Fink – Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1

Pour sûr que ce vendredi 10 mars 2017, on va passer très tôt chez notre disquaire ou plateforme de streaming préférés pour choper sans faute cet album « side project » de Fink consacré au blues. Fink’s Sunday Night Blues Club, Vol. 1 a été produit et enregistré par Fink et Flood (énorme producteur depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui) à Berlin.

Les quatre titres déjà disponibles à l’écoute (dont trois dans la playlist YT ci-dessous) nous promettent un album d’exception. Autour d’une guitare protéiforme, Fink plonge les deux bras, les deux pieds, de tout son corps à tripes ouvertes dans cette musique. C’est à la fois très moderne et terriblement enraciné dans l’histoire de la musique moderne. Pas question de calcul, juste une émotion gravée de façon magique sur disque dur et qui nous fait vibrer. 

A très vite pour le volume 2 !

Leyla McCalla – A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Après un premier album très réussi (qu’on avait relayé ici), Leyla McCalla franchit l’obstacle du second opus avec le même brio que l’équipe de France d’équitation au saut d’obstacles lors des JO de Rio !

A Day For The Hunter, A Day For The Prey est une merveille mêlant dans une spiritualité bienveillante de nombreuses influences : antillaises, cajun, americana, …  qui procurent aux différents morceaux une richesse et un universalisme particulièrement touchants.

Pour notre plaisir deux extraits: le titre éponyme (en anglais) et Manman (douce comptine en créole), avec en bonus quelques mots de Leyla McCalla sur cet album.

A Day For The Hunter, A Day For The Prey

Manman

Présentation de l’album par Leyla McCalla (vost)

 

 

 

St James Infirmary – Allen Toussaint (1938-2015)

Lien vers AmazonAllen Toussaint revisite ici un blues traditionnel (chanté par les plus grands), contant l’histoire d’un père qui découvre à l’hôpital St James Infirmary, sa fille décédée. De quoi faire pleurer dans les chaumières…

La version d’Allen Toussaint s’écarte de ce coté larmoyant. Elle fait une juste part à la mélancolie, mais c’est pour mieux la dépasser par son énergie et sa vitalité indéniable.

La sonorité du piano et de la guitare assez sèche et directe ajoute au charme du morceau, en lui procurant une patine très « Nouvelle Orléans » et authentique.

Pensez à votre iPod : Allen Toussaint - The Bright Mississippi - St. James Infirmary

Informations complémentaires

  • Titre: St James Infirmary
  • Artiste(s): Allen Toussaint
  • Album: The Bright Mississippi
  • Label: Nonesuch variete
  • Durée: 3min 51s

Feather Ligther – She Keeps Bees

Duo new-yorkais formé de Jessica Larrabee à la voix charismatique et d’Andy LaPlant à la batterie, She Keeps Bees teinte son Feather Lighter d’une teinte bluesy magnifique qui rent le morceau profond, intense et rare.

Informations complémentaires

  • Titre: Feather Ligther
  • Durée: 2min 45s
  • Artiste(s): She Keeps Bees
  • Album: Eight Houses
  • Label: BB*ISLAND
  • Date de sortie: Septembre 2014

You Gotta Take Sick And Die – Boyd Rivers

Boyd RiversBoyd Rivers est un guitariste et chanteur américain né en 1934 et mort en 1993. Il excelle dans un blues-gospel, dont le style est inimitable. Après avoir joué d’une corde tendue entre deux clous sur un mur à l’âge de 13 ans, il se tournera vers le gospel, et ne le quittera jamais plus.

Sa voix hante, tremble et plane majestueusement au-dessus d’un jeu de guitare métallique et clinquant. Son timbre vocal n’est pas pour autant dénué de sensibilité; la subtilité de sa voix enrobe tous ses mots qui martèlent toujours et encore sa foi, son amour et ses craintes, dans un délicieux exutoire musical.

Sur une guitare il ne ment jamais: il joue avec son cœur et son âme. Il est convaincant sans le vouloir. En jouant ce qu’il est, ce qu’il vit, ce qu’il sait, il jette ses sentiments à terre, les ramasse et les offre. A l’écoute, la musique n’est plus une création mais une évidence, un souffle d’amour chaud court sur la vie glacée.

Son oncle, le célèbre Révérend Cleophus Robinson, n’a pas été sans influence sur Boyd Rivers: le gospel, le God Spell originel, l’aura transcendé lui aussi, tout comme sa femme Ruth May Rivers.

Malgré ce talent inouï, sa célébrité ne résonnera pas à travers les disques, et son nom restera sans écho. L’artiste est mort et l’artisan oublié.

Le grand Alan Lomax voyagera dans le Mississippi, jusqu’au domicile de Boyd Rivers, pour le filmer. Nous sommes en 1978, et Boyd Rivers nous met en garde: You Gotta Take Sick And Die

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Sittin’ Sad – Malcolm Holcombe

Malcolm Holcombe Malcolm Holcombe est un songwriter, guitariste et chanteur américain que l’on placerait volontiers entre un folk aux accents bluesy et une country planante voire alternative. C’est un personnage authentique qui surprend toujours un peu plus à chaque apparition et à chaque écoute.

Son jeu de guitare est déchirant, tendu mais surtout unique en son genre. Il possède une réelle maîtrise de son instrument, qu’il met au service de ses émotions en jouant comme pour la dernière fois. Il s’époumone d’une voix rocailleuse qu’il distille avec une rage qui nous porte et transporte, qui nous perce et transperce. Sa musique suinte le bourbon, les maisons qui grincent et la vie à la dure. Malgré son originalité, ses nombreuses histoires sont dignes des vieilles folksongs ponctuées d’argot.

Il en est aujourd’hui à son onzième album qui s’intitule Down The River (sorti en 2012) qui tire plus vers une country orchestrée. Il faut d’ailleurs noter la participation d’un autre grand musicien folk à cet album qui est Darrell Scott (au dobro, au banjo et à la guitare électrique).

Ses compositions toujours sincères font de lui un musicien remarquable et touchant, dans la lignée des plus grands folksingers et storytellers.

L’enregistrement de la chanson Sittin’ Sad est, il me semble, un summum de ce talentueux mélange de picking hors-norme et de folie ruisselante propre à Malcolm Holcombe.

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Song for a Dark Girl – Leyla McCalla

Leyla McCallaCoup de Coeur

Nouvelle artiste venue depuis la Nouvelle Orléans (après avoir grandi à New-York), Leyla McCalla débarque avec, dans ses valises de belles influences jazz, soul, blues et musique caribéenne (plus précisément d’Haïti d’où sont originaires ses parents) et un premier album bien nommé Vari-colored Songs – A Tribute to Langston Hughes.

Langston Hughes « est un poète, nouvelliste, dramaturge et éditorialiste américain du xxe siècle. Sa renommée est due en grande partie à son implication dans le mouvement culturel communément appelé Renaissance de Harlem qui a secoué Harlem dans les années 1920 » – source Wikipedia. Song for a Dark Girl est l’un de ses textes mis en musique avec une simplicité et un dépouillement qui ne fait qu’ajouter à la beauté et à l’aura du morceau. Une guitare, une voix, de l’émotion, juste l’essentiel, la grande classe.

Pour mieux se rendre compte de la palette de talent contenue dans cet album, arrêtons-nous également, dans un registre très différent, plus ensoleillé, festif, en créole mais tout aussi authentique et épuré, sur le titre Rose Marie, un délice gorgée de joie de vivre, tout en rondeur et générosité. On se régale.

Song for a Dark Girl et Rose Marie sont à l’écoute juste après le break

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Friday Night – Tindersticks

TindersticksCoup de coeur

Véritables habitués de nos colonnes, Tindersticks nous offre un album dans lequel ont été ré-enregistrés dans le mythe studio d’Abbey Road de Londres dix de leurs précédents morceaux et de la parenthèse solo de Stuart Staples. L’occasion de se pencher sur l’immensité de ce groupe.

Ouvrant le bal, Friday Night est un morceau définitivement nocturne et solitaire. Ce n’est pas ce type de vendredi soir à sortir entre amis jusqu’au bout de la nuit, non, plutôt ce vendredi soir hivernal et pluvieux où seul devant un week-end vide et un verre d’alcool plein tu refais le même bilan sans fin. Un titre dépouillé, aride au dessus duquel flottent les volutes éthyliques d’une voix grande, digne, décharnée par cette souffrance du quotidien qui creuse jour après jour ses gerçures.

A l’écoute après le break

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It Serves You Right to Suffer – John Lee Hooker

John Lee HookerUnique enregistrement de John Lee Hooker pour le label de Jazz Impulse!, ce disque de 1966 est aujourd’hui un classique. Ce qui en fait son originalité et son intérêt, ce sont les conditions de son enregistrement.

Le producteur, Bob Thiele, embaucha une équipe d’accompagnateurs solidement formés au travail du studio et Jazzmen confirmés : Milt Hinton à la basse, Barry Galbraith à la guitare et Panama Francis à la batterie. Et ces virtuoses décident de jouer…comme s’ils ne savaient pas jouer.

On ne saura jamais s’il s’agit d’un choix spontané ou d’une décision artistique. Peut être les deux, Hooker étant réputé pour ses interprétations aux structures imprévues, voire fantaisistes, redoutables pour ses musiciens.

Il va de soit que cette notion de « non-jeu » est toute relative. Le trio balise, relance, souligne, répond, crée une sorte d’arrangement spontané qui magnifie le chant et le jeu de guitare du bluesman. La cohésion est totale, le respect du style absolu.

On est loin des solos de Carlos Santana avec le même Hooker quelques décennies plus tard ! A propos de guitare, motivé par cet environnement rassurant, le vieux John Lee nous délivre un ou deux solos, les meilleurs de sa carrière (il faut dire qu’ils furent peu nombreux), même si dans son cas, le non-jeu est à prendre au premier degré…Mais quel feeling !

Absolument intemporel, cet album continuera longtemps à fasciner par sa beauté dépouillée.

Le morceau qui donne son titre à l’album est à découvrir juste après le break
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Last Fair Deal Gone Down – Robert Johnson

J’ai choisi cette semaine un titre de Robert Johnson, Last Fair Deal Gone Down, enregistré le 27 novembre 1936 dans la chambre 414 de l’hôtel Gunter à San Antonio (Texas), et sorti en 78 tours en 1937 sur le label Vocalion.

Sa légende a souvent occulté sa vie, mais des biographes pointilleux ont depuis fait un long et fastidieux travail de recherche, afin de bien distinguer les deux. L’un d’eux s’appelle Peter Guralnick, un spécialiste ; il a signé en 1988 un court, sec mais renseigné Searching for Robert Johnson. Officiellement né le 8 mai 1911 (c’est la date inscrite sur ses tombes – car, oui, il en a plusieurs !), dans le delta du Mississippi, le jeune Robert grandit dans un foyer chaotique, entre Hazlehurst, Memphis, Robinsonville et les champs de coton, entre sa mère, l’amant marié de celle-ci, sa tante, son nouveau beau-père et l’ombre de son vrai père. Il commence à toucher à la musique vers 1916-1918, essaie puis abandonne vite la guimbarde, confectionne un support pour jouer de l’harmonica en même temps que de la guitare, quitte l’école, mais reste paysan, malgré le soutien musical de Willie Brown et Charley Patton. Las, sa femme tombe enceinte juste avant le krach financier de 1929, et meurt lors de l’accouchement en 1930. Il rencontre la légende Son House l’année suivante qui l’humilie : « Tu ne sais pas jouer de la guitare, tu fais fuir les gens ! ». Robert part alors à la recherche de son père et trouve un mentor (Ike Zinnerman) et une nouvelle femme ; sa carrière décolle.

Il joue dans les bars et se fait un nom, avant de revenir à Robinsonville pour en mettre plein la vue à Son House, de son propre aveu dépassé par ce génie. La rumeur badine d’un pacte avec le diable au coin d’un carrefour (le titre Crossroads Blues) se répand sur le terreau fertile du populaire vaudou chez les Noirs du Mississippi. Dès lors, il part sur les routes, parcourt le delta et joue dans tous les bars crasseux possibles, comme beaucoup de bluesmen à l’époque. Une vie pauvre et risquée, mais jouissive[1]. Il rencontre Sonny Boy Williamson II, Elmore James, Howlin’ Wolf ; en 1936 et 1937, il enregistre pour Columbia et Vocalion les 29 titres qui resteront gravés à jamais dans la mémoire du rock. Il meurt le 16 août 1938 dans des circonstances mystérieuses, la plus probable restant le whisky empoisonné par un mari jaloux. Robert Johnson, beau gosse, aimait salement les femmes, surtout celles des autres. D’autres légendes circuleront sur Robert Johnson, comme l’existence d’un 30e titre, qui donnera le thème du film Crossroads de Walter Hill (1986).

Le titre que je présente est présent sur l’album King of the Delta Blues Singers, publié en 1961 par Columbia, qui profite de l’engouement. Finalement, Robert est loin d’être le premier bluesman, ni le meilleur. Mais celui qui aura laissé sa plus belle trace dans la culture populaire.

A l’écoute après le break

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Workin’ Woman Blues – Valerie June

Comme on découvre un vieux disque encore plein de poussière dans une brocante, on écoute le premier album de Valérie June dont le sable des terres arides du Tennessee, plus précisément de Memphis dont elle est originaire, semble encore recouvrir la pochette.

Protégée de Dan Auerbach des Black Keys, sa musique sent l’authenticité, enracinée dans le sud des Etats-Unis, irriguée par le blues, la country et le jazz. Ajoutez-y une voix à la fois pleine de personnalité et de sensibilité, vous obtenez une combinaison qui fait mouche et embrase la plupart des critiques.

Ouvrant le bal, Workin’ Woman Blues est un titre uptempo, qui marie merveilleusement des guitares folk avec des cuivres très groovy.

Et parce qu’on ne peut resister juste après le break découvrez également le morceau You Can’t Be Told, petit chef d’oeuvre rock-blues à la gouaille bien trempée.

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John The Revelator – Son House

J’ai choisi cette semaine un morceau de Son House, John The Revelator, sur son album Father Of Folk Blues, sorti en 1965 chez Columbia Records. Dans les années 1960, la maison de disques, poussé par l’engouement des jeunes pour le country blues, dont témoignent les premiers succès de Bob Dylan et de la sortie du King Of The Delta Blues Singers de Robert Johnson en 1961, part à la recherche des gloires d’avant-guerre en parcourant le Vieux Sud. Elle ressuscite Eddie James House Jr. aka Son House, le maître à penser du légendaire Robert Johnson[1].

Né en 1886 ou en 1902 (putain, l’écart !) dans le Mississippi, père joueur de tuba fervent croyant, alcoolique ; ses parents se séparent, sa mère descend le fleuve vers la Louisiane. Très tôt bercé par la musique, attiré par le blues (musique du péché, justement !), il essaie néanmoins de devenir prêcheur baptiste, avant de passer un moment en prison pour meurtre.

Sous l’influence de James McCoy, Willie Wilson, Reuben Lacy, il enregistre des disques de blues avec sa guitare bottleneck dans les années 1930 et 1940. Oublié après la guerre, il redevient à la mode dans les années 1960, à l’instar de Mississippi John Hurt : c’est le folk blues revival. Il joue au festival folk de Newport en 1964, puis à celui de New York en juillet 1965, puis en Europe en 1967, et à Montreux en 1970. Amoindri, il prend sa retraite au milieu des seventies, et meurt en 1988 d’un cancer du larynx.

Il aura influencé Robert Johnson et Muddy Waters, qui reprendront son répertoire ; apparemment, c’est Son House qui, très loquace auprès des jeunes fans lors des festivals, propagera la légende de Johnson ! Une influence immense sur une grande frange du rock dans toute sa diversité, de Depeche Mode (qui reprend John The Revelator en 2009) aux White Stripes (en 2004). L’an dernier, pour mon birthday, mes parents m’offrent un coffret réunissant 25 albums originaux de blues. Une merveille ! J’y fais de nombreuses découvertes, dont ce disque. Je suis en effet passé à côté de cet artiste magique, rocailleux, simple, son flow qui rappelle l’esclavage et les chain gangs, et sa musique faite pour les barrelhouse, moite, toute droite venue du Delta, cette campagne pauvre peuplée d’anciens esclaves. Pourtant, on entend cette chanson, qui raconte un épisode de l’Evangile selon Saint-Jean avec la coolitude caractéristique de Son, dans les Blues Brothers 2000 (que j’ai toujours refusé de voir), ainsi que dans la première saison de la série Sons of Anarchy, interprétée par Curtis Stigers & the Forest Rangers.

Cet album de Son House est incontestablement un chef-d’œuvre

[1] Sébastien DANCHIN (2011), sur le livret d’accompagnement du coffret Blues – The Perfect Blues Collection 25 Original Albums.

A l’écoute après le break

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Stumbled In – The Wood Brothers

The Wood Brothers, c’est un joli duo de frères Olivier et Chris Wood, l’un guitariste, l’autre bassiste et sur lequel vient se greffer un batteur assez incroyable ; Tyler Greenwell. Ce son particulier et si agréable est apparu, pour la première fois, sur l’album Ways Not to Lose sorti en 2006.

The Wood Brothers c’est du blues et de la folk qui nous provient tout droit du Colorado. C’est une guitare électrique bien dosé couplé à un rythme syncopé et une contrebasse qui adoucit l’ensemble avec une délicatesse et une qualité rare. The Wood Brothers c’est mon coup de cœur, du moment, tant cette voix-là me semble bouleversante. Il y a du blues pur souche, celui qui puise dans ses racines pour y déloger des sons oubliés, des sons mélancoliques qui nous content des histoires et qui pourraient bien le faire toute la nuit, tant on est prêt à les écouter, tant on est fasciné par cette voix. The Wood Brothers c’est aussi de la folk, une guitare sèche, grattée à la façon des anciens dans une sorte d’hommage incroyablement bien réussi. Avec The Wood Brothers, la musique reprend ses droits et elle récupère son âme. Alors, moi, je dis Merci.

Je propose à l’écoute, l’excellent titre Stumbled In du tout aussi excellent album Smoke Ring Halo sorti en 2011, pour l’intro si merveilleusement bien pensée, pour cette voix fascinante, pour les accents blues et ce son incroyable qui s’en dégage.

Le titre Stumbled In est donc à l’écoute, juste après le break… avec en bonus, le magnifique live de Luckiest Man.

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