>> – Beak

Beak, musique de crise

C’est un projet proprement inclassable que celui dans lequel s’est lancé Geoff Barrow, échappé de Portishead, avec ses deux collègues Billy Fuller et Matt Williams. A l’écoute attentive de 3 du duo qu’il forme avec Beth Gibbons, on avait compris que les chemins de traverse martiaux pouvaient le titiller. Que faut-il songer de ce >>, digne successeur de > ? Que, côté titres, Beak fait dans la symbolique mathématique ? C’est une bonne piste, bien que passablement défoncée. Un peu à l’image des instruments que l’on entend.

Chez Beak, les synthés sont analogiques, sûrement d’occase, comme exhumés du cimetière auquel les avait condamné l’irrépressible avancée numérique. Pour notre plus grand bonheur – le mien en tous les cas -, les nappes oscillent, toutes d’électricité, quelque part entre un Pink Floyd période Syd Barrett, les expérimentations de Kraftwerk et Tangerine Dreams pour quelques nappes gentiment envoutantes. Mais, question gentillesse, restons-en là en retournons aux maths.

Car la rythmique implacable semble bâtie sur des algorithmes issus du cerveau malade d’un prof trop stressé par sa classe de troisième cinq et son conseil de discipline mensuel. Discipline… Finalement, le mot n’est pas si mal choisi. C’est effectivement l’intro de Spinning Top et son redoutable couple basse métronome – batterie martiale (sur celui-ci, privilège rare, la caisse claire a droit de cité). On se sent pris dans la marche cadencée d’un bataillon militaire… ou prolétaire se rendant à l’usine. On n’y est pas encore, ce titre (Spinning Top) reste encore aéré, malgré la voix comme étouffée par les nuées noires qui peluchent à la sortie de la grande cheminée et qui s’approchent. Mais retournons aux maths. Lire la suite