Nord – Elle voudrait

Je viens vous parler de Nord, parce qu’il a sorti son premier EP depuis quelque temps, maintenant et qu’il est bon… Très bon.  Je me souviens de son concert magistral aux Francofolies de la Rochelle, il y a deux ans. Je me souviens, ensuite, de son set sur le pont. Là, sous la tente. Avec quelques vinyles de l’EP sous le bras. Je me souviens très bien de ce set parce que jusque là, je l’avais écouté au casque. Il y avait quelque chose dans ce son, quelque chose de nouveau, de profond, de sincère et de beau. Je me souviens ; une pote m’en avait parlé, une fois, en s’emballant, comme on le fait toujours quand le coup de cœur musical se fait. Alors, j’avais pris mon casque audio, je l’avais branché et je l’ai écouté, lui, Xavier Feugraysous le pseudonyme de Nord. J’ai écouté ce son, cette voix et j’ai compris ma pote… Oui, on s’emballe quand le cœur a été atteint. Alors, là, sur le pont, sous la tente, moi, j’étais toute impressionnée de le voir de tout près. Il n’était pas encore vraiment connu. Personne ne connaissait ni ce visage, ni ce nom. Alors, on était un tout petit paquet de gens, là, à s’abriter du soleil sous cette tente et à tendre l’oreille. On était quelques privilégiés à le regarder avec sa grande guitare nous chanter de belles choses de sa belle voix avec ce qu’il faut d’électro pour magnifier le tout. Il était beau, là, devant moi. Et elle était belle sa musique. Profondément belle. J’ai continué longtemps à l’écouter dans le casque audio, à me souvenir du privilège de voir des grands artistes quand ils en sont au début, quand le monde environnant ne perçoit pas encore la grandeur parce qu’elle est encore un peu caché par l’anonymat. J’ai continué longtemps à l’écouter, lui, à écouter ses paroles françaises d’une qualité rare en savourant le plaisir de le faire découvrir à des gens qui ne le connaissent pas encore.

J’ai envie de conseiller chacun des titres de l’EP tellement ils sont géniaux. J’ai envie de parler du titre Mémorable qui est incroyable. J’ai envie de parler de Temps mort pour cette voix particulière, ce son. J’ai envie de parler de l’amour s’en va pour les notes lancinantes qui entraînent. Mais je vais surtout conseiller le titre Elle voudrait parce qu’elle est venue, un coup, sans prévenir prendre la forme que je lui donne, maintenant. Je l’avais souvent entendue sans m’y sentir pleinement dedans. Ce fût le cas, dernièrement. Je continue à croire que certains titres sont  liés à des moments de vie et qu’ils ne nous parlent que lorsqu’on est prêt à écouter. Ils s’immiscent dans nos vies, à des moments précis et ils les dessinent avec une pointe argentée. Nord le fait avec une telle délicatesse ; il s’immisce, d’abord timidement ; il arrive sur la pointe des pieds, tout doucement. On le croit autre, au début. On l’imagine pop française ; un de ces énièmes chanteurs un peu fades qu’on écouterait comme ça, juste parce que « ça passe bien ». Et puis, à un moment donné, on l’écoute, pour de vrai. On sent que ce son à quelque chose en plus, que la voix nous parle, qu’il y a une profondeur dans le texte. Alors, on le laisse prendre la parole dans le casque audio et on lui donne toute la place, même, parce qu’arrive le moment où on le sait ; Il est bien trop grand pour être limité.

Amina Claudine Myers – African Blues

Voici un petit bijou, que je conserverais depuis un petit moment dans mon arrière boutique. Je vous le livre aujourd’hui (enfin) pour dire toute l’admiration que j’ai pour Amina Claudine Myers et son magnifique album Salutes Bessie Smith enregistré en live en 1980.

6 titres qui se concluent par le hors norme et particulièrement frissonnant African Blues (14min44s). Son scat, son piano s’embrasent dans un morceau aux étendus vastes rempli de chaleur et de générosité.

Fink – Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1

Pour sûr que ce vendredi 10 mars 2017, on va passer très tôt chez notre disquaire ou plateforme de streaming préférés pour choper sans faute cet album « side project » de Fink consacré au blues. Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1 a été produit et enregistré par Fink et Flood (énorme producteur depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui) à Berlin.

Les quatre titres déjà disponibles à l’écoute (dont trois dans la playlist YT ci-dessous) nous promettent un album d’exception. Autour d’une guitare protéiforme, Fink plonge les deux bras, les deux pieds, de tout son corps à tripes ouvertes dans cette musique. C’est à la fois très moderne et terriblement enraciné dans l’histoire de la musique moderne. Pas question de calcul, juste une émotion gravée de façon magique sur disque dur et qui nous fait vibrer. 

A très vite pour le volume 2 !

Lou Tavano – L’Artiste

Sorti il y a près d’un an, en mars 2016, le premier album de Lou Tavano est une très belle surprise qui ne s’estompe pas avec les jours qui passent. Elle s’inscrit dans cette nouvelle scène française passionnante et très talentueuse qui souffle un vent frais sur le jazz. Chantant en français, en anglais, Lou Tavano invite l’intimité, le swing, la douceur, l’élégance dans ses chansons écrites à quatre mains avec Alexey Asantcheeff pianiste et compagnon.

Ci-dessous le morceau L’Artiste en live à l’Ecoutille. Le son n’est pas très bon, mais le pétillant, le groove imparable de ce morceau en français est intacte !

 

La version album

Sarathy Korwar – Day to Day

Dans la série « les albums 2016 qui nous ont été conseillés, qui nous ont touchés et qu’il ne faut pas louper »…

Né aux Etats-Unis, Sarathy Korwar a grandi en Inde. Son premier album sorti en Juillet 2016 sur le label Ninja Tune conjugue au présent jazz, musique électronique et musique folklorique traditionnelle de la communauté Sidi en Inde. Un voyage hors de nos sentiers battus particulièrement réussi.

Dans le communiqué de presse, il indique ainsi : 

« Le disque parle de la façon dont nous vivons, individuellement et collectivement, au quotidien, les tâches et les rituels quotidiens qui nous rassemblent. C’est une célébration du trivial et du banal ». Les rag quilts colorés que les Sidis fabriquent à la main en utilisant des tissus de récupération est une métaphore parfaite pour le disque : « les femmes Sidis font des collages impressionnants à partir de chiffons de tous les jours, c’est comme ça que je vois mon album ».

Catherine Russell – Swing! Brother, Swing!

Tout est dans le titre !

Il suffit de se laisser porter jusqu’à 2017 par le groove imparable de ce titre magnifiquement interprété par Catherine Russell et ses musiciens.

Swing! Brother, Swing! est tiré de son album Harlem On My Mind, l’un des très beau album jazz de 2016.

Pour les plus curieux, en fin de vidéo Catherine Russell nous dit quelques mots sur ce morcreau.

 

Harold López-Nussa – Me Voy Pá Cuba

Alors que certaines personnes font le tour du monde pour des raisons professionnelles ou même personnelles, rejoignons les quelques instants en compagnie du cubain Harold López-Nussa (au piano et au chant) et de son trio composé de son jeune frère Adrián Ruy López-Nussa (à la batterie et aux percussions) et du sénégalais Alune Wade (à la basse et au chant).

Ouvrant son album, le bien nommé El Viaje, la chanson Me Voy Pá Cuba est une merveilleuse ode au voyage, à la camaraderie, aux rencontres, à un monde ouvert et en paix. En quelques minutes, on passe par des moments d’exaltation, de solitude, on a parfois le mal du pays, on s’arrête quelques instants en Afrique avant d’arriver à notre destination Cuba.

Pour les parisiens, sachez qu’il sera en concert au New Morning le 30 novembre 2016.

Leyla McCalla – A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Après un premier album très réussi (qu’on avait relayé ici), Leyla McCalla franchit l’obstacle du second opus avec le même brio que l’équipe de France d’équitation au saut d’obstacles lors des JO de Rio !

A Day For The Hunter, A Day For The Prey est une merveille mêlant dans une spiritualité bienveillante de nombreuses influences : antillaises, cajun, americana, …  qui procurent aux différents morceaux une richesse et un universalisme particulièrement touchants.

Pour notre plaisir deux extraits: le titre éponyme (en anglais) et Manman (douce comptine en créole), avec en bonus quelques mots de Leyla McCalla sur cet album.

A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Manman

Présentation de l’album par Leyla McCalla (vost)

 

 

 

Notre entretien avec Camille Bertault

« J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre »

Après avoir fait le « buzz » avec ses vidéos postées sur Youtube dans lesquelles elle reprend vocalement des célèbres solos dont le Giant Steps de Coltrane, Camille Bertault a sorti un première album en quartet magnifiquement pétillant en mai dernier.

C’est installée à une terrasse ensoleillée, qu’elle est revenue, très gentiment, sur son parcours, ses vidéos, son album, son futur…

Camille Bertault

Comment êtes vous arrivée au jazz après avoir commencé par jouer du classique au piano ?

Camille Bertault : Mon père est pianiste de jazz amateur, c’est un très bon pianiste, c’est lui qui m’a appris le piano très très jeune, dès 4 ans. Comme en général le parcours classique, c’est le cas de le dire, c’est de commencer par le classique pour aller vers le jazz, il m’a inscrite au conservatoire à 7-8 ans à peu près. J’ai fait toute ma scolarité en piano classique. Je suis entrée dans un système de type « sport-étude » avec le matin école et l’après-midi conservatoire. C’est ce qui a fait que j’ai beaucoup étudié le classique pendant un certain temps. Je l’ai tellement étudié que je me suis fait une tendinite pour un examen, j’en ai eu marre. J’ai des mains très petites avec le petit doigt tordu, je n’ai pas vraiment des mains de pianiste. J’ai arrêté.

J’avais de la chance car mes parents sont de gros artistes, ma mère dessine, j’ai toujours fait à coté pas mal de choses, j’ai fait du théâtre, j’ai fait du chant lyrique, et à vingt ans, je me suis plutôt dirigée vers le théâtre. J’ai écrit des pièces pour enfants que j’ai montées à Paris. Petit à petit dans ces pièces j’intégrais de la musique, je revenais progressivement vers la musique. Il faut aussi dire que le jazz a toujours fait partie de moi car comme mon père en jouait, j’en écoutais énormément.

Je suis finalement revenue au conservatoire vers 25 ans. A 25 ans, j’ai vraiment étudié sérieusement le jazz, l’harmonie, la composition, l’improvisation…

Au piano ou au chant ?

Au piano, au saxophone et au chant. Le piano je m’en suis plus servi pour composer.

Camille Bertault

Votre album est issu d’un travail du conservatoire ?

Ce n’est pas vraiment un travail du conservatoire, c’est un projet que j’ai monté en trois ans, des textes que j’ai écrits, des compositions. Comme à la fin du conservatoire il fallait présenter un projet personnel, j’ai utilisé ce projet là. Mais j’ai voulu me faire un petit challenge, je l’ai adapté pour un chœur avec une rythmique, piano basse batterie. C’était assez ambitieux, j’ai passé beaucoup de temps, mais je n’ai pas eu cet examen et j’étais un peu énervée. C’est venu de là cette histoire de la vidéo de Coltrane. Je le raconte parce que c’est drôle comme anecdote et finalement les compositions sont devenues un album qui existe maintenant réellement. Je trouve ça intéressant. Il y a les examens, les jurys, il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui ne se fait pas et puis il y a l’instant T où on ne sait pas pourquoi il y a un truc qui se fait. Et c’est la même chose. C’est marrant.

Comment avez vous composé cet album ?

Ca s’est fait assez progressivement. Ce que je voulais c’était écrire en français. C’est important pour moi, c’est ma manière d’un peu me démarquer. J’adore écrire, j’écris depuis assez longtemps. Il fallait donc que les textes soient en français. Mes compositions se sont faites sur deux ans. En générale je les fais en étant au piano puis dès qu’il y a un motif qui me plait je l’enregistre, ou même je peux chanter dans le métro, dès qu’il y a un motif qui m’intéresse je l’enregistre. Le lendemain ou quelques semaines plus tard, je relie le tout. Ca peut donc être un assemblage de plein de moments différents. J’aime bien composer de cette façon. Mais il n’y pas forcément de règle. Je sais que pour cet album j’ai fait comme ça.

C’est un album très écrit ou il y a une part d’improvisation en studio ?

Il y a toujours beaucoup d’improvisations, mais le principe est toujours un peu le même. Il y a le thème, la mélodie, et les improvisations que font chaque musicien, le pianiste, moi. C’est la forme classique du jazz : un thème proposé, et chacun improvise autour des harmonies.

Vous pouvez nous présenter les musiciens qui vous accompagnent sur cet album ?

Olivier Hutman au piano…

Comment s’est faite la rencontre avec Olivier ?

J’avais déjà monté ce projet avec plusieurs musiciens. C’est très difficile de trouver quelqu’un de vraiment investi, sincèrement. Je n’avais pas forcément trouvé la bonne personne. A cette époque je prenais des cours avec Sarah Lazarus, qui est une super chanteuse et qui m’a dit « tu devrais rencontrer Olivier Hutman, il aime beaucoup accompagner les chanteuses. » Ce n’est pas forcément un argument qui marche chez moi parce que je n’aime pas les généralités, je n’aime pas me mettre dans le sac des chanteuses ou pas. Mais, je me suis dit que j’allais le rencontrer. On a joué mes morceaux, il a beaucoup aimé et j’ai senti que c’était une bonne personne humainement et artistiquement pour collaborer. Il m’a présenté ensuite Gildas Boclé et Antoine Paganotti à la batterie. Et ça a bien collé.

Le piano à une grande importance dans l’album…

Oui, c’est central. En général dans un quartet, le piano est un peu le noyau. D’abord le chant si c’est un album autour d’une chanteuse, puis le piano. Le plus important c’est le rapport entre le chant et le piano dans ce genre d’album.

Vous avez un type de chant avec qui fait la part belle au scat, pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas forcément un choix, peut-être que dans la mesure où j’ai fait beaucoup de piano, j’ai pas mal l’harmonie en tête, ça m’a donné cette possibilité de me balader plus facilement que si je n’avais pas fait autant de musique avant. Je trouve ça assez intéressant le contraste entre : On expose le thème, qui est écrit, puis à partir de ça on part vraiment où on veut. C’est comme une boite qui s’ouvre, et là on prend un envol.

J’adore improviser. Justement je fais attention de ne pas trop en mettre, c’est le piège. L’improvisateur peut se laisser aller dans le gout de l’improvisation et oublier l’auditeur. Ca peut être un petit peu barbant d’entendre une improvisation trop longtemps, il faut doser. Moi je me régale à associer la voix comme un instrument. Raconter une histoire avec le texte puis me défaire de ça et devenir une flute ou un saxophone.

Vous avez l’image d’une chanteuse pétillante, virevoltante, mais il y a aussi sur l’album des chansons un petit peu plus mélancoliques. Comment s’est fait ce choix ?

Tout cela, une fois que c’est fait on peut y penser et l’intellectualiser, sur le moment j’intellectualise pas forcément, ça fait juste partie de moi. Je suis quelqu’un qui est pas mal dans la joie de vivre, dans la gaité, mais il y aussi chez moi une part très sombre et très grave. Je pense que c’est important dans la musique que je fais qu’on ressente au maximum la personne que je suis. De toute façon, je n’y pense même pas, je sais que la chose se fera naturellement. Si je n’essaie pas d’être quelqu’un d’autre que moi, on arrivera à percevoir tous les éléments qui font ce que je suis.

Vous rendez hommage à Eric Satie, c’est un personnage, un musicien qui vous inspire ?

Il y a plusieurs messages là dedans. Déjà il y a mon parcours classique, Eric Satie fait parti du parcours obligé. C’est un compositeur très agréable à jouer quand on débute le piano, c’est de la grande musique, c’est très beau, c’est très sensible, c’est très fin, et c’est accessible techniquement. J’ai eu pas mal d’élèves pendant des années, et ça marche toujours Eric Satie.

Et puis c’était aussi un personnage, un personnage absurde. Ce type de personnalité m’attire. C’était quelqu’un qui n’était pas forcément pris au sérieux, parce que ce n’était pas un compositeur qui a une œuvre de la dimension de Ravel ou Debussy mais c’est quelqu’un qui avait une vraie personnalité. Justement dans le texte que j’écris, je fais référence aux petites phrases qu’il met dans ses morceaux, les nuances. Il met toujours des trucs un petit peu bizarre et je trouve que pour l’époque c’est courageux finalement, avec beaucoup d’humour. C’est pour cela que j’ai choisi ce personnage qui est assez modeste parmi tous ses autres contemporains.

Vous citez Brel « le talent c’est avoir envie de faire quelque chose » pour le titre de l’album, vous pouvez nous expliquez ?

Brel aussi est un personnage qui est important dans mon parcours parce que le texte, parce que l’expression, parce qu’être entier est pour moi, avant tout autre chose, la chose la plus importante chez un artiste. Peut-être que je vais dire des énormités, mais plus que la technique, plus que la justesse de la voix, l’important c’est l’intention, c’est d’être entier face à un public, donner absolument tout, réellement, sincèrement. Je trouve que Brel donnait vraiment tout de lui-même sur scène. Il y a aussi les textes et du coup cette phrase qui est toute simple, que je trouve belle et efficace. Il parle de l’envie et je trouve ça beau. J’ai voulu me servir de ça, en faire référence dans le titre.

Vous avez parlé de la vidéo sur Youtube qui a été un déclencheur pour l’album, vous continuez à faire des vidéos ?

Je continue un peu, j’en ai faite une il y a quelques semaines, où je fais un peu le clown… Le problème c’est que j’ai commencé à mettre des vidéos, j’en ai mis une dizaine, une quinzaine, et c’est apparu au final comme une performance : « voilà, regardez comme je peux chanter vite » C’est tellement pas mon but. Je me suis un peu calmée, parce que ça prend du temps d’apprendre que j’ai de plus en plus de travail, et que je veux surtout que ce travail soit bien compris. Pour moi c’est le plaisir d’avoir la sensation de chanter en même temps qu’un musicien que j’admire.

Ca a pris une ampleur incroyable, je suis très heureuse de ça, peut-être un petit peu trop grande pour ce que c’est… C’est un vrai débat ces histoires de performances. Apprendre des solos par cœur c’est quelque chose que tous les musiciens de jazz font dans leur apprentissage. C’est sûr que c’est beaucoup moins courant chez les chanteurs, c’est peut-être pour ça que ça a pris et que ça a fait le tour du monde. Je ne veux pas cristalliser le truc. Ca fait maintenant un an que j’en fais, j’ai envie de continuer les vidéos, mais de poster des choses très différentes, de mettre de l’humour, l’humour c’est très important, pas juste froidement chanter les solos parce qu’au final ça ne me correspond pas trop.

Vous parliez de préparation de ces vidéos, combien de temps il faut pour apprendre un solo ?

Ca prend entre une à deux semaines, où j’écoute le morceau pendant une heure par jour. J’en profite, dès que j’ai quelque chose à faire j’ai toujours mon casque sur les oreilles. Je peux aller faire des courses de 5 minutes, j’ai le casque sur les oreilles et c’est comme ça que j’apprends par cœur. J’aime apprendre les choses que j’aime pour pouvoir les incorporer.

Quelles seraient vos recommandations musicales du moment ?

J’écoute Elis Regina en boucle, la musique brésilienne énormément, Djavan, Nana Caymmi, Elza Soares, ce sont des voix que j’aime beaucoup. Dans la musique cubaine j’adore Chucho Valdés. Il y a un groupe que j’ai découvert récemment Hiatus Kaiyote qui est très chouette, j’adore les musiques un peu inclassables. Il y a un peu de jazz, mais ce n’est pas du tout que jazz, je trouve ça super intéressant. J’écoute pas mal Charlie Haden en ce moment. J’écoute beaucoup de choses différentes. J’adore aussi la musique bulgare, c’est super beau les chants bulgares… J’ai découvert Andy Bey il n’y a pas très longtemps, pianiste chanteur. J’adore Charlie Mingus. J’étais à New-York il y a trois semaines j’écoutais en boucle son album. Qu’est-ce que j’ai d’autres ? Nougaro, Léo Ferré…

Depuis un an c’est allé très vite, vous avez des articles dans Télérama, vous passez en radio sur Fip, TSF Jazz, comment vous le vivez ?

C’est une immense satisfaction ! Cet album je l’ai vraiment fait toute seule, je n’ai pas eu d’aide. J’ai écrit, composé, mis en place l’équipe, arrangé une date de studio, organisé un KissKissBankBank pour pouvoir le financer. C’était en amont de ce succès, avant que je mette les vidéos, j’avais tout monté toute seule avec des doutes. Evidemment en un an j’ai pris beaucoup d’assurance dans le bon sens du terme. Avec l’assurance on se rend compte aussi de ce qui reste à faire, c’est une infinité. Il y a une marge de progression, on n’est jamais arrivé au bout. C’est ça qui est génial aussi !

C’est une grande satisfaction que ma musique, mes textes soient compris, ça me donne envie de continuer. Cet album est peut-être, d’après moi, je peux me tromper, encore un peu timide par rapport à ce que je peux encore exprimer. Mais ça correspond à l’époque où il a été fait, je voulais montrer ce que je faisais. Maintenant je pense aller dans des directions encore plus affirmées.

Dans quels sens ?

Dans le sens, théâtral. J’ai envie de me détacher de la forme classique, on chante le thème, on improvise, ensuite on redit le thème. J’aimerai bien me séparer de la forme, aller plus vers l’histoire, aller vers quelque chose de plus théâtral, plus culotté, moins propre, moins poli.

Il y a un deuxième album en préparation ?

Là j’ai la chance d’avoir été contactée par des majors. Mon choix est en train de se faire et selon le choix que je ferai ça va complètement influencer le lieu, la date, le moment, l’équipe du prochain album.

C’est l’évolution parfaite. On ne pourrait pas rêver d’un meilleur parcours. Parce que je n’ai pas été forcée à faire des choses que je n’aimais pas, et je pense ne pas l’être par la suite. C’est vraiment positif.

Au niveau concert, on ne vous a pas vu dans la programmation des festivals de cet été 2016 ?

Mon cas est un peu particulier. Tout le monde me connaît sous le nom de « la fille qui a chanté Giant Steps ». Mon nom commence un petit peu à se distinguer par rapport à ce que j’ai fait. Mais mon album est sorti tardivement (ndlr en mai 2016). Et chaque festival s’y prend au moins un an à l’avance, c’est donc tout à fait normal que je ne fasse pas partie des festivals de jazz de l’été. J’ai beaucoup de dates quand même dans des plus petits festivals, plus modestes. Pour l’instant c’est bien, parce que ça se fait progressivement. L’album est sorti, je fais mon choix, je m’entoure de l’équipe qu’il faut et après je pourrais convaincre de mon projet. Le chemin se fait comme il faut, je pense.

Merci !

Sandra Nkake, Airelle Besson – Grey December

Sans conteste Chet Baker fait parti de mon Panthéon musical, c’est aujourd’hui quelques grands noms tels que Hugh Coltman, Erik Truffaz, Charles Pasi, Rosemary Standley, Stéphane Belmondo, Piers Faccini, Sandra Nkaké, Airelle Besson et bien d’autres qui lui rendent vibrant hommage à travers le très joli Autour de Chet.

Vous trouverez en écoute Grey December magnifiquement interprété par Sandra Nkaké (au chant) et Airelle Besson (à la trompette) à la beauté claire / obscure si particulière de Chet Baker. Un blues en habit de soie qui traine sa solitude dans une chambre vieillissante d’un hôtel au passé dépassé. Intemporel et magique !

Anthony Joseph – Jimmy, Upon That Bridge

Vous êtes bien à bord du vol Caribbean Roots à destination des Caraïbes, veuillez attacher vos ceintures, décollage immédiat. Votre commandant / poète / écrivain / slameur Anthony Joseph s’occupe de tout ! De la musique up-tempo gorgée de soleil, du groove ultra funky s’appuyant sur une ligne de basse imparable, de la section cuivre qui dégage l’horizon par delà les océans. Je vous vois déjà remuer sur vos sièges…

Un voyage merveilleux et totalement indispensable cet été qui vous portera d’escale en escale toutes aussi magnifiques que le titre Jimmy, Upon That Bridge proposé ici.