Notre entretien avec Bel Plaine

« On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, on est hyper contents »

Ils sont deux Morgan et Antoine et forment Bel Plaine. Ils sortent ce vendredi 24/02/2017 un premier album Aux Fleurs Sauvages nourri d’échanges, de voyages où souffle un vent du large venant d’horizons pop / rock très séduisants.

C’est quelques jours avant leur départ pour un tour de France un peu particulier à la rencontre du public, 24 concerts en 24 jours (on peut même aller jusqu’à 25 avec une dernière date qui s’est ajoutée) que nous les avons croisés pour évoquer avec eux la naissance de Bel Plaine, leur son et la préparation de ce marathon de concerts.

Pour les parisiens sachez qu’ils se produiront à la Maroquinerie le 14 mars 2017. 

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour débuter, pouvez-vous vous présenter ?

Morgan : Moi c’est Morgan, je suis du groupe Bel Plaine avec Antoine. Je suis guitariste, chanteur, autodidacte. Je viens d’Anger, c’est là que j’ai appris à jouer de la guitare, à chanter aussi comme tout adolescent dans ma chambre. J’ai eu mes premiers groupes là-bas. J’ai déménagé à Paris en 2009 à la base pour mes études, mais au bout d’une année j’ai rencontré Antoine. C’est là qu’on a commencé Bel Plaine.

Antoine : J’ai un parcours un peu plus classique. J’ai pris des cours de guitare depuis que je suis tout petit, je suis passé par le conservatoire quelques années. Comme Morgan j’ai eu quelques groupes en Bourgogne, à Nevers. Je suis venu à Paris pour mes études, on est arrivés à peu près en même temps, en 2009. J’ai rencontré Morgan un an après.

Il est noté dans votre communiqué de presse que c’était une « rencontre fortuite sur les quais du métro ». Comment peut-on se rencontrer sur les quais de métro ?

Antoine : En fait c’était la deuxième rencontre. La première rencontre était la veille, c’était un soir du jour de l’an, on s’est dit au revoir et on a commencé à discuter parce qu’il y avait une musique qui passait qu’on adorait tous les deux. Et comme à chaque fois on se dit qu’on se reverra, qu’on se recontactera et en fait tu ne le fais jamais. C’est un peu le destin, la force des choses qui ont fait que le lendemain on s’est revu sur le quai du métro. On s’est dit « on ne s’est pas vu hier ? » En fait on allait à la même soirée chez Morgan.

Morgan : Exactement, il y avait une soirée chez moi, il y allait et moi je n’étais pas au courant.

Antoine : Ce n’est que du hasard !

Entre cette rencontre en 2010 et aujourd’hui 2017, comment s’est construit le groupe, la musique de Bel Plaine ?

Morgan : A la suite de cette rencontre, on s’est vus très régulièrement. On a commencé à écrire des chansons à deux, dans une chambre avec deux guitares, deux voix, sans trop d’arrangements. Quand on a eu quelques chansons, on a décidé d’aller enregistrer un EP, qu’on a fait dans une ferme. Cet EP est sorti en 2013 et s’appelait Present. C’était notre premier EP autoproduit. On avait fait ça un peu avec les moyens du bord, à la ferme dans une ambiance un peu bucolique qui a surement d’éteint sur nous parce que notre univers est resté un peu autour de ça après. Cet EP sorti en 2013 a un peu amené les pros vers nous. On a notamment gagné des prix : Paris Jeunes Talents, le prix de la mairie de Paris, SFR Jeunes Talents aussi et fait quelques festivals de types Solidays, Francofolies grâce à ça, alors qu’on n’avait seulement cet EP modeste. On a alors rencontré plusieurs professionnels dont Wagram / Cinq 7 qu’on a décidé de rejoindre. Aujourd’hui on présente l’album qui a été préparé avec eux.

Vous avez tout de suite trouvé cette veine pop / folk ou vous avez essayé plusieurs directions avant ?

Antoine : Quand on s’est rencontrés on avait vraiment envie de ne faire que de la folk. Il n’y avait pas encore la dimension de jouer avec tout un groupe, d’avoir un son comme celui de l’album. C’est venu un peu avec le temps. C’est vrai que le son de Bel Plaine s’est un peu plus musclé avec les années. Il faut trouver les bonnes personnes avec qui tu as envie de travailler. En fait on a trouvé le son de Bel Plaine à l’enregistrement de l’album. C’est à ce moment-là qu’on a dit « on veut ça ! » On a travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Julien Delfaud. Avant de rentrer en studio on s’est posé avec lui autour d’une table pour discuter de comment on voyait le son.

Morgan : Au début c’était, comme dit Antoine, folk, des chansons et des harmonies vocales.

Antoine : Deux voix, deux guitares. Puis après il y a eu un bassiste après il y a eu un batteur… C’est vrai que la scène a aussi changé ça. Quand on a commencé à faire les premiers concerts on s’est dit « waouh, on est vraiment plus rock qu’on ne le pensait. » Du coup ça nous a fait penser à retravailler pas mal les arrangements et l’idée des chansons.

Bel Plaine
(c) Morgan de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Pour vous c’est quoi une chanson Bel Plaine ? Vous avez dit « Une chanson, pour nous, c’est une guitare et deux voix qui doivent pouvoir fonctionner telles quelles »

Antoine : C’est vrai, ça toujours était ça. Quand on compose tous les deux une chanson, on checke déjà si elle fonctionne. Ça part toujours de toute façon d’une guitare-voix. Après très rapidement tu as la deuxième voix, puis on commence à réfléchir aux harmonies, ce qui nous amuse pas mal. Avant de travailler avec tout le groupe et de réfléchir aux autres arrangements il faut que ce soit quelque chose qui se tienne de a à z avec deux voix et une guitare.

Morgan : Si on doit revenir sur nos influences folks, la folk c’est une voix, une guitare. Tu as des chansons magnifiques qui ont révolutionné la musique comme ça. On avait vraiment envie de faire des chansons. Une chanson c’est quelque chose qui marche avec très peu d’éléments. En général, quand ça marche, ça montre que la chanson a une âme, qu’elle a peut-être une petite étincelle qui va en faire quelque chose de bien.

(c) Antoine de Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous avez une particularité, vous chantez en anglais, en français. Pourquoi l’anglais, pourquoi le français, pourquoi les deux dans la même chanson ?

Morgan : Il y a toutes les combinaisons dans l’album.

Antoine : Au début on ne s’est pas posés la question, on n’écoutait que des groupes qui chantaient en anglais, on s’est donc dit qu’on allait chanter en anglais. Le français est venu un peu plus tard, ca a été aussi le fait qu’il y avait de plus en plus de groupes qui chantaient en français qui nous plaisaient. J’ai commencé à me sentir touché par des groupes comme Radio Elvis, Lescop… Ca m’a donné envie de chanter en français.

Morgan : Quand on a commencé, on écoutait tous Phoenix qui chante en anglais, ou des groupes comme Arcade Fire, ils ne sont pas français, mais c’était un peu eux qui montraient la voie dans la pop / rock. Depuis il y a eu ce mouvement un peu plus francophone. C’est vrai que cette vague de pop française a fait du bien.

Aussi en vieillissant, c’est-à-dire que quand on est jeune on écoute beaucoup de musique en anglais, et là, on est un peu plus adulte, j’ai autour de 30 ans, Antoine un peu moins, on écoute d’autres trucs, on réfléchit à notre identité, je suis français.

Au final il s’est trouvé qu’on aimait bien écrire dans les deux langues, c’est juste qu’on ne voulait pas faire de français dans Bel Plaine, jusqu’au moment où on s’est dit qu’on aime bien le français, autant essayer d’en mettre. Au début ça a été mis par petites touches dans les morceaux et puis après on a fait un morceau en anglais / français. Au début tu ne prends pas de risque, tu dissémines une petite phrase comme ça. Par exemple, le morceau Morning c’était notre première tentative. Il y a juste une phrase qui revient deux fois. Et c’est là qu’on s’est dit « ah mais ça sonne ! »

Antoine : Je pense aussi qu’on n’était pas prêts au début. On avait déjà essayé il y a longtemps, même avant de signer chez Cinq 7, de mettre un peu de français dans les chansons, mais ça ne nous plaisait pas. On n’arrivait pas à trouver quelque chose de satisfaisant. On a peut-être évolué dans le bon sens et là quand on a réessayé, on s’est dit « c’est dingue, là ça nous plait ! » On a trouvé quelque chose, une direction qui nous plait, donc on est hyper contents.

Surtout qu’avec les deux versions d’une même chanson, on se rend compte que ça sonne aussi très bien en français.

Morgan : C’est peut-être un peu plus singulier en plus.

Antoine : C’était un peu le pari. On s’est dit il faut qu’on arrive à garder cette identité Bel Plaine, garder des parties chants toujours hyper chantantes, on ne voulait pas changer.

Les deux textes français, anglais ne sont donc pas une traduction littérale ?

Morgan : C’est une adaptation. On reste sur le même thème mais ce n’est pas une traduction. Il faut trouver des mots différents, des sonorités mais où il en émane un peu la même chose. On est content du résultat.

L’album s’appelle Aux Fleurs Sauvages, titre aussi d’une chanson, qui sont ces fleurs ?

Antoine : C’est un peu tout le monde en fait.

Morgan : C’est plein de monde qu’on rencontre. Les Fleurs Sauvages, l’album si on regarde un peu les textes, ce qui nous a inspiré, il y a beaucoup de rencontres de gens qui sont souvent des anonymes. Des gens qu’on a rencontrés dans notre vie de tous les jours, ou dans des voyages et qui sont des gens qui nous inspirent juste dans leur façon de nous parler. Quand ils nous racontent leur vie, il y a toujours un truc, une flamme en plus qu’on remarque et qui nous touche. Ces personnes sont rares, on en rencontre pas tout le temps, c’est peut-être ça les Fleurs Sauvages, les gens différents mais qui nous touchent.

Antoine : Il y a aussi l’image de la liberté d’une fleur sauvage. Il y a un peu ce côté : on se sent libre de faire ce qu’on a envie de faire. Quand il parle de rencontre c’est aussi ça qui nous touche c’est que souvent ce sont des gens entiers, comme ces deux filles qu’on avait rencontrées au nord du Sri Lanka, ce sont des gens qui ont décidé de faire quelque chose et qui le font.

Morgan : Dans l’album il y a une chanson qui s’appelle Ahava, c’est de l’hébreu, ça veut dire amour, et c’est directement issu de la rencontre de ces deux filles. Elles nous ont frappés tout de suite dans leur façon de nous raconter des choses sur elles. Sans se concerter, on est parti de cette ile sur un petit bateau, une barque de pécheur et sur le bateau on s’est dit « ouah ces filles sont incroyables, il faut qu’on écrive une chanson dessus. » On y avait pensé tous les deux de notre côté. Dans ce cas-là c’est qu’il faut le faire.

Ce sont les voyages et les rencontres qui vous ont inspirés ?

Morgan : A la fois les voyages, le dépaysement et les rencontres. Il y a le Sri Lanka, le Costa Rica, il y a les pays nordiques. Le morceau North parle de ça, de s’évader en filant tout droit vers le nord.

La sortie de l’album est pour dans quelques jours, d’ici là vous avez un marathon de concerts, en enchainant 25 concerts du 1er au 25 février. Comment on se prépare ?

Morgan : Oui, un footing tous les soirs (rires)… Non, comment on se prépare ?… La démarche de ça, on en revient à ce qu’on racontait pour les chansons, à un moment on s’est dit qu’on avait envie pour cet album d’aller rencontrer le public et de créer une soirée qui serait une rencontre avec les gens, donc forcément gratuite. En tant que public on a tous en mémoire des concerts dans des petits lieux où on a vraiment pu approcher les artistes, voir toutes leurs réactions de près, de pouvoir leur parler après, en général ils sont toujours aussi un peu moins coincés. Il a toujours un autre truc qui se crée.

On voulait faire ça, jouer dans toute la France, devant ces gens, dans un tout petit lieu. Au préalable en leur ayant demandé, car c’est eux qui ont choisi où est-ce qu’on jouait. C’est ça qui est sympa. On a fait un post sur les réseaux sociaux disant « dites-nous où vous voulez qu’on joue et nous on se débrouille pour organiser la tournée. »

Comment on se prépare ? Déjà on passe beaucoup de coups de fils, il y a beaucoup de préparation logistique. Ça ne s’improvise pas une tournée.

Antoine : On a fait vraiment ça tous les deux. On a un tourneur, mais on a décidé de prendre en charge cette tournée-là.

Morgan : Donc on n’a pas le temps de se préparer, juste tout faire pour que ça colle.

Bel Plaine
(c) Bel Plaine par Delphine Ghosarossian

Vous allez aussi conduire le van ?

Antoine : On a des amis, on part à quatre finalement. On a des potes qui vont nous relayer. On a envie de faire plein d’images, donc on a un pote photographe qui va venir. Et comme on s’est dit qu’il fallait faire des concerts avec du bon son, on a aussi un pote ingénieur du son qui va venir et qui va faire en sorte que le concert soit audible.

Morgan : Il y aura plein de choses à suivre au jour le jour sur les réseaux sociaux.

Antoine : On prépare plein de petites surprises sur quelques dates. Il y a notamment la date parisienne le 23 février au Pavillon Puebla, où on fêtera la sortie de l’album le 24.

Merci Morgan, Antoine !

Notre entretien avec Minou

« Je crois qu’on fait la musique qu’on a envie d’entendre »

Elle, Sabine Stenkors, lui, Pierre Simon, se sont rencontrés au lycée, et, après de nombreuses expériences musicales, décident de faire un projet bien à eux, un projet qui leur ressemble. Minou est né il y a trois ans, leur musique à base d’electro-pop et de textes en français, met en avant des mélodies imparables où leurs mots délicieux plongent dans ce bain de rythmes et nous emmènent dans leur univers pop-poétique.

C’est dans un petit bar de Ménilmontant (The Hood) que nous les avons recontrés et avons évoqué leur début, comment leur « son », leur « plume » se sont affinés et le coup de projecteur que leur a donné la victoire en 2015 du radio-crochet La Relève de France Inter.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Pourriez-vous nous présenter votre parcours musical ?

Pierre Simon (Pierre): En fait ça fait douze ans qu’on fait de la musique ensemble. Mais Minou ça a trois ans aujourd’hui. On a fait pas mal de choses, on a joué ensemble dans des petits groupes, on a accompagné des artistes. Et un jour on a eu envie de faire notre truc à nous. Minou, c’est notre première initiative vraiment à nous. C’est presque un disque solo, même si on est deux.

Sabine Stenkors (Sabine): Il y avait une salle de musique dans notre lycée, c’est là qu’on s’est rencontrés. On s’échangeait des CDs. Ca a tout de suite collé. J’ai pris une basse, il y a pris sa guitare et on a commencé à faire deux trois accords.

Votre précédent groupe était plus rock, vous chantiez en anglais…

Pierre : Et c’était un groupe à quatre. Donc c’était des compos à quatre, on se retrouvait dans une salle de répet, chacun amenait ses idées. C’était une autre manière de fonctionner. C’était notre première expérience de musique, de concert, de tournée. C’était extrêmement formateur. Mais oui, c’était plus énervé, ça correspondait plus à notre état d’esprit quand on avait 19 piges.

Et pourquoi le passage des textes en français, alors que vous chantiez en anglais ?

Pierre : C’était du yaourt anglais. (rires)

Sabine : A la fin du groupe ça s’est un peu essoufflé. On a eu l’envie de continuer quelque chose à deux et de faire un truc différent. Nos influences ont changé au fur et à mesure. On avait envie de trouver notre propre pop à nous, en faisant sonner les mots français comme un nouvel instrument. C’était une prise de risque pour nous qui était intéressante.

Vous évoquez votre changement d’influences, avec surtout de la pop française des années 80 ?

Sabine : Plus l’électro, je dirais.

Pierre : La pop française des années 80 ce n’est pas quelque chose qu’on avait en ligne de mire, c’est quelque chose qui a été digéré de manière assez naturelle. On s’est rendu compte en commençant Minou que c’était quelque chose qui ressortait dans nos compos, dans nos manières de faire. Ca faisait parti de notre inconscient culturel mais ça n’a pas été un objectif. On ne sait pas dit « On va faire de la pop française, avec des synthés… » Ca a été très naturel.

Sabine : C’était un mélange d’influences de rock et d’électro, avec de la langue française, mais sans être influencé par la pop française.

Pierre : On est nés en 88, donc tout ce qui s’est passé dans les années 80s on l’a pris en pleine face quand on a grandi dans les années 90s. On a grandi avec ces chansons, avec ce format très court, pop, avec des mélodies, des refrains. Ca fait parti des choses qu’on écoute et qu’on aime faire. C’est quelque chose qu’on a retranscrit, forcément.

Vous dites que vous n’êtes pas allés consciemment vers ce type de musique, mais que c’était assez naturel. Comment finalement vous avez trouvé votre « son » ?

Pierre : On a mis du temps à trouver notre « son ». Je crois qu’on l’a trouvé avec cet album. On l’a aussi trouvé en travaillant avec Julien Delfaud, le réalisateur de ce disque. Jusque là on avait essayé plein de trucs, ça partait un peu dans tous les sens. Ca allait d’une simple guitare voix à des chansons qui étaient complètement disco-funk. Et au milieu de tout ça on essayait de naviguer. Notre son il s’est aussi façonné avec la scène. Avec Minou on a eu la chance de faire beaucoup de concerts dès le début. Ca nous a vraiment aidé à digérer nos compos et à construire quelque chose. Il y a eu un EP de trois titres, ensuite il y a eu un EP de 6 titres, après il y a eu un premier EP d’album, et là il y a l’album. Il a fallu ces trois années pour qu’on puisse proposer le son qu’on avait envie au départ. Ca s’est sûr.

Et puis tu sais, tu as ce truc où techniquement tu t’équipes avec des synthés, tu apprends à bosser à la maison avec du home-studio, avec des boites à rythmes. C’est aussi une nouvelle manière de travailler que beaucoup de gens utilisent aujourd’hui. Ce sont des supers outils qu’on a. Et tout ça, ça façonne aussi la manière de travailler. Nous, on est complètement là dedans. On est une génération qui travaille à l’ordinateur, qui travaille avec des samples, qui travaille avec des synthés. Ca, plus la formation guitare, basse, batterie, notre fibre rock de départ, tout ça se mélange et façonne un son.

Au delà du son, il y a aussi les paroles. Là aussi, vous avez trouver votre voix, votre manière d’écrire ?

Pierre : Pareil, on ne savait pas si on savait le faire (rires), mais il a fallu le faire pour le savoir. Le premier titre qu’on a écrit pour Minou, c’est Montréal, titre qui se trouve sur l’album. C’est la plus vieille chanson. Au départ elle était en anglais, on ne savait pas si Minou ça allait être en français ou en anglais, on faisait juste de la musique. Et lors du premier essai de Montréal en français, c’était comme une révélation. On a réussi à faire ce qu’on voulait faire en français, on a réussi à chanter tous les deux, c’est un truc qui nous plaisait beaucoup, et on a pris beaucoup de plaisir à écrire et chanter ces paroles là. Du coup on s’est dit « On travaille dans ce sens, ça nous fait kiffer ! »

C’était un nouvel exercice pour nous, on ne savait pas si on savait le faire, et puis au final si, ça le fait.

C’est assez facile d’écrire en français ?

Pierre : Tu sais, on écrit rarement le texte avant. Comme le dit Sabine, on essaie de faire un texte qui va rebondir sur de la rythmique, sur des sonorités. Il y a déjà presque une trame avec des mots, au moment où on va écrire. Il y a la musique qui est là, qui va porter le texte. C’est quand même un exercice compliqué, d’écrire une fois que la musique est finie. On a mis un paquet de textes à la poubelle. C’est quelque chose qu’on a appris à faire.

Vous sentez que vous avez une singularité avec des textes plutôt abstraits ?

Pierre : Exactement. On nous dit souvent qu’il y a un coté dadaïste dans le texte. Je crois que c’est vrai, parce que c’est notre manière de voir la pop. La pop doit sonner comme ça pour nous. En tout cas, la musique qu’on fait doit sonner comme ça. Je pense qu’on ne pourrait pas écrire des choses plus réalistes. Ca ne marcherait pas, ce serait différent. Et puis pareil, on ne va pas être engagés concrètement et explicitement dans un texte. On préfère un peu détourner le truc, un peu noyer le poisson et que chacun trouve son chemin au milieu du texte, que chacun se fasse sa propre idée.

Sabine : C’est la musicalité des mots qui compte. On est plus des compositeurs que des auteurs. On aime bien faire rythmer les mots et que ce soit très imagé, faire aussi en sorte que les gens s’imaginent leur propre histoire.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian
(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous aimez aussi les mots ? Rien que le titre de l’album Vespéral, n’est pas un mot qu’on emploie au quotidien…

Pierre : A la maison on a des outils pour s’aider à écrire, un dictionnaire des rimes, des choses comme ça. Quand parfois on cherche des mots pour finir une phrase, c’est le même bidouillage technique qu’on prend à chercher des sons de synthé ou des sons de boite à rythmes. On cherche nos textes de la même manière qu’on cherche notre musique.

Sabine : Et dans la vie de tous les jours, si on entend un mot qui nous plait, ou quand je lis un livre, même le fait de voir le mot, si je le trouve beau, s’il a un rythme, je vais le noter dans un coin. Il va peut-être servir à un futur texte.

Vous avez évoqué Julien Delfaud, comment vous l’avez rencontré ? Et que vous a t-il apporté pour la création de cet album ?

Sabine : On l’a rencontré via notre label qui nous l’a présenté.

Pierre : C’était une idée de notre directeur artistique de travailler avec lui. Et c’était une fabuleuse idée puisque ça a matché tout de suite.

Sabine : Ce qu’il a apporté, c’est un résultat homogène au niveau de tous nos titres. Il a réussi à apporter une cohérence entre tous nos titres.

Pierre : On est arrivé avec des démos en studio qui étaient plus ou moins abouties. Il y en a où il manquait quelques éléments, et d’autres qui avaient déjà une forme qui ressemble à ce qu’il y a sur l’album. Mais quoi qu’il arrive, il a pris toutes les chansons et les a fait grimper d’une étape. Il les a fait grimper dans le sens où nous on voulait les faire grimper. C’est une espèce d’alchimie qui s’est passée tout de suite. Il a compris là où on voulait aller. C’était presque magique. A chaque fois on le voyait travailler, on était là « ouahh » En un quart d’heure de temps il avait transformé une batterie, il avait transformé un truc. On était là « c’est super ! »

Donc il a vraiment fait gagner une étape supplémentaire aux chansons. C’était quelque chose qu’on voulait faire, mais qu’à nous deux, on ne pouvait pas faire. Il nous fallait un réalisateur comme Julien pour emmener les chansons jusqu’ici. On a bossé près de trois mois avec lui sur ce disque, c’était une super expérience. C’était vraiment top. Et puis c’est un grand monsieur.

Sabine : En plus il est super sympa. On serait bien resté encore plus longtemps en studio.

Vous avez gagné le premier prix du radio-crochet La Relève de France Inter. Ca a été un coup de booster pour vous ?

Sabine : Ca a été une chance énorme pour nous. Ca a été une reconnaissance de gagner ce radio-crochet. On ne s’y attendait pas.

Pierre : C’était notre première exposition médiatique nationale. Avant ça on faisait notre truc dans notre coin, et tout d’un coup on s’est retrouvé à venir jouer une fois par semaine nos chansons à une heure de grande écoute sur France Inter. Sans penser à la victoire, on prenait un plaisir énorme à revenir chaque semaine, à se faire solliciter que ce soit par le public ou par le jury. Et puis tu vois, au final, un mois et demi après notre inscription on se retrouve à gagner ce concours, à signer dans un label, à parler d’un projet d’album. C’était des choses dont on avait envie mais qu’on n’avait jamais évoquées concrètement. Ca a été un vrai coup de boost. J’ai en plus un très bon souvenir de ce concours. C’était super.

Sabine : On avait un petit peu peur quand même…

Pierre : Oui, bien sûr, parce qu’à un moment tu te prends au jeu. C’est ingrat comme exercice.

Il y a des commentaires du jury que vous avez retenus ?

Pierre : Il y a parfois des phrases qui nous reviennent. Il y a toujours eu ce coté bienveillant, de manière générale. Pas seulement envers nous, mais envers tous les groupes. On était là pour faire de la musique. Le concours, tout le monde l’avait en tête, mais au final c’était plus le plaisir de réussir sa prestation et d’être avec d’autres groupes qui était intéressant.

On a eu des critiques très positives, notamment sur la manière dont on faisait nos chansons, dont on arrivait à créer nos mélodies. Tout ça, ça nous a conforté et ça nous a vraiment rassuré, en se disant « c’est chouette, il y a de l’écho à ce qu’on fait ». Après il y a eu des remarques sur les textes, parfois on nous titillait un peu du genre « c’est trop abstrait, on ne comprend pas… » Le jury entre eux n’était pas d’accord.

Tout ça c’était très constructif, parce que toutes les critiques, quelles soient positives ou négatives, il faut les prendre, il faut faire avec. C’est ça qui te fait grandir.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Vous avez gardé des liens avec France Inter ?

Sabine : Oui, nos titres son playlistés

Pierre : Ils nous soutiennent sur la sortie de l’album, ils sont partenaires de la sortie du disque.

Sabine : On fait régulièrement des émissions.

Pierre : C’est un vrai partenaire. Didier Varrod a été un vrai parrain dans notre développement. C’est très très cool.

Vous avez évoqué que les concerts vous ont aidé dans la construction de votre musique ?

Pierre : Bien sûr. Parce qu’en plus la formule du live a vachement évolué à travers le temps. On est passé par plusieurs choses. On a commencé à trois avec juste un batteur, ensuite on a fait à trois, avec ce même batteur mais qui était sur des batteries électroniques, ensuite on est passé à deux pour pouvoir être plus léger et faire des premières parties, puis là on revient à trois, mais ce n’est pas un batteur c’est un guitariste clavier qui est avec nous… C’est le bordel ! (rires) C’est ça qui est intéressant aussi, parce qu’il y a toujours ce truc excitant de remonter un nouveau concert et de pouvoir proposer, quasiment tous les six mois, un nouveau truc. Là, je trouve qu’on a trouvé un bon équilibre, on est assez fier de ce qu’on va présenter au Point Ephémère à la fin du mois (ndlr, le 22 novembre 2016). Les concerts c’est super important, bien sûr.

On a fait pas mal de premières parties. Ce sont des exercices difficiles. Ca peut-être ingrat, puis au final, c’est toujours formateur.

Sabine : Le public est toujours bienveillant. On a souvent peur que ça ne passe pas, mais au final ils sont toujours super gentils…

Vous avez pu tester vos chansons sur scène ?

Sabine : Exactement, en première partie on peut jouer 20 minutes. On mettait alors les titres les plus forts, les plus dynamiques, et parfois ça nous permettait de voir qu’un titre ne passait pas alors qu’on pensait vraiment qu’il allait être plus vivant en live. Du coup on se disait « tient celui là n’a pas marché, on peut revoir telle rythmique, telle façon de chanter… »

Quand on est sur scène, on peut lire la réaction du public ?

Pierre : Bien sûr, surtout quand tu es en première partie, où les gens n’ont pas acheté leur place vous venir te voir. Tu es vraiment en découverte. Si petit à petit, les épaules commencent à bouger, que les gens commencent à danser, c’est gagné. Là où tu as raison, c’est qu’on essayait, on avait le temps de faire six ou sept titres, des titres très dansants, très immédiats. Au final, il s’avère que les coups de cœur des gens ne sont pas forcément les trucs les plus dynamiques, mais ce sont ceux qui font un peu respirer au milieu. On a aussi appris à construire un set avec cet exercice de set très court. C’est très formateur.

Vous avez dans vos chansons, des mélodies très accrocheuses, comment vous les construisez ?

Sabine : Je crois que ça vient du fait qu’on a écouté beaucoup de groupes, qu’on adore la mélodie. On aime autant des groupes très mainstream que des groupes indés donc, il y a ce mélange qui se retrouve.

Pierre : Je crois qu’on fait la musique qu’on a envie d’entendre. C’était ça le défi de départ de Minou. Ce dire qu’en France, aujourd’hui, qu’est-ce qu’on aime écouter. Soit on regarde dans le retro et on s’écoute des vieux trucs, soit on écoute des trucs d’aujourd’hui, mais on se dit « ça c’est sympa pas, mais… ». On s’est dit « on va essayer, nous, de faire un truc qui nous satisfait, la musique qu’on aimerait entendre ». On s’est dit qu’on allait faire des pop songs avec des refrains parce qu’on adore ça, et on va l’orchestrer de manière un peu plus indé parce qu’on aime aussi l’orchestration et le travail qu’il y a sur des arrangements indés, et on va chanter en français.

(c) portrait par Delphine Ghosarossian(c) portrait par Delphine Ghosarossian

Dernière question sur votre label Cinq7. C’est un beau label ?

Sabine : Carrément. Dans ce label, on a la liberté de faire plein de choses. On est vachement soutenu. On a eu le choix de faire la pochette de notre album, de a à z. On a eu le droit de mettre les titres qu’on voulait sur l’album. On était souvent d’accord sur la façon dont on orchestrait les chansons. On a eu une grande liberté.

Vous avez croisé d’autres artistes du label ?

Sabine : Oui, des beaux artistes en plus… Lilly Wood & the Prick, Dominque A

Pierre : Petit à petit on devient copain avec les artistes du label. Ca se passe de manière très naturelle. C’est une grande famille. Avant tout ça on a fait pas mal de rendez-vous en maison de disque, quand on avait sorti nos EP en autoprod, et on n’a jamais été satisfaits, on n’est jamais sortis contents de tous ces rendez-vous. Et dans nos têtes on se disait qu’il nous fallait un label comme ça. On est très contents.

merci

Au Revoir Mon Amour – Dominique A

La sortie incontournable cette semaine c’est le nouvel album de Dominique A, Eleor.

Sublime chanson qui se conjugue avec un clip tout aussi beau !

Informations complémentaires

  • Titre: Au Revoir Mon Amour
  • Durée: 3min 07s
  • Artiste(s): Dominique A
  • Album: Eléor
  • Label: Cinq 7
  • Date de sortie: Mars 2015

Et parce qu’on ne boude pas notre plaisir ci-après le concert qu’il a donné à l’Auditorium de Radio France accompagné pour l’occasion par l’Orchestre National de Radio France sous la direction de Didier Benetti. (disponible jusqu’au 15/09/2015)

Miami – Saez

SaezQuelques jours avant son concert aux Francofolies qui a littéralement électrisé le public et affolé la presse, nous avions vécu le phénomène Saez au Main Square. Une prestation qui restera le point d’orgue de ce week-end arrageois avec un show rock aux guitares puissantes et aux textes (en français) engagés, aiguisés, trempés à l’acide. Un cri éclairé, une petite flamme au bout du tunnel qui montre la voie et réchauffe les consciences mises à mal par cette époque sombre où individualisme, course au fric, et abysse culturel ont gangrené le monde. A ne pas louper donc, s’il passe de près ou de loin de chez vous !

Raison plus que suffisante pour se plonger dans son album Miami sorti en mai 2013. Et plus précisément sur le titre du même nom où la capitale de la Floride est prise comme symbole du « fascisme » « scarefacien » martelé à coup de dollars, de bimbos siliconées et de drogue. Un morceau en trois parties dont la moelle épinière, le centre de gravité tourne autour de son chant magnifiquement énervé et particulièrement bien introduit par une montée dance-club volontairement putassière et vulgaire.

Une chanson comme un réveil qui sonne, sera t-il entendu ?

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Paris – Lise

Lise - Lise

Coup de Cœur

Jeune chanteuse et pianiste, Lise sort un premier album tout à fait formidable. Album qui va sans aucun doute faire mouche. Elle a ce pouvoir incroyable de rendre beau tout ce qu’elle touche et cette belle qualité d’avoir du culot. Elle nous le prouve dans ses diverses reprises entre P.I.M.P de 50 Cent, Un Jour En France de Noir Désir ainsi que dans ses propres compositions.

Comme dans ce Paris qui explore tellement d’univers avec une facilité déconcertante. Du lyrisme romantique, de la rêverie enchantée à la dramaturgie charnelle. Dans ce grande spectacle musical tout est parfait le piano émouvant, les seconds rôles, la voix, les dialogues, la mise en scène sonore et l’interprétation.

Un morceau éblouissant, un disque qui va marquer.

Le clip est à découvrir juste après le break

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Birds – Rover

Nouvel artiste, sortant son premier EP, Rover est déjà un personnage, une personnalité, une musique. Entre pop, folk et rock, Rover tisse son univers tout à la fois poétique, enchanté et troublé.

Chacune de ses chansons est une véritable histoire qui se développe, grandit, vit. Loin d’une ligne droite, ses morceaux sont courbes, pleins de recoins où se nichent de jolies harmonies.

Ode la nature, Birds n’en est pas moins très électrique, rock et distinguée. En plus d’aimer l’idée tout à fait baroque de déchainer les guitares, de se casser la voix contre la pollution (les sacs plastiques qui trainent, etc…), ce titre est surtout une douce et agréable montée en puissance, très joliment orchestrée, qui possède ce truc en plus, ce doux charme romantique très fin du XIXème siècle absolument captivant.

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Slippery Slope (Extended) – The Dø

La ré-enregistrement des 8 titres + 2 nouveaux en session live au studio Pigalle est une raison largement suffisante pour se plonger ou re-plonger dans l’univers chatoyant de The Dø. Ces dix chansons, qui sont  à l’image d’une capture d’un concert, nous permettent d’apprécier la puissance que prend leur musique sur scène et leur grain de folie tout à fait excitant.

Véritable caverne d’Ali Baba aux mille et un trésors musicaux, synthèse joyeuse et jouissive d’influences nombreuses Slippery Slope (dans sa nouvelle version de 7min 32s, contre 2min 41s sur la version précédente) est un morceau pétulant, bondissant, gorgé de vie, de dynamisme, accrocheur et exubérant. Ce titre part avec bonheur dans tous les sens, ouvre ses portes à la créativité, à l’originalité, à ce rythme tribal, à ce solo de saxo totalement fou et génial comme un invité jazz convié à cette belle fête pop-rock.

Le clip du morceau (ambiance studio) est à découvrir juste après le break

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Hypernuit – Bertrand Belin

Acheter l'album de Bertrand Belin sur AmazonExtrait du 3ème album éponyme de Bertrand Belin, Hypernuit est un titre discret, farouche. Mais, si on lui prête l’oreille, si on prend la peine de sortir du brouhaha quotidien, d’aller à sa rencontre, cette chanson se dévoile et avec elle sa poésie sauvage d’une beauté rare.

Des textes qu’il explique avoir choisi avant tout pour leur sonorité et leur lien avec la musique.

« Cette fois-ci, les textes n’ont pas été écrits, ne sont pas passés par le papier pour ne pas organiser la phrase selon des concepts graphiques. J’ai souvent mis le casque sur les oreilles et chanté directement, sans écrire. Les textes sont nés au sein même de la musique. « 

Des mots plein de mystères qu’interprète Bertrand Belin avec simplicité, authenticité, et un grain de voix velouté chaleureux à donner envie de maison de campagne, de gros pulls, de feux de cheminée.

Excellente nouvelle, ce titre est encore en téléchargement gratuit (& légal) ici

Actuellement en tournée, son concert du 29 septembre 2010 au Point Éphémère est déjà complet. Prochaine date à Paris, le 1er décembre à la Boule Noire.

Le clip du morceau est disponible juste après le break

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