. Mon choix est en train de se faire et selon le choix que je ferai ça va complètement influencer le lieu, la date, le moment, l’équipe du prochain album.

C’est l’évolution parfaite. On ne pourrait pas rêver d’un meilleur parcours. Parce que je n’ai pas été forcée à faire des choses que je n’aimais pas, et je pense ne pas l’être par la suite. C’est vraiment positif.

Au niveau concert, on ne vous a pas vu dans la programmation des festivals de cet été 2016 ?

Mon cas est un peu particulier. Tout le monde me connaît sous le nom de « la fille qui a chanté Giant Steps ». Mon nom commence un petit peu à se distinguer par rapport à ce que j’ai fait. Mais mon album est sorti tardivement (ndlr en mai 2016). Et chaque festival s’y prend au moins un an à l’avance, c’est donc tout à fait normal que je ne fasse pas partie des festivals de jazz de l’été. J’ai beaucoup de dates quand même dans des plus petits festivals, plus modestes. Pour l’instant c’est bien, parce que ça se fait progressivement. L’album est sorti, je fais mon choix, je m’entoure de l’équipe qu’il faut et après je pourrais convaincre de mon projet. Le chemin se fait comme il faut, je pense.

Merci !

Notre entretien avec Brisa Roché

A quelques semaines de la sortie de son nouvel album solo Invisible 1, le 3 juin 2016, nous avons eu le privilège de rencontrer Brisa Roché lors de sa résidence au studio Red Bull de Paris pour lui poser quelques questions.

Brisa Roché

(c) Delphine Ghosarossian

On se retrouve aujourd’hui au studio Red Bull à Paris, pourquoi ici ?

Brisa Roché : On m’a gentiment invitée en résidence de deux jours, pour faire des répétitions qui seraient aussi enregistrées si nécessaire pour la promo. J’avoue que je rêvais de faire de la créa mais il y a très peu de temps pour se lancer. Une résidence d’une semaine, alors là, cela aurait été intéressant.

C’est la première fois que tu passes dans ce studio ? ou tu connaissais déjà ?

Je ne connaissais pas, c’est la première fois. C’est luxueux !

Cela faisait six ans que tu n’avais pas sorti d’album solo, alors, que s’est-il passé pendant ces années ?

J’ai fait plein de musiques pour des compétitions de pubs, de films, et j’en ai gagnée quelques une, notamment Yves Saint Laurent (ndlr le film). J’ai aussi participé à la prod et à la tournée de Lightin 3, a girls band (ndlr avec Ndidi O et Rosermary Standley). J’ai aussi fait une collaboration, j’ai fait muse pour la marque Swarovski. On a beaucoup collaboré, j’ai pu peindre pour eux, j’ai pu écrire pour eux, faire un clip pour eux. Puis je me suis lancé dans ce qui est devenu cet album et qui a commencé par trois morceaux pour finir avec 40 morceaux. Mais entre temps, après les trois morceaux, j’ai craqué sur une piste qu’on m’avait envoyée et j’ai fait tout un album avec cette personne. J’ai fait 17 morceaux qu’on a mixés, masterisés. Album qui n’est pas sorti car après je me suis replongé sur les 40 morceaux qui sont finalement devenus Invisible 1.

Après je suis partie vivre aux Etats-Unis où j’ai fait un album post-punk, j’ai écrit 17 morceaux solos, avec mes instruments, dans mon home-studio. Puis deux déménagements internationaux quand même, j’ai un enfant en plus, j’ai fait des voix pour d’autres, j’ai fait des cœurs, et de l’écriture de texte aussi depuis la Californie. Des français m’envoyaient leurs maquettes avec des yaourts, avec ou sans mélodie et j’écrivais pour eux en anglais. Ce qui est aussi un exercice que j’aime bien faire.

Et un peu de cinéma ?

Oui, j’ai écrit un morceau pour un long métrage qui va sortir je ne sais pas quand. J’ai aussi tourné dans un faux documentaire allemand, c’était une fiction sous forme d’un documentaire, très joli, sur un centenaire poète allemand qui avait disparu et qui était recherché parce qu’on voulait lui donner un prix. Pour ça j’ai été à Berlin, j’étais interviewée comme si j’étais quelqu’un qu’il aurait pu croiser et qui aurait pu donner une piste sur où il était.

Donc plein de projets, c’est pour ça que parfois quand je lis « Retour à la musique », je suis là « j’ai fait 5 albums, j’ai écrit les textes d’un album, j’ai fait les cœurs sur deux autres albums, et puis j’ai fait aussi The Lightin 3 et Yves Saint Laurent, plus les deux films, plus Swarovski, plus deux déménagements internationaux… » J’ai pas l’impression d’avoir arrêté, j’aurai bien aimé, j’aurai du peut-être …

Pourquoi cet album sort alors que d’autres sont aussi prêts ?

C’est le hasard de la vie, je pense. Il y a aussi des raisons plus concrètes. Pour Swarovski, j’étais allée au Midem faire le morceau et parler de la collaboration. Pendant que j’y étais j’ai rencontré deux garçons. Un garçon qui faisait des sites internet et un garçon qui aidait des artistes à vendre de personne à personne leur marchandise. On a eu de longues discussions et les garçons m’ont dit « non, ce n’est pas normal que ça n’aille pas plus loin pour toi en ce moment » Ils avaient tous leurs idées de pourquoi et comment et qu’est-ce qu’il fallait faire. C’était un garçon qui faisait Wiseband, qui est l’outil qui permet de vendre son merchandising et l’autre à refait mon site. Ca a lancé un processus d’actions un peu plus professionnel parce que j’étais beaucoup plus dans l’écriture, le studio et la composition pendant cette période. J’avais pas trop fait attention à relancer la machine parce que ma maison de disque avait fait faillite, mon contrat d’édition était terminé. Personne n’allait bien dans l’industrie autour de moi.

Pour raccourcir, le garçon de Wiseband a arrêté Wiseband et a créé une boite d’édition. Vu qu’il suivait les maquettes que je faisais pendant les 40 morceaux en question, parce que je lui envoyais, on était en contact professionnellement. Je trouvais ça fun d’envoyer des maquettes tout de suite, parce que j’étais très très active. Je faisais un morceau tous les deux jours. C’était fun d’avoir son feedback. Pour ouvrir sa boite d’édition il lui faillait un certain nombre de titres. Moi je savais que j’allais partir aux Etats-Unis, je lui ai donné mes éditions pour cet album contre le fait qu’il démarche l’album pendant mon absence. Du coup cet album avait un chevalier, tandis que les autres n’en avaient pas.

Brisa Roché

(c) Delphine Ghosarossian

Tu dis que tu as fait ces 40 titres assez rapidement, d’où te venait l’inspiration ?

Je faisais un jeu avec moi même, car je sortais de la prod d’All Right Now (ndlr album sorti en 2010), que j’avais contrôlé de A à Z et qui avait donné ses fruits à travers Swarovski mais qui à part ça n’avait pas vraiment eu une sortie. C’est sorti au moment où mon label faisait faillite. C’était un album perdu. Mais je n’étais pas trop déprimée par ça bizarrement et je me suis dit « j’ai eu vraiment la main lourde sur ce projet, ça serait vraiment intéressant et fun pour moi d’avoir tout le contraire. »

Je reçois toujours des MP3 de toutes directions, des ingés sons, des réalisateurs, des copains, des musiciens, des fans, j’en reçois plein. J’en fais rien avec parce que j’ai déjà plein de musiques à moi, j’en ai pas vraiment besoin et souvent ce sont des maquettes assez brutes, très électroniques parce que tout le monde fait ça avec son ordi parce que c’est moins cher, assez linéaires parce que ce sont des bouts d’idée. Souvent ce n’est pas dans mon univers naturel. Mais là, je me suis dis « ça serait vraiment fun de me donner le défi d’accepter tous ces morceaux qui arrivent dans ma boite mail. Tous ! Ou presque tous, et de voir comment je me les approprie vocalement, qu’est-ce que je peux écrire dessus, quelles sortes de mélodies, d’arrangements, de textes je peux faire sur ça. » J’ai commencé à faire ça et en même temps, j’ai laissé entendre que j’acceptais des pistes, du coup il y en avait encore plus qui sont tombées. J’ai fait exprès de ne pas solliciter des pistes individuelles d’instruments, parce que je voulais avoir les mains vraiment liées et être obligée de faire avec ce que je recevais. Ca sous-entendait que j’enlève tout jugement de ce qui est pour moi, pas pour moi, ce qui est cool, ce qui n’est pas cool ce qui est beau, ce qui n’est pas beau, ce qui est cheap, ce qui n’est pas cheap, ce qui est dans mon univers, ce qui n’est pas dans mon univers, j’ai jeté tout ça par la fenêtre et je me suis dis « on s’en fout de tout, je vais tout écouter de manière neutre et je vais écrire très rapidement, spontanément sur ça » Tout cela était facilité par le fait que j’étais dans mon home-studio, donc personne ne me regardait, je ne connaissais même pas la plupart des gens qui m’envoyaient de la musique, donc ils n’avaient pas leur regard, ni leurs idées, ni quoi que ce soit, ça ne coutait rien. Il n’y avait aucune pression de nul part. Même moi j’ai commencé sans le but d’en faire un album, juste d’en faire un exercice. Après quarante morceaux, je me suis dit que j’allais faire quelque chose avec ça. C’était tellement jouissif et tellement intéressant, je me suis permis de chanter comme ça me venait. Par exemple, je n’ai pas grandi avec la musique R’n’B, rap, hip-hop, mais quand même cette musique fait partie de notre culture aujourd’hui, automatiquement. Je me privais de cette façon de chanter, avec des vocalises R’n’b parce que je ne trouvais pas ça authentique chez moi, mais en fait « Fuck Authenticity », oui c’est authentique si je vis dans ce monde aujourd’hui, si j’ai envie de faire ça et si ma voix veut faire ça. Du coup je me suis vraiment laissée aller à faire tout ce qui me venait. J’étais aussi inspirée, poussée par la nature des morceaux qui n’étaient pas ce que moi j’aurais créés. Il fallait quand même soit aller dans leur sens, ou être tellement en contraste avec leur sens que ça avait un autre sens. Ce jeu était tellement fun et tellement light ! Sauf que je suis obsessionnelle, j’ai passé je ne sais pas combien de temps pour faire les quarante morceaux de suite comme une dingue dans ma chambre. Mais quand même c’était sans pression, sans attente, avec beaucoup d’exploration, de liberté. De liberté aussi parce que j’étais invisible, personne ne me regardait, je ne voyais personne, je recevais des choses virtuellement.

D’où le titre de l’album ?

Effectivement, et j’ai mis Invisible 1, peut-être je ferai un Invisible 2 parce qu’il y a encore des morceaux.

D’où cette touche d’électronique qu’on n’avait pas entendu dans tes albums précédents ?

On ne l’avait pas entendu dans mes albums, mais je peux dire que depuis 20 ans je fais plein de projets électro.

C’est vrai que j’ai exploré des façons de chanter que je n’avais pas fait, mais j’écris pour des briefs, des films, des pubs, des autres, donc j’ai de l’expérience dans quasiment tous les genres et l’aspect électronique est quelque chose qui peut me plaire beaucoup.

Ca, on l’entend plus dans cet album, mais dans ma vie de musicienne c’était présent.

Cela explique aussi pourquoi les morceaux de l’album sont aussi variés ?

Oui, et d’ailleurs le tri des morceaux, pourquoi y a t-il ces 13, et pas d’autres ?

Il y a beaucoup de couches de choix et de hasard dans cet album. Moi, j’avais fait un tri de 15 morceaux qui me semblaient les plus accessibles. Je les ai mixés avec Jean-Charles Versari chez Poptones Studio, c’est avec ces 15 morceaux que mon éditeur a démarché. Quand on les a mixés, on a pris toutes les vrais pistes et on a creusé du relief, on a essayé d’avoir plus de logique entre les voix et la musique. Pendant ce processus, on a du enlevé deux musiques, garder les voix et refaire complètement d’autres musiques parce qu’on ne pouvait pas se servir de la musique car il y avait des samples dedans qu’on ne pouvait pas mettre. Donc il y a déjà une couche, les voix qui restent et tu remets une couche. Après quand on a trouvé mon co-producteur, Marc Collin, j’ai dit « j’ai 40 morceaux, on en a mixé 15, mais tu peux choisir d’autres si tu veux » Il a dit « tiens, on va regarder » Du coup il en a enlevé la moitié, il a mis une autre moitié et à ce moment là on a impliqué Blackjoy qui est Jérôme Caron comme ingé son et Thibaut Barbillon qui est aussi mon guitariste et qui a arrangé l’autre moitié des morceaux. Du coup on a re-enlevé la base musicale qu’il y avait et on a reconstruit d’autres arrangements, avec toujours les mêmes voix d’origine qui étaient les voix que j’avais fait spontanément dans ma chambre, avec parfois 19 pistes de voix. C’est très drôle de voir ces voix qui restent, qui pourraient être considérées comme très brutes, car le son n’est pas propre et parce qu’elles étaient très spontanées, je les ai faites moi même dans mon petit home-studio dans une vraie pièce à la maison, et je ne suis pas perfectionniste sur ça du tout… Et puis, des couches et des couches d’idées, des choses enlevées, des choses remises, une autre couche d’idées, une autre couche d’énergie, après il y a eu aussi le mastereur qui a fait un gros boulot pour harmoniser au niveau fréquence les deux sons des deux arrangeurs qui allaient naturellement dans des fréquences qui étaient très opposées. C’est triste à dire, mais chaque homme, parce que tout le monde à part moi était un homme, chaque homme a apporté sa couche d’idées, sa couche d’influences, cette couche était parfois enlevée mais a laissé une place pour la prochaine réaction à ça. Je ne sais pas comment dire, c’était très « action – réaction », comme si tu avais de l’argile quelqu’un y met son poing, on enlève le poing, après quelqu’un doit faire avec l’emprunte de ce poing, la personne construit quelque chose dans le trou laissé par le poing, puis on enlève l’argile, là on a la forme de l’autre… C’était assez fascinant.

Brisa Roché

(c) Delphine Ghosarossian

Une tournée est prévue ?

Oui, on a déjà commencé à tourner. Là on a une dizaine de dates. J’espère qu’on va avoir une vraie tournée à la rentrée.

Tu es sur un nouveau label Kwaidan, comment ça s’est fait ?

C’est drôle parce que je connais bien Marc Collin, je venais de faire des voix pour lui pour quelque chose d’autre et je lui avais même évoqué ce projet avant de partir pour les Etats-Unis, et je pensais que j’allais déjeuner avec lui pour parler des voix que j’avais faites pour son copain, que son copain n’a pas aimé (rire), et en fait, entre temps il a croisé mon éditeur, il voulait signer le projet. Je ne savais pas. Il a dit « Ah oui, ce projet que tu as, qui est en attente, tu le sentirais d’approfondir la prod ? » J’ai dit « Tu sais je suis déjà sur d’autres projets, ça me saoule un peu, et… » et puis je me suis dit « il est en train de me dire que… » j’ai dit « si, si, si oh oui, à fond ! Encore plus de prod, oui ! Je ne pense qu’à ça ! » C’était assez drôle.

On est en co-production, qui est un deal que je n’ai jamais encore expérimenté. J’ai fait deal d’artiste, deal de licences et maintenant deal co-prod. On verra la différence que si l’album à un grand succès. Le reste du temps, la grande différence c’est que j’investis pas mal d’argents aussi. Mais ça me donne plus de pouvoir. Là j’ai aussi l’impression de plus participer dans le fonctionnement autour de l’album, et d’investir dans la partie prod avec eux. Ca à l’air d’être bien ce genre de contrat. On verra. Tout le monde improvise en ce moment sur les deals. On ne sait plus comment faire (rire).

Brisa Roché

Qui a signé l’artwork de l’album ?

Il s’appelle Zaven et a un nom de famille très difficile (ndlr Najjar) mais il est génial.

En fait, j’avais fait un shooting pour cet album avec Ami Barwell avec qui j’avais travaillé pour deux pochettes, qui est une photographe anglaise terrible. J’adore le shooting qu’on a fait pour cet album. Vraiment ça correspond à fond au son et à l’ambiance, je cherchais un graphiste pour créer l’album. Souvent je fais les graphismes moi-même, mais cette fois-ci je cherchai un graphiste, je suis tombée sur ce graphiste là qui n’est pas vraiment un graphiste, c’est un illustrateur. Je suis tombée sur lui à travers une copine qui me l’a présenté en tant que graphiste. Je me suis dit « mais c’est dingue son œuvre est très en accord avec l’album, l’ambiance, l’esthétique, le son, les couleurs. Du coup, ce serait vraiment intéressant d’avoir juste une illustration. » Mais j’étais un peu triste parce que j’adore tellement les photos. Donc au début on avait imaginé qu’il y ait une espèce de mélange, une participation des photos dans l’illustration, ou qu’il dessine une photo mais finalement le label et moi étions tellement emballés par son univers qu’on s’est lancé dans une pochette complètement illustrée. C’est fun ! J’ai jamais eu ça. Il est très talentueux, c’est vraiment assorti à l’ambiance de l’album.

Merci !