The Blaze – Territory

Cette semaine va être une très belle semaine car elle va voir la sortie de Territory, le premier EP de The Blaze. « Enfin ! » pourrait-on dire, car cet EP avait été annoncé dès avril 2016 par Bromance sur la première vidéo Virile sortie en janvier 2016, puis le 4 mars 2017 (par Les Inrocks) et enfin ce vendredi 24 mars 2017 chez Animal 63 (par Apple Music). On y croit !

Duo de producteurs entre Paris et Dijon (source Les Inrocks) leur musique est une house léchée, esthétique, faite de basses, de kicks, de snares, et d’un supplément d’émotions, un peu de solitude, un peu de désespoir qui vous enveloppent dans une bulle magnifiant le monde.

Un mot sur leurs clips à couper le souffle qui appliquent des codes tout à fait nouveaux pour de la musique électronique. Ils y explorent les relations entre hommes de manière très subtile et superbement ambigüe, mettent en beauté un quotidien à coup de performances d’acteurs incroyables et de ralentis émouvants. Pas étonnant que ces vidéos vous magnétisent et cartonnent bien au delà de l’hexagone. 

Territory

Virile

Notre entretien avec Frànçois & the Atlas Mountains

« Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde »

Véritable matière vivante faites d’émotions, d’influences éclectiques, parfois fluides, parfois rocailleuses, douces ou rock, les nouvelles chansons de Frànçois & The Atlas Mountains tirées de Solide Mirage laissent apparaitre, au fur et à mesure qu’elles se dévoilent, les possibles d’un autre monde, d’une autre route à emprunter.

C’est dans les locaux de son label Domino que nous avons rencontré François Marry, leader du groupe, pour évoquer avec lui son écriture, son point de vue sur le monde et ses prochains concerts qui feront halte notamment à La Maroquinerie (Paris) les 22, 23, 24 mars 2017. 

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Comment sort-on d’un succès tel que Piano Ombre ?

François : C’est un beau succès. C’est un succès qui s’est un peu diffusé dans toute l’équipe. On était cinq dans le groupe, il y avait tout le label, le tourneur, c’était une belle réussite. Toute cette réussite s’est diffusée, diluée par ce que chacun récupère et interprète. Ça m’a permis de me dire que ça valait le coup de continuer. Ça m’a remis le pied à l’étrier assez rapidement. On a sorti un EP africain dans la foulée (ndlr Un Homme Tranquille). Après, j’ai collaboré avec Rone et sur un spectacle de danse contemporaine, donc je n’ai pas eu vraiment l’impression de m’arrêter. Je ne pense pas avoir traverser ce grand désert qui peut se produire parfois après un succès.

Vous avez ressenti plus d’attentes, de pression pour l’écriture du nouvel album Solide Mirage ?

Non, c’est pour cela que je dis que le succès s’est peut-être dilué. C’est gentil de me dire que cela a été un succès, mais je le perçois plutôt comme un ouvrage à remettre tout le temps sur le métier. Je n’ai pas l’impression d’avoir atteint un summum, d’avoir explosé ou quoi que ce soit. J’ai l’impression que tout ça est à échelle humaine et relativement sain et sobre.

Pour les nouvelles chansons, dans quoi avez-vous puisé votre inspiration ?

Je pense que le principal élément qui détermine ce nouvel album c’est la convergence d’intérêts et de savoir-faire de chacun des membres du groupe, parce que je les associe beaucoup à l’arrangement des musiques. C’est eux qui donnent vraiment la forme définitive à mes inspirations premières. Et ça je n’ai aucun contrôle de ce vers quoi ils tendent quand ils le font. Je crois que c’est le fait de se réunir de faire ça ensemble qui qualifie principalement notre musique.

Après certes, il y a des morceaux qui font référence à des histoires d’amour que j’ai eues. Il y a des morceaux qui font références à des sentiments de frustrations que j’ai à vivre dans un monde qui ne fonctionne que sur le profit. Enfin, il y a une part des textes qui font référence au confort qu’on a quand on est artiste en Europe et qu’on observe le monde depuis sa tour d’ivoire de création.

On parle d’un album engagé…

Je ne sais pas…

Pas pour vous ?

Pour moi l’engagement c’est plutôt d’être dans l’action qui change le monde. Je ne pense pas que faire un album de musique ça change le monde. Je pense que c’est vraiment l’action des gens qui travaillent dans des associations qui facilitent la vie des gens qui souffrent autour d’eux, que ce soit dans le médical, dans l’humanitaire en France, dans l’aide aux immigrés, dans l’aide aux réfugiés, dans l’aide aux sans-abris, ou des gens qui travaillent pour une agriculture plus saine, des gens qui travaillent pour une éducation plus ouverte, plus libre. Ça c’est le vrai engagement.

Vous n’avez pas l’impression que vos textes peuvent ouvrir les yeux sur certains sujets ?

J’aimerais, mais c’est plus un écho qu’une volonté d’ouvrir les yeux. Je n’ai pas la volonté de me présenter en modèle ou de chanter la vérité, car je ne la connais pas. Mais au contraire, j’avais envie d’être juste un écho vis-à-vis de toute une partie de la population qui, je crois, à des aspirations profondément humanistes. Et j’ai l’impression que le discours ambiant ne reflète pas souvent les aspirations de ces personnes-là. Je me disais que ce serait sympa de faire une musique qui propose ça dans le paysage musical. A fortiori si ça peut passer à la radio… enfin moi j’attendrais un réconfort comme ça d’un morceau qui passe à la radio, qu’un artiste dise qu’il aspire à autre chose que ce qu’on a là et qu’il reconnait les efforts de certains de ses concitoyens de tirer les choses vers le haut plutôt que de tout le temps se laisser écraser par le discours polémique ambiant et l’agressivité qu’on trouve dans la plupart des médias.

Vous avez publié sur Instagram un brouillon de paroles qui reflète votre travail, est-ce que vous allez en partager d’autres ?

Oui, je pense que je vais diffuser les autres petit à petit. On peut voir dans ce brouillon que je manipule ça comme une matière très dense. Je la manipule, je la retourne, je l’étire, je la chiffonne, je la gribouille, je la souligne, etc. C’est une recherche, je travaille avec le texte comme je travaille avec les sons.

Surtout sur la musicalité des mots ?

Beaucoup, oui.

Votre travail d’écriture est assez condensé sur une période courte ou peut s’étaler pendant des mois, des années ?

Ca se dilue sur un certain temps. Il y a des textes que je reprends, parfois il y a des couplets qui viennent et qui ne deviennent rien. Puis, finalement trois ans plus tard ils vont resurgir comme ça. Je vais alors tirer sur le fil pour voir ce qu’ils ont d’autres à révéler. C’est un peu comme une matière organique, comme une boisson qu’on laisse fermenter ou une culture qu’on met en jachère ou un arbre qui pousse. C’est assez vivant.

On voit que le texte a été écrit sur un agenda. Est-ce que la date indiquée 19/12/2015 correspond à la date d’écriture ?

Certaines fois oui, ça dépend.

Ca veut dire que vous écrivez partout ou vous devez être dans un endroit très précis pour écrire ?

Il y a des périodes pendant lesquelles je ne peux vraiment pas écrire parce que je ne me sens pas inspiré. Par exemple je ne peux pas écrire dans le van pendant une tournée. David du Colisée qui tourne avec moi y arrive. Je ne sais pas comment il fait, moi, je n’y arrive pas. En l’occurrence, je pense qu’il faut que je sois écarté de la stimulation des smartphones et des choses comme ça pour prendre un peu de recul. C’est pour ça que j’écris beaucoup la nuit depuis que j’habite à Bruxelles, c’est le seul moment où je suis un peu tranquille.

On voit aussi vos peintures sur votre site Watercolours Journal, c’est un travail différent ou assez similaire de l’écriture ?

Pour moi c’est plus une manière de me raccrocher à ce qui m’entoure. J’ai l’impression d’avoir une personnalité qui a du mal à rejoindre les autres, avec une forme de timidité, du coup peindre ça me permet une immersion dans le mouvement et le lieu.

(c) François Atlas – « a typical day in the life of F&AM on tour » – 22 mai 2014

On voit que vous pouvez peindre dans le van ?

Ca j’y arrive par contre.

Sur la réalisation de l’album, vous avez fait appel à Ash Workman, le même que pour Piano Ombre. Pourquoi ce choix ?

Sur cet album il y avait vraiment une volonté d’aller à l’évidence. On parlait pendant un temps d’aller à New-York. J’étais aussi allé visiter des studios à Los Angeles. Puis on s’est dit que le plus simple serait de faire ça à proximité, à Bruxelles, arrêter de penser qu’il y a mieux ailleurs. Pour moi, c’est presque aussi une attitude un peu politique, d’arrêter d’attendre des réponses d’ailleurs, du gouvernement, et essayer de trouver les solutions avec ce qu’on a à proximité. On avait de la proximité avec Ash parce qu’on avait déjà bossé avec lui. Il habite à un tunnel de chez nous, il habite en Angleterre. Pareil pour la composition et toute la production de l’album, c’était un album qui allait droit à l’essentiel avec ce qu’il y avait à disposition autour de nous.

Pour le choix du studio, vous aviez déjà enregistré là-bas ?

Non, je n’avais pas enregistré, mais c’était vraiment le plus près, le rapport qualité / prix le plus pertinent, le plus avantageux et ça nous permettait surtout d’être tous ensemble dans la même pièce. Il y a de l’espace, de la hauteur sous plafond, c’est très agréable.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Il y a Owen Pallett aux arrangements des cordes. Comment s’est faite la rencontre, pour le faire venir ?

On ne l’a pas fait venir. Encore une fois on a essayé de trouver les solutions les plus simples et les plus économiques. Il a fait ça de chez lui, à Los Angeles. Ca a été une mise en contact par le label Domino qui est aussi son label.

C’était agréable de travailler avec lui ?

Oui, c’était agréable. On a fonctionné avec ce qui lui arrivait dans sa vie, une rupture importante. Après avoir dit qu’il ferait les arrangements, il a pris un certain temps pour les faire. Finalement ce temps a été assez bénéfique parce que ça nous a permis de penser à autre chose et d’avoir les oreilles plus fraiches en retournant dessus.

Avec cet album, vous avez aussi développé une police de caractères spéciale. Qui a fait cette police, et pourquoi ?

C’est un ami qui fait ça de manière très professionnelle, c’est un designer (ndlr Jérémy Landes). Je pensais vraiment que Plaine Inondable, E Volo Love, Piano Ombre formaient une trilogie, j’avais utilisé la même police qui m’avait été conseillée par une autre amie, la police Bondoni pour ceux que ça intéresse, que j’avais un peu customisée. Là, je sentais qu’avec le déplacement vers le nord, à Bruxelles, je commençais un nouveau cycle. Je trouvais que ça valait le coup de marquer la différence en changeant l’écriture.

Elle est disponible gratuitement (en téléchargement). Ce n’est pas ça qui va changer le monde encore une fois, mais c’est pour exprimer cette attitude qui est très positive et dont on ne parle pas dans les médias. Il y a un discours ambiant de plaintes envers nos gouvernements, nos responsables. Je pense que nos gouvernements sont à l’image de nous-mêmes et quand on prend l’initiative de créer des choses nouvelles et de les partager entre nous, on trouve des solutions, on trouve de la créativité, on invente de nouveaux modèles. C’est ce qu’on a fait dans le modeste milieu du graphique-design avec le créateur de la police : Créer un nouvel album, une nouvelle musique, une nouvelle police, de rendre ça accessible de manière très ouverte.

(c) François Marry par Delphine Ghosarossian

Sur la scène, vous avez des premières dates à Paris, à la Maroquinerie. Comment s’est fait le choix de la salle où vous faites trois dates ?

La Maroquinerie est un choix qu’on a fait en partenariat avec notre tourneur. J’aime beaucoup la possibilité que j’ai maintenant de travailler en équipe que ce soit avec Domino, le label, mon manager et Asterios, le tourneur. Je pense qu’ils savent ce qu’ils font, je leur ai fait confiance. Au début j’étais un peu surpris de ce choix puis finalement je me suis dit que j’aimais bien cette salle, j’aimais bien y voir des concerts, j’avais des bons échos, et surtout ça nous permettait d’inviter trois artistes différents, des artistes belges qui sont Témé Tan, le Colisée, Samuel Spaniel et Marc Melià. Ca permet de faire des soirées un peu plus longues, avec le restaurant, de faire une after. C’est un lieu, une espèce de boite à outils, assez pratique et très conviviale. Ca convient bien à cette approche un peu plus locale et chaleureuse qu’on essaie d’avoir sur cet album. Un peu plus passionnée plutôt que d’être dans l’efficacité ultime.

Vous faites des shows très dansants, pourquoi cette volonté et comment est-ce que ça se travaille ?

Ca se prépare peu en fait. C’est juste le naturel du groupe. Je pense que les membres du groupe se rejoignent dans ce plaisir qu’on a à vivre la musique physiquement. Ca s’exprime comme ça vient, par la danse. Parfois on aiguillonne un peu en essayant de travailler quelques mouvements synchronisés mais c’est assez rare en fait.

Vous parliez de timidité, sur scène elle disparait complètement ?

Oui, parce que ma personne n’existe plus en fait. Malgré le fait que je chante des chansons, c’est plus une passerelle que j’ai pour aller vers les autres. Je n’ai pas l’impression de mettre mon cœur à livre ouvert. J’ai plutôt l’impression de trouver un terrain d’entente entre le groupe et le public.

Vous avez aussi des dates en Angleterre, c’est parce que vous avez vécu à Bristol ou grâce à Domino votre label ?

C’est les deux. J’ai vécu 7 ans à Bristol, j’ai donc eu le temps de développer quelque chose là-bas. J’ai appris à faire de la musique là-bas qui fait que peut-être les auditeurs anglo-saxons y trouvent ce qu’ils cherchent. C’est assez surprenant de voir qu’on vend plus de billets à Manchester qu’à Marseille par exemple. C’est bizarre.

Merci !

Octave Noire – Un Nouveau Monde

Comme l’éclosion d’une chrysalide, une transfiguration Nietzschéenne, Oh Morice qu’on avait découvert en 2015 (et dont toute trace a été effacée) a laissé place à Octave Noire, un nouveau projet qui sublime le travail précédant.

Un Nouveau Monde, porte d’entrée de l’album Neon resserré à 9 titres, invente une véritable poésie sonore déclamée par des synthés 80s inspirés, crée un dialogue entre des violons au répertoire classique et une musique électronique « made in » maintenant, convoque au chant les plus belles références du répertoire français. Un must pour plonger dans cet univers fascinant.

Pour les parisiens, sachez qu’il sera à la Maroquinerie le jeudi 27/04/17 avec Aliocha lors d’une [PIAS] NITES qui s’annonce particulièrement alléchante. 

Fink – Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1

Pour sûr que ce vendredi 10 mars 2017, on va passer très tôt chez notre disquaire ou plateforme de streaming préférés pour choper sans faute cet album « side project » de Fink consacré au blues. Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1 a été produit et enregistré par Fink et Flood (énorme producteur depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui) à Berlin.

Les quatre titres déjà disponibles à l’écoute (dont trois dans la playlist YT ci-dessous) nous promettent un album d’exception. Autour d’une guitare protéiforme, Fink plonge les deux bras, les deux pieds, de tout son corps à tripes ouvertes dans cette musique. C’est à la fois très moderne et terriblement enraciné dans l’histoire de la musique moderne. Pas question de calcul, juste une émotion gravée de façon magique sur disque dur et qui nous fait vibrer. 

A très vite pour le volume 2 !

Anna Calvi – Live for Burberry

Coincée à l’étage avec son orchestre comme dans une sorte de chaire élevée au milieu de l’église de la mode, Anna Calvi délivre son message rock et accompagne magistralement l’incessant va-et-vient robotique des mannequins Burberry. On y retrouve toute sa personnalité et son aura intacts dans un contexte plutôt décalé, qui au final fonctionne très bien.  

Pour notre plus grand bonheur cette prestation a été captée en vidéo (ci-dessous), mais aussi dans un EP disponible chez vos meilleurs fournisseurs.

 

Foxygen – Follow The Leader

Quel plaisir de retrouver Foxygen en pleine forme sur leur troisième (et trop court, à peine 8 titres, bien sûr la qualité plutôt que la quantité, mais on aurait bien aimé deux ou trois morceaux de plus) album Hang !

Avec Follow The Leader et Avalon, le soleil californien brille au dessus de nos têtes, l’amour inonde la terre, nous voila propulsé dans une comédie musicale tendance Demy à la sauce soul (plutôt que jazz) où il fait terriblement bon vivre. Le véritable orchestre composé de violons, de coeurs à l’unisson, de cuivres, arrangé par Matthew E White donne une profondeur et une patine 70s totalement géniales aux morceaux. Laissons-nous inonder encore et encore !

Loyle Carner – Yesterday’s Gone

Et c’est encore d’Angleterre que nous vient cette nouvelle pépite hip-hop nommé Loyle Carner (de son vrai nom Benjamin Gerard Coyle-Larner). On découvre dans son premier album Yesterday’s Gone un rap posé, chaleureux, aux accents so british tout à fait fascinant.

Ici pas de voix autotuné, pas de refrain rnb, pas de concours de muscles artificiellement augmentés à la créatine, mais une émotion qui s’expose sans filtre, simplement, naturellement. Que ce soit sur un air jazzy dans Ain’t Nothing Changed, ou plus rock dans NO CD, Loyle Carner pose juste, et c’est un régal. Peut-être que ces études d’acteur n’y sont pas étrangères… 

Slow Joe & The Ginger Accident – Temple Mosque Church

C’est malheureusement l’épisode final d’une histoire humaine, musicale qui a débuté par hasard en 2007 lorsque Cédric de la Chapelle, guitariste lyonnais, rencontre pendant ses vacances à Goa, Joseph Manuel Da Rocha (aka Slow Joe), poète, crooner, mais accessoirement alcoolique et junkie, qui opérait comme guide à ce moment là.

De cette rencontre est né Slow Joe & The Ginger Accident et trois albums : Sunny Side Up en 2011, Lost for Love en 2014, et Le Me Be Gone qui était en cours de finalisation lorsque Slow Joe a tiré sa révérence le 2 mai 2016 à Lyon où il s’était installé. Ce dernier album est finalement sorti le 17 février 2017 et recèle de magnifiques morceaux à l’instar de Temple Mosque Church.

S’ouvrant sur un coeur et un orgue religieux, on entre dans ce morceau comme on franchit le pas de porte d’une vielle synagogue de l’est de l’Europe, d’une mosquée inspirée de la Mosquée Bleue ou d’une cathédrale, on y entre humble et ému. Une fois à l’intérieur, on découvre la voix fracassée, à vif de Slow Joe qui raconte bien au delà des mots, la vie, sa vie, le monde. 

Sianna – Diamant Noir

Parait que les filles ne savent pas rapper ? Chronique Musicale se mouille pour vous prouver le contraire… sans traverser la Manche ! Délaissons Lady Leshurr, Mz. Bratt, Amplify Dot and co. et la scène rap féminine UK hyper active pour une rappeuse prometteuse bien de chez nous : Sianna Dwayna.

Du haut de ses 22 printemps, Sianna – qui tire son pseudo du verlan « Anaïs » (son véritable prénom) – n’hésite pas à s’aventurer de plain-pied, la tête sur les épaules et le mic en main, sur le terrain sinueux du rap français. Elle y fait ses premières armes en 2012 au sein du groupe de rap beauvaisien Crack House et propose fin 2013 un premier clip solo Passe-moi la télécommande.

Depuis, la jeune artiste – à la fois danseuse, auteure et MC – qui se caractérise notamment par une plume aiguisée, un flow évident, des intrus modernes et des couplets assassins, est loin de chômer ! Après nous avoir fait tourner la tête sur le net avec son tour du monde en freestyle (Siannarabica, Siannalicante, Djingaling…), assuré les premières parties de la dernière tournée de Soprano et un EP éponyme (2015) plutôt réussi dont un featuring avec Mc Tyer (Appel manqué) ; Sianna a fait ses preuves et s’inscrit désormais comme l’une des étoiles montantes de la scène rap française.

C’est vous dire qu’on attend avec impatience son premier album Diamant Noir prévue ce 24 février – quelques extraits tels que Havre de paix, Bouteille à la mer ou Charbonner en collaboration avec S.Pri Noir sont d’ailleurs déjà disponibles – car Sianna est une jeune pousse à surveiller de près… très près.

On vous aura prévenu !

Notre entretien avec Bel Plaine

« On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, on est hyper contents »

Ils sont deux Morgan et Antoine et forment Bel Plaine. Ils sortent ce vendredi 24/02/2017 un premier album Aux Fleurs Sauvages nourri d’échanges, de voyages où souffle un vent du large venant d’horizons pop / rock très séduisants.

C’est quelques jours avant leur départ pour un tour de France un peu particulier à la rencontre du public, 24 concerts en 24 jours (on peut même aller jusqu’à 25 avec une dernière date qui s’est ajoutée) que nous les avons croisés pour évoquer avec eux la naissance de Bel Plaine, leur son et la préparation de ce marathon de concerts.

Pour les parisiens sachez qu’ils se produiront à la Maroquinerie le 14 mars 2017. 

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour débuter, pouvez-vous vous présenter ?

Morgan : Moi c’est Morgan, je suis du groupe Bel Plaine avec Antoine. Je suis guitariste, chanteur, autodidacte. Je viens d’Anger, c’est là que j’ai appris à jouer de la guitare, à chanter aussi comme tout adolescent dans ma chambre. J’ai eu mes premiers groupes là-bas. J’ai déménagé à Paris en 2009 à la base pour mes études, mais au bout d’une année j’ai rencontré Antoine. C’est là qu’on a commencé Bel Plaine.

Antoine : J’ai un parcours un peu plus classique. J’ai pris des cours de guitare depuis que je suis tout petit, je suis passé par le conservatoire quelques années. Comme Morgan j’ai eu quelques groupes en Bourgogne, à Nevers. Je suis venu à Paris pour mes études, on est arrivés à peu près en même temps, en 2009. J’ai rencontré Morgan un an après.

Il est noté dans votre communiqué de presse que c’était une « rencontre fortuite sur les quais du métro ». Comment peut-on se rencontrer sur les quais de métro ?

Antoine : En fait c’était la deuxième rencontre. La première rencontre était la veille, c’était un soir du jour de l’an, on s’est dit au revoir et on a commencé à discuter parce qu’il y avait une musique qui passait qu’on adorait tous les deux. Et comme à chaque fois on se dit qu’on se reverra, qu’on se recontactera et en fait tu ne le fais jamais. C’est un peu le destin, la force des choses qui ont fait que le lendemain on s’est revu sur le quai du métro. On s’est dit « on ne s’est pas vu hier ? » En fait on allait à la même soirée chez Morgan.

Morgan : Exactement, il y avait une soirée chez moi, il y allait et moi je n’étais pas au courant.

Antoine : Ce n’est que du hasard !

Entre cette rencontre en 2010 et aujourd’hui 2017, comment s’est construit le groupe, la musique de Bel Plaine ?

Morgan : A la suite de cette rencontre, on s’est vus très régulièrement. On a commencé à écrire des chansons à deux, dans une chambre avec deux guitares, deux voix, sans trop d’arrangements. Quand on a eu quelques chansons, on a décidé d’aller enregistrer un EP, qu’on a fait dans une ferme. Cet EP est sorti en 2013 et s’appelait Present. C’était notre premier EP autoproduit. On avait fait ça un peu avec les moyens du bord, à la ferme dans une ambiance un peu bucolique qui a surement d’éteint sur nous parce que notre univers est resté un peu autour de ça après. Cet EP sorti en 2013 a un peu amené les pros vers nous. On a notamment gagné des prix : Paris Jeunes Talents, le prix de la mairie de Paris, SFR Jeunes Talents aussi et fait quelques festivals de types Solidays, Francofolies grâce à ça, alors qu’on n’avait seulement cet EP modeste. On a alors rencontré plusieurs professionnels dont Wagram / Cinq 7 qu’on a décidé de rejoindre. Aujourd’hui on présente l’album qui a été préparé avec eux.

Vous avez tout de suite trouvé cette veine pop / folk ou vous avez essayé plusieurs directions avant ?

Antoine : Quand on s’est rencontrés on avait vraiment envie de ne faire que de la folk. Il n’y avait pas encore la dimension de jouer avec tout un groupe, d’avoir un son comme celui de l’album. C’est venu un peu avec le temps. C’est vrai que le son de Bel Plaine s’est un peu plus musclé avec les années. Il faut trouver les bonnes personnes avec qui tu as envie de travailler. En fait on a trouvé le son de Bel Plaine à l’enregistrement de l’album. C’est à ce moment-là qu’on a dit « on veut ça ! » On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Julien Delfaud. Avant de rentrer en studio on s’est posé avec lui autour d’une table pour discuter de comment on voyait le son.

Morgan : Au début c’était, comme dit Antoine, folk, des chansons et des harmonies vocales.

Antoine : Deux voix, deux guitares. Puis après il y a eu un bassiste après il y a eu un batteur… C’est vrai que la scène a aussi changé ça. Quand on a commencé à faire les premiers concerts on s’est dit « waouh, on est vraiment plus rock qu’on ne le pensait. » Du coup ça nous a fait penser à retravailler pas mal les arrangements et l’idée des chansons.

Bel Plaine
(c) Morgan de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour vous c’est quoi une chanson Bel Plaine ? Vous avez dit « Une chanson, pour nous, c’est une guitare et deux voix qui doivent pouvoir fonctionner telles quelles »

Antoine : C’est vrai, ça toujours était ça. Quand on compose tous les deux une chanson, on checke déjà si elle fonctionne. Ça part toujours de toute façon d’une guitare-voix. Après très rapidement tu as la deuxième voix, puis on commence à réfléchir aux harmonies, ce qui nous amuse pas mal. Avant de travailler avec tout le groupe et de réfléchir aux autres arrangements il faut que ce soit quelque chose qui se tienne de a à z avec deux voix et une guitare.

Morgan : Si on doit revenir sur nos influences folks, la folk c’est une voix, une guitare. Tu as des chansons magnifiques qui ont révolutionné la musique comme ça. On avait vraiment envie de faire des chansons. Une chanson c’est quelque chose qui marche avec très peu d’éléments. En général, quand ça marche, ça montre que la chanson a une âme, qu’elle a peut-être une petite étincelle qui va en faire quelque chose de bien.

(c) Antoine de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous avez une particularité, vous chantez en anglais, en français. Pourquoi l’anglais, pourquoi le français, pourquoi les deux dans la même chanson ?

Morgan : Il y a toutes les combinaisons dans l’album.

Antoine : Au début on ne s’est pas posés la question, on n’écoutait que des groupes qui chantaient en anglais, on s’est donc dit qu’on allait chanter en anglais. Le français est venu un peu plus tard, ca a été aussi le fait qu’il y avait de plus en plus de groupes qui chantaient en français qui nous plaisaient. J’ai commencé à me sentir touché par des groupes comme Radio Elvis, Lescop… Ca m’a donné envie de chanter en français.

Morgan : Quand on a commencé, on écoutait tous Phoenix qui chante en anglais, ou des groupes comme Arcade Fire, ils ne sont pas français, mais c’était un peu eux qui montraient la voie dans la pop / rock. Depuis il y a eu ce mouvement un peu plus francophone. C’est vrai que cette vague de pop française a fait du bien.

Aussi en vieillissant, c’est-à-dire que quand on est jeune on écoute beaucoup de musique en anglais, et là, on est un peu plus adulte, j’ai autour de 30 ans, Antoine un peu moins, on écoute d’autres trucs, on réfléchit à notre identité, je suis français.

Au final il s’est trouvé qu’on aimait bien écrire dans les deux langues, c’est juste qu’on ne voulait pas faire de français dans Bel Plaine, jusqu’au moment où on s’est dit qu’on aime bien le français, autant essayer d’en mettre. Au début ça a été mis par petites touches dans les morceaux et puis après on a fait un morceau en anglais / français. Au début tu ne prends pas de risque, tu dissémines une petite phrase comme ça. Par exemple, le morceau Morning c’était notre première tentative. Il y a juste une phrase qui revient deux fois. Et c’est là qu’on s’est dit « ah mais ça sonne ! »

Antoine : Je pense aussi qu’on n’était pas prêts au début. On avait déjà essayé il y a longtemps, même avant de signer chez Cinq 7, de mettre un peu de français dans les chansons, mais ça ne nous plaisait pas. On n’arrivait pas à trouver quelque chose de satisfaisant. On a peut-être évolué dans le bon sens et là quand on a réessayé, on s’est dit « c’est dingue, là ça nous plait ! » On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, donc on est hyper contents.

Surtout qu’avec les deux versions d’une même chanson, on se rend compte que ça sonne aussi très bien en français.

Morgan : C’est peut-être un peu plus singulier en plus.

Antoine : C’était un peu le pari. On s’est dit il faut qu’on arrive à garder cette identité Bel Plaine, garder des parties chants toujours hyper chantantes, on ne voulait pas changer.

Les deux textes français, anglais ne sont donc pas une traduction littérale ?

Morgan : C’est une adaptation. On reste sur le même thème mais ce n’est pas une traduction. Il faut trouver des mots différents, des sonorités mais où il en émane un peu la même chose. On est content du résultat.

L’album s’appelle Aux Fleurs Sauvages, titre aussi d’une chanson, qui sont ces fleurs ?

Antoine : C’est un peu tout le monde en fait.

Morgan : C’est plein de monde qu’on rencontre. Les Fleurs Sauvages, l’album si on regarde un peu les textes, ce qui nous a inspiré, il y a beaucoup de rencontres de gens qui sont souvent des anonymes. Des gens qu’on a rencontrés dans notre vie de tous les jours, ou dans des voyages et qui sont des gens qui nous inspirent juste dans leur façon de nous parler. Quand ils nous racontent leur vie, il y a toujours un truc, une flamme en plus qu’on remarque et qui nous touche. Ces personnes sont rares, on en rencontre pas tout le temps, c’est peut-être ça les Fleurs Sauvages, les gens différents mais qui nous touchent.

Antoine : Il y a aussi l’image de la liberté d’une fleur sauvage. Il y a un peu ce côté : on se sent libre de faire ce qu’on a envie de faire. Quand il parle de rencontre c’est aussi ça qui nous touche c’est que souvent ce sont des gens entiers, comme ces deux filles qu’on avait rencontrées au nord du Sri Lanka, ce sont des gens qui ont décidé de faire quelque chose et qui le font.

Morgan : Dans l’album il y a une chanson qui s’appelle Ahava, c’est de l’hébreu, ça veut dire amour, et c’est directement issu de la rencontre de ces deux filles. Elles nous ont frappés tout de suite dans leur façon de nous raconter des choses sur elles. Sans se concerter, on est parti de cette ile sur un petit bateau, une barque de pécheur et sur le bateau on s’est dit « ouah ces filles sont incroyables, il faut qu’on écrive une chanson dessus. » On y avait pensé tous les deux de notre côté. Dans ce cas-là c’est qu’il faut le faire.

Ce sont les voyages et les rencontres qui vous ont inspirés ?

Morgan : A la fois les voyages, le dépaysement et les rencontres. Il y a le Sri Lanka, le Costa Rica, il y a les pays nordiques. Le morceau North parle de ça, de s’évader en filant tout droit vers le nord.

La sortie de l’album est pour dans quelques jours, d’ici là vous avez un marathon de concerts, en enchainant 25 concerts du 1er au 25 février. Comment on se prépare ?

Morgan : Oui, un footing tous les soirs (rires)… Non, comment on se prépare ?… La démarche de ça, on en revient à ce qu’on racontait pour les chansons, à un moment on s’est dit qu’on avait envie pour cet album d’aller rencontrer le public et de créer une soirée qui serait une rencontre avec les gens, donc forcément gratuite. En tant que public on a tous en mémoire des concerts dans des petits lieux où on a vraiment pu approcher les artistes, voir toutes leurs réactions de près, de pouvoir leur parler après, en général ils sont toujours aussi un peu moins coincés. Il a toujours un autre truc qui se crée.

On voulait faire ça, jouer dans toute la France, devant ces gens, dans un tout petit lieu. Au préalable en leur ayant demandé, car c’est eux qui ont choisi où est-ce qu’on jouait. C’est ça qui est sympa. On a fait un post sur les réseaux sociaux disant « dites-nous où vous voulez qu’on joue et nous on se débrouille pour organiser la tournée. »

Comment on se prépare ? Déjà on passe beaucoup de coups de fils, il y a beaucoup de préparation logistique. Ça ne s’improvise pas une tournée.

Antoine : On a fait vraiment ça tous les deux. On a un tourneur, mais on a décidé de prendre en charge cette tournée-là.

Morgan : Donc on n’a pas le temps de se préparer, juste tout faire pour que ça colle.

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous allez aussi conduire le van ?

Antoine : On a des amis, on part à quatre finalement. On a des potes qui vont nous relayer. On a envie de faire plein d’images, donc on a un pote photographe qui va venir. Et comme on s’est dit qu’il fallait faire des concerts avec du bon son, on a aussi un pote ingénieur du son qui va venir et qui va faire en sorte que le concert soit audible.

Morgan : Il y aura plein de choses à suivre au jour le jour sur les réseaux sociaux.

Antoine : On prépare plein de petites surprises sur quelques dates. Il y a notamment la date parisienne le 23 février au Pavillon Puebla, où on fêtera la sortie de l’album le 24.

Merci Morgan, Antoine !

Max Richter – Three Worlds : Music From Woolf Works

Se retrouver devant une vague immense, comme un monument, prête a nous dévorer d’un seul coup.
Faire face à une beauté subjuguante, une force effrayante, une puissance architecturale.
Traverser des tumultes de violons et de tambours se mêlant aux nappes infinies de piano au gré des creux et des courant venu des fonds des océans.
S’engouffrer dans les symphonies sillonnant entre les veines rocheuses dans une exaltation abyssale.
En ressortir transi de bien-être, épanoui, radieux à l’image de ce disque.

« J’espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l’aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine… Ce pourrait être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j’essaie de représenter ; la vie elle-même qui s’écoule. »

Force est de constater que Max Richter a pris les écrits de Virginia Woolf à la lettre.
Un hommage poignant et majestueux à l’oeuvre de cette grande femme de lettres.

Les 4ème Contre-Victoires de la Musique 2017 – Les résultats

C’est après une nouvelle soirée chargée en rebondissements et en émotions que l’ensemble des contre-victoires de cette quatrième édition a été décerné.

Ci-dessous le récapitulatif complet des prix.

Encore bravo à tous les artistes !

Et à l’année prochaine…

Artiste masculin

Artiste féminine

Chanson originale

Album révélation

Révélation scène

  • Minou avec leur énorme prestation au Point Ephémère !

Album de chansons

Album rock

Album de musiques urbaines

Album de musiques du monde

Album de musiques électroniques ou dance

  • Statea de Murcof et Vanessa Wagner

Concert ou spectacle musical

Clip